Pêche en Côte d’Ivoire: Un ensemble de méthodes opaques… Des ʺrapaces voracesʺ, Au secours!

By: Africa Newsquick

adjoumani_1089Pêche en Côte d’Ivoire: Un ensemble de méthodes opaques… Des ʺrapaces voracesʺ, Au secours!

Au niveau de la pêche, il reste un seul armateur ivoirien. Quand le poisson devient rarissime. La raison, un ensemble de méthodes opaques qui annihilent l’initiative locale.

Des ʺrapaces voracesʺ de Chinois      

Suite à un certain nombre d’articles du quadrupède décriant l’inorganisation du secteur de la Marine marchande, le gouvernement a daigné instaurer un Secrétariat chargé des Gens de mer. On espère bien qu’il daignera se pencher aussi sur le secteur juteux mais ô combien nébuleux de la pêche, après ces quelques lignes! Tout récemment s’est tenu un séminaire, animé par la Banque mondiale, sur la protection de la biomasse qui, dans le contexte de la pêche, fait référence au poids total des organismes vivants ou au poids total d’une ressource de pêche ou d’un stock de poissons. En effet, en fonction des licences nombreuses (10 à 15) octroyées à un armement étranger, il y a une surpêche qui ne tient pas compte de la maturité des poissons à pêcher. Il y avait trois à quatre Ivoiriens dans le domaine de l’armement de pêche, mais ces derniers ont préféré mettre la clé sous le paillasson, laissant un seul entêté rivaliser avec ces gros lobbies qui n’hésitent pas à déployer des sommes colossales pour obtenir la licence qui ferait leur bonheur. Ce dernier que nous avons rencontré nous en dit un peu plus: «C’est par orgueil que je suis toujours dans le secteur. Tous mes autres collègues ont fermé boutique. La concurrence est rude, et rien n’est fait par nos autorités, pour nous aider. Et c’est bien dommage pour un secteur qui aurait pu réduire de manière drastique le taux de chômage!» A coté de cela, il y a la pêche INN ou non réglementée qui est celle non autorisée et non officielle, effectuée par des bateaux pirates.

Des conditions d’octroi de licences qui puent le roussi à mille lieues!

Tenez-vous bien, et accrochez-vous à votre siège pour ne pas tomber à la renverse : Avant, l’octroi de licences de pêche était piloté par un comité consultatif, au temps de Guillaume Soro, en tant que Premier ministre. Et ce comité était composé de représentants respectifs des armateurs, du Ministère du Commerce, du Ministère de l’Economie et des Finances, du Ministère des Ressources halieutiques, et de celui des Transports. Aujourd’hui, cela se passerait exclusivement au niveau du cabinet où trône le porte-voix du PDCI, Kouassi Adjoumani. L’on a beau lui rappeler le préjudice que cela causerait au secteur, il se presserait lentement pour y apporter des solutions…

Au secours, pénurie de poissons et faillite dans le secteur!

Depuis une décennie, il y a la suppression de la pêche locale au profit des armements chinois; cela a eu pour conséquence première la destruction de certaines espèces de poissons que l’on ne retrouve plus dans les eaux ivoiriennes, et d’autres en voie de disparition (rouget, rascasse…les céphalopodes (seiches et calamars) et les crustacés (langoustes et crevettes géantes); faits plus graves encore est que nombreux sont des pêcheurs qui ont observé la présence dans les eaux ivoiriennes de bateaux congélateurs chinois qui pêchent toutes sortes de produits halieutiques; Ces entreprises pêchent et ne transforment pas localement, de même que ces denrées ne sont pas débarquées sur les quais ivoiriens pour satisfaire en protéine alimentaire la population ivoirienne, mais  directement convoyées en Chine de manière brute. Plusieurs conséquences découlent de ces pratiques d’outre-tombe: tout d’abord l’appauvrissement des eaux ivoiriennes qui ne sont d’ailleurs pas suffisamment pourvues en poissons comme celles de la Guinée, la Mauritanie, le Sénégal…et ces pêches chinoises, si elles ne sont pas réglementées, risquent de mettre en danger les entreprises ivoiriennes qui embauchent des milliers de jeunes ivoiriens et qui payent des impôts, les cotisations de la Caisse nationale de prévoyance sociale et des facteurs de production qui  existent depuis bon nombre de temps. Ces chinois opèrent sans agrément des autorités et, de ce fait, détruisent tout un secteur viable de l’économie ivoirienne puisqu’il s’agit d’une pêche illicite et non déclarée, ils exercent une concurrence déloyale aux entreprises locales qui du coup ne sont plus compétitives puisque ployant sous le faix des charges et des facteurs de production sans cesse croissants. Une petite estimation des pertes, nous donnerait le tournis : environ 50 milliards FCFA par an, pour tous les opérateurs…

