Simone Gbagbo

Côte d’Ivoire: «Tout va tomber… Si le chef de l’Etat est sincère», Simone Ehivet Gbagbo (MGC), dans une grosse interview

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Madame Simone Ehivet Gbagbo, présidente de Mouvement des générations capables (MGC), dans cette interview, passe au peigne fin la situation sociopolitique nationale. L’ex Première dame s’affiche apte à demeurer le leader charismatique et continuer à prendre toute sa place dans la sphère politique ivoirienne.

Mme la présidente, une situation prévaut depuis quelques jours, le déguerpissement de plusieurs quartiers dits précaires. Quelle est votre réaction ?

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Ce n’est pas la première fois qu’on vit ce phénomène en Côte d’Ivoire. On l’a vécu, il y a déjà quelques années à Koumassi où on a cassé des pans entiers des quartiers de la Commune. Je pense que le principe de vouloir assainir,  c’est un principe qui est bon. Dans tout pays, il y a des moments où il faut assainir des quartiers. Toutefois, la forme que cela prend, en Côte d’Ivoire, je crois que ça pose problème.

Premièrement, le déguerpissement se fait sans aucune humanité, aucun respect du temps. Cette année, ça se fait en pleine année scolaire. Les élèves sont en classe, on casse les établissements scolaires, on casse les appartements des parents. Donc, il y a une déstabilisation totale de la population victime. Et ce n’est pas normal.

Et ensuite, il y a un autre gros problème qui est posé dont je n’en ai pas encore eu la réponse. Ça s’est posé à Koumassi, à GESCO, ça va se poser ici à Cocody et dans les autres quartiers. Quand ces déguerpissements ont lieu, les terres-là, qui est propriétaire ? Qui en reste propriétaire ? Comment est réglé le problème de la propriété terrienne des personnes qui sont déguerpies ? On n’a pas encore eu de réponse. On n’a pas eu de réponse au niveau de Koumassi, on n’a pas de réponse non plus ici à GESCO. On n’a pas de réponse ici à Cocody.

Troisième question, avant de déguerpir, il faut prendre le temps d’informer les gens et également de leur donner des sites où ils vont pouvoir se retrouver. Ils ont des enfants qui sont à l’école. Il faut pouvoir leur trouver des sites pour réinscrire leurs enfants à l’école pour que l’enfant puisse continuer son année scolaire. Toutes ces questions-là créent finalement beaucoup plus de désordres publics que de solutions des problèmes. Voilà un peu mon premier commentaire.

Quand vous serez en face des populations déguerpies, quel message auriez-vous pour elles ?

Le premier message, c’est yako. C’est le yako qu’on doit leur apporter, parce que, qu’ils soient dans leur tort, qu’ils soient dans leurs droits, ils se retrouvent dans une situation de violences telles qu’ils sont complètement démunis. Ce sont des familles qui se retrouvent dehors, ce sont des enfants qui se retrouvent déscolarisés. On est obligé de leur dire déjà yako.

Et puis, la deuxième chose que j’aimerais savoir, ceux-là qui sont déguerpis, est-ce qu’on les avait informés. Quel délai avaient-ils reçu pour prendre leurs dispositions avant de partir. Donc, j’aimerais bien pouvoir en parler avec eux.

Troisièmement, ceux qui sont bénéficiaires d’ACD sur leurs terres dont les maisons sont cassées, qu’est-ce qu’on leur a promis avant de venir faire les casses ? On a besoin d’avoir toutes ces informations avant de pouvoir bien juger et bien décider.

