Côte d’Ivoire: La petite corruption, le véritable fléau

By: Africa Newsquick

Corruption-SNRCCôte d’Ivoire: La petite corruption, le véritable fléau

Un billet de 1000 FCFA glissé à un policier parce qu’on est en infraction et qu’on ne veut pas ou on n’a pas le temps de payer une contravention. Une pièce de 500 FCFA donnée discrètement au vigile d’une banque pour être servi avant tout le monde parce qu’on ne peut pas attendre. Un billet de 2 000 FCFA tendu à l’infirmier d’un centre de santé public parce qu’on a besoin d’un certificat médical dans les plus brefs délais pour justifier une absence au bureau. Une bouteille de vin envoyée au maître d’école qui, reconnaissant, accordera une attention particulière à l’enfant de l’offrant… Peu d’Africains en général et de Camerounais en particulier peuvent se vanter de n’avoir jamais commis ce type d’actes. Ils font partie de notre quotidien, et l’habitude en a fait une ʺnormeʺ. Ils ne choquent personne: ceux qui peuvent «payer» reçoivent les meilleurs services, et ceux qui n’ont pas les moyens attendent sagement qu’on daigne s’occuper d’eux. La «petite» corruption s’est installée dans nos vies.

 

Les véritables causes de la petite corruption ne sont pas abordées: La situation de précarité de certains agents publics et le manque d’intégrité.

La petite corruption est celle qui n’est à l’origine d’aucun scandale, elle ne fait pas la «Une» des journaux et n’entraîne que très rarement des arrestations et/ou des condamnations. Elle peut difficilement être prouvée, car elle ne laisse aucune trace. Elle n’enrichit pas, elle permet de subvenir à des besoins ponctuels: des frais de transport, un repas, l’achat du crédit téléphonique… Cette forme de corruption est selon nous la plus dangereuse; car elle mine absolument tous les secteurs, en majorité les services publics, et la gravité de ses conséquences est sans pareille. Pour ne se référer qu’aux exemples cités précédemment, le conducteur qui a échappé à cette contravention que lui aurait value son infraction n’aura pas appris sa leçon et causera certainement un accident qui coûtera peut-être des vies. Le vigile qui fait passer certaines personnes avant les autres ne se soucie pas des personnes âgées qui ont la priorité parce que trop faibles pour attendre longtemps. L’infirmier qui a accepté le billet de 2 000 FCFA ne se précipitera pas vers le petit garçon qui a besoin de soins immédiats et qui finira peut-être par mourir. L’enseignant privilégiera l’enfant dont les parents se sont montrés généreux et lui ont offert des cadeaux. Nous entendons beaucoup parler de lutte contre la corruption, d’arrestations, de sentinelles et de mécanismes divers et compliqués mis en œuvre pour l’éradiquer, pourtant elle ne recule presque pas. Pourquoi? Tout simplement parce que la petite corruption est combattue avec des armes inappropriées. Les véritables causes ne sont pas abordées: la situation de précarité de certains agents publics et le manque d’intégrité.

 

Les cours de morale et d’éducation à la citoyenneté qui étaient dispensés dans les écoles primaires n’existent plus depuis près de 20 ans. La dépravation des mœurs dans tous les domaines est montée en flèche depuis lors.

La pauvreté est la principale cause de la petite corruption. La preuve en est que les sommes d’argent impliquées sont généralement dérisoires, elles sont rarement supérieures à 10 000 FCFA. Il n’est possible de mettre son emploi, son gagne-pain et celui de sa famille en péril pour une pièce de 500 FCFA, que si on en a vraiment besoin. L’Homme ne naît pas intègre, il le devient. Tout comme l’honnêteté et l’empathie, l’intégrité s’acquiert par l’éducation. Nos systèmes éducatifs sont défaillants. La formation des éducateurs laisse à désirer, tout autant que les programmes scolaires. Les leçons de morale et de civisme sont écartées au profit de leçons plus «rentables» sur le long terme, celles qui permettent d’acquérir les connaissances qui feront de l’enfant un employé compétent. Face à un parent dans le besoin qui finit par accepter d’être corrompu ou de corrompre, et un enseignant qui ne se soucie pas de l’éducation morale et civique de l’élève, les jeunes générations ne sont exposées qu’à la pérennisation de ce qui est devenu une tradition. La lutte contre la corruption implique obligatoirement des moyens efficaces de lutte contre la pauvreté. Dans le domaine public, cette bataille doit s’effectuer à grande et à petite échelle. À grande échelle, une revalorisation des salaires est absolument nécessaire. Les travailleurs publics perçoivent généralement des salaires de misère et n’arrivent pas à joindre les deux bouts. À petite échelle, l’octroi d’avantages est important. Des avantages tels que des tickets repas peuvent sembler dérisoires, mais ils ont leur utilité.

 

L’intégration d’un module d’éducation civique dans tous les programmes de formation aux métiers du secteur tant public que privé éveillerait non seulement une conscience citoyenne, mais également le sens du devoir et le sentiment de satisfaction dans le fait de rendre service à l’autre.

Cette lutte implique également une révision des programmes éducatifs. Au Cameroun à titre d’exemple, les cours de morale et d’éducation à la citoyenneté qui étaient dispensés dans les écoles primaires n’existent plus depuis près de 20 ans. La dépravation des mœurs dans tous les domaines est montée en flèche depuis lors. Les deux faits ne sont peut-être pas liés, mais la coïncidence pousse à se poser des questions. Une bonne éducation à la citoyenneté et l’intégration d’un module d’éducation civique dans tous les programmes de formation aux métiers du secteur tant public que privé éveilleraient non seulement une conscience citoyenne, mais également le sens du devoir et le sentiment de satisfaction dans le fait de rendre service à l’autre. Il serait également utile d’instaurer des formations après embauche dans le secteur public qui mettraient en lumière les méfaits de la corruption, c’est-à-dire la portée et les conséquences directes et immédiates des actes de corruption posés aux quotidiens.

ANNE MARIE BEFOUNE

NB : Camerounaise, Anne Marie Befoune est traductrice, diplômée de l’Advanced School of Translators and Interpreters de l’Université de Buea au Cameroun. Passionnée des questions de gouvernance et de participation citoyenne, elle est membre de l’équipe permanente de WATHI.

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