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Guillaume Soro prévient et dévoile depuis Tafiré: «Vous ne réussirez jamais à me soumettre par la force… La nuit, ils font ce que je dis… Un jour, ils vont chercher mon numéro»

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Guillaume Soro prévient et dévoile depuis Tafiré: «Vous ne réussirez jamais à me soumettre par la force… La nuit, ils font ce que je dis… Un jour, ils vont chercher mon numéro»

Au terme de sa tournée dans de contact et de proximité dans les sous-préfecture de Tafiré, Niédiékaha et Badikaha, le Président du Comité Politique Guillaume Kigbafori SORO a animé un grand meeting ce jeudi 2 mai 2019 à la place de la Gare Routière de Tafiré. En dépit des rayons brulants du soleil qui tombaient d’aplomb sur la ville, les populations se sont fortement mobilisées pour écouter le message du président démissionnaire de l’Assemblée nationale Guillaume SORO. Ci-joint les l’intégralité de ses propos.
(…) Cher Imam, je veux te remercier pour ta présence parce que tu es un homme de Dieu. Les chefs de villages qui sont là, je veux vous saluer et vous remercier également. Parce qu’aujourd’hui, les gens ne regardent même plus la fraternité et la famille à cause de la politique. Pourtant tout n’est pas que politique dans la vie. Il y a des moments où ce n’est pas la politique qui doit nous guider. Il y a des moments, où c’est la fraternité qui doit primer. Et ici, sur cette terre de Tafiré, je suis chez moi. Cette terre bénie de Tafiré, c’est la terre de nos ancêtres. C’est pourquoi vous me permettrez chers parents, de dire merci à certains de vos fils courageux, qui sont avec moi, non pas parce que je suis Président de l’Assemblée nationale ; qui sont avec moi, non pas parce que j’ai de l’argent ; qui sont avec moi, non pas parce que j’ai un destin. Mais qui sont avec moi parce que je suis un être humain. Un homme qu’ils ont adopté, qu’ils ont accepté, qu’ils ont aimé et qu’ils soutiennent en tant que frère. Et ça, ça n’a pas de valeur, ça n’a pas de prix.
C’est pourquoi, Mohamed Ouattara, député suppléant, je te demande de dire merci au député Adama Touré. Dis-lui merci et dis-lui que je lui suis reconnaissant. C’est lui seul qui a accepté à Tafiré ici, de me donner une maison pour que je dorme. Il y a certains de vos enfants que je connais, pour qui j’ai fait du bien, mais ils ont fermé leurs portables. Il y en a un même, je l’ai appelé et j’ai entendu le téléphone tomber « kpaaaah ». C’est cassé. Quand je lui ai dit : c’est Guillaume Soro. Le portable est tombé. Est-ce que c’est un homme ça. On a peur de quoi en Côte d’Ivoire ? Je suis surpris.
On s’est battu pour libérer ce pays, est-ce pour que vous continuez d’avoir peur ? De qui ? De quoi ? Mais enfin ! Il n’y a pas pire esclave que l’esclave qui ne veut pas sa liberté. Je vois des ex-combattants ici qui se sont battus avec moi. On ne s’est pas battus pour apporter la libération à la Côte d’Ivoire sans la liberté. On a apporté la libération et la liberté de penser, de réfléchir, de s’assumer. C’est en cela que nous sommes plus lâches que nos parents d’hier, les braves tirailleurs sénégalais, qui sont allés libérer la France.
Vous savez comment nous avons obtenu les indépendances ? Si c’était nous-là, jamais on n’aurait été indépendants. Parce que nous sommes des peureux. Oui, nous sommes des peureux. C’est quand nos parents, nos grands-parents sont allés faire la Deuxième Guerre mondiale, que nous avons obtenu l’indépendance. On les a envoyés au front, ils ont vu des Blancs pleurer et fuir le front. Mais eux, ils sont restés, ils ont résisté, ils se sont battus, ils ont libéré la France. Quand ils sont venus en Afrique, les colons étaient là. Quand ils sont revenus à Dakar, à Abidjan, à Niamey, à Bamako, les Blancs pensaient qu’ils pouvaient nous commander encore. Or, les tirailleurs avaient vu des blancs pleurer sur le front. Avant on avait peur d’eux, on ne savait pas qu’ils pouvaient pleurer, on les prenait pour des génies. Alors nos parents ont refusé de se faire commander.
Un jour, ils vont chercher mon numéro
Voilà comment les premières résistances à la colonisation ont commencé. Quand le Blanc appelle un tirailleur, il répond : « attention ! ne m’appelle plus comme cela. Moi j’ai fait la guerre ». Nous on a fait la guerre dans ce pays-là, on a pris les armes pour que vous ayez vos cartes d’identité, pour que vous ayez votre liberté, pour que vous ayez le droit de vivre sur la terre de vos ancêtres (…).
