L’Eglise Catholique et la normalisation sociopolitique

By: Africa Newsquick

A l’occasion de la controverse sur la Commission électorale indépendante(CEI), l’Eglise catholique s’est trouvée propulsée au-devant de la scène politique ivoirienne, en sa qualité de représentant de toutes les confessions religieuses nationales.Mais son engagement procède avant tout, d’un élan volontariste, cherchant à apporter une contribution à l’œuvre commune de recherche de la normalité politico-sociale. Ce que ne peuvent occulter les quelques réactions d’hostilité rencontrées par cet élan.

En effet, parce qu’elle a quitté la salle des négociations au même moment que les représentants de l’opposition,lorsque le mode consensuel souhaité pour la désignation des membres de la Commission centrale de la CEI, ne s’est pas imposé, le représentant de l’Eglise catholique a été accusé d’être un militant de l’opposition. Dans leur volonté d’accabler l’institution religieuse, certains de ses censeurs se sont offusqués que le clergé ne se soit pas précipité, pour désavouer son envoyé.

Certes, l’élargissement aux religieux du cercle des décideurs de la CEI, obéit au souci de donner une crédibilité affirmée, aux actes de cette structure, souffrant d’un déficit de légitimité, à la résorption ardue. Les exemples d’intervention des religieux dans les sphères politique et sociale, aussi bien au plan interne qu’à l’international,montrent généralement ces ouvriers du Seigneur, occupés à des tâches d’une grande noblesse ; tendant soit à éteindre des belligérances,soit à rechercher la paix (interposition, facilitation, conciliation, etc.), soit à améliorer les conditions de vie des démunis.

Il est de coutume,qu’une fois qu’elle a donné son accord de principe, pour mener la mission qu’elle a librement acceptée, dans un contexte conflictuel, et en vue d’atteindre l’objectif visé, l’Eglise n’adopte pas de position partisane ; elle ne choisit pas un camp contre un autre. Et surtout, elle ne fuit pas ses responsabilités, en capitulant devant les difficultés; à moins que surviennent des raisons de force majeure. Car la mission naturelle qui lui est universellement reconnue, c’est d’affronter les difficultés, avec ses armes traditionnelles: la diplomatie, la persévérance et le sens du sacrifice.

Quant aux interprétations « abusives »du comportement de l’abbé Boni Boni, Mgr Alexis Touably Youlo, le président de la Conférence épiscopale des Evêques, a tenu à le clarifier : « Notre représentant (l’abbé Boni Boni) a posé cet acte fort juste pour attirer l’attention des uns et des autres sur un danger. Notre retrait n’est pas lié au retrait de quelque groupe que ce soit. Attention, qu’on ne pense pas que l’Eglise suit tel ou tel parti politique…C’est parce que nous pensons que l’absence d’une communion nationale au sein de la CEI peut être préjudiciable à la nation que nous avons posé cet acte qui a pu surprendre plus d’un. C’est –à-dire que même si aucun groupe n’était sorti de la salle, et que nous nous rendions compte que les conditions minimales n’étaient pas réunies, nous aurions posé le même acte. Donc cette prise de position n’est pas liée au fait que des groupes soient sortis».

Un peu plus tard, le président de la Conférence épiscopale, complètera sa pensée, en faisant recours à la parabole biblique du bon berger : « Nous sommes sortis pour chercher ceux qui sont sortis ; comme le bon berger qui a abandonné les 99 brebis qu’il conduisait, pour aller à la recherche de la brebis qui a disparu ».

Des leaders d’opinion de confession catholique, et politiquement très engagés, ne se sont pas gênés, pour fustiger le comportement du représentant de l’église catholique, lors des discussions de la Commission Electorale Indépendante. Ils l’ont taxé de « militant du FPI en soutane », parce qu’il est sorti de la salle des discussions, au même moment que les représentants de l’opposition ;pour manifester son désaccord sur la formation de cette structure, chargée d’organiser les prochaines élections nationales. Pour l’abbé et ses mandants, seule une CEI «consensuelle» et «équilibrée» pourrait profiter à la Côte d’Ivoire. Parce qu’elle ouvrirait le champ à des compétitions électorales sans conflit.

Si l’acte de l’abbé Boni Boni est critiquable, à cause de sa concomitance avec celui des représentants de l’opposition, et laisse croire qu’il a été prémédité, préparé d’un commun accord avec les hommes politiques, sa justification latente pourrait la rendre compréhensible : Pour des religieux nourris à la sève de l’éthique, il était difficile d’accepter que l’injustice recelée par la CEI, s’impose comme une règle intangible.

Le message du Pape François aux Evêques ivoiriens, en visite au Vatican, dont un extrait suit, sonne comme une exhortation adressée spécifiquement à l’abbé et ses supérieurs, engagés sur le front de la bataille pour la vérité, la réconciliation et la paix : « …De même, la communion fraternelle qui réunit autour du Christ les Evêques d’une même nation est indispensable pour la croissance de l’Eglise comme pour le progrès de la société tout entière. Cela est d’autant plus vrai dans un pays qui a souffert de graves divisions, et qui a besoin de votre témoignage et de votre engagement déterminé pour reconstruire la fraternité. Ne nous laissons pas voler l’idéal de l’amour fraternel!»

Dr ESSIS AKO

L’Eléphant déchaîné N°287 du vendredi 26 au lundi 29 septembre 2014

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