Retours des réfugiés: Dans le quotidien des Ivoiriens qui réapprennent à vivre…

By: Africa Newsquick

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La crise postélectorale a défiguré une bonne partie de la Côte d’Ivoire, au point où les stigmates continuent de faire revivre certains souvenirs. Certains y ont laissé la vie. Mais d’autres, qui ont eu UN peu plus de chance, ont pu sortir du pays pour se trouver un endroit d’asile ou de refuge. Avec la situation politique apparemment calme qui prévaut en ce moment, certains d’entre ces réfugiés ont décidé de regagner leur terre natale. Incursion dans l’univers des refugiés ivoiriens revenus au pays, et qui réapprennent à vivre et à s’intégrer…

 

Dans un  hamac, le regard hagard, le sexagénaire, endolori par les travaux champêtres, explique sa situation depuis son retour non officiel et par des voies peu recommandables. «Après avoir passé trois années au Ghana, j’ai décidé de regagner mon village pour suivre mes plantations. Les hommes politiques ont fini de faire leur palabre, moi je ne sais pas pourquoi je devais rester là-bas, alors que mon champ est en train d’être envahi par la broussaille», confie K.A. S’il a eu la chance d’avoir ses plantations envahies par la brousse, certains Ivoiriens, qui ont décidé de revenir au pays eux, sont confrontés à de graves problèmes terriens. Leur longue absence du terroir, due à la crise postélectorale, a permis à de nouveaux occupants d’exploiter certaines portions à eux vendues par d’autres personnes patibulaires, restées sur place. Ces cas sont de plus en plus visibles dans le département de Biankouma et précisément dans le pays Toura, avec les ventes de terres comme amidon et gasoil. Le problème ne se pose pas seulement au plan du foncier rural, mais aussi au niveau du foncier urbain. Certains ont vu leur villa confisquée par des éléments des Forces nouvelles en son temps – désormais Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI) – et continuent de traîner dans les couloirs de la justice en attente d’un hypothétique jugement qui les remettrait dans leur droit. Car, grâce à de fausses attestations qu’ils ont établies en leur faveur, les nouveaux propriétaires ne veulent plus lâcher prise. Et même en dépit de la mise sur pied d’une coordination de l’Opération de libération de sites conduite par le colonel-major Ehoussou Aka N’Guessan Kouamé Emmanuel, ces faussaires d’une autre époque continuent de prospérer en territoire conquis. Les refugiés internes, ou déplacés de guerre sur Abidjan, pourraient en témoigner. C’est l’exemple patent de cet autre malchanceux qui, propriétaire d’une bâtisse dans la ville de Bouaké, précisément au quartier municipal, est au bout d’une longue procédure visant à lui restituer ses biens, condamné à verser 100 millions FCFA au capitaine FRCI qui a eu l’amabilité d’occuper et continue d’occuper sa maison manu militari, depuis 2002. Point n’est besoin d’affirmer que ces situations rendent précaire la paix tant recherchée par les Ivoiriens, et découragent dans une certaine mesure les réfugiés ivoiriens qui continuent de prospérer à l’étranger, dans les pays de la sous-région. Un cas a été caricaturé par la ministre de la Solidarité et des Victimes de guerres, en ces termes: «Il y a des personnes, j’allais dire des ennemis de la Côte d’Ivoire, qui prennent en otage nos frères et sœurs réfugiés. Mais l’heure du coup d’Etat est passée, l’heure de la guerre est passée. Il faut que nous réapprenions à vivre ensemble», déclare Mariatou Koné, la ministre ivoirienne de la Solidarité qui apparemment verrait les ennemis de la Côte d’Ivoire partout, alors qu’il aurait suffit de simples décisions courageuses pour que ces réfugiés reviennent massivement chez eux comme s’ils se rendaient à la terre promise!

 

