Revendications sociales : Après les fonctionnaires, le gouvernement fera-t-il grève ?

By: Africa Newsquick

Revendications sociales : Après les fonctionnaires, le gouvernement fera-t-il grève ?

La grève des fonctionnaires dure bientôt trois semaines. Avec des positions qui semblent se radicaliser davantage. La suite ?

Les fonctionnaires ivoiriens à travers la plateforme nationale des organisations professionnelles du secteur public de Côte d’Ivoire et l’intersyndicale des fonctionnaires de Côte d’Ivoire (IFCI) ont décidé de débrayer depuis le 9/1, demandant l’augmentation de leur indice (une augmentation de salaire en quelque sorte) d’un montant global de 21 milliards de FCFA; le paiement d’arriérés de primes soit 249 milliards de FCFA globalement ; et le retrait de la réforme de retraite adoptée à travers une ordonnance de 2012 faisant passer l’âge de la retraite de 55 à 60 ans (voire 65 ans pour les grades les plus élevés) et les cotisations augmentant de 6 à 8,33% du salaire alors que les pensions ont été réduites de 30 à 50%. Le gouvernement avait observé un mutisme patent, jusqu’à y accorder une oreille attentive, après la formation du nouveau gouvernement. Les fonctionnaires n’avaient pas d’armes pour se faire entendre? C’est qu’entre temps, des mutins membres de l’armée (8500 pour être exact) se sont soulevés dans les casernes, et ont obtenu du gouvernement la ferme promesse de paiement d’une somme promise de 12 millions de FCFA- 5 millions de FCFA ayant déjà été versés, et le reste à échelonner sur les mois à venir. Là,  les fonctionnaires ivoiriens se sont sentis outrés (et pourquoi ?) et ont rejeté du revers de la main les points obtenus après discussions avec les autorités. En effet, ils avaient eu gain de cause relativement à la réforme de la retraite qui devait être purement et simplement retirée avec les allocations familiales de retour sans oublier l’intégration progressive des agents journaliers qui devrait être effective en 2018, et en prime, un blocus sur les autres points relatifs aux 370 milliards de FCFA pour le stock d’arriérés et la bonification indiciaire. Du deux poids deux mesures? Question transmise au gouvernement… Mais depuis lors jusqu’à ce jour, plusieurs évènements interviendront dans ce mouvement, confortant les deux parties dans leur position.

La volte-face des fonctionnaires?

Le 22/1 toute la nation ivoirienne avait poussé un ouf de soulagement. Parce que la Radiotélévision ivoirienne (RTI) qui avait couvert à sa façon ces mouvements, s’est empressée de montrer les leaders syndicaux de l’Intersyndicale des fonctionnaires de Côte d’Ivoire annonçant la fin de la grève. Le calumet de la paix venait d’être fumé. En partie, puisque le lendemain, force est de constater la radicalisation de cette grève, les fonctionnaires restant terrés chez eux où ailleurs, autre que dans leurs lieux de travail respectifs, les administrations restant fermées.   Des rumeurs persistantes font alors état de ce que l’accord amiable de reprise aurait été extorqué sous fond de menace, que certains syndicalistes contrediront, d’ailleurs. La base de ces syndicalistes, comme pour jeter de la grève sur le front social, ne veut en tenir compte et évoque le parallélisme des formes pour arrêter la grève, cette dernière ayant été décidée en assemblée générale. Le front social dès lors, n’est pas serein; surtout que sporadiquement, des factions de l’armée expriment des mécontentements. Emmenant le Rassemblement des républicains au pouvoir, à se demander la raison réelle de cette grève des fonctionnaires. Mais les fonctionnaires eux, n’en ont cure et veulent faire mordre la poussière à ce gouvernement pour l’obliger à appliquer des acquis formellement obtenus et signés sous l’ancien régime qu’il se rechigne à mettre en œuvre, alors qu’il n’a pas daigné faire suite à des revendications exprimées par des mutins et qui elles, souffriraient de légalité et de légitimité. Avec comme motif que ces primes à reverser aux mutins auraient été décidées lors des accords de Ouagadougou obtenus au forceps par l’ex-rébellion sous le régime de l’intrépide Gbagbo. Bonne opportunité ou légalité de contenter les mutins bardés d’armes qui n’ont eu de cesse de tonner aux quatre coins du pays, c’est au pouvoir d’apprécier, non! Et malgré les appels à la reprise, les fonctionnaires -dont bon nombre d’enseignants-continuent de faire la sourde oreille.