Quand on me dit que ce déguerpissement va permettre de régler des problèmes de sécurité parce que ce sont souvent des zones inondées quand il pleut… Ce sont des zones où on a eu des éboulements quand il a plu. Or, la saison des pluies a déjà eu lieu et on n’a pas réglé le problème. Et c’est maintenant-là qu’on cherche à régler le problème. Je me pose une autre question, qui est simplement d’ordre juridique et qui montre que peut-être, moi-même je manque simplement d’informations. Le gouverneur du District, est-ce qu’il a le pouvoir, la compétence de venir dans une Commune et puis casser sans être en relation d’affaires, de travail avec le maire ? Il y a un maire dans la Commune. Je suis en train de regarder, je n’ai pas encore eu des réponses, à ce niveau. C’est une question qui se pose. Que deviennent les maires, lorsque c’est le gouverneur du District qui vient lui-même, avec ses engins pour casser ?

On a vu plusieurs acteurs politiques défiler sur les sites déguerpis, est-ce que le MGC, votre parti politique, aura une déclaration officielle ?

On aura une déclaration officielle, mais on a déjà envoyé une équipe sur le site. Je ne suis pas allée, moi-même, mais on a déjà envoyé une équipe sur le site pour rencontrer les populations déguerpies. On va faire une déclaration sur la question.

Par rapport au village d’Anono, on a entendu la complainte du père Norbert Abékan. Est-ce qu’il ne faut pas craindre que la situation prenne une autre proportion ?

Est-ce que la situation n’est pas déjà en train de prendre une autre proportion ? Parce qu’aujourd’hui (Ndlr, hier mardi), les élèves sont dans la rue. La FESCI a mis tous les élèves dehors. Mon petit-fils est revenu de l’école parce qu’on lui a demandé de sortir de la classe, à cause des casses, il y a des protestations. Donc, l’affaire est en train de prendre une dimension qui peut-être n’a pas été envisagée par le gouverneur du District. C’est pour cela que je parlais de désordre public. Ce sont des questions qu’il faut régler.

La situation de déguerpissement contraste avec la joie des Ivoiriens, après la victoire à la CAN 2023. Selon vous, quelles sont les grandes leçons qu’on doit tirer de la CAN ?

La CAN nous a donné l’occasion de vivre des moments très intenses. On est parti le cœur accroché, suspendu, des pleurs même, quand on a perdu 4-0 face à la Guinée-Equatoriale. Tous les Ivoiriens avaient le cœur suspendu. Et puis, vous avez vu qu’à mesure où le temps à passé, cette équipe a repris confiance en elle-même. Les Ivoiriens ont repris confiance en leur équipe et les deux entités soudées, c’est-à-dire les joueurs d’une part et la population d’autre part, ont permis, petit-à-petit, elle est allée jusqu’à la victoire avec l’aide de Dieu. Moi je dis toujours que notre affaire-là, Dieu était dedans.

Donc, la première leçon à tirer, c’est que quand vous êtes dans une situation d’adversité comme ça, il n’a jamais baissé les bras. Il faut rester confiant jusqu’au bout. Il faut rester accroché jusqu’au bout. Il faut rester résilient jusqu’au bout. Ça, c’est la première leçon que je tire.

La deuxième leçon qu’on peut tirer, c’est que quand on a une équipe, un groupe qui se bat pour la dignité et l’honneur de la nation tout entière, il faut que la nation se soude derrière cette équipe, derrière ce groupe. Dans ce cas-là, c’est la nation qui compte. Il n’y a plus de RHPD, de PDCI, de PPA-CI, du MGC, c’est la nation qui compte. Et quand on sait se lever à cette dimension-là de la nation, on gagne.

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La troisème leçon, c’est que quand on travaille pour le bonheur de notre pays, il faut qu’on le fasse dans l’humilité, en sachant qu’on a toujours un Dieu qui est au-dessus de nous et à qui on doit s’accrocher. On a vu tous ces comportements se manifester et ç’a abouti à la victoire.

Est-ce qu’on peut espérer que ces leçons-là se traduisent en politique ?

