Côte d’Ivoire-Tiassalé: Les fleurs de l’échec, le mythique pont s’effondre… M’bribo, Komenankpé, Gnansombli…la misère a un visage-Agnéby-Tiassa, un découpage injuste qu’il faut stopper…(un reportage de L’Eléphant déchaîné)

By: Africa Newsquick

pont_de_tiassale_03Côte d’Ivoire-Tiassalé: Les fleurs de l’échec, le mythique pont s’effondre… M’bribo, Komenankpé, Gnansombli…la misère a un visage-Agnéby-Tiassa, un découpage injuste qu’il faut stopper…(un reportage de L’Eléphant déchaîné)

Circonscription administrative depuis 1893, la ville de Tiassalé aurait dû être à ce jour l’une des plus belles et des plus équipées de Côte d’Ivoire. Mais la réalité aujourd’hui, malgré la qualité incroyable de cadres que ce Département a eus, est des plus tristes. Cette ville ressemble à un décor pour  tournage d’un film sur la fin du monde.

Brigade de Gendarmerie sans moyens de déplacement, sans outils informatiques de travail adaptés, police sans moyens de déplacement et de travail efficients. Certes, il appartient à l’Etat de doter ces entités de défense et de sécurité des moyens qu’il faut pour assurer une meilleure sécurité des biens et des personnes, mais les cadres ont aussi la responsabilité, par leur organisation ou en fonction de leurs possibilités, de venir en aide à ces entités à travers de petits dons qui augmentent leur capacité d’intervention et leur efficacité.

Mais force est de constater que pas grand-chose n’est faite pour permettre à Tiassalé d’avancer un peu sur le chemin du développement. Depuis près de 30 ans, cette ville a le même visage, elle ne ressemble pas à la richesse de son histoire et des premiers habitants qui y ont habité. Pourtant des cadres, Tiassalé en a eus. Danielle Boni, aujourd’hui présidente d’un parti politique, a été élue députée de cette ville, avant d’être nommée, plus tard, ministre dans le gouvernement du Président Bédié. Son paternel, Alphonse Boni, a été président de la Cour Suprême de Côte d’Ivoire et proche collaborateur du Président Houphouët-Boigny. D’autres fils de cette ville ont occupé de hauts postes à l’ancien « Crédit de Côte d’Ivoire ». Tiassalé a aujourd’hui des fils qui sont  de grands ingénieurs, des pharmaciens, etc. Mais les querelles de leadership entre ces grands cadres qui ont passé le plus clair de leur temps à se torpiller, à se jeter des peaux de banane sous les pieds, ont fini par transformer Tiassalé en une ville quelconque où les infrastructures élémentaires pour de meilleures conditions de vie des populations se comptent sur les doigts d’une seule main. Il suffit de se rendre à l’hôpital général pour s’en rendre compte. Cet hôpital manque de tout ; il y est même impossible de faire une radio. Presque plus vieille que la Côte d’Ivoire, Tiassalé n’a pas de service de radiologie dans son hôpital général et les malades ou blessés doivent se rendre soit à Sikensi (véritable scandale) soit à Divo ou même à Abidjan pour réaliser la moindre radiographie.

Des élus qui réapparaissent tous les cinq ans

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La politique a pour objectif de créer des conditions pour améliorer la vie des populations. Le politicien, de ce point de vue, est donc au service de sa communauté et non le contraire. Tiassalé dispose d’une mairie et fait partie de la région de l’Agnéby-Tiassa qui comprend à la fois Agboville, Taabo, Sikensi, Tiassalé, etc. Une vaste région au budget d’investissement insignifiant qui permet à son président, Mbolo Martin, d’avoir un matelas d’arguments  pour justifier l’absence de réalisations au bénéfice des populations, notamment à Taabo, Sikensi et Tiassalé où, pourtant, il a fait des promesses que même le Président Ouattara n’a pas osé faire pendant la campagne électorale de 2010. Il suffit de se rendre dans certains villages de Tiassalé ou de la Sous-préfecture de Morokro pour comprendre l’ampleur des promesses que ce dernier a faites aux populations, allant jusqu’à affirmer qu’élu, il n’aurait guère besoin d’un centime de l’Etat de Côte d’Ivoire pour réaliser son programme de société pour les populations de l’Agnéby-Tiassa. Quatre ans plus tard, les résultats crèvent les yeux par leur absence. Mais il aura, à la fin de son mandat, l’excuse de la trop grande étendue de cette région. En effet, Tiassalé, Sikensi et Taabo n’ont rien à faire avec Agboville et consorts. Ce découpage électoral qui a rattaché ces trois entités administratives à Agboville fut une grave erreur qu’il faudra absolument corriger, non seulement parce qu’un fils de Tiassalé, de Sikensi ou Taabo n’a aucune chance de diriger un jour ce conseil régional en raison de la densité en population d’Agboville seule, mais en plus,  cette région est si vaste qu’aucun élu, sauf s’il s’amuse à la démagogie, ne peut la parcourir en totalité en cinq ans, à plus forte raison, réaliser un investissement essentiel dans chacun des centaines de villages qui la composent.

