Nouvelle Constitution/Assalé Tiémoko ironique aux Ivoiriens: «Gare à celui qui énervera notre Président…le 5 octobre! Les députés appelés à voter sans ouvrir la bouche»

By: Africa Newsquick

assale-tiemoko123Nouvelle Constitution/Assalé Tiémoko ironique aux Ivoirien: «Gare à celui qui énervera notre Président…le 5 octobre! Les députés appelés à voter sans ouvrir la bouche»

Si ce n’est pas ce qu’on appelle la démocratie dans son essence la plus achevée, c’est qu’on ne s’y connaît pas. Pour assassiner le gibier appelé article 35 de la Constitution accusé de diviser le peuple ivoirien en plusieurs catégories, des Ivoiriens avaient pris des armes pour attaquer le régime de l’intrépide Gbagbo qui mène un autre combat en ce moment du côté de La Haye. Objectif de cette prise d’armes? Installer un «nouvel ordre politique» en Côte d’Ivoire avec une Constitution expurgée de l’article 35. Mais la rébellion n’a pas réussi à avoir la peau du régime Gbagbo et c’est finalement à Linas Marcoussis que le fameux article 35 a été «abattu», et qu’une nouvelle mouture a été proposée pour le remplacer. «1) La Table Ronde considère que l’article 35 de la Constitution relatif à l’élection du Président de la République doit éviter de se référer à des concepts dépourvus de valeur juridique ou relevant de textes législatifs. Le gouvernement de réconciliation nationale proposera donc que les conditions d’éligibilité du Président de la République soient ainsi fixées: Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois.

Le candidat doit jouir de ses droits civils et politiques et être âgé de trente cinq ans au moins. Il doit être exclusivement de nationalité ivoirienne né de père ou de mère ivoirien d’origine.» Voilà donc le nouvel article 35 qui avait été rédigé à Marcoussis, accepté par tous et qui devrait être transposé dans la Constitution ivoirienne à travers une simple révision. Selon des indiscrétions, dans la nouvelle Constitution qui sera soumise aux Ivoiriens et dont les députés eux-mêmes n’auront copie qu’à l’ouverture de la session le 5 Octobre prochain (c’est dire si tout est mis en oeuvre pour éviter toute fuite…), les rédacteurs auraient ajouté quelques curiosités au texte écrit à Marcoussis.

Mais personne en dehors des ministres et du Président n’ayant encore vu le texte, on mettra cela sur le compte de la rumeur. Sinon, on ne voit vraiment pas comment on pourrait demander à un peuple d’élire un président sans savoir sa nationalité. La Côte d’Ivoire serait le seul pays au monde à se moquer ainsi de ses citoyens.

LE PLUS LONG CONSEIL DE GOUVERNEMENT

Certains confrères en ont parlé dans leur édition datée du 28/09. Le Conseil de gouvernement du mardi 27/09 a exceptionnellement duré. Les ministres ont dû déjeuner sur place à la Primature, histoire de ne pas laisser quelques distraits passer des coups de fil et laisser filer de précieux indices sur la révolution constitutionnelle que le RHDP s’apprête à fourguer aux Ivoiriens.

Jamais, de mémoire d’Ivoiriens, un Conseil de gouvernement n’a autant duré. Commencé à 9 heures tapantes, il s’est achevé à 20 heures. Une source proche du Secrétariat général du gouvernement a expliqué à «L’Eléphant» qu’il fallait revoir les choses dans les détails, enlever des virgules mal placées, corriger toutes les anomalies pour que le Conseil des ministres, le lendemain, se passe dans les conditions les meilleures possibles.

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Pour autant, aucune source ne précise qu’il y ait eu un véritable débat sur le texte de la nouvelle Constitution qui expliquerait la durée extraordinaire du Conseil de gouvernement du 27/09. «La nouvelle Constitution procède de la seule volonté du chef de l’Etat et de ses plus proches collaborateurs au sein de son parti et sévissant tous au Palais. Il a donné ses orientations aux rédacteurs qui n’ont rien inventé et se sont conformés strictement à ce qui leur a été demandé étant entendu qu’ils n’avaient pas à se fatiguer à outrepasser les indications données dès l’instant où le Conseil des ministres avait la latitude de tout réécrire s’il estimait que les indications du Président n’avaient pas été suivies », précise une source.