Moi, je le souhaite bien. Ce ne sont pas toutes les questions qui vont obtenir l’adhésion de tout le peuple, mais il y a des questions qui ne peuvent pas se résoudre si on n’a pas l’adhésion de tout le peuple. Par exemple, si on veut dans ce pays organiser des élections justes, transparentes, dans la démocratie vraiment bien vécue, si tous les parties ne sont pas parties prenantes, si le Gouvernement d’un côté et l’opposition de l’autre côté, si ces deux entités-là ne sont pas parties prenantes du respect des règles et de la bonne organisation des choses, ça va ramener des troubles qu’on a connus déjà.

Je cite ces éléments, mais il y a d’autres actions. Si on veut que notre pays sorte du sous-développement et de la pauvreté actuelle, il faut que nous soyons d’accord pour dire que dans notre pays, l’économie doit être entre les mains des Ivoiriens eux-mêmes. Si nous sommes tous d’accord que l’économie soit entre les mains des Ivoiriens en premier, on pourra prendre des textes de loi qu’il faut. On pourra avoir le comportement qu’il faut et dans les bureaux, on pourra avoir également l’attitude qu’il faut pour qu’on ne connaisse plus le chantage, la corruption, la prévarication. Et que l’entraide qui doit être organisée par le parti au pouvoir soit organisée pour tout le monde, et non pas pour ceux qui sont les soutiens du pouvoir ou qui sont les soutiens d’une ethnie. Mais que ce soit tout le monde qui en bénéficie. Ce sont des règles qui, si elles sont respectées par toute la nation, les choses iront bien.

En recevant les Eléphants, le chef de l’Etat a dit souhaiter qu’on pense Ivoirien, êtes-vous convaincue de ces propos ?

La question, ce n’est pas que moi, je sois convaincue. La question, c’est que lui, il soit sincère. Quand il dit qu’on doit penser Ivoirien, je suis d’accord avec ça, puisque c’est ce que j’ai développé. Si on met la Côte d’Ivoire au-devant, à la tête, en premier lieu,  il y a beaucoup de choses qui vont tomber. Le tribalisme va tomber, le culte de la personnalité va tomber, tous les vices qu’on a décrits (vols, corruptions, détournements), tout va tomber. Donc, l’Ivoirien d’abord. Si le chef de l’Etat est sincère, gloire à Dieu.

On a entendu aussi des cadres RHDP dire que la victoire des Eléphants à la CAN vaut un 4è mandat pour monsieur Ouattara, votre analyse ?

Moi, je ne suis pas de son parti. Un parti se bat toujours pour que son candidat gagne le mandat. On s’accroche à tous les arguments. Maintenant, ce n’est pas parce qu’on a gagné la coupe, enfin ce ne sont même pas eux qui ont gagné la Coupe. Ils ont organisé la Coupe et les Ivoiriens se sont battus. L’équipe nationale s’est battue et la coupe a été remportée. Est-ce que les joueurs sont tous RHDP ? Ils se sont battus pour leur nation. Tous les Ivoiriens qui se sont mobilisés sont de différents partis. Moi-même, je me suis réjouie pour notre nation, mais ça ne voudrait pas dire que demain, je vais aller voter le candidat du RHDP. Ce sont deux choses différentes.

Dans la foulée de la victoire de notre équipe nationale, le chef de l’Etat a gracié plusieurs prisonniers politiques et militaires. quel est votre avis sur cette mesure de grâce ?

On dit qu’il faut prendre ce qu’on te donne. Certains de nos militaires, depuis 2011, étaient en prison. Personnellement, j’ai considéré que c’était injuste. Moi-même, j’étais en prison et j’ai considéré que c’était injuste. Moi, j’ai pu bénéficier d’une ordonnance d’amnistie qui s’est transformée en loi d’amnistie. Je trouve que cela est juste. Et je trouve qu’il aurait été bon, après la victoire à la CAN, d’aller à l’amnistie.  C’est ça qui allait finaliser la réconciliation de la nation. Il a accordé la grâce, on prend et je suis heureuse de voir Dogbo Blé hors de la prison, de l’Ecole de gendarmerie mais, j’aurais préféré, moi, que le chef de l’Etat fasse voter une loi d’amnistie pour libérer ces personnes-là. Quand la Nation, quand l’Etat veut accorder son pardon, ce n’est pas la grâce, c’est l’amnistie. La grâce, c’est quand le président de la République est interpellé pour qu’à son niveau, il accorde son bienfait à quelqu’un, à un individu ou à un groupe d’individus. C’est ce qu’il a fait. Mais cette victoire qu’on a eue, c’est la Nation. Ce n’est pas le fait d’un individu. Je pense donc que c’est l’amnistie qui aurait été une bonne chose. Il a libéré certaines personnes, et puis il a laissé d’autres en prison. Je ne sais pas pourquoi ? Ce serait bon qu’il aille jusqu’au bout et que tous ceux qui sont concernés soient libérés.

