Abidjan, une République dans la République de Côte d’Ivoire

By: Africa Newsquick

abidjan1Abidjan, une République dans la République de Côte d’Ivoire

Il paraît que la superficie de la Côte d’Ivoire est de 322 462 km2. Après plusieurs années de recherches et d’observation pratique, il semblerait plutôt que la vraie surface couverte par le pays est plus ou moins de 422 km2. Si vous vous demandez à quoi correspondent ces 422 km2, sachez qu’il s’agit de la superficie d’Abidjan. Nous concentrons tous nos efforts, ressources, pensées, ambitions à Abidjan. Nous concentrons 4 millions d’habitants soit près de 16,67% de la population sur environ 0,13% de notre territoire. C’est obscène comme pourcentage quand il reste encore plus de 322 000 km2 à coloniser et occuper à notre aise.

On pourrait argumenter que la population nombreuse à Abidjan est due aux ravages de la guerre en Côte d’Ivoire, qui a poussé des milliers (millions?) de personnes à venir s’y réfugier. C’est vrai; cependant, ce fait est un symptôme du vrai problème. La raison réelle pour laquelle Abidjan a été le point de convergence de toutes les populations en période de guerre est le fait que ces pauvres 422 km représentent le seul carré de territoire que les détenteurs du pouvoir officiel en Côte d’Ivoire arrivent, à un tant soit peu, à sécuriser. La rébellion de 2002 et la facilité avec laquelle elle a pénétré en Côte d’Ivoire est un exemple palpable de l’échec de notre système sécuritaire. Aujourd’hui, la guerre est terminée. On nous avait promis de déplacer la capitale à Yamoussoukro. Six ans plus tard, pas un signe à l’horizon, comme si le sujet n’avait jamais été abordé.

Nos ministres offrent des taxis et des bus à Abidjan, le reste des Ivoiriens n’a-t-il pas besoin de voitures aussi? On a 100 milliards pour construire un port de plaisance à Abidjan, mais à l’intérieur du pays, on ne trouve pas 1 million pour construire des cantines scolaires pour nos enfants, l’avenir de ce pays. Au quotidien, notre journal télévisé (soit disant national) nous donne régulièrement les nouvelles d’Abidjan, de Paris, de New York et parfois quand on a le temps de Syrie. Pas besoin de savoir ce qui se passe à Bondoukou, à Tengrela, à Bakoubli… Ces villes ne font pas partie de la Nation d’Abidjan. D’ailleurs, savez-vous à quel point c’est difficile de se procurer des journaux à l’intérieur du pays? Je suppose que c’est parce que personne ne sait lire là-bas… Ou bien c’est parce qu’ils sont sans doute trop pauvres pour s’acheter des journaux…

Nous avons, le gouvernement en tête, abandonné le reste du pays. Dans la mythique République de Côte d’Ivoire, il se passe des choses choquantes et absurdes, mais qui ne semblent déranger personne. Prenons l’exemple du Ministère de l’Agriculture. Vous ne vous êtes jamais demandé ce que font ce ministère et ce ministre à Abidjan? L’agriculture se pratique à l’intérieur du pays. Il serait compréhensible d’avoir une antenne à Abidjan, mais la logique et le bon sens exigent que cette structure étatique soit basée dans un endroit où l’agriculture est pratiquée et vécue. Comment peut-on prétendre coordonner et améliorer des activités dont on n’a pas d’expériences pratiques? D’ailleurs, que font la plupart des ministères dans la ville d’Abidjan? Comment est-il possible pour un gouvernement d’avoir une action réelle sur un territoire qu’il n’occupe même pas effectivement?

Oui, c’est clair qu’il n’y a pas d’infrastructures à l’intérieur du pays. C’est justement la raison pour laquelle il faut aller s’y installer. Les infrastructures suivent les hommes; ce n’est jamais le contraire. Si le ministère de l’Energie et des Mines était effectivement implanté dans des zones où on produit l’énergie, et où il y a des mines (non, ce n’est pas à Abidjan), ces endroits ressentiraient inévitablement des retombées positives. Existe-t-il dans notre pays des lois qui encouragent/récompensent (taxation, facilités, avantages sociaux) les entreprises qui s’installent à l’intérieur du pays? Il faut que les nouveaux députés que nous allons acquérir en Décembre se penchent sur la question. Il est clair qu’il sera inconfortable, onéreux et difficile pour les pouvoirs publics de réellement prendre TOUTE la Côte d’Ivoire en main. Après tout, les 322 462 km2 semblent si vastes! Les Indiens eux en ont 3 287 263, l’Angola en a 1 246 700, l’Éthiopie 1 104 300. Les habitants de ces pays ne sont pas naturellement plus intelligents ou honnêtes que nous, pourtant leurs pays semblent s’en sortir plutôt bien. Évidemment, ils ont connu des crises, mais il semblerait qu’ils tirent des leçons de ces occurrences au lieu de retomber dans les mêmes travers. Ivoiriens, remettons en cause notre perception et notre gestion du territoire. Ces 322 4622 km2 sont notre maison, notre territoire, notre héritage. Ôtons donc nos chaussures et mettons-nous à l’aise comme on le fait chez soi. Occupons enfin notre espace vital. Cela prendra sans doute un peu de temps; mais il faut que nous le fassions.

En attendant que nous fassions le nécessaire, vive la République d’Abidjan!

ERINLE (in L’Eléphant déchaîné n°499)

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