Côte d’Ivoire-Concours Fonction publique/ On s’en prend à la poche des chômeurs- Mais qu’est-ce qui arrive à Ouattara?

By: Africa Newsquick

ADO_sourireDans son édition N°293 du vendredi 18 septembre 2014, « L’Eléphant » avait donné quelques informations sur l’échange que le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, avait eu, selon ses sources, avec son ministre de la Fonction publique, l’immense Cissé Bacongo, au sujet du retour en force des frais de dossiers exorbitants que doivent payer les candidats aux concours administratifs.

«L’Eléphant » avait conté que le chef de l’Etat s’était étonné du retour de ces frais de concours alors que l’ancien ministre de la Fonction Publique, Gnamien Konan, sans que l’Etat ne souffre outre mesure quelque manque à gagner financier que ce soit. Ce à quoi Cissé Bacongo a d’abord répondu que l’ENA était un établissement public national (EPN) qui fonctionnait de façon autonome, avant de se raviser pour expliquer qu’en réalité, l’argent pris dans les poches des candidats-majoritairement des enfants de pauvres traqués par la misère et les privations de toutes sortes-se justifiait par un décret pris en 1994 par l’auteur de l’appel de Daoukro, l’ancien Président, le jeune Henri Konan Bédié.

Selon les sources de « L’Eléphant », le chef de l’Etat avait demandé au ministre de la Fonction Publique de préparer un projet de décret portant abrogation de ce décret qui fait tant souffrir les candidats aux concours administratifs. Sauf que depuis, il ne s’est rien passé. Les prélèvements, parfaitement illégaux, continuent de se faire dans les poches des candidats. Sous les yeux du chef de l’Etat, désormais champion toutes catégories du tapage de poing sur la table. Sans suite. Sinon, comment peut-il laisser faire ça ?

Petit tour de la souffrance infligée à des milliers de chômeurs à la recherche d’un premier emploi et dont certains, après la parution de l’article, ont appelé l’infernal quadrupède pour le prier de revenir plus en détails sur le sujet. Chose promise, chose due !

 

Si ce n’est pas du vol, ça y ressemble étrangement

Pour justifier le rétablissement, dès sa prise de fonction à la tête du ministère de la Fonction Publique, des divers frais suspendus par son prédécesseur, Cissé Bacongo avait envoyé le directeur général de la Fonction Publique organiser une conférence de presse au cours de laquelle ce dernier, sans rire, s’est réfugié derrière le décret de 1994 : « (…) Il est à relever, sur ce point, que ce texte n’a jamais été abrogé et est donc en vigueur. Ces effets ont simplement été suspendus au sortir de la crise postélectorale pour venir au secours des populations alors très éprouvées… »

En fait, que dit ce décret derrière lequel se réfugient le ministre de la Fonction Publique et d’autres ministres ?

Le décret N°94-411 du 3 août 1994 qui modifiait celui portant le N°84-119 du 7 mars 1964, a fixé les frais d’inscription aux concours d’entrée dans les Etablissements de formation administrative (ENA et autres), et les concours d’accès aux emplois de catégorie A, B, C, D, à seulement cinq mille FCFA. C’est exactement ce que dit ce décret, du moins pour ce qui concerne ces deux catégories de concours.

Au lieu de cela, ne voilà-t-il pas que dans les faits, et avec une ingéniosité qui fait presqu’envie, chaque ministère a trouvé le moyen de faire exploser ce coût pour atteindre des sommets, sans qu’aucun acte juridique ne le justifie clairement.

Au niveau de l’Ecole nationale d’administration

Ils étaient 82 mille candidats à s’être inscrits au concours d’entrée à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), au moment où, sous le ministre Gnamien, Konan, les choses étaient gratuites. Aujourd’hui, avec le retour des frais illégaux, plus d’un s’est désisté…

C’est que le ministère et l’administration de l’ENA n’y sont pas allés de mains mortes. Pour le candidat-chômeur qui, modestement, s’intéresse à un seul cycle de ce concours, ses poches seront soulagées, en tout, de l’importante somme de vingt-un mille FCFA. Et voilà comment, douloureusement, ce montant se décompose : 3000 FCFA pour l’achat d’une pochette contenant toutes les informations qu’on peut télécharger et remplir sur le site Internet de l’ENA. Cherchez l’erreur ! 2000 FCFA pour des photos qu’on peut faire dans n’importe quel studio de photos à Abidjan à seulement 800 FCFA. Mais que le candidat ne s’avise pas à aller faire photographier sa tête de chômeur affamé ailleurs. Ses photos seront refusées. C’est que l’ENA dispose d’un commando chargé de prendre en photo, la tête des candidats. N’allez pas demander comment ce commando a été choisi pour ce boulot.

Onze mille FCFA pour l’inscription, là où le décret parle de cinq mille FCFA. C’est pour qui la différence de six mille francs ? N’allez pas imaginer quoi que ce soit…

Cinq mille francs pour la visite médicale, obligatoire pour tous avant la composition. En France, seuls les candidats admissibles sont soumis à une visite médicale. Mais c’est en France…et la visite médicale, selon qu’on est en France ou en Côte d’Ivoire, n’a pas le même objectif. Ici, elle sert à remplir les poches de quelques petits malins, puisqu’il n’y a rarement, voire jamais de candidats déclarés inaptes. Plus il y a de candidats, mieux c’est !

Vingt-un mille francs, c’est donc pour un seul cycle. Mais pour le candidat qui veut multiplier ses chances en s’inscrivant pour les trois cycles (Supérieur, Moyen-supérieur, Moyen), il devra payer, en plus des vingt-un mille francs, quatorze mille francs pour chaque cycle supplémentaire, dont onze mille francs pour l’inscription et trois mille francs pour l’incontournable pochette. Soit un total de 49 mille FCFA pour les trois cycles (voir notre document). Bravo messieurs, c’est du bon boulot !