Le fait que cette mesure de grâce présidentielle soit la conséquence d’une victoire au football, est-ce que cela ne choque pas le bon sens, puis que le chef de l’Etat aurait pu faire cela sans attendre la CAN ?

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Je pense qu’il ne faut pas regarder le football. C’est vrai, le football est une activité de loisir, c’est un jeu. Ce qui est important ici, ce n’est pas le football, c’est la victoire de la nation. Aujourd’hui, c’est le football, ça aurait pu être un défi au niveau de l’autosuffisance alimentaire et qu’on puisse obtenir de toutes les populations ivoiriennes qu’elles cultivent des milliers de tonnes de riz pour ne plus qu’on ait à importer du riz. Si l’objectif est atteint, c’est la victoire de la Nation. C’est cette victoire-là qu’on élève, qu’on amplifie. Donc, au niveau du football, c’est ce que le chef de l’Etat a voulu. Il a voulu démontrer  que la nation a gagné quelque chose, et qu’en conséquence, il faut poser un acte d’apaisement pour un autre sujet. Mais les cœurs qui étaient blessés sont blessés. Ces cœurs-là vont également accéder à la joie. Moi, je félicite toujours quand c’est bon. Quand c’est insuffisant, je le dis aussi. Je pense que c’est bon qu’à la faveur de cette victoire-là, qui est la victoire de toute la nation, les personnes qui étaient en prison injustement soient libérées. Leur libération par la grâce est une bonne chose mais que je critique parce que je dis que ça aurait été mieux qu’on aille directement à l’amnistie.

De 2011 à ce jour, pensez-vous que la justice ivoirienne a fait son travail ?

Il y a une thèse qu’on peut développer sur la Justice. La Justice a fait des choses qui sont bien mais elle a fait aussi des choses qui sont aussi beaucoup moins bien. Donc, je ne peux pas dire que la Justice a bien fait son travail. Je souhaite que notre Justice soit une structure beaucoup équitable et qui travaille vraiment dans la rigueur, parce qu’on n’a pas encore atteint ce degré de rigueur-là. On n’a pas encore atteint le respect de la loi, des règles. Moi, j’encourage notre Justice à y aller.

Un an après la création de votre parti, le MGC, quel est le niveau d’implantation sur le terrain ?

Je peux dire aujourd’hui qu’on est partout. Maintenant, est-ce qu’on est fortement partout ? Je vais vous dire non, pas encore. On est né, il y a à peine un an. On a de la représentation partout, dans tout le pays. On a nos fédérations. Dans les départements, on a des représentations. On est en train de travailler pour fortifier cette représentation pour qu’on ait un enracinement.

Quelles sont vos priorités pour l’année 2024 ?

La première priorité, c’est l’implantation, renforcer notre parti partout, par la création des structures de base, par la formation de militants et de nos bases.

La deuxième priorité, c’est déjà de commencer à travailler pour les élections à venir pour pouvoir participer correctement aux élections de 2025. Il y a beaucoup de choses qu’il faut faire en amont.

Serez-vous candidate à l’élection présidentielle 2025 ?

Dieu nous le dira.

Est-ce que votre parti politique ira à cette élection ?

Oui, notre parti ira à cette élection.