Les négociations de la dernière chance

De négociations par personnes interposées à approches en catimini, un dernier round est prévu avec le ministre de la Fonction publique le 24/1, à son cabinet. Malheureusement la plate-forme des syndicats grévistes posera un préalable tenant à la présence lors de ces pourparlers d’un syndicat qu’ils jugent de patibulaire pour n’avoir été créé que le 25/12, et qui serait composé d’affidés du pouvoir ; c’est que Kangouté  Fofana Maimouna, responsable de la coordination des syndicats de la fonction publique (Cosyfop) non signataire de la grève donc considérée comme une intruse, était présente à la table de séance. Pour si peu? Mais le lendemain 25/1, rendez-vous est pris toujours sous l’arbre à palabres de Pascal Abinan Kouakou, ministre de la Fonction publique. Là encore, les grévistes apprendront que le gouvernement ne peut faire mieux, et reste sur les acquis déjà obtenus, tout en les appelant à la reprise à la reprise, en attendant le forum social prévu pour se tenir dans un mois, précisément. Ce qui apparemment n’aurait pas obtenu séance tenante, l’assentiment des grévistes.

Menaces de parts et d’autres

Les fonctionnaires on le sait, ont brandi le bâton depuis le début. Le gouvernement quant à lui, avait opté pour trois solutions, graduelles allant de la carotte au bâton, en passant par la menace. En effet tout d’abord il y’a eu des négociations qui ont buté sur le mur de l’arrêt de travail. Ensuite le positionnement des virements de la fin du mois de février, puis le retrait et le blocage de ces virements, auprès des banques respectives. C’est que le non positionnement de leur salaire pourrait faire réfléchir plus d’un gréviste, et lui ôter l’envie de rester chez lui autre qu’à son poste, le ventre creux. Finalement, c’est le bâton, qui est brandi vertement. Lors du Conseil des ministres du 25/1, «le gouvernement ivoirien a appelé mercredi les fonctionnaires, en grève depuis le 9 janvier, à mettre fin à leur mouvement, menaçant de le déclarer « illégal » et de prendre des mesures appropriées…Les absences au poste de travail particulièrement dans les secteurs de l’éducation seront illégales…Le gouvernement demande à tout le monde de reprendre le travail (…) si le travail n’est pas repris, le gouvernement prendra acte de la rupture des négociations et ramènera toutes les parties aux textes de loi… Le gouvernement « est à la limite de ce qui peut être fait». («AFP», 25/1). Et les ponctions sont vite faites, conformément à l’article 8 de la loi n° 92-571 du 11 septembre 1992 relative aux modalités de la grève dans les services publics qui stipule que «l’absence de service fait, par suite d’une cessation concertée du travail entraîne une réduction proportionnelle du traitement ou salaire et de ses compléments, autres que les prestations familiales. Quel que soit le mode de rémunération, la cessation du travail pendant une durée inférieure à une journée de travail donne lieu à une retenue égale à la rémunération afférente à cette journée.» Théodore GnagnaZadi, président de la plateforme qui regroupe une cinquantaine de syndicats de fonctionnaires, ne devrait donc pas rêver à être reçu par le Président ou à moindre degré, le vice-président. Le nouveau premier ministre Amadou Gon  Coulibaly et AbinanPasacal, ont déjà exprimé le va-tout du gouvernement qui malgré sa débonnaire mansuétude, ne peut faire mieux!  GnagnaZadi devrait plutôt lui et ses pairs fonctionnaires, savoir que pour le gouvernement dès la déclaration de la fin de la grève tout devait être fini et le travail repris; il n’a cure des procédures syndicales de ces petits fonctionnaires qui ne se sont pas tenus à ces déclarations, et exigeaient une assemblée générale…Visiblement ni le gouvernement- qui est désormais prêt à tout- ni les fonctionnaires ne devraient aller à Canossa pour se prosterner devant la paix sociale, nos autorités ayant décidé d’entrer en grève, tout comme les fonctionnaires. Tous à vos paris, pour voir la fin de ce palpitant feuilleton!

L’Eléphant déchaîné n°515

Laisser un commentaire

Agenda

novembre 2017
D L M M J V S
« Oct    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  

Archives

Directeur de publication Gérant : Guy Tressia

Contact: +225 08322110/40007513

Email: guytressia@gmail.com

Abonnez-vous à africanewsquick par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à africanewsquick et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Rejoignez 11 528 autres abonnés

Retour vers Haut
Optimization WordPress Plugins & Solutions by W3 EDGE