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Depuis Daoukro, KKB dénonce et accuse: «C’est la démocratie telle que pratiquée en Côte d’Ivoire qui est à l’origine des conflits»

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Le samedi 15 juillet 2023, s’est tenue à la place Henri Konan Bédié(HKB) de Daoukro, la cérémonie officielle de la journée de pardon et de consolidation de la paix à laquelle ont participé le ministre de la réconciliation et de la cohésion nationale, Kouadio Konan Bertin(KKB) et son invité spécial venu d’Afrique du Sud, le professeur Cooper, le corps préfectoral avec à sa tête le préfet de la région de l’Iffou, préfet du département de Daoukro, Djiké Claude Raymond, le député de Daoukro/N’Gattakro, Akoto Kouassi Olivier, le président du Conseil Régional de l’Iffou, Traoré Adam-Kolia, le sénateur de l’Iffou, Lamine Konaté, le directeur résident du National Democratic Institute(Ndi),Traoré François, le chef de la délégation de Usaid, des directeurs régionaux et départementaux de même que des chefs de services, des représentants des forces de défenses et de sécurité, des représentants des partis politiques, des chefs coutumiers et guides religieux, des chefs de communautés, des leaders d’associations de femmes et de jeunesses.

Cette cérémonie  organisée par le Ndi en collaboration avec le ministère de la réconciliation et de la cohésion nationale, a débuté par la libation faite par Nanan Yamé Kra et la prière œcuménique dite par El Hadj Ali N’Guessan Traoré, imam principale de la mosquée centrale de la capitale de l’Iffou au nom de toutes les communautés religieuses.

L’honneur a échu au premier magistrat de la commune de Daoukro de dire des mots de bienvenue aux illustres hôtes .Il a montré dans son intervention, la grandeur d’âme de ceux qui pardonnent. 

« Oui, grâce aux actions de rapprochement et de dialogue menées dans notre région conjointement par le Ndi et le ministère de la réconciliation, nous pouvons dire que la paix est revenue à Daoukro. Cependant, il est important de parler de consolidation de cette paix car la paix n’est pas quelque chose de figé ou de statique. Aussi, convient-il de faire plus ou moins régulièrement la mise à jour de nos instruments qui concourent  à son renforcement, tout au moins à son équilibre », a-t-il fait savoir avant de s’adresser au ministre KKB.

 «Monsieur le ministre, il faut que nous fassions la paix parce que la vengeance a ses racines dans la faiblesse de l’âme. Et, les plus abjects et les plus timorés y sont le plus portés. C’est la pauvreté d’esprit qui provoque la vengeance car la grandeur d’âme dédaigne l’offense, mieux, dispense le bien-être à celui qui a voulu la troubler. Plus le préjudice est grand, plus grande est la gloire de pardonner. Plus la revanche  pourrait se justifier plus il y a d’honneur à faire preuve de clémence », a dit Djè Koffi Aubin à l’endroit du ministre KKB et de son assistance.

L’invité spécial du ministre de la réconciliation et de la cohésion nationale, le professeur Cooper Sathasvan, docteur en philosophie, psychologie clinique et communautaire, originaire de l’Afrique du Sud qui a fait 9 ans de prison avec Nelson Mandela au moment de l’apartheid, s’est exprimé en anglais pour sensibiliser à l’importance et à la nécessité de la paix pour une nation.

Ces propos étaient traduits par le professeur Séri Bailly. Le professeur Cooper s’est servi d’une image forte pour que la paix soit une réalité partagée et continue à Daoukro.

En effet, il a pris la main du porte-parole de la communauté allochtone malinké et des ressortissants de la Cdeao,Yakoué Issouf et celle de Nanan Kobénan Jacob, chef du village de Dadiékro, porte-parole de la communauté autochtone baoulé qui sont intervenus avant lui pour les remercier et les engager à la culture de la paix, à être des artisans de paix. 

« Merci pour nous tous, pour toute l’humanité pour le choix que vous avez fait de faire la paix, de pardonner, de travailler ensemble, d’être ensemble en restant ce que vous êtes mais en mettant en avant, au premier plan votre pays et votre région. Vous l’avez fait pour toute la Côte d’Ivoire, pour toute l’Afrique qui est le lieu de naissance de l’humanité. Et vous le faites pour notre monde fragile et violent, pour détruire, exorciser les démons du passé, pour faire en sorte que nos enfants, nos femmes, ne subissent pas les difficultés de nos palabres, de nos déchirements, pour qu’ils puissent rêver de la paix et non des cauchemars du passé. Merci », a remercié l’invité d’honneur du ministre de la réconciliation et de la cohésion nationale.

Pour le ministre KKB, c’est la démocratie telle que pratiquée en Côte d’Ivoire qui est à l’origine des conflits et des crises successives qui ont secoué le pays. 

«C’est une chance extraordinaire que je déplace quelqu’un comme le professeur Cooper qui est une référence en Afrique et qui a partagé 9 ans de sa vie avec Nelson Mandela en prison et je l’ai emmené ici sur les terres de Daoukro et vous avez vu l’image qu’il a présenté à l’Afrique et au monde ce matin avec les mains du chef baoulé et du chef malinké», a dit KKB.

Poursuivant son adresse, le ministre dira que «le fond du problème, le vrai fond du problème, il est ailleurs. Ce n’est pas notre faute, ce n’est pas votre faute. C’est notre démocratie telle que nous la pratiquons et telle que nous la vivons. Et c’est de ça qu’Houphouët avait peur et c’est pour ça qu’Houphouët a privilégié pendant 30 ans qu’on soit dans un seul parti pour bâtir le pays. Et c’est cette vérité qu’on ne dit pas aux gens. Mais c’est ça qui vous embrouille parce que malheureusement nous avons 3 grands partis qui tiennent la Côte d’Ivoire mais qui, dans la fond, fonctionnent sur des considérations tribales…Oui on nous a enseigné depuis notre enfance que le Pdci est notre fétiche et je crois en ça mais attention. Qui a créé ce fétiche ? C’est Houphouët-Boigny. Mais le même Houphouët qui a créé le fétiche, en 1990, il n’a pas attendu de mourir. Lui-même de son vivant, il a autorisé que d’autre fétiches voient le jour. Sous Houphouët, il y a Fpi, Pit, Usd vrai ou faux ? Mais si Houphouët a permis qu’il y ait d’autres fétiches, c’est que le Pdci n’est plus  le seul fétiche. Mais ces nouveaux fétiches qui sont nés-là, ils vont avoir les gens pour les adorer comme les gens adore le Pdci. Mais les gens qui vont adorer ces nouveaux fétiches  ne sont pas des nouveau-nés. Ce sont des gens qui sont nés, qui sont avec nous il y a longtemps. Donc si dans la même famille, on est des jumeaux qu’il y a un qui pense qu’il ne veut plus adorer le fétiche Pdci, il a le droit d’aller adorer le fétiche qu’il veut désormais. C’est ça là qu’on doit accepter. Mais dans notre tête, je suis de Korhogo, si je ne suis pas sûr que mon parti va gagner à Daoukro, il ne faut pas que l’autre parti gagne à Korhogo. Je suis de Daoukro, si je ne suis pas sûr que mon parti va gagner à Ouragahio, faut pas que Ouragahio gagne chez moi ici. On parle de bastions. Voilà où les problèmes commencent. J’espère qu’avec le temps on va réussir à éduquer à nouveau les populations ivoiriennes pour que nous acceptions la bonne pratique, la pratique saine de cette démocratie. Voici ce qui nous embrouille », a expliqué le ministre de la réconciliation et de la cohésion nationale.

A.N. LYRANE