Il y a des questions majeures par rapport à 2025. Il y a la question de la CEI, de  la Révision de la liste électorale. Que comptez-vous faire pour que ces questions soient résolues avant 2025 ?

Je dis qu’il y a beaucoup de questions qu’il faut traiter en amont  avant d’arriver aux élections de 2025. La question de la CEI est une question cruciale. La question de la réunification  de toute la gauche, c’est une question que  nous sommes déjà en train de traiter.  La question du rassemblement de toute l’opposition est une question qu’il faut également traiter. La question du découpage électoral, parce qu’il y a 2025, il y a 2026 avec les élections législatives. Il y aura donc le découpage par circonscription. C’est une question que nous devons également traiter. Il y a un certain nombre d’autres  questions comme les listes électorales. Cela fait longtemps que l’opposition réclame la visitation  des listes électorales.  Qui est sur cette liste ?  On ne sait pas. On n’a toujours pas obtenu gain de cause. Et  c’est une question que nous allons également poser. La CEI, telle qu’elle est constituée, elle ne nous convient pas. Parce qu’une CEI dans laquelle vous avez des candidats, c’est-à-dire les partis qui vont compétir, qui sont membres de la CEI et puis les autres qui ne compétissent pas qui sont également dans la CEI, cela fait que nous avions une CEI qui est constamment dans les problèmes. Parce que les gens sont en même temps partie  prenante au débat et en même temps observateur au débat. Cela crée des problèmes. Donc la constitution même de la CEI est un problème que nous allons poser.

Parlant du rassemblement de la gauche, beaucoup de personnes se demandent, qu’est-ce qui vous a amenée à sortir du …

(Rires) Je suis sortie de quoi ?

Du bloc du président Laurent Gbagbo pour créer le MGC. En d’autres termes, pourquoi n’êtes-vous pas restée avec le président Laurent Gbagbo ?

Je ne suis pas restée avec le président Laurent Gbagbo parce qu’il n’y avait plus de compatibilité au niveau du travail. J’ai préféré aller ailleurs.

Seulement ça ?  Une incompatibilité au niveau du travail ?

Oui au niveau du travail, sinon la vision est toujours la même. L’idéologie également dans une certaine mesure. Nous partageons la même idéologie dans une certaine mesure, mais on n’arrive plus à travailler ensemble. Quand vous n’arrivez plus à travailler ensemble, il vaut mieux vous séparer.

Certains estiment que c’est la scène qui s’est produite à l’aéroport, au retour d’exil du président Gbagbo qui a été l’élément déclencheur de votre séparation.

Non, le problème s’était posé depuis ma sortie de prison, bien avant l’aéroport. 

Aujourd’hui, est-ce que MGC est prêt à s’asseoir à la même table  que le PPA-CI pour parler ?

On est en train… On a commencé à voir la  possibilité. Mais vous êtes d’accord avec moi que ce serait bon que toute la gauche,  seulement pas le PPA-CI seul, mais que toute la gauche puisse se remettre ensemble, même si ce n’est pas dans une seule structure, même si c’est dans une plateforme. Il serait bon que toute la gauche réussisse cela. En tout cas, moi, c’est  mon souhait.

Est-ce que cela est possible que sans  situer  les responsabilités de la scission?

Les responsabilités de la scission peuvent être situées. Mais cela n’empêche pas que… Quels que soient les résultats de l’analyse, ce qui est important ici, c’est qu’il serait bon  que la gauche se remette  ensemble dans une structure  qui aurait été organisée, acceptée par tout le monde pour retravailler ensemble.

Vous sentez-vous capable à prendre le lead de cette réunification de la gauche ?

La question de lead ne se décide pas seul. Si ensemble les camarades estiment  que je peux prendre le lead, je le prendrai. Je ne crains pas.

En dehors de la gauche, il y a des alliances qui se tissent. Est-ce que le MGC est capable d’aller à d’autres alliances ?

Oui, par exemple, pour les élections des Municipales que nous avons vécues, on est allé en alliance avec le PDCI. Et ça s’est  très bien passé.

