Côte d’Ivoire-Salaires des fonctionnaires, stock des arriérés: Problèmes, au-delà des chiffres

By: Africa Newsquick

Côte d’Ivoire-Salaires des fonctionnaires, stock des arriérés: Problèmes, au-delà des chiffres

Le Président de la République, lors de son adresse à la nation, a mis à nu certains salaires de fonctionnaires ivoiriens. Ce qui, sur les réseaux sociaux, a entrainé un violent débat. Quelle est la réalité?

Des fonctionnaires  ne décolèrent pas, après le discours du chef de l’Etat, le 1er mai dernier. Lequel leur a demandé une trêve sociale, non sans leur reprocher de reprocher des choses:  « (…) J’ai eu des séances de travail avec le Vice-Président qui était Premier Ministre à l’époque des négociations et avec le Premier Ministre Amadou GON COULIBALY. Je note dans le document qui m’a été remis que les syndicats réclament un stock d’arriérés de 249 milliards de FCFA. Selon le calcul fait par les syndicats, ce montant est reparti comme suit : 23 milliards 200 millions de FCFA en 2009, 55 milliards 800 millions de FCFA en 2010, 63 milliards 500 millions de FCFA en 2011, 72,8 milliards de FCFA en 2012 et enfin 34,4 milliards de FCFA en 2013. Sur ce montant de 249,6 milliards de FCFA, 168,8 milliards sont au titre de l’éducation et de la formation, 25,3 milliards de FCFA au titre de l’enseignement supérieur, 28,8 milliards de FCFA au titre de la santé, 7,5 milliards au titre de la justice, 5,5 milliards de FCFA au titre de l’Economie et les Finances, 1,3 milliards de FCFA au titre de l’Environnement et des Eaux et Forêts, 2,5 milliards de FCFA au titre du Transport, des Affaires maritimes et portuaires. J’ai demandé qu’on me fasse un point rigoureux sur cette question. Je me souviens que lors d’un Conseil des Ministres à Yamoussoukro, j’avais donné mon accord pour la revalorisation des salaires en demandant que nous ayons des augmentations de salaires tous les deux ou trois ans comme cela se fait dans les grands pays. J’avais estimé que le fait de bloquer les salaires pendant 25 ans n’était pas tolérable et qu’il fallait trouver une formule pour éviter que cela ne se reproduise à l’avenir. Les Ministres qui se sont succédé m’ont indiqué que les responsables syndicaux d’alors étaient totalement informés et que cette situation valait pour solde de tout compte. Il est important que cette question soit clarifiée ; j’ai demandé au Vice-Président d’être avec le Premier Ministre et les membres du Gouvernement pour que nous puissions avoir tous les éléments sur cette question et connaître les décisions qui ont été prises de part et d’autres. Je demande que les discussions se poursuivent entre les centrales syndicales et le Gouvernement en vue de me remettre les conclusions pour la fin du mois de juillet au plus tard. Ceci étant, je demande que les discussions se poursuivent entre les centrales syndicales et le Gouvernement en vue de me remettre les conclusions pour la fin du mois de juillet au plus tard.»  A dit le président. Le président voulait une trêve là où les fonctionnaires voulaient du « concret ». Comme si cela ne suffisait, le président les a mis dans l’embarras en révélant des salaires perçus ou présumés perçus par ces derniers : «Le SMIG a pratiquement doublé, passant de 36 000 FCFA à 60 000 FCFA par mois. Après 25 ans de blocage, les fonctionnaires ont vu leur salaire débloqué en 2014. Les agents techniques de la santé ont eu une augmentation de leur salaire moyen mensuel qui est passé de 222 000 FCFA en 2011 à 375 000 FCFA en 2016. Le salaire moyen mensuel des cadres de la santé est passé de 450 000 FCFA en 2011 à 775 000 FCFA en 2016. Les enseignants du primaire ont vu leur salaire moyen mensuel augmenter de 264 000 FCFA en 2011 à 390 000 FCFA ; ceux du secondaire de 419 000 FCFA à 511 000 FCFA en 2016. Ce sont les salaires les plus élevés de toute la sous-région. Au niveau des enseignants du supérieur, le salaire moyen mensuel est passé de 798 000 FCFA en 2011 à 1 100 000 FCFA en 2016.»  Les montants donnés sont-ils rigoureusement exacts?  Exa Si ce que dit notre Président dans ces lignes est ce qui se passe pour tous les fonctionnaires ivoiriens, c’est que l’eau et le miel coulent déjà en ces 322.462 kilomètres carrés, comme il l’était jadis, à Canaan! Notre président aurait, paraît-il, pris le quantum  du salaire de certains fonctionnaires après le déblocage des salaires, pour le communiquer à la nation. Mais faut-il le rappeler à ce niveau précis, les fonctionnaires concernés par ces salaires confortables n’ont pu l’acquérir qu’après au moins 20 ans de service. En effet, après le blocage des avancements, personne n’avait vu son salaire croître. Un enseignant (qu’on dit les mieux payés de la Fonction publique qu’il soit du primaire ou du secondaire) commence avec 320 mille FCFA maximum pour le secondaire et 220000 maximum pour le primaire, rien à voir   avec les 500 mille FCFA annoncés par notre Président. Ce n’est qu’après 15 à 20 ans de service (avec 10 avancements à raison de 20000FCFA environ par avancement selon le grade et la catégorie donc 200.000 FCFA) qu’il peut se retrouver à 500.000 FCFA. Où notre Président parle-t-il d’un enseignant débutant, ou d’un aguerri ou émergent, ayant au moins 20 ans de service?  Le Président pourrait aussi parler du salaire brut, en dehors de toutes les ponctions. Mais là encore, un enseignant qui débute (peut-importe le grade qui ne peut excéder le grade A4) ne peut jamais dépasser 500.000 FCFA. Il a un salaire qui est compris entre 200 et 350.000 FCFA, lorsque toutes les ponctions interviennent et quand toutes les bonifications sont intervenues, il ne pourrait dépasser la somme de 400.000 FCFA pour le secondaire et 300.000 FCFA pour le primaire (selon qu’il ait des enfants et soit marié, auquel cas les allocations augmentent et les impôts diminuent, et font croître son salaire).

