Hôpital Général de Toumodi : Des génériques, une tumeur et des morts…Mais que fait Raymonde Goudou-Coffie?

By: Africa Newsquick

Raymonde Gougou

Dans une de ses parutions d’août dernier, «L’Eléphant» avait décrit les péripéties d’un parcours imposé à des parents de malades en quête de poches de sang pour sauver des vies. A l’hôpital général de Toumodi. Promettant revenir sur le sujet dans un dossier digne de ce nom, pour éclairer les lanternes des uns et des autres, populations et autorités ivoiriennes, sur cet hôpital dont les nombreux exploits sont bien connus du ministère de la Santé, sans suite ! Chose promise…

 

Les médecins exerçant à l’intérieur sont-ils des vauriens ?

Les soupçons d’existence de grands écarts dans la qualité des soins offerts aux personnes qui vivent dans les petites villes et campagnes de l’intérieur de la Côte d’Ivoire comparativement à ceux que reçoivent les malades des grands hôpitaux d’Abidjan et d’autres grandes villes ont été affermis par ce que « L’Eléphant » a entendu se raconter à travers des portes de bureaux de grands spécialistes du domaine de la santé. « Prions Dieu que ce ne soit pas vrai ! », tel serait le vœu d’un humaniste…

Il est clair qu’il faille s’intéresser à un domaine pour y découvrir des choses, des bonnes et des moins bonnes bien sûr. Mais pour un domaine aussi sensible que délicat comme la médecine, où la moindre erreur commise dans un diagnostique, la moindre incorrection dans une prescription – comme une omission dans une intervention chirurgicale – peut s’avérer fatale pour le malade, il faut éviter de laisser prospérer certaines rumeurs ou soupçons d’informations. C’est que, selon nos sources, c’est un secret de polichinelle entretenu dans certains cercles bien fermés du monde médical ivoirien, depuis plusieurs années ; comme le secret professionnel des médecins ! Cette information est-elle sue au plus haut sommet ? Question transmise à Allah Kouadio Rémy et Raymonde Goudou-Coffie. Les deux derniers ministres de la Santé de ce pays, qui ont Toumodi comme une ville d’attache. Cette révélation : « Nos collègues médecins de l’intérieur-là ! Surtout ceux de Toumodi-là, hum ! On ne sait vraiment pas ce qui se passe là-bas… De tous les cas que nous recevons ici (au Chu de Cocody, Ndlr), et qui viennent de l’intérieur, pour toute la Côte d’Ivoire, les plus graves sont ceux qui viennent de Toumodi.» Ah bon ! Alors que le quadrupède cogitait sur les raisons qui pourraient sous-tendre une telle information, un autre médecin ajoute : « Ce sont les vauriens de la Faculté de Médecine qu’on envoie à l’intérieur. C’est comme ça.»

 

De mauvaises prescriptions débouchent sur une tumeur…

Monsieur K.L. a accompagné son fils Yannick à l’Hôpital Général de Toumodi où « les gens prescrivaient des médicaments, ils prescrivaient… ils prescrivaient…mais les résultats ne suivaient pas », se lamente-t-il. En effet, pendant deux ans, chaque fois que Yannick, le fils de KL n’était pas au mieux de sa forme et qu’il a été conduit à l’Hôpital Général de Toumodi, le médecin qui le recevait lui prescrivait des médicaments ; mais l’état de santé de l’enfant ne semblait enregistrer aucune évolution notable. Se demandant pourquoi malgré tous ces médicaments administrés, la santé de son bambin ne s’améliorait pas, KL décide d’être désormais un peu plus regardant sur les prescriptions. En lisant les notices, il découvre que des médicaments destinés à des personnes un peu plus âgées voire adultes étaient prescrits et administrés à Yannick qui avait à peine 6 ans.

Ecoutons-le : « L’enfant prenait les médicaments mais ça n’allait pas. Au contraire, les médicaments semblaient le fatiguer davantage. On ne comprenait pas. Alors, moi-même, un jour en lisant la notice d’un des médicaments prescrits par les gens de Toumodi, je me suis aussi étonné de ce que ce médicament était destiné à une personne largement plus âgée que mon fils. Je suis allé, je le leur ai signalé mais ils ont sorti cette explication extraordinaire ». Au père de l’enfant malade, Dr…a dit : « C’est un médicament générique, donc il faut que la dose soit un peu plus ; parce que sinon ça n’aura pas l’effet escompté sur le malade. Avec les médicaments génériques, c’est comme ça ; si tu prends juste ce qu’il faut, ça n’a pas d’effets… » Et le père de préciser : « C’est comme ça qu’ils m’ont un peu convaincu à continuer le traitement administré au petit. » Pendant deux ans, des médecins de l’Hôpital Général de Toumodi ont, à travers leurs prescriptions,  soumis l’enfant à une véritable intoxication médicamenteuse. Deux années durant, à faire avaler à un garçonnet d’à peine 6 ans, des comprimés, des gélules et ampoules, des sirops destinés à des personnes plus âgées que lui… Prescrire donc pendant deux ans à un enfant des molécules et des injections trop fortes et non adaptées ! Résultat ? Une tumeur au foie « offerte » à un petit garçon dont le père voulait qu’il soit guéri de ses petits bobos qui l’empêchaient d’être régulier à l’école. Bravo, on ne peut mieux faire !