 Pourquoi le PDCI-RDA ?

Pourquoi le PDCI ? C’est parce que c’est le PDCI qui était disponible pour cette alliance. L’alliance, ça veut dire qu’il y a deux partis qui se sont concertés et qui sont tombés d’accord. Si vous n’êtes pas d’accord, vous ne pouvez pas aller en alliance.

Pour les batailles futures, concernant les questions fondamentales telles que la CEI, est-ce que quelque  chose est  en préparation pour faire aboutir cette lutte ? Vous avez par ailleurs proposé un modèle pour la CEI, est-ce que ce modèle est  toujours d’actualité ?

Ce que j’ai proposé, c’est que nous ayons une CEI  dans laquelle nous n’ayons plus une seule représentation des partis politiques. Aucun représentant des partis politiques. Moi je continue de m’en tenir à cette proposition. Et je sais qu’aujourd’hui, il y a d’autres responsables de partis politiques qui adhèrent et formulent cette même demande. Le COJEP l’a formulé il n’y a pas longtemps. Il faut continuer, il faut que nous parlions entre nous et que nous nous accordions sur un modèle unique, ne serait-ce qu’au niveau de l’opposition et qu’on le soumette à l’Etat. Un modèle unique de  CEI qui soit différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Quand vous arrivez au Ghana, c’est ce qui est fait. Dans d’autres pays africains, c’est ce qui est fait. En Occident, au Canada par exemple, c’est ce qu’ils ont comme formule. Dans leur organisation qui gère les élections, vous n’avez pas de représentant de partis politiques. On peut faire cela ici. Et je pense que ça apportera plus d’accalmie, plus de justice, plus d’équité que cette formule où celui qui est membre de la CEI, c’est-à-dire qui doit organiser les élections, lui-même se bat pour gagner les élections. Alors, comment voulez-vous qu’il ne tire pas la couverture vers lui ?

Par rapport aux élections de 2025, êtes-vous optimiste qu’elles seront mieux organisées

Si les réformes sont acceptées, il n’y a pas de raison que ces élections ne soient pas acceptées. Mais si les réformes ne sont pas acceptées, bien sûr, ça créera encore des problèmes.

N’avez-vous pas de craintes par rapport à 2025, quand on constate que toutes les revendications de l’opposition n’ont rien donné jusqu’à présent ?

La crainte, c’est que nous ayons un gouvernement, parce que quoi qu’on dise, c’est le gouvernement qui va prendre les décrets, qui va faire voter les lois etc. Donc, il a une part importante dans le débat. Si le gouvernement lui-même devient raisonnable et qu’il accède aux demandes de l’opposition et qu’il organise un vrai débat sur la question, on pourra aller à des élections apaisées. Mais si les discussions se déroulent comme ça s’est déroulé depuis que je suis sortie de prison, de 2018, 2019, 2020, on va aboutir à des conflits comme ce que nous avons eu dans le passé.

Quel est votre avis sur les scandales financiers en Côte d’Ivoire ?

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Les scandales financiers dans notre pays, c’est l’un des problèmes pour lesquels nous devons nous organiser pour les faire disparaître. Cela voudrait dire qu’au plan moral, il y a une véritable transformation qui doit se faire  surtout au niveau de ceux qui ont la responsabilité de diriger les structures de l’Etat, mais également au niveau de la Justice. Il y a un travail qui doit être fait, mais on ne voit pas ce travail qui doit se faire. Quand ces deux choses sont combinées, que les gens travaillent dans l’honnêteté avec des valeurs claires et que la Justice intervient chaque fois que c’est nécessaire pour mettre les pendules à l’heure, les choses peuvent se régler. Mais nous sommes dans un pays qui est pauvre et puis les sommes qui sont annoncées dans ces détournements sont tellement énormes que ça pose problème.

N’est-ce pas toutes ces failles qui occasionnent la cherté de la vie ?