 

A l’INFJ, c’est pire !

Le responsable de la Communication de l’Institut national de formation judiciaire va encore avoir du boulot à faire cette semaine. Rédiger un autre droit de réponse à l’attention de l’infernal quadrupède. Parce que, en matière de prélèvement dans les poches des candidats qui veulent faire une carrière dans les professions judiciaires et de majoration des frais, les responsables de cet institut installé aux II-Plateaux derrière une célèbre clinique, ont acquis, en quelques années, une solide réputation.

Pour le malheureux qui veut tenter sa chance au niveau du cycle moyen de cette école, il doit débourser la somme de 29500 FCFA. Qui se décomposent joyeusement comme suit : 10 mille francs pour les frais d’inscription. 4000 francs pour la pochette. 2500 francs pour les photos qui doivent se faire obligatoirement au « studio 225 » qui borde le Boulevard Latrille. Toutes photos prises ailleurs-comme « L’Eléphant » l’a déjà évoqué- ne sont pas acceptées. Pourquoi ?

Ce n’est pas tout. Pour la visite médicale, le malheureux doit payer la somme de 13 mille francs dont quatre mille à la comptabilité de l’Institut et neuf mille francs sur le lieux de la visite qui se fait généralement à Yopougon-Maca.

Pour le cycle Moyen-supérieur et le cycle Supérieur, en plus de la visite médicale et des photos, le malheureux doit respectivement payer la somme de quinze mille francs et la somme de 20 mille francs. Quel est le numéro du décret qui a fixé ce niveau de frais d’inscription ? Soit au total, 34500 francs et 39500 francs. Si le malheureux veut passer les trois cycles à la fois pour multiplier ses chances, il devra au total payer la somme de 103500 francs, une vraie fortune. Tout d’un coup, on comprend mieux pourquoi le chômeur qui a une telle somme en sa possession préfère l’investir dans une cabine de téléphonie mobile que d’aller la risquer dans un hypothétique concours où ses chances de réussite sont aussi minces que celles de pouvoir s’offrir trois repas dignes de ce nom par jour…

Chez Raymonde Goudou, le chômeur candidat n’est pas moins plumé!

A l’Institut national de formation des Agents de santé, on aime faire les choses en bloc. Comme dans les blocs opératoires ?

Ici, le message a le don d’être très clair. Le chômeur qui veut rentrer dans cet institut doit d’abord s’inscrire sur son site Internet en faisant ses choix, puis, se rendre sur le terrain pour valider ces choix. Comme le montre notre document, il doit s’acquitter d’un montant de 35 mille francs. Ça, c’est pour être infirmier ou infirmière.

Mais si, en plus de vouloir être infirmier ou infirmière, le candidat veut tenter aussi sa chance (2ème choix), pour la fonction de préparateur et gestionnaire en pharmacie, il doit ajouter aux 35 mille francs, la somme de 13000 francs. Soit un total de 48 mille francs. Dans quel décret sont inscrits ces 35000 francs ?

Au ministère d’Etat, ministère de l’Intérieur, c’est le même son de sifflet. Les candidats au concours de commissaire de police et autres officiers doivent payer des frais d’inscription de 15000 francs plus 2000 francs pour la pochette. Pour les sous-officiers, le montant est de 10000 francs. Mais le plus douloureux, c’est au niveau de la visite médicale. Où le candidat doit obligatoirement payer la somme de 40000 francs. Tout d’un coup, on a l’une des explications du racket…

Chez Kandia Camara, ministre de l’Education nationale et de l’enseignement technique, les candidats au concours des instituteurs doivent s’acquitter de la somme de 38 mille francs comprenant les frais de visite médicale et d’inscription. A cela, il faut ajouter les frais de déplacement sur Abidjan pour les candidats vivant à l’intérieur du pays. Pour la visite médicale qui ne se fait qu’à Abidjan.

Combien de milliards de francs CFA, les organisateurs de concours administratifs récoltent-ils ainsi chaque année ? Combien mettent-ils dans les caisses de l’Etat et combien s’évapore-t-il à cause de la grande chaleur d’Abidjan ?

Et pourquoi le chef de l’Etat laisse-t-il prospérer des prélèvements qui ne sont justifiés par aucune loi ni décret ?

Comment se fait-il que le service public qui est par essence gratuit, puisse prendre autant d’argent à des gens qui sont à la recherche de leur premier emploi ?

Et que font aussi Soro Guillaume et ses collègues députés devant cette situation ? Ah mais qu’est-ce qu’on est bête ! Ils sont là juste pour accompagner l’exécutif !

Et la Cour des Comptes ? Pourquoi ne cherche-t-elle pas à contrôler la destination finale de toutes ces « taxes illégales » et à pondre un rapport accessible à tous ?

Pauvres chômeurs, voyez à quoi ça tient les efforts du gouvernement pour vous tirer du trou…et vous prétendez que rien n’est fait pour vous aider !

ALEX KASSY (L’Eléphant déchaîné)

Laisser un commentaire

Agenda

octobre 2017
D L M M J V S
« Sep    
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031  

Archives

Directeur de publication Gérant : Guy Tressia

Contact: +225 08322110/40007513

Email: guytressia@gmail.com

Abonnez-vous à africanewsquick par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à africanewsquick et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Rejoignez 9 854 autres abonnés

Retour vers Haut
Optimization WordPress Plugins & Solutions by W3 EDGE