Au  SAARA …

Pour mieux cerner les contours du processus de rapatriement des refugiés et leur insertion ou réinsertion, «L’Eléphant» s’est adressé au Service d’Aide et d’Assistance aux Réfugiés et Apatrides (SAARA), une structure gouvernementale mise en place depuis 1990. Ecoutons le coordonnateur de cette structure Dr Kouamé Kouakou Lacina, doublé de la casquette de conseiller Technique du Ministre des Affaires Etrangères en charge du Suivi des Mouvements de Populations et de l’Apatridie, nous en dire davantage, le long des colonnes suivantes. Selon les statistiques du HCR, en date du 30 Juin 2016, 257 161 réfugiés ivoiriens ont définitivement regagné la Côte d’Ivoire, depuis le début des opérations de rapatriement volontaire en octobre 2011, dont 198 000 de façon spontanée et 58 551 par convois facilités par le HCR et le SAARA. Les Accords Tripartites signés entre la Côte d’Ivoire, le HCR et les principaux pays d’accueil des réfugiés ivoiriens sont le fondement juridique des opérations de rapatriement volontaire des réfugiés ivoiriens. Les opérations de rapatriement volontaire, qui sont la traduction concrète des engagements pris par les Parties à l’Accord Tripartite, sont marquées par une action synergique des 3 Parties: Le HCR et le pays d’accueil des réfugiés ivoiriens recueillent les intentions de retour au sein de la communauté ivoirienne réfugiée, puis en informent la Côte d’Ivoire qui elle, prend les dispositions administratives et pratiques pour l’accueil de ces réfugiés ivoiriens dans des conditions de sécurité et de dignité. Le HCR prend en charge la dimension logistique de ces opérations de rapatriement. Il convient de relever qu’en vue d’inciter ces réfugiés ivoiriens au retour, des opérations de sensibilisation dénommées «Come and Tell» sont organisées en collaboration avec le HCR et les pays d’accueil des réfugiés ivoiriens, par lesquelles des officiels ivoiriens se rendent auprès des réfugiés ivoiriens afin de leur relayer le message du Gouvernement et mettre à leur disposition toutes informations utiles pour éclairer leur décision quant à un retour définitif au pays. En outre, toujours dans le but d’éclairer la décision de ces réfugiés ivoiriens, des missions de réfugiés précurseurs sont organisées, en collaboration avec le HCR, par lesquelles une délégation de réfugiés ivoiriens vient évaluer la situation en Côte d’Ivoire pour la partager avec la communauté ivoirienne réfugiée.

 

Le rôle du SAARA dans le cadre du Rapatriement Volontaire

Le SAARA a pour mission de mettre en œuvre la politique du Gouvernement en faveur des réfugiés et des apatrides. Pour ce qui concerne la question précise des réfugiés ivoiriens, le SAARA veille, en étroite liaison avec tous les ministères concernés par la question du rapatriement, à mettre en œuvre les engagements pris par la Côte d’Ivoire dans le cadre des Accords Tripartites, notamment le retour de tous nos frères réfugiés dans des conditions de sécurité et de dignité. En Côte d’Ivoire, dans le cadre de telles opérations, en collaboration avec le HCR ou en étroite liaison avec les ministères techniques, le SAARA met en place d’un cadre juridique global règlementant le retour des réfugiés ivoiriens; suit les Accords Tripartites; organise des campagnes d’information et de sensibilisation (Come and Tell et Go and See) à l’intention des réfugiés ivoiriens. Sans oublier l’aide à l’accomplissement des formalités administratives: laissez-passer, information des autorités etc. Il y a en outre un appui logistique  qui consiste en l’accueil des rapatriés à la frontière jusqu’au centre de transit, et la prise de dispositions pour sécuriser les convois.  C’est alors qu’on s’attèle à identifier et enregistrer les rapatriés (Rapatriés facilités et Rapatriés spontanés), ensuite c’est le suivi de la documentation et la prévention de l’apatridie, qui se décline en un appui du SAARA pour l’établissement de documents administratifs. On embarque alors les rapatriés le lendemain dans les bus par axes de retour, suivi d’accompagnement dans les villages d’origine/d’accueil. Les derniers apports consistent en une facilitation de l’insertion des élèves rapatriés dans le système éducatif ivoirien, puis un plaidoyer auprès des ministères techniques en vue de l’insertion socioprofessionnelle des rapatriés.

 

Le rôle du Ministère de tutelle

Le Ministère en charge de la Solidarité et de la Cohésion Sociale, qui serait d’un concours louable selon les termes du coordonateur du SAARA, apporte son concours en appuyant les efforts de sensibilisation à l’endroit des réfugiés ivoiriens afin de convaincre ces derniers à choisir l’option du retour au pays. C’est en cela que la Ministre en charge de la Solidarité s’est rendue, il y a quelques semaines au Liberia et au Ghana auprès des réfugiés ivoiriens afin de leur relayer l’appel du Président de la République, les invitant à rentrer en Côte d’Ivoire pour prendre leur part dans l’œuvre de développement du pays. A ce propos en 2012, 2013 et 2014, des missions conduites par le Ministère des Affaires Etrangères se sont rendues au Togo, au Ghana et au Liberia, afin de sensibiliser les réfugiés ivoiriens dans ces pays. Cela a d’ailleurs contribué à convaincre des dizaines de milliers de réfugiés ivoiriens vivant au Liberia et au Togo à regagner définitivement la Côte d’Ivoire ces dernières années. Mais ce n’est pas tout!