Pas de fonds ni de mesure de soutien à l’initiative locale

Alors que dans des pays comme le Sénégal où les autorités ont compris que le secteur halieutique est créateur de richesse et d’emplois, la Côte d’Ivoire ne l’entend pas de cette oreille. Prenant le simple cas d’imposition: tandis qu’un bateau moyen en Côte d’Ivoire, tenu par un Ivoirien, lui revient à près d’un million FCFA le mois, soit environ 12 millions FCFA l’année, en termes d’imposition, un Sénégalais ne paierait qu’une somme forfaitaire d’un million FCFA par an. On se demande bien ce que vont faire les délégués ivoiriens à l’Organisation maritime de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (Omaoc), s’ils ne peuvent s’inspirer des bons exemples des pays de  la sous-région! Bref! Encore qu’aucune initiative gouvernementale ne permet aux banques de prêter facilement. Plus écœurant, c’est que l’Union européenne subventionne le secteur en Côte d’Ivoire, sans que les armateurs ivoiriens – dont l’association dite Union des armateurs de la pêche fraîche qui n’existera bientôt que de nom – n’en reçoivent aucune rouble. Vous avez dit bonne gouvernance et émergence du secteur en 2020, détrompez-vous, dès à présent!

Au ministère des Ressources halieutiques

Le pachyderme a bien voulu s’aboucher avec certains sachants du Ministère des Ressources animales et Halieutiques qui lui en ont dit de belles: «C’est un secteur où il y a beaucoup de difficultés. Les problèmes seront réglés au fur et à mesure. Particulièrement au niveau d’octroi des licences, beaucoup d’opérateurs ivoiriens sont à la base de cette chienlit qui opère dans le secteur. Ils se font très souvent octroyer des licences, qu’ils sous-traitent avec des opérateurs étrangers, notamment Chinois. Il y a une loi qui sera prise pour organiser ce secteur.» En attendant la ʺmortʺ des derniers ivoiriens présents dans cette activité? Le projet de loi dans ce sens pourra-t-il freiner les ardeurs des pirates? En effet, «la Côte d’Ivoire s’engage dans la répression de la pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN). En effet, l’exécutif a récemment défendu devant l’Assemblée un projet de loi relatif à la pêche et à l’aquaculture qui a été voté à l’unanimité des députés de la commission des affaires économiques et financières. ʺEn son temps, les amendes ne représentaient rien, de sorte que les pirates qui viennent pêcher de façon illicite dans nos eaux le faisaient à cœur joie. Maintenant que les amendes ont été multipliées par 5, voire par 10, je suis convaincu que ceux qui pratiquent la pêche illicite non réglementée, non autorisée ne viendront plus dans nos eaux. Surtout que, grâce au chef de l’Etat, nous avons 2 patrouilleurs nous permettant d’aller contre ces piratesʺ, a affirmé le ministre des Ressources animales et Halieutiques de Côte d’Ivoire, Kobénan Kouassi Adjoumani. Selon le dirigeant, l’article 101 du projet de loi prévoit une peine d’emprisonnement allant d’une à cinq années et une amende allant de 200 millions de franc Cfa à un milliard de franc Cfa, pour tout capitaine d’un navire étranger pêchant sans autorisation dans les eaux ivoiriennes. Le texte innove également en consacrant un volet entier à l’aquaculture, ce qui n’était pas le cas de la loi de 1986 que ce nouveau texte est appelé à remplacer.» («Ecofin» 11/7). Et rien que ça pour dissuader les empêcheurs de pêcher en rond du secteur?

Et si on arrêtait de délivrer des licences à tout vent, comme en Guinée?

Selon RFI en date du 2/7, les autorités guinéennes, lasses de pratiques moyenâgeuses, ont tiré sur la sonnette d’alarme: «Du 1er Juillet au 31 Août, les gros bateaux, principalement chinois et coréens, devront rester à quai. L’objectif? Permettre aux poissons évoluant sur les côtes guinéennes de se régénérer et lutter contre la pénurie, comme le préconise la commission pêche de l’Union européenne. Car depuis plusieurs années, les études montrent que l’indice d’abondance des ressources halieutiques diminue. A Taboria, le troisième port guinéen, les pêcheurs raccommodent les filets. Touréya, propriétaire de neuf barques, s’apprête à faire partir ses travailleurs en mer, la restriction du 1er Juillet au 31 Août concerne uniquement la pêche industrielle. ʺLes bateaux chinois et coréens qui sont en mer, nous empêchaient [d’y pêcher, ndlr]. Mais maintenant, les pêcheurs peuvent venir prendre une quantité très forte de poissons, en tonnesʺ. Mais comment surveiller les 300 km de côtes guinéennes? Les autorités assurent avoir renforcé les moyens de la police des mers. Pourtant, certaines sociétés, chinoises principalement, ont construit des chalutiers en bois semi-industriels pour contourner l’interdiction. ʺActuellement, il y a vingt-sept bateaux à quai. Les Chinois défilent ici à tout moment pour qu’on leur délivre des permis de pêche. Ce n’est pas possible, je ne peux pas le faire. Il n’y a jamais eu de mesures coercitives dans ce pays pour contraindre ces sociétés. C’est extrêmement grave. Donc si l’on continue, les pêcheurs artisanaux n’auront plus d’activités. Il faudrait que nous soyons responsables pour que nous puissions assurer une exploitation durable des ressources», explique  André Loua, ministre de la Pêche…» Et ce serait justice!

C.A, in L’Eléphant déchaîné n°498

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