Les ministres ont d’ailleurs si bien travaillé la veille que le Conseil des ministres du 28/09 a adopté, sans débats, le texte remis au Président par le président du Comité d’experts mis en place par lui-même. Mais, alors qu’une nouvelle Constitution à soumettre au peuple à travers un référendum est la chose la plus publique au monde, en Côte d’Ivoire, la nouvelle Constitution est plus gardée que le code de la valise nucléaire. On se demande bien pourquoi.

C’est à un véritable jeu de cache-cache que se livrent tous ceux qui ont déjà vu le texte dans le gouvernement. Personne ne veut faire le moindre commentaire, comme si cela pouvait entraîner immédiatement son éviction du gouvernement. Pour une Constitution sensée être la meilleure que ce pays n’ait jamais eue, voilà une attitude qui pousse à de profondes interrogations.

VOUS VOULEZ L’INVESTITURE, VOTEZ SANS POSER DE QUESTIONS!

L’heure est grave. Le gouvernement fait tellement confiance aux députés, et des rapports sur une supposée opposition du président de l’Assemblée nationale à l’adoption de ce nouveau texte ont tant été acheminés au Palais présidentiel que finalement, c’est le Président Ouattara en personne qui, le 5 Octobre prochain, ira présenter le texte aux députés et les invitera à l’adopter en l’état pour offrir à la Côte d’Ivoire, la troisième République dans laquelle, selon le quotidien gouvernemental déjà en campagne, devraient couler et le miel et l’argent et l’ataraxie (le sommet du bonheur) qu’aucun peuple n’a jamais atteint. « Plus démocratique, plus fédératrice, plus consensuelle, la nouvelle loi fondamentale de la Côte d’Ivoire qui va ouvrir les portes de la IIIè République s’annonce comme un condensé de bonheur pour le peuple ivoirien», écrit le confrère gouvernemental dans son édition datée du 29/09. «Plus consensuelle», c’est à voir…avec une opposition qui n’a été associée à rien et qui est vent débout contre cette nouvelle Constitution. Quant au «condensé de bonheur» que cette nouvelle Constitution devrait apporter aux Ivoiriens, des mauvaises langues parlent plutôt d’une véritable gueule de bois que pourraient avoir les Ivoiriens avec un exécutif à trois têtes, un sénat dont le président pourrait être choisi parmi le 1/3 de ses membres nommés par le président et un vice-président nommé qui aurait moins de légitimité qu’un délégué de faculté de Lettres modernes à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. Quand bien même l’adoption par référendum de cette nouvelle Constitution signifierait que les Ivoiriens ont autorisé leur Président à nommer ce vice-président. «Vous savez, les dispositifs transitoires dans une Constitution sont généralement le fruit de nébuleuses combines politiciennes pour régler des comptes à des adversaires politiques. On pensait qu’après avoir vécu tout ce qu’elle a vécu, la Côte d’Ivoire avait tiré de grands enseignements. Mais on est obligés de constater que les petits calculs ont pris encore de la place dans la nouvelle Constitution qu’on cache à tout le monde jusqu’ici. On ne peut pas prétendre, quand on écoute le porte-parole de votre gouvernement, que cette nouvelle Constitution ne rentrera pleinement en vigueur qu’à partir de 2020 et dire dans le même temps que pour ce qui concerne la vice-présidence, il y a urgence à le nommer dès l’adoption de cette Constitution. Pour quelque chose qu’on prétend plus démocratique, pourquoi ne pas laisser les citoyens choisir leur président et leur vice-président en 2020?

Quelle est la menace qu’on veut supprimer en nommant de façon transitoire un vice-président?

Vous savez, le diable s’est toujours caché dans les détails. Il suffirait qu’il y ait un vrai débat sur cette question pour qu’on découvre que cette nouvelle disposition n’est pas impersonnelle. Or, on prétend que la Constitution actuelle n’est pas impersonnelle», fait remarquer un diplomate en poste à Abidjan.

Le Président sera donc devant les députés le 5 Octobre. Lesquels ne découvriront la nouvelle Constitution qu’ils seront invités à adopter que le même jour et pas avant, apprend «L’Eléphant» de source proche du parlement.