La mairie de Tiassalé, depuis des décennies, a vu passer à sa tête des élus, tous fils de Tiassalé, qui ont tenté de lui apporter une certaine beauté sans vraiment y parvenir; et aujourd’hui la situation est plus grave. La ville ne ressemble à rien et le désordre semble y avoir élu domicile à travers l’installation anarchique des commerces le long des rares voies dont le bitume tient encore.

Les députés que la ville a connus, se réfugiant derrière l’argument passe-partout que le député ne fait pas de développement parce qu’il n’a pas de budget, ne se sont pas réellement intéressés à quoi que ce soit ni dans la ville ni dans les villages qui manquent de tout. Le député n’est-il pas le porte-parole des populations devant l’exécutif? Comment peut-il alors fermer les yeux sur la misère qui règne dans sa circonscription avec des populations qui manquent de tout y compris d’écoles pour scolariser les enfants en âge d’aller à l’école?

Comment un député peut-il disparaître, pendant cinq ans, des villages où il est passé pour battre campagne, après son élection?

En milieu rural, le visage de la misère

Dans la Sous-préfecture de Morokro, faisant partie de la circonscription électorale de Tiassalé – une autre injustice qu’il faudra réparer dans le prochain découpage électoral – en dehors des écoles primaires d’Affikro, de Koyékro (récemment réhabilitée par une mutuelle ), toutes les autres écoles sont en ruine et notamment celle du chef-lieu qui est Morokro et celle de Ahiroa où les enfants et les enseignants sont en permanence en danger dès que le ciel se fait un peu menaçant. Une situation qui a obligé l’inspection  à retirer le centre d’examen d’Ahiroa pour l’envoyer à Kondiébouman. Pourtant, l’ensemble de ces écoles ont été bâties par les populations elles-mêmes. Mais sans le moindre sous aujourd’hui, les populations, malgré la présence des Comités de gestion des écoles appelées « Coges », n’arrivent plus à entretenir ces écoles. Et l’Etat qui, avec ses députés, a voté une loi pour menacer d’emprisonnement les parents qui n’envoient pas leurs enfants âgés de six ans à l’école, ne se demande pas où se trouvent ces écoles dans lesquelles ces enfants doivent être scolarisés. Partout dans cette Sous-préfecture où les voies vont être écumées bientôt par des élus fantômes à la veille des élections locales, la misère a un visage dans les salles de classe des écoles que fréquent les enfants. Les députés n’ont pas de budget, mais ils peuvent faire du lobbying pour amener des relations à offrir qui, une tonne de ciment, qui dix feuilles de tôle, qui dix tables bancs, etc. Mais non, il ne faut pas leur demander cela, ils sont là pour représenter les populations en se taisant sur les drames qu’elles vivent. Bravo, pour cette conception du rôle du député, dans un pays sous-développé.

A Tiassalé, dans certains villages, le visage de la misère est indescriptible. A Komenankpé, village situé à, à peine, six kilomètres de Tiassalé, il n’y a aucune école primaire. Les enfants sont obligés d’aller à cinq kilomètres de là, à Sodefor -Mopri, où se trouve une école primaire sans tables-bancs et où les enseignants travaillent dans des conditions qui frisent le ridicule. A Komenanpké toujours, les populations savourent leur misère à travers l’eau impure d’un ruisseau qu’elles boivent, faute de pompe hydraulique. Inimaginable au 21è siècle de voir des populations boire l’eau de ruissellement  qui circule dans les forêts en s’enrichissant de toutes les impuretés. Heureusement que le président du Conseil Régional et le député qui sont passés dans ce village pour battre campagne en 2011 et 2012 ne sont pas informés de cette situation. Sinon, il est certain qu’ils auraient été scandalisés. Laisser des populations boire l’eau de ruissellement dans une Côte d’Ivoire dont les élus n’ont que le mot «émergence» dans la bouche à chaque intervention, cela fait quelque peu désordre.