Mais, il reste un ultime argument, qui pourrait donner de la poigne à la communication de notre président; c’est le cas où le salaire donné est le salaire moyen de la corporation concernée. Il s’agirait donc de collecter tous les salaires de la fonction concernée, et le diviser par le nombre d’individus. Ainsi lorsqu’on ferait la moyenne rapporte notre Président, le salaire des techniciens de la santé passe de 222 000 FCFA en 2011 à 375 000 FCFA en 2016, le salaire moyen mensuel des cadres de la santé est passé de 450 000 FCFA en 2011 à 775 000 FCFA en 2016, celui des enseignants du primaire  de 264 000 FCFA en 2011 à 390 000 FCFA ; ceux du secondaire de 419 000 FCFA à 511 000 FCFA en 2016 ; au niveau des enseignants du supérieur, le salaire moyen mensuel est passé de 798 000 FCFA en 2011 à 1 100 000 FCFA en 2016. Soit! Mais sa majesté oublie donc de mentionner que lorsqu’on parle du salaire d’une corporation, on parle de ce qu’on y reçoit, à partir de la porte d’entrée dans cette corporation. Lorsqu’un individu postule à un concours de la Fonction publique en tant que fonctionnaire, ce n’est pas en vertu du salaire qu’il aura dans 20 ans et sur lequel communiquent nos autorités, mais le tout premier salaire en tant que nouveau de ladite corporation. Ainsi un technicien de la santé toucherait 222000 FCFA, un cadre de la santé 450.000 FCFA, un enseignant du primaire 264.000FCFA, et celui du secondaire 419.000 FCFA, celui du supérieur, 798000 FCFA…Des salaires qui ne sont même pas perçus par ces fonctionnaires, parce qu’en pareille circonstance, même si notre président a quelque part raison, c’est le salaire brut, et non le net perçu au sortir des banques, à la fin du mois. Ce qui change tout….

