3ème République, lettre ouverte d’Assalé Tiémoko aux Ivoiriens: «Savez-vous ce qui se passe? C’est quoi ce système sanitaire qui achève les malades? C’est quoi ce système éducatif misérable?»

By: Africa Newsquick

assale-tiemoko-antoine-20163ème République, lettre ouverte d’Assalé Tiémoko aux Ivoiriens: «Savez-vous ce qui se passe? C’est quoi ce système sanitaire qui achève les malades? C’est quoi ce système éducatif misérable?»

Aujourd’hui, nos députés qui, à l’exception de quelques-uns, ne savent rien de ce qui se passe dans les zones rurales, faisant partie de leur circonscription, qu’ils ont désertées depuis le 11 Décembre 2011, vont adopter, en séance plénière, le nouveau projet de Constitution de notre Président. Une Constitution qui, paraît-il, devrait nous faire rentrer enfin dans le 21è siècle. Nos députés, en Commission, ont, comme un seul homme, adopté le texte. Oh, bien sûr, ils ont effectué de courageux amendements…sur la forme, réécrit certaines phrases dans le préambule, mis un mot à la place d’un autre, remplacé une virgule mal placée. Ils n’ont pas eu à beaucoup opiner. Déjà qu’on soupçonne ceux qui ont posé trop de questions d’être contre notre Président et donc de ne plus mériter la confiance du RHDP pour les futures législatives, n’allez pas leur demander de proposer massivement des amendements de fond sur des questions qui, dans un pays où la pauvreté dans les zones rurales, créatrices de la richesse de ce pays, est insupportable, auraient dû faire l’objet de vrais débats de fond.  Sur la question du Sénat dont le 1/3 des membres doit être nommé par le chef de l’Etat, le parlement, dans son ensemble, devrait poser la question de son opportunité à cet instant précis de la vie de la Côte d’Ivoire. Mais n’allez pas demander à nos députés de se demander si la création de ce Sénat est aujourd’hui indispensable et si le chef de l’Etat doit en nommer le 1/3 des membres en toute discrétion. Mais l’on dit que ce n’est pas ce qu’on n’a jamais vu. A Madagascar, cela se fait. Oui, à Madagascar, l’un des pays les plus pauvres du monde où ce Sénat ne sert strictement à rien, sinon qu’à rogner les maigres ressources du pays qui auraient permis, utilisées intelligemment, de construire chaque année, quelques centaines d’écoles primaires et de centres de santé dans les zones rurales. Oui, Madagascar, c’est en effet un bel exemple qui a été longtemps cité, tant par le ministre de la justice que par les experts qui nous ont fabriqué ce texte. Et pourquoi ne pas prendre le Sénat Américain en exemple, puisque la Côte d’Ivoire veut étonner le monde? Et sur le Premier, premier ministre, pardon, le vice-président? En dehors du fait qu’il lui est transféré en quelque sorte le seul pouvoir par délégation du Premier ministre, suppléer le président, présider par délégation certains conseils des ministres sur un ordre du jour préétabli par le Président de la République, on ne sait pas à quoi il va nous servir réellement, en dehors du fait qu’il assure la vacance du pouvoir. C’est une grande nouveauté ça, «il assure la vacance du pouvoir». Assurer la vacance du pouvoir, quelle immense mission, surtout que, de façon transitoire, notre vice-président nous sera fourgué par notre Président! Et cela mérite quelques milliards pour faire fonctionner un cabinet qui attendra toute mission de la part de notre omni-Président. Et pendant ce temps, notre Premier ministre, qui est désormais le premier des ministres en réalité, fera des conférences de presse, entretiendra une basse-cour remplie de fidèles militants du parti auquel il appartient et tout cela, gracieusement sur le dos du contribuable ivoirien. Un exécutif à trois têtes à l’opportunité douteuse, mais qui seront dotées de budgets chiffrés en milliards, c’est franchement la révolution, c’est le modernisme, c’est la troisième République. Avec la nouvelle Constitution, il faudra aller de l’avant…sans oublier d’où nous partons et où en sommes-nous aujourd’hui, six ans après la chute de l’intrépide Gbagbo et sa «refondation» et six ans après l’avènement de «Ado solutions».

