Côte d’Ivoire-Cocody: Des élèves livrés à eux-mêmes, un vigile remplace l’enseignant… Racket et improvisation au cœur du déroulement de l’examen

By: Africa Newsquick

Côte d’Ivoire-Cocody: Des élèves livrés à eux-mêmes, un vigile remplace l’enseignant… Racket et improvisation au cœur du déroulement de l’examen

Placée sous le sceau de « la réussite pour tous dans un système éducatif de qualité », la rentrée scolaire 2016-2017 est sur le point de tirer sa révérence pour  laisser la place à une nouvelle rentrée scolaire. Cependant, à Cocody, la commune « opulente » de la capitale économique, plusieurs élèves du primaire ont connu, au cours de cette rentrée, une année blanche qui ne dit pas son nom.

La détermination affichée par le ministère au début de la rentrée

On se souvient qu’au début de la rentrée scolaire une « guerre froide » avait opposé Kandia Camara Kamissoko, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement technique et la Formation professionnelle alias championne des réformes en Côte d’Ivoire et le Mouvement des instituteurs pour la défense de leurs droits (MIDD), un syndicat des enseignants du primaire dirigé par Mesmin Komoé. La raison de cette tension, le Secrétaire général du MIDD et ses syndiqués farouchement opposés à la nouvelle réforme de la ministre de l’Education nationale : la réintroduction des cours dans la journée du mercredi, avaient décidé d’initier une grève pour faire plier leur tutelle.  « Mesmin Komoé a décidé qu’il n’y ait pas de cours les mercredis malgré la volonté et le souhait de la majorité des enseignants. Allez dire à Mesmin Komoé que si lui et ses sbires mènent une grève sauvage et illimitée, la riposte sera sauvage et inoubliable pour lui et ses sbires… Trop, c’est trop! S’il mène cette grève, ce sera sa dernière grève au niveau de l’Education nationale », avait violemment riposté et mis en garde la ministre, très en colère, au cours d’une conférence de presse animée, le19/9/16 à son Cabinet. Malgré la détermination inouïe de Kandia Camara à vouloir apporter une amélioration non seulement de la qualité du système éducatif mais des résultats scolaires, la réalité sur le terrain a été tout autre pour les élèves du CE1 de l’Ecole primaire publique (EPP) K. Oestrem sise à la Riviera 3, cité EECI.

Des écoliers privés du savoir durant  toute l’année scolaire

« Mes enfants sont tous grands et j’élève deux enfants orphelins que j’ai fait scolariser à la Riviera. L’un est à la Palmeraie et l’autre à la Riviera 3. Le problème, c’est que mes petits enfants ont été scolarisés dans des écoles publiques et depuis le début de l’année, ils vont à l’école mais il n’y a pas d’enseignant dans leur classe. On fait venir les enfants à l’école pour ne pas qu’ils soient dans la rue. Pour les contenir, de temps en temps quelqu’un vient leur donner des exercices. Et cela dure depuis des mois après la rentrée des classes. Pour celui qui est au CE1, c’est le vigile de leur école qui a eu son Bac l’année passée qui, de temps en temps, donne des cours aux enfants, tellement il a mal au cœur. En fait, c’est une année blanche qui ne dit pas son nom pour nos enfants. Je veux vous dire que c’est dramatique. »

Ce témoignage émouvant, c’est celui d’un parent d’élèves qui s’est confié à « L’Eléphant » le 6/05/17. Après cette déclaration, le pachyderme, se faisant passer pour un parent d’élève auprès du président du Coges de l’EPP K. Oestrem a réussi à glaner de précieuses informations auprès de ce responsable.  « Je me suis d’abord rendu à plusieurs reprises à l’Inspection de l’enseignement primaire parce qu’il n’y avait pas un maître dans mon école. A l’inspection, ils m’ont dit que les jeunes instituteurs que le ministère a recruté ont été tous emmenés au Nord parce qu’ils ont pensé qu’il n’y aura pas de problème à Abidjan. Et aux derniers moments, ils ont constaté qu’il y a des enseignants qui manquent dans des classes parce qu’ils ont passé des concours ou ont voyagé. Chez nous, c’est l’enseignant du CE1 qui manque. J’ai demandé aux inspecteurs: comment on va faire pour rattraper l’année ? Ils m’ont dit qu’ils ont tout fait, il n’y a pas de solution. Ils m’ont donné un second rendez-vous, en attendant de voir ce qu’ils peuvent faire. Quand je suis allé à ce rendez-vous, ils m’ont dit que si les parents d’élèves peuvent réunir une certaine somme d’argent pour trouver quelqu’un qui va venir enseigner les enfants, ils peuvent nous autoriser cela. Comme il restait encore trois mois avant la fin de l’année scolaire, je suis retourné et j’en ai parlé avec la directrice de l’école. C’est ainsi que nous avons convoqué une Assemblée générale extraordinaire pour poser le problème aux parents d’élèves. Ils ont tous donné leur accord pour qu’on trouve un enseignant pour encadrer les élèves du CE1 pour les 3 mois restant.  Pour faire face aux charges de celui-ci, on avait décidé à ce que les parents d’élèves de la classe du CE1 payent la somme de 5.000 francs et les parents d’élèves des autres classes, la somme de 1.000 francs. Malheureusement, l’argent que nous avons réuni n’atteignait même pas 100 mille francs. On a laissé tomber cette solution et je suis allé voir la directrice pour lui demander de voir les autres enseignants pour que chacun aille enseigner de temps en temps les enfants du CE1. C’est ce qu’ils ont fait jusqu’à la composition de fin d’année. Le suivi des enfants n’a pas été ça, compte tenu du fait que les enseignants avaient déjà une classe en charge. Voilà le rôle que j’ai joué pour ne pas que les enfants soient abandonnés », a révélé le président du Coges. Approché en dernière position par « L’Eléphant », le ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement technique et la Formation professionnelle a, par le biais de Kouyaté Abdoulaye, chef de Cabinet de Kandia Camara, réagi face à cette situation. La réaction d’impuissance de ce proche collaborateur de la ministre a énormément affecté le quadrupède face aux lourds préjudices subis par ces pauvres élèves.