 

La découverte de la tumeur…et 11 millions pour en guérir

Après cette ténébreuse explication de notre docteur « Dr…générique » et loin d’en être en réalité convaincu, le père rentrera à la maison, l’esprit complètement troublé. Peu de temps après, KL accompagne Yannick à l’hôpital pour une visite. Ce jour-là, ils sont reçus non pas par « Dr… générique », mais par un autre médecin, Dr K. Ce dernier, jetant un coup d’œil sérieux dans le carnet de santé de l’enfant, n’en revenait vraiment pas. Immédiatement, il appelle le premier médecin de l’enfant, « Dr… générique », dans son bureau et loin des oreilles indiscrètes du père. Les deux médecins ont une discussion très chaude. Il appelle ensuite tous les infirmiers, infirmières et autres filles de salle pour une autre réunion des plus houleuses. Qu’est-ce qui, dans le carnet de l’enfant, a pu bien mettre autant en colère le second médecin ? Dr K. fait à nouveau venir le père de l’enfant dans son bureau. Il lui demande d’arrêter immédiatement le traitement en cours et donne une nouvelle prescription. Mieux, il sort de son porte-monnaie de l’argent pour l’achat des nouveaux médicaments. KL n’en finissait pas de s’interroger : « (…) Je me demandais donc ce qui a pu bien se passer pour que ce médecin réagisse ainsi. Qu’est-ce qui se passait pour la santé de mon fils ? Et c’est de là-bas que je suis allé à Yamoussoukro.» Et c’est à Yamoussoukro que les résultats de l’examen ont révélé que l’enfant a une tumeur au foie. « En cherchant les causes de cette tumeur, on s’est rendu compte que c’est dû aux mauvaises prescriptions que l’enfant a reçues pendant deux ans à l’Hôpital Général de Toumodi ». A-t-il conclu.

Traumatisé, le père regarde désormais de très loin l’Hôpital Général de Toumodi où les gens sont plutôt préoccupés à soutirer l’espèce sonnante et trébuchante aux malades et à leurs parents qui y arrivent qu’à soigner et sauver des vies. Est-ce par incompétence ou par une trop grande liberté qu’ils s’offrent en considérant que tout leur est permis? On ne sait trop… Grâce donc à la perspicacité de Dr K, on a pu découvrir à Yamoussoukro, après des examens appropriés, la tumeur que les deux années de prescriptions « surdosées » ont imputée au petit Yannick. Ce cancer à lui fait cadeau à l’Hôpital Général de Toumodi aux frais (oh combien de fois salés !) de son père qui pensait être en train de soigner son fils n’est qu’à son début. Vu donc son jeune âge, il y a de fortes chances qu’il en soit guéri. Le coût du traitement ? Environ 11 millions de francs CFA. Par ces temps qui courent et après deux ans passés à payer des médicaments tous les jours, ce n’est vraiment pas évident ! Heureusement, une âme généreuse a pris entièrement en charge le traitement de Yannick.

Il faut dire que dans cette région où la politique politicienne et malsaine fait rage, où certains cadres résument malencontreusement les relations humaines aux théories du genre « celui qui n’est pas avec moi est contre moi », on a vite fait d’interpréter le soutien apporté au père de Yannick comme une défiance, voire un affront. Mais pour KL, les choses sont clairement mises : « La seule chose que je veux, ma seule préoccupation ou motivation, c’est la santé et la vie de mon enfant. Je ne mène pas de débat politique. Je veux que mon fils, très bon à l’école de par ses résultats, soit guéri ; qu’il soit sauvé. La vie de mon fils est donc la seule motivation qui m’a poussé à solliciter l’aide cet homme de cœur qui n’a pas hésité à me l’accordée entièrement. » N’en déplaise à qui veut !  En effet, certains cadres politiques de la région ont reproché au père du garçonnet d’avoir tendu la main à leur adversaire politique pour soigner son enfant de son cancer, lequel a magnanimement accepté. Alors que ces derniers n’avaient pas osé lever le petit doigt devant une âme juvénile mourante…

 