Oui, à quoi servirait-il de revenir en arrière si ce n’est pour comprendre ce qui nous empêche d’avancer dans le bon sens et en tirer les enseignements pour agir au mieux des intérêts de tous?

Que peut-on attendre d’un système et d’une élite politique très vieillissante qui, à l’évidence aujourd’hui, se révèlent incapables d’administrer équitablement et positivement notre pays?

Quel est l’état psychique de ce régime actuel après toutes les crises traversées et les peurs, frayeurs vécues lors de tentatives d’assassinat? Quels sentiments animent le Président de la République après avoir perdu tant de proches, tant de militants dans des circonstances abominables? Arrive-t-il à dormir tranquille sans se culpabiliser d’être en partie responsable de tant de souffrances à travers le pays tout entier?

Et son état physique? Sans être médecin, ne peut-on pas se demander légitimement, devant le parcours accompli, ce que devient un homme qui s’est laissé construire un destin, et sur qui tant de personnes ont fondé autant d’espoirs? Est-il paranoïaque? N’a-t-il confiance qu’en lui-même? Se croit-il sorti de la cuisse de Jupiter? Ne sombre-t-il pas dans la mégalomanie? N’a-t-il pas d’autres aspirations à présent que celle de passer à la postérité? N’est-il pas fatigué et éloigné, mine de rien, des problèmes des Ivoiriens et de la complexité de la situation politique de ce pays?

Chers Ivoiriens, je n’émets aucun jugement de valeur définitif, je ne me le permettrai jamais pour quiconque. J’ai trop conscience de mes propres limites et de ma condition d’humain. Ma propre humeur peut m’amener à me comporter comme un imbécile à l’égard d’autrui et  j’accepte d’être affublé de quelques adjectifs négatifs que chaque lecteur de cette lettre voudra bien me coller. Il m’appartient de me corriger autant que possible et, comme tout un chacun, de réfléchir toujours plus loin avant d’agir.

Il n’en reste pas moins que je ne suis pas plus intelligent que la moyenne de mes frères et que la notion d’ « intelligence » se doit de rester toute relative au fond de chacun d’entre nous.

Ce pays, sous nos yeux, se casse en deux!

Si je dois cultiver une « intelligence » plus que toute autre au quotidien, c’est celle du cœur et je vous encourage, chers frères ivoiriens,  à en faire de même. Notre classe politique a échoué et nous avons peur pour l’avenir de nos enfants. Observez bien autour de vous, en réalité, il ne se passe rien, il n’y a pas de réel espoir et 2020 apparaît comme un vrai cauchemar si, maintenant, on ne se met pas à se poser les vraies questions, à demander une nouvelle façon de faire la politique dans ce pays, à responsabiliser cette infernale classe politique. Ce passage, fatalement, nous ramène à notre condition d’Ivoiriens, au moment où l’on nous parle de troisième République que le FPI significatif, regroupé derrière Aboudrahamane Sangaré, s’apprête à appeler à boycotter au lieu d’appeler, comme l’a dit le président, à voter «non» en expliquant pourquoi. Toujours l’éternelle et rassurante fuite en avant. Le FPI aurait eu une vingtaine de députés dans le parlement actuel que les choses ne se passeraient pas comme elles le sont aujourd’hui. Au lieu de parler des Ivoiriens pour lesquels il a été créé, ce parti a utilisé son leader emprisonné pour se casser en deux, faute de vision, et a abandonné les Ivoiriens à leur triste sort.