 

Quid de l’insertion socioprofessionnelle?

Le SAARA, pour faciliter la réinsertion socio-professionnelle des rapatriés, fait des plaidoyers auprès des ministères techniques concernés pour une prise en compte particulière de ces populations vulnérables que sont les rapatriés. Dans ce sens, un projet de Convention entre le Ministère des Affaires Etrangères, dont relève le SAARA, et le Ministère en charge de l’Emploi des Jeunes, est en cours d’élaboration, en vue de la réinsertion socio-professionnelle de jeunes rapatriés. Cérémonie officielle de signature de Convention à laquelle Dr Kouamé a promis inviter le pachyderme qui ne manquera pas d’y aller et se rendre compte des effets de telles mesures…

 

Le cas des étudiants et élèves…et des enfants nés pendant l’exil

Le Gouvernement ferait de la question de la réintégration des enfants rapatriés un axe majeur de sa politique d’assistance aux réfugiés ivoiriens de retour au pays. C’est pourquoi, la réinsertion des élèves rapatriés dans le système éducatif est faite par le SAARA en parfaite liaison avec le Ministère de l’Education Nationale, qui serait aussi d’une oreille attentive au SAARA, et qui a permis la réinsertion dans nos écoles de plus de 7 000 élèves rapatriés. Certains des enfants rapatriés nés dans les pays d’asile sont confrontés à des problèmes de documentation, soit du fait de la non-déclaration des naissances par les parents, soit du fait de la non-retranscription des déclarations de naissance délivrées par le pays d’accueil des réfugiés ivoiriens dans les registres d’état civil de nos représentations diplomatiques, comme l’exige la loi. Pour ces derniers, le SAARA, en coopération avec le HCR et le pays d’accueil, a pris en charge leur situation, et mène des démarches afin de solutionner ces problèmes. Des problèmes qui gagneraient d’être résolus, doublées d’actions politiques fortes, pour décider les toujours réfractaires à rentrer au bercail!

A.TOURE, in L’Eléphant déchaîné n°496

 

 

Encadré

Les différents Camps de réfugiés des Ivoiriens…

Selon les services techniques du SAARA, consulté sur place, il existe des camps de réfugiés ivoiriens dans 4 pays que nous verront respectivement. Tout d’abord au Liberia, avec le Camp de réfugiés de Bahn dans le Comté du Nimba, qui, selon les autorités libériennesn accueille 3 114 réfugiés ivoiriens, au 30 Juin 2016; le Camp de réfugiés de PTP, Comté du Grand Gedeh, avec 11 092 réfugiés ivoiriens, au 30 Juin 2016; puis Camp de réfugiés de Little Wlebo, Comté du Maryland, 4 460 réfugiés ivoiriens au 30 Juin 2016;- Ensuite il y a la Guinée où, selon les statistiques des autorités guinéennes, au 31 Mars 2016, les réfugiés ivoiriens vivant dans le camp de réfugiés de Kouankan II, dans la région de Nzérékoré (Guinée forestière), étaient au nombre de 5 513. En arrivons-nous au Togo avec le camp d’Avepozo qui est le seul camp abritant des réfugiés ivoiriens dans ce pays. Selon les statistiques des autorités togolaises en date du 31 Décembre 2015, 2516 réfugiés ivoiriens y vivaient. Puis le Ghana qui accueille 80% des réfugiés ivoiriens dans les 3 camps de réfugiés que compte ce pays. Nous avons le Camp de réfugiés d’Ampain, 5 091 réfugiés ivoiriens, au 30 Juin 2016; le Camp de réfugiés d’Egyeikrom, 2 097 réfugiés ivoiriens, 30 Juin 2016; et le Camp de réfugiés de Fetentaa, pour 1 997 réfugiés ivoiriens, au 30 Juin 2016. A noter que la situation n’a relativement pas évolué depuis ces dates précitées.

A.T, in L’Eléphant déchaîné n°496

NB: Cet article rentre dans le cadre du Projet Ipanos: Reporters des frontières 2014 – 2016 «Reporters des frontières» – Vers un réseau de journalistes africains professionnels et citoyens spécialisés sur les questions migratoires. Afrique de l’Ouest: Mali, Sénégal, Niger, Guinée, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigéria, Mauritanie.

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