 

Il faut des solutions pour les travailleurs et les Ivoiriens

Les travailleurs et partant fonctionnaires ivoiriens, s’attendent à ce que le coût de la vie puisse réellement baisser. Les enseignants- puisqu’ils ont été assez indexés par l’empereur- n’ont que 40OOO FCFA pour les A3 et 46OOOFCFA comme indemnité de logement pour les A4, et 7OOO FCFA par mois par fonctionnaire et donc par enseignant, comme indemnité de transport. Avec le coût du transport et le coût du logement qui flambe, allez-y savoir quelque chose! 7OOO FCFA par mois, alors qu’il suffit d’être à Abidjan pour se rendre compte qu’en une seule journée, vous avez déjà dépensé la moitié. 46OOO FCFA maximum pour le logement, quand une deux chambres salon oscille entre 1OO et 25OOOO FCFA à Abidjan, selon les quartiers. Une loi sur la baisse des coûts du loyer a été prise, mais dans un pays ultra libéral comme le nôtre et où ceux qui sont au sommet possèdent la plupart des immeubles qui sortent de terre dans le pays – et qui sont loués aux fonctionnaires et travailleurs à qui ils demandent à bon droit d’apaiser le front social – c’est sûr que le coût du logement baissera avant l’émergence, n’est-ce pas? Si les fonctionnaires et par-delà les enseignants ont vraiment cette manne financière dont parle notre Président, certains de nos ministres n’auraient jamais été des syndicalistes et politiciens chevronnés, jusqu’à ce qu’ils soient nommés, et auraient préféré demeurer à leurs postes respectifs.  Si les fonctionnaires étaient aussi bien rémunérés, ils ne feraient pas tout pour se faire muter dans des secteurs ou postes ministériels ou administratifs, avec des primes en surplus. Notre gouvernement a bien vite oublié que c’est le social qui attise le front social, et non l’omerta.

Du stock des arriérés

Eh bien comme notre Président l’a si bien indiqué que les fonctionnaires roulent carrosse et revendiquent, il faille bien qu’ils perçoivent leur stock d’arriérés, pour pouvoir au moins dans leur majorité tendre vers les salaires mirobolants brandis. Loin de garantir ce paiement, de le différer ou de trouver une solution définitive à ce chiendent, notre Président rappelle les acquis des fonctionnaires : «Le Gouvernement a décidé de réintroduire dans le système de gestion des pensions publiques des fonctionnaires et agents de l’Etat :

(i) la majoration pour famille nombreuse ; (ii) les allocations familiales ;  (iii) la pension de conjoint survivant avec effet immédiat ;(iv) le retour au dernier traitement indiciaire pour le calcul de la pension de retraite ; (v) le paiement du capital décès. Je viens de prendre une ordonnance concernant ces points ;- Le second point d’accord concerne, pour les emplois ne bénéficiant pas d’une grille particulière, la prise en compte respectivement de 150 points d’indice pour les fonctionnaires des catégories A et B et de 100 points d’indice pour les fonctionnaires de catégorie C. Le décret sera adopté lors d’un prochain Conseil des Ministres avec prise d’effet à partir de janvier 2018;- Le troisième point d’accord porte sur la levée de l’interdiction des précomptes syndicaux ;- Le quatrième point d’accord concerne l’intégration des agents journaliers dans le cadre du processus de traitement en cours des 1800 agents restant sur la période 2017-2018 ; »

Par ici, les fruits de la croissance.

KONE ADAMA, in L’Eléphant déchainé n°542

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