Mais les élections arrivent et enfin, les candidats, de nouveau, vont découvrir cette réalité qu’elles ont oubliée depuis leur élection. Toujours à Tiassalé, à 16 kilomètres sur la route de Divo, se trouve un village appelé Gnansombli, essentiellement habité par des populations venues de l’Ouest. Dans cette localité, les enfants, en principe, ne devraient pas aller à l’école cette année. Alors, parler de riposte sauvage… Ce village a son école primaire complètement en ruine (voir les images ci-jointes). L’élu qui a bénéficié de leurs voix s’est tellement souvenu d’eux qu’il n’a jamais mis les pieds dans cette localité depuis son élection. Mais, le samedi 17 septembre dernier, un bon samaritain a fait un geste qui a sauvé cette école et sans doute la semaine prochaine, les enfants, enfin, pourront prendre la route de leur école. Emergence quand tu nous tiens. La Ministre Kandia Camara devrait chercher à décorer ce bon samaritain.

A Broukro, un autre village de Tiassalé au sein duquel les terres sont exploitées par une société produisant de la banane, la situation de l’école est la même. Un véritable poulailler sert d’école à ce village, grand pourvoyeurs de voix pour nos heureux élus qui n’y ont pas mis les pieds depuis leur élection. Le député n’a pas de budget, n’allez donc pas lui demander d’offrir une tonne de ciment pour boucher les trous d’éléphant qu’il y a dans les classes poussiéreuses des écoles (voir images). Et l’eau que les populations boivent dans ce village? Elle est potable, paraît-il; sauf que sa couleur incite à avoir d’autres idées. Mais n’allez pas demander à la société qui exploite des terres dans les parages, elle n’est pas du même avis; tout va bien, circulez, il n’y a rien à voir. Partout dans les villages du Département, c’est le même constat. Peut-être faudrait-il que les futurs candidats aux élections locales réinventent la façon de faire la politique afin que les populations réalisent que leur bonheur et leur sécurité est le seul but de la politique?

Messieurs, le pont nous dit au revoir…

De mauvaises langues prétendent que le seul ouvrage digne d’une visite touristique à Tiassalé est son pont, vieux de plusieurs décennies. Un pont qui joue un rôle conséquent dans l’économie de la Côte d’Ivoire, en termes de circulation des personnes et des marchandises. Les plus pessimistes disent que l’apport de ce pont dans l’économie est d’environ 10%; et que, s’il s’écroule un jour, c’est toute la Côte d’Ivoire qui s’en trouvera gravement affectée. Le problème est que, à première vue, le pont paraît encore bien solide. Mais il suffit de descendre pour l’observer de près en ayant les pieds dans l’eau (le Bandaman), pour se rendre compte que passer sur ce pont aujourd’hui représente un véritable danger. Tant sa dégradation est avancée. Mais les élus de cette ville, les premiers concernés par la prise de parole sur l’état de dégradation de ce pont, pour le moment, crient fort à travers leur silence sur le sujet. Comme s’ils ne savaient pas ce qui se passe. A-t-on entendu le député attirer l’attention des décideurs de l’exécutif sur le danger que représente aujourd’hui ce pont? Bien sûr, mais on ne retrouve nulle part les traces des démarches effectuées ou des paroles tenues sur l’état de ce pont. Et le maire de la ville? Tiassalé est classé désormais ville historique, paraît-il. Grâce à lui et sans doute à cause de la vétusté des bâtiments aux tôles grillées par le soleil qu’on rencontre dans cette ville. A-t-il un projet de recherche de moyens pour la réhabilitation de ce pont? Impossible d’imaginer le contraire, sauf que personne ne sait à quoi il correspond. Sans doute un excès de modestie. Les grands visionnaires travaillent dans le silence et ne parlent que lorsqu’ils ont le pied sur quelque chose comme on le disait à Adjamé avant le déguerpissent du boulevard Nangui Abrogoua. Et le président du Conseil Régional? Lui qui n’avait pas besoin de l’argent de l’Etat pour réaliser des merveilles à Tiassalé, après n’avoir pas été capable d’installer (mais il a encore un an) une radio à l’hôpital de Tiassalé, sans doute a-t-il prévu quelques milliards de fonds propres pour nous remettre à neuf dans les jours à venir, ce pont qui est en train de s’effondrer? Monsieur le Ministre Patrick Achi, au secours!!!