Le ministère : « Ce n’est pas le fait du ministère, c’est le fait de l’enseignant. »

Contacté le 15/6 par le pachyderme, Kouyaté Abdoulaye, chef de Cabinet du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement technique et la Formation professionnelle a courageusement, face à ce qui serait perçu comme une tragédie dans certains pays, tenté de dédouaner son ministère pour rejeter la faute sur l’enseignant parti. «D’après ce qu’on sait, l’instituteur, tout le monde le sait, s’est amusé à abandonner sa classe pour aller, je ne sais où, aux Etats-Unis ou au Canada.  Il a mis tout le monde devant le fait accompli. Quand c’est comme cela, que voulez-vous qu’on fasse ? Tous les enseignants sont déjà affectés, quelle classe vous allez délaisser de son enseignant pour aller soulager ces élèves ? C’est déshabiller saint Pierre pour habiller saint Paul. Vous imaginez, qu’est-ce qu’on peut faire dans ce cas-là ? En pleine année scolaire, un enseignant abandonne sa classe pour aller aux Etats-Unis. Qu’est-ce qu’on peut faire si entre temps, tout le monde est affecté ? Si c’est en début d’année solaire, ça peut se comprendre. Si c’est pendant les vacances, on a le temps mais tous les enseignants sont déjà affectés. Et tout le monde sait qu’il y a un besoin criard d’enseignants aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Voilà un peu ce qui est arrivé. Il faut approcher les gens du Coges ou la directrice qui m’ont dit qu’ils étaient obligés de prendre des gens pour encadrer les élèves en attendant la fin de l’année. Sinon, ce n’est pas le fait du ministère, c’est l’inconscience d’un enseignant…Dans tous les corps, il y a des gens qui pensent peut-être qu’en allant dans tel corps, ils peuvent mieux gagner leur vie. Mais quand c’est comme ça, si les gens sont informés, c’est bon. Mais personne n’est informé et il s’en va. On constate qu’il n’est pas là et nous sommes en pleine année scolaire. Il y a des écoles mêmes qui n’ont pas leur effectif en enseignants. Ça, ce n’est pas seulement à Abidjan, c’est partout. A l’intérieur du pays, c’est grave parce qu’il y a des écoles de 6 classes où il n’y a que 3 enseignants. Et puis après, les enseignants qui sont là, on vient intervenir pour dire telle ou telle personne veut venir à Abidjan. Voilà le conflit cornélien auquel on est confronté. Il y a un réel besoin de personnel enseignant. On recrute tous les ans 5.000, 7.000  enseignants mais ça ne suffit pas parce que les écoles poussent au fur et à mesure. Le ministère en construit ( ?), l’Etat en construit mais également les collectivités territoriales en construisent par rapport au besoin qui se présente. Il y a une question de poste budgétaire aussi. Si vous recrutez des enseignants et que vous ne leur donner pas le salaire, vous imaginez  ce que ça peut entrainer. Ils vont se mettre dans les rues pour réclamer leur argent. Donc, ce n’est pas le fait du ministère, c’est le fait de l’enseignant. Voilà ce qu’on a comme information », s’est-il dédouané. Désormais informé de cette situation, voilà les fermes assurances données par Kouyaté Abdoulaye, par ailleurs député de Lakota. « Ne vous en faites pas, comme nous sommes en fin d’année, Dieu merci, on est informé de la situation on va combler ce déficit. On est saisi du problème, il n’y a pas de raison que des enfants aient des enseignants et d’autres n’en aient pas. C’est une question de justice. Nous sommes en fin d’année fort heureusement, les enfants ont fini de passer l’entrée en 6ème ils sont pratiquement en vacance. La rentrée prochaine, on va veiller à ce qu’il ait un enseignant dans cette classe», a-t-il promis. Aux termes de l’article 10 de la nouvelle constitution de 2016 : «L’école est obligatoire pour les enfants des deux sexes, dans les conditions déterminées par la loi. L’Etat et les collectivités publiques assurent l’éducation des enfants. Ils créent les conditions favorables à cette éducation (…)» On est tenté, face à l’aveu d’impuissance de Kouyaté Abdoulaye, de se demander quelle lecture fait le ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement technique et la Formation professionnelle des dispositions de l’article 10 de la loi fondamentale du pays. On dit merci qui?

NOËL KONAN, in L’éléphant déchainé n°554

Laisser un commentaire

Agenda

novembre 2017
D L M M J V S
« Oct    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  

Archives

Directeur de publication Gérant : Guy Tressia

Contact: +225 08322110/40007513

Email: guytressia@gmail.com

Abonnez-vous à africanewsquick par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à africanewsquick et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Rejoignez 11 540 autres abonnés

Retour vers Haut
Optimization WordPress Plugins & Solutions by W3 EDGE