Oui ça mène à la cherté de la vie, encore que dans la cherté de la vie, il y a d’autres problèmes qui se posent. Cela conduit effectivement à la cherté de la vie, mais ça conduit surtout à ce phénomène que nous avons vu lors des dernières élections municipales, où la corruption s’étend à tous les niveaux, au point que le bulletin de vote est vendu ou acheté. Ce sont des réalités graves que nous aurons à gérer. Si la population du pays devient si dévalorisée, on va avoir à payer. Dans ce cas, la moralité est affaiblie totalement et n’importe qui peut venir acheter n’importe quoi et  organiser n’importe quoi. Et c’est l’insécurité qui s’installe dans le pays.

Quand vous étiez aux affaires, on était à 6 mille milliards de dette. Aujourd’hui, nous sommes à 30 mille milliards. Pour vous, cela traduit l’échec pour les autres ?

Quand nous étions aux affaires, nous étions à 6 mille milliards de dette extérieure. Au moment où nous avons  perdu le pouvoir, on avait réussi à obtenir la clé du PPTE et la dette était tombée à 2 mille milliards. Aujourd’hui, quand on parle de dette, on parle de 20 mille milliards, de 30 mille milliards. Le pays étouffe sous les dettes. Quelque part, je trouve que c’est indécent. On me dit qu’il travaille beaucoup à la construction des infrastructures. Je veux bien comprendre, mais je dis là aussi, un jour, il va falloir faire des audits pour savoir si les ponts et les routes qu’on a construits ont la valeur de la dette qu’on nous annonce. Ce sont des choses qu’il va falloir  regarder.

La CEDEAO a décidé de lever les sanctions contre le Niger. Comment jugez-vous cette sorte de  rétropédalage de l’Organisation Ouest-africaine ?

Je pense qu’on a des pays qui sont devenus fragiles. On a des pays qui sont en train de se construire d’abord individuellement puis collectivement. Et il est important de faire attention quand on prend des décisions ou des mesures. Je pense que la CEDEAO a manqué de sagesse. Moi j’ai été choquée quand j’ai entendu la CEDEAO vouloir lever des troupes pour aller attaquer le Niger. Ce n’est pas  possible. Où est-ce qu’on se trouve ? Et puis je vois la CEDEAO prendre des décisions comme les Occidentaux le font chez eux, où ils mettent des pays sous embargo. C’est la CEDEAO qui vient mettre d’autres pays sous embargo. Je trouve que c’est inadmissible. Et aujourd’hui, ils sont obligés de faire du rétropédalage parce que les décisions qui ont été prises ont créé, je dirais, le bordel dans tous les pays. Allez voir au Benin. Le port du Benin est complètement bloqué. Une chose qui est aujourd’hui une réalité de notre Afrique qui est quelque chose de très positif, c’est que nos populations ont appris à se battre. Et le Niger, le Mali, le Burkina Faso sont en train d’apprendre à devenir auto-suffisants  et à résoudre leurs problèmes autrement que par les voies traditionnelles qui existaient. Cela crée des problèmes dans les autres pays. Aujourd’hui, le Nigeria a des problèmes au niveau de son commerce, le Benin a des problèmes au niveau de son commerce. Et maintenant la CEDEAO se retrouve à faire du rétropédalage. On a manqué de sagesse.

Votre opinion sur la situation au Sénégal ?

Je souhaite que le Sénégal  sorte de cette situation. Je félicite en même temps  le peuple sénégalais pour le combat. Ils se sont levés et ils se sont bien levés. Je félicite également leur Conseil constitutionnel. Ce n’est pas dans tous les pays africains que nous avons un Conseil constitutionnel qui a le courage de prendre une décision, qui est  une décision juste, fondée sur des lois, sur la Constitution du pays. Et ce combat, ils sont en train de le gagner et je souhaite qu’ils aillent jusqu’au bout pour organiser les élections avant le mois de décembre.

In Le Nouveau Réveil / Février 2024