Quelques exploits de l’hôpital de Toumodi

Voici résumés comme suit, quelques exploits de l’hôpital de Toumodi dont on dit avoir procédé au « relèvement du plateau technique : 05 ambulances ; 30 lits ; 50 matelas… » (« AIP » 12/12/13). De mi-juillet à mi-août de cette année, l’on a enregistré d’effrayantes et curieuses petites choses dans le village d’Ahérémou1. En effet, six enfants dont l’âge varie entre un et six ans y sont morts, tous. S’ils ont en commun au moins une chose, c’est d’être tous passés par la Pédiatrie et autres services de l’Hôpital Général de Toumodi.  Un autre témoignage en provenance d’un autre village : Dans le courant de la semaine du 10 au 16 septembre, deux femmes malades, parties du village de Pacobo, ont été inhumées le samedi 11 octobre et le samedi 18 octobre dernier. Mais ce n’est pas tout ! Le corps du chef du village d’Asouvouêh, village de l’épouse de notre Premier ministre, est encore à la morgue de cet hôpital.

Tiens, on oubliait, un dernier : Un homme devrait se faire opérer à Toumodi. Mais coutons-le : « Le jour indiqué pour l’opération, nous étions une dizaine de malades qu’ils devraient opérer. Je devais aller en sixième position au bloc opératoire. A partir de la salle où nous étions couchés, ils ont fait partir l’un après l’autre les cinq premiers. Et nous avons appris que sur les cinq malades partis au bloc opératoire, trois qui n’étaient pas revenus dans notre salle d’hospitalisation n’ont pas survécu à l’opération. Quand ils ont fini le cinquième est n’est pas non plus revenu, ils sont venus me dire que c’est mon tour. Moi j’ai refusé de me faire opérer ce jour-là. J’ai dit non et j’ai demandé à  mes parents de faire venir mon épouse et mes enfants afin que je les regarde une dernière fois, et leur fasse mes adieux avant de rentrer au bloc opératoire. Dieu merci, ça s’est bien passé pour moi. »  Avant d’ajouter : « On ne sait pas ce qui se passe dans notre hôpital ici, mais on a fini par constater depuis un certain temps que lorsque quelqu’un est malade et qu’il est conduit à l’hôpital de Toumodi, ce n’est pas sûr qu’il reparte chez lui guéri. Comment eux, ils soignent et puis on meurt comme ça là ? ». Question transmise à Raymonde Goudou-Coffie et Allah Kouadio Rémy, de la part de leurs parents… !

 

 « L’Eléphant » veut se déchaîner contre nous ? »

« L’Eléphant », dans son souci d’équilibre de l’information, a réussi à joindre au téléphone, le directeur de l’Hôpital Général de Toumodi. Et s’y est rendu. Dr Koffi reprend la parole : « (…) Comme à cause du droit de réserve, il faut se référer à la hiérarchie qui est le district sanitaire, et qu’on ne peut pas échanger avec un organe de presse sans que le district ne soit informé, j’ai donc voulu qu’on vienne ici (au bureau du DD, NDLR) pour savoir si on peut donner plus de précisions par rapport à ses préoccupations, pour savoir si on peut dire quelque chose. »

« L’Eléphant », précise qu’il s’agit du fonctionnement mais surtout les échos des résultats de cet hôpital parvenus à ses oreilles. Et tout de suite la première question : «Dans le domaine de la santé, il se dit à Abidjan que les cas de malades les plus graves en provenance de l’intérieur pour toute la Côte d’Ivoire qui arrivent dans les CHU viennent de Toumodi

Ab bout de 7 minutes d’attente, Dr Koffi qui se charge de transmettre le message : « Bon, Monsieur…, voilà la consigne que le DD m’a donnée. Il dit qu’effectivement, vous êtes un représentant d’un organe de presse. Mais au niveau du ministère de la Santé aussi, il y a un service de Communication dont le responsable est M. Akoto. Donc pour que nous, on puisse vous parler et répondre à certaines préoccupations, il faudrait que vous nous présentiez le papier que vous avez l’autorisation du service de Communication du ministère. Donc s’il n’y a pas de papier, il ne peut pas nous autoriser à s’adresser à vous. » « L’Eléphant » a pris acte et remercié ses hôtes pour leur disponibilité, avant de prendre congé d’eux. Non sans avoir signalé qu’il avait un certain nombre de préoccupations et questions restées dans la trompe…    Mais comme « L’Eléphant » se souvient des propos de notre ministre de la Santé sur RFI et qu’elle est très prise aujourd’hui par cet emmerdeur d’Ebola, nous n’avons pas jugé nécessaire de la déranger. Ni elle ni son service de communication qui a aussi sa hiérarchie. Et sa hiérarchie qui a aussi sa hiérarchie.

 

Thierry Lees 

 

 

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