3e mandat de Ouattara : Un journaliste français fait de grosses révélations et interpelle Emmanuel Macron, «si prompt à donner des leçons à toute la planète»

3e mandat de Ouattara : Un journaliste français fait de grosses révélations et interpelle Emmanuel Macron, «si prompt à donner des leçons à toute la planète»

La situation en Côte d’Ivoire, avec le projet de 3e mandat anticonstitutionnel d’Alassane Ouattara, préoccupe plus d’un Etat du monde. Et cela n’a pas échappé au journaliste Pascal Airault du journal français L’Opinion. Révélations et indignation.

Au cours de cette journée (Ndlr, du 13 août 2020), les messageries privées ont crépité à un rythme soutenu: vidéos, photos de corps ensanglantés, avec parfois quelques difficultés à démêler l’info de l’intox. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas sans un certain malaise, sans une étrange sensation d’être projeté dix ans en arrière que les Ivoiriens et les observateurs de ce pays ont vécu cette journée. Sentiment de colère aussi, car personne n’aurait dû revoir de telles images.

Tout le monde-les Ivoiriens, les chancelleries, les chercheurs et journalistes- savait qu’Alassane Ouattara ne devait pas revenir sur sa promesse de ne pas effectuer de troisième mandat, même s’il était difficile de prévoir quand et comment la situation risquait de dégénérer.

Emmanuel Macron, si prompt à donner des leçons à toute la planète -Liban, Biélorussie, pour ne citer que ces derniers exemples- ne s’est pas encore exprimé sur la nouvelle donne ivoirienne. Il faut reconnaître que Paris est dans une situation compliquée: comment expliquer que le «démocrate» installé par les militaires français en avril 2011 ne veut plus partir? Pour autant, selon un diplomate africain, l’Élysée et le Quai d’Orsay ne sont pas restés inactifs. À plusieurs reprises, ils ont essayé de dissuader Alassane Ouattara de s’engager dans cette voie risquée.

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Des chefs d’État africains de la sous-région sont eux aussi montés au créneau. Ce n’est un secret pour personne que le Président nigérien Mahamadou Issoufou milite contre les changements de Constitution et la tentation de durer au pouvoir. Le Ghanéen Akufo-Addo, habitué aux alternances pacifiques dans son pays, n’a pas non plus intérêt que son voisin s’embrase à nouveau.

Lors de la guerre de 2011, Accra a accueilli dans l’urgence les exilés politiques et les milliers de réfugiés ivoiriens. Macky Sall a également agi dans le même sens, à deux reprises, lors des obsèques de l’ancien Premier ministre Amadou Gon et lors des négociations à Bamako de la Cedeao. La fondation Mo Ibrahim, la fondation Koffi Annan, le groupe des Elders s’y sont aussi essayés. Rien n’y a fait.

Côte pouvoir, c’est Hamed Bakayoko, Premier ministre, ministre de la Défense et maire d’Abobo, qui est à la manœuvre et il joue une partie compliquée. Pendant dix ans, la Cour pénale internationale a rythmé la vie politique ivoirienne avec le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Les militaires, et le premier d’entre eux, n’ont aucune envie de connaître les murs de la prison de Scheveningen, ils réfléchiront donc à deux fois avant de tirer sur la foule, même si des bavures ici et là sont toujours possibles.

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Afin d’étouffer la révolte dans l’œuf, la tactique consiste donc à utiliser des supplétifs, les «microbes», des enfants dits en conflit avec la loi. Ces mineurs constituent une véritable milice qui terrorise les manifestants en fonçant sur eux armés de machettes, comme cela s’est produit jeudi 13 août dans le quartier de Yopougon. Le pouvoir peut aussi compter sur les «Chinois», ces fans DJ Arafat, le chanteur décédé l’année dernière, dont Hamed Bakayoko est le parrain officiel, et sur les «Dozos», ces chasseurs traditionnels qui ont déjà œuvré lors de la guerre de 2011. Le Premier ministre joue gros, s’il gagne cette manche, il se renforcera politiquement au sein de son parti, le RDR, et fera avancer son agenda personnel.”

Pascal AIRAULT

Journaliste (L’Opinion, journal français)

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