Faudra-t-il attendre que le pont s’écroule en faisant des dégâts matériels et sans doute humains pour que l’Etat vienne en construire un autre? L’effondrement de ce pont, si rien n’est entrepris maintenant, tuera la ville de Tiassalé qui se porte déjà pâle en raison de l’insouciance depuis des décennies, de ces cadres et de ses élus qui ont d’autres missions à accomplir que s’occuper de la santé de leur département et de ses populations. Le pont est beau débout. Il sera encore plus beau, couché, dans quelques années, sinon dans quelques mois. Si une équipe du Bnetd inspectait ce pont dans les semaines qui suivent, il est certain qu’elle recommanderait des travaux d’urgence sinon interdirait la circulation purement et simplement. A Niamoué, un village situé à quelques mètres du pont et dont on dit qu’il est le fief d’un certain élu, un bâtiment devant servir de lieu de réunion a été construit par la mairie. Il est juste situé en bordure de route. Il aurait coûté, paraît-il, la somme de 14 millions FCFA. Quand on voit l’état dans lequel il se trouve, juste deux ans à peine après sa construction, on comprend tout de suite pourquoi le pont s’empresse de se tirer de là pour ne pas être accusé d’avoir provoqué l’effondrement de ce bâtiment dans sa chute.

Bref, Tiassalé est une vieille ville qui manque de tout et qui fait honte. Sa jeunesse communale, désabusée, réfléchit depuis quelques mois, à une nouvelle approche pour amener les élus à être au service des populations et moins dans les avions pour des missions dont personne ne voit les retombées. Certains jeunes ont même décidé de ne plus installer de bâches cette année pour personne sinon pour eux-mêmes pendant les élections à venir. Un cadre qui manque d’humour et qui prospère au PDCI leur aurait dit qu’à 40 ans pour certains, ils seraient trop jeunes pour s’intéresser à la politique. La bonne blague. Et pour installer les bâches, ils ne sont pas trop jeunes pour un travail aussi fastidieux pour leur jeune âge?

Tiassalé se meurt, ses élus ne font pas preuve de beaucoup d’imagination ou bien ils refusent de le faire et manifestement, les populations ont commencé à ouvrir les yeux. Certains commencent à remuer la tête. Ils ne veulent plus entendre parler d’une bouteille de liqueur et d’un billet de 5000 FCFA pour cinq ans. Quels ingrats, faire ça à des gens qui pensent que ce sont les électeurs qui sont à leur service et non le contraire, ce n’est pas juste. Mais le changement de la façon de faire la politique dans ce pays qui, dans quatre petites années, sera face à une transition générationnelle est à ce prix.

La politique, est au service du bien-être des populations, elle ne doit pas les appauvrir ni les tuer comme c’est trop souvent le cas sous nos tropiques. Les élus, qu’ils aient un budget ou pas, doivent faire preuve d’imagination dans tous les secteurs. Parfois, il suffit d’un rien pour rendre une population heureuse, ne serait-ce que pendant quelques jours. 2016 doit voir la naissance d’une nouvelle race de politiciens. Et si cette race doit sortir des rangs de ceux qu’on trouve trop jeunes pour comprendre qu’ils peuvent apporter quelque chose à leur communauté, eh bien, que les choses bougent. A Tiassalé qui ne sera sans doute pas, à l’allure où vont les choses, au rendez-vous de l’émergence. Et il n’y a pas que Tiassalé. Dans la quasi-totalité des départements, des élus sans imagination ont fui les populations après leur élection. Ils s’apprêtent à retourner voir les indigents dont la vue les indisposait durant leur règne de cinq ans, les bras remplis de bouteilles de liqueur et de tee-shirts frappés de leur trombine. Heureusement que beaucoup d’eau a coulé sous l’historique pont de Tiassalé, qui semble résister pour voir ce que les jeunes qui commencent à remuer la tête de gauche à droite à travers tout le pays, vont décider dans quelques semaines dans toutes les élections locales.

Alex Kassy

envoyé spécial à Tiassalé-Morokro

samedi-dimanche 11 Septembre 2016.

In L’Eléphant déchaîné n°482

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