Comment peut-on ensemble remettre en cause ce qui se doit pour les réaliser? Les dégâts causés par nos politiques, nos « hommes d’affaires », les influences extérieures sont incommensurables.  Au moins deux générations d’Ivoiriens sont dans l’urgence, sacrifiées sur l’autel du partage des richesses de notre pays. Depuis la fin de vie du père de notre jeune nation, la folie s’est emparée d’une certaine race parmi nos  gouvernants et a laissé émerger des monstres, des psychotiques, des cupides et avides, voire des psychopathes. Le droit ivoirien n’a cessé d’être foulé du pied et sa non-application a entraîné l’enfermement de gens honnêtes et ouvert un boulevard à ceux qui se sont approprié les richesses acquises et ont organisé les moyens de canaliser vers eux toutes les nouvelles qui se font jour.

Une rumeur lancinante circule à Abidjan depuis déjà 5 ans. Ce n’est qu’une rumeur. Il n’en demeure pas moins qu’elle me fait froid dans le dos tant je peux, de ma position de journaliste qui s’essaie depuis quatre ans à l’investigation,  la croire fondée:

« Dès que le nouveau gouvernement Ouattara s’est installé en juillet 2011, quatre réseaux machiavéliques se sont montés dans le seul but de mettre la Côte d’Ivoire en coupes réglées.

A toi l’exclusivité de ci…à toi l’exclusivité de çà…; Ce secteur d’activité m’est réservé…

La première motivation de cette stratégie aurait résidé dans l’objectif d’accaparer tout l’argent non protégé en dehors de la Côte d’Ivoire des riches « étrangers » qui ont « collaboré » avec le « diable » Gbagbo (Ibrahim EZZEDINE et sa famille en est l’exemple type). Tout ce qui n’a pas été protégé par eux doit rester en Côte d’Ivoire et si possible à maxima finir dans ma poche plutôt que dans la poche d’un « FPI ». Peu importe qu’il y ait mort d’hommes…

Combien d’entre eux en sortent indemne? Qui est à la tête de chacun des quatre réseaux qui contrôlent désormais l’économie de ce pays? On y reviendra si, bien sûr, l’on nous laisse vivre et faire notre métier.

Chers Ivoiriens,  j’ai beau tourner et retourner dans ma tête les mots qui pourraient m’aider à trouver des solutions, pour ma famille, pour mes enfants, j’en reviens toujours au même: « MORALE ». J’en suis convaincu, la priorité doit être donnée à la reconstruction de la morale dans notre pays. Il nous  faut instaurer le civisme et agir immédiatement sur l’éducation de nos enfants. Je rentre d’une petite tournée dans une quarantaine de zones rurales et le spectacle qui s’est présenté sous mes yeux est insupportable. Tant de misère et de souffrances dans un pays comme la Côte d’Ivoire où les masses laborieuses qui ont fait la force de ce pays continuent de vivre et de mourir sous le poids d’un labeur intolérable et mal rétribué en dépit des discours qui, heureusement, commencent à ne plus tromper personne. La troisième République sera celle de l’Ivoirien qui fait «non» de la tête et qui agit en conséquence en toute matière. Nous allons y travailler…

Il faut reconstruire moralement ce pays

Reconstruire la morale signifie également rompre avec les fausses idées inculquées à nos enfants pour nous disculper nous-mêmes, pour nous déculpabiliser.

Non, ce n’est pas la faute aux « colons » si certains ont cru que dès l’obtention d’un diplôme, ils avaient obtenu le sésame pour gagner de l’argent à vie et sans travailler, celui de faire travailler d’autres à leur place, de jouir de la vie sans limites…toujours au détriment des autres.

Non, ce n’est pas la faute de certains opérateurs économiques libanais si les niveaux de salaire restent, de façon anormal, bas et si rien ne permet aux deux parties, employeur et employé, de se faire confiance. Ils ont beaucoup fait et continuent de faire pour le bien de beaucoup comme si c’était leur pays pour la première raison qu’ils sont nombreux à y être nés.