«C’est une révolution», s’exclame un député. On voudrait nous contraindre à voter en la bouclant qu’on ne s’y serait pas pris autrement. «Ils veulent nous prendre de vitesse et faire adopter à la fois par le parlement et par le peuple, du moins une partie puisque l’opposition significative rejette ce texte, avant la fin de ce mois d’Octobre.

Déjà, tous les députés du RHDP sont surveillés comme du lait sur le feu. Et, il est évident que celui qui voudra soulever le moindre débat, proposer le moindre amendement, risque de ne pas avoir l’investiture de son parti pour les prochaines législatives. Obliger des représentants du peuple à travailler dans de telles conditions, c’est vicier leur consentement. Et, la présence annoncée du président au parlement pour présenter le texte en personne est en soi un moyen de pression sur le parlement dont chacun sait qu’il est monocolore.

Et, on peut être assurés que le député, qui ne mouillera pas le maillot sur le terrain pour le «Oui», ne verra pas son nom sur la liste des candidats de son parti qui ne sera publiée, à dessein, qu’après le référendum. C’est d’une violence morale cette affaire… Le Président viendra faire une allocution solennelle, on l’écoutera religieusement nous vanter les mérites de sa nouvelle Constitution et à la fin, sans avoir vu le texte, comme un seul homme, on se lèvera pour l’acclamer. Après, on nous donnera le texte et on devra le voter. Et ce sera tout», se lamente notre député.

Et si le récalcitrant se présente en indépendant, on pourrait contraindre la Commission Electorale Indépendante à le punir en rejetant sa candidature? «oui» ou «non» à une question brute Il s’agissait au départ, de la révision de l’article 35. A l’arrivée et avec l’onction du sphinx de Daoukro, c’est une nouvelle Constitution qui sera soumise à l’approbation ou non des Ivoiriens. Il s’agira donc de dire «Oui» à un exécutif à trois têtes avec un Premier ministre qui ne servait pas à grand-chose en temps normal et qui, avec la nouvelle Constitution, ne servira à rien du tout; de dire «Oui» à un vice-président nommé de façon transitoire, capable de succéder au président élu et choisi de façon discrétionnaire par le président en exercice; de dire «Oui» à un Senat dont le 1/3 des membres sera nommé et dont personne ne voit l’utilité dans une Côte d’Ivoire rongée par la pauvreté, l’absence d’établissements scolaires dans des milliers de villages, avec une jeunesse agonisante sous le poids du chômage éternel…

Mais si le citoyen ivoirien, à qui l’on a fait croire depuis 2000 que l’article 35 de sa Constitution est à la base de toutes les souffrances qu’il a enduré, veut juste dire «Oui» à sa réécriture et «Non» aux autres curiosités glissées dans cette nouvelle Constitution, comment fait-il? Son «Oui» pour la modification de l’article «35» est automatiquement assimilé à un «Oui» pour la vice-présidence nommée, pour la suppression de l’âge limite à la présidentielle, pour le Sénat, etc.

Le journal gouvernemental a bien raison: Cette nouvelle Constitution «est un condensé de bonheur pour le peuple ivoirien». Lequel, on l’imagine, n’en demandait pas tant dans cette période où des milliers d’enfants admis à l’entrée en sixième resteront dans les villages, faute pour leurs parents de pouvoir s’acquitter des 30-50 mille FCFA de frais d’inscription imposés dans les écoles privées où ils ont été affectés par l’Etat.

Au fait, a-t-on pensé à glisser dans cette révolutionnaire Constitution, un article interdisant à un ministre d’être à la fois député, maire, président de Conseil régional, PCA caché de société d’Etat?

Avec un tel article, elle aurait vraiment été un «condensé de bonheur» pour les jeunes, cette nouvelle Constitution. Mais il faudra sans doute attendre la 4è République…

Tiens, on allait l’oublier aussi, celle là.

Et la Haute Cour de justice pour juger certains grands criminels de la République sévissant dans des tours au Plateau de Bédié à Ouattara en passant par Gbagbo, il faudra attendre la 4è République pour la voir enfin installée?

ASSALE TIEMOKO, in L’Eléphant déchaîné n°484

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