Non, ce n’est pas la faute des policiers seuls si le racket s’organise après le 15 de chaque mois, si l’on ne prends pas conscience du minimum requis pour qu’un agent puisse faire face à ses charges, l’éducation de ses enfants…

Et on en oublie…

Pour reconstruire la morale donc, par quoi commencer ?

Par cibler des enseignants conscients et armés pour faire bien avec une formation et des objectifs bien définis.

Par se battre pied à pied contre tout ce qui concoure à conforter les uns et les autres à œuvrer dans la règle de « Tout pour moi et Dieu pour tous ! »

Il nous faut mettre en exergue la « valeur de l’exemple » et obliger à ce que le droit soit dit en justice ivoirienne.

Il faut revoir le système de santé, c’est une catastrophe!

Si la morale est essentielle, elle ne doit pas être dissociée de la Santé. Qui, plus qu’un malade, doit bénéficier d’une prise en charge éthique?

Il est donc tout aussi urgent d’agir immédiatement pour transformer notre système de santé public et obliger le système de santé privé à se remettre en cause. Ce sont les mêmes médecins du public qui « font tourner » les établissements privés de Côte d’Ivoire. On marche sur la tête! Mais des solutions existent et, puisque l’on parle à présent de troisième République, il va falloir qu’on dise les choses comme elles sont.

En attendant, n’étant pas un apprenti sorcier et ne voulant pas commettre des erreurs, il nous faut encore œuvrer pour mieux appréhender ce qui se passe pour le remettre en cause à sa juste mesure. C’est pourquoi il faut en appeler maintenant au sens des responsabilités de ceux qui sont clairvoyants, ceux qui ont pris conscience de la gravité de la situation. Nous devrons ouvrir des dossiers d’enquête à approfondir:

  • Le premier sur l’éducation nationale: Comment le budget alloué à l’enseignement supérieur et à l’éducation nationale a-t-il été utilisé depuis 2012 et pour quel résultat?  Plus jamais, on ne devra laisser pouvoir se faire ce qui s’est passé!

  • Le deuxième sur la santé: Que se passe-t-il vraiment? Partenariat Public-Privé? Nouveau Code de Santé Publique? Réforme hospitalière? Tout nous laisse à penser que nos dirigeants s’y prennent mal, s’entourent d’inconscients et d’incompétents, se remuent pour tirer partie de la manne ouverte par l’AFD pour la réhabilitation des établissements publics? Quand a été créée la société DENOS? Comment son dirigeant s’est-il retrouvé avec l’attribution des premiers 86 milliards pour entamer les « hostilités »? Notre Ministre pharmacienne et le proche conseiller belge pour la santé du Président tirent-ils partie de la situation?

Et les nouveaux « arrivants » dans le marché juteux des cliniques privées, qu’est-ce qui les animent? De bonnes intentions? Qui se cache derrière le groupe NOVAMED? AMETIS, SAHAM SANTE, SAHAM ASSURANCE…?  Que se passe-t-il à la PGMP? Pourquoi la CNPS pointe à l’horizon avec de nouveau en direct la société SAHAM SANTE?

Il faut démonter tout ce qui ne va pas dans le sens de la construction d’un système de santé moral et contrôlé. Les Ivoiriens ne veulent plus « mourir cadeau ». Pitié…

La troisième République, chers Ivoiriens, c’est la République de la vérité. En avant donc pour la vérité et la création d’un nouvel espoir. On ne peut plus accepter ce qui se passe…

A très bientôt…dans la troisième République.

ASSALE TIEMOKO, in L’Eléphant déchaîné n°487

Laisser un commentaire

Agenda

novembre 2017
D L M M J V S
« Oct    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  

Archives

Directeur de publication Gérant : Guy Tressia

Contact: +225 08322110/40007513

Email: guytressia@gmail.com

Abonnez-vous à africanewsquick par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à africanewsquick et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Rejoignez 11 568 autres abonnés

Retour vers Haut
Optimization WordPress Plugins & Solutions by W3 EDGE