Dites à vos enfants qui ont peur, vos cadres qui fuient, qui refusent que je dorme dans leurs maisons, qui refusent de me décrocher au téléphone, que ce n’est pas grave. Un jour, ce sont eux qui vont chercher mon numéro. Et vous les chefs, vous êtes témoins. Quand ils vont venir vous voir, pour dire de venir me voir à cause d’eux, ne venez pas me voir hein. Parce qu’ils vont venir vous voir. Ivoiriens aiment trop poste. Le Sénoufo, le Tagbana, le Djimini, nous sommes des peuples fiers et dignes. Ce ne sont pas les postes qui nous guident, ce n’est pas l’argent qui nous guide.
Nous sommes fidèles à nos terres, la terre de nos ancêtres, parce que nous sommes des cultivateurs. Je remercie mon aîné Traoré Ibrahim, qui m’a appelé. Lui au moins il a eu le courage de m’appeler pour me dire : « Guillaume, je suis absent, si j’étais là, je serais avec toi ». Ça c’est important. Mais, je veux aussi remercier mon promotionnaire, Charles Sanga, maire de Tafiré. Il n’est pas là, mais je le salue, on a fait l’université ensemble. C’est vrai, aujourd’hui, lui et moi, nous ne sommes plus dans le même camp. Il est RHDP, moi je ne suis pas RHDP. Mais ça ne fait rien, nous sommes des frères. C’est ça la démocratie. Tu peux être dans une même maison avec ta femme PDCI et toi FPI et vous allez vivre ensemble. C’est ça la démocratie.
Moi de ne pas venir ici à Tafiré ? Tafiré-là, c’est pour qui ?
Dans la chambre-là, il n’y a plus politique. C’est ce que je veux que vous compreniez. Qu’on peut être frères et être de partis différents, et cela sans qu’on ne nous oblige à militer dans un seul parti. Ça je refuse ! Donc je salue Charles Sanga. Ma chère maman (s’adressant à la sœur de la sénatrice Mah Sogona Bamba), je sais que ta petite sœur sera surprise de voir que je te connais, or je te connais très bien. Dis à Charles Sanga que je le salue, que je le remercie.
On appelle des chefs traditionnels pour leur dire de ne pas recevoir Guillaume Soro. Ici à Tafiré ? Moi de ne pas venir ici à Tafiré ? Tafiré-là, c’est pour qui ? Regardez-moi ça ! Des enfants qui appellent leurs pères, leurs grands-pères pour leur dire de ne pas recevoir Guillaume Soro ! Ça c’est de la malédiction. Si ce n’est pas la malédiction, un enfant n’a pas le droit de faire ça. De violer la tradition, la coutume, notre culture. Ce n’est pas possible ! Mais les chefs ont refusé de suivre ces enfants égarés. Et les chefs m’ont reçu. Je suis allé chez le chef du canton Sangapi pour le saluer. D’ailleurs, il porte le nom de mon père. Ensuite je suis allé chez le doyen des chefs traditionnels avec qui j’ai partagé le repas. Il m’a reçu pour me donner à manger en présence des autres chefs.
Fils de Tafiré, populations de Tafiré, je vous charge de leur dire merci ! Je dis merci aux chefs. Je salue le chef de Kassebélékaha. Quand d’autres ont refusé de me recevoir, il m’a reçu chez lui. Je veux que vous le saluiez.
Je n’ai pas vu l’émergence dans les villages
Chers parents, je suis venu à Tafiré pour passer dans les villages, parce que je voulais savoir comment mes parents à moi, de Tafiré, vivent dans les villages. Je voulais connaitre la réalité, je ne voulais pas rester à Abidjan et me contenter des rapports qu’on vient me faire.
Les gens mentent tellement, il fallait que moi-même je vienne voir. Il fallait que je vienne voir comment vous mangez, quelle eau vous buvez. Parce que quand on est à Abidjan, on nous dit que la Côte d’Ivoire est première au monde. Qu’on est émergent. Ah, je n’ai pas vu ça dans les villages hein ! Émergence-là, faut pas je vais mentir. « Imam, iléni Allah anh kana fanignatiguê. Anh kana galotiguê. Anh gnétianganfô gnongôgnênê. Anh gnétianganfô. Émergence, néh mâ yédè. Néh mâ gné ban. Peut-être abé nanan. Mais, amasségnan » (Ndlr en Malinké : au nom de Dieu, il ne faut pas qu’on mente. Ne mentons pas. Il faut qu’on se dise la vérité. Disons la vérité. Émergence-là, moi je n’ai pas vu. Moi, je n’ai pas encore vu. Peut-être que ça vient. Mais, elle n’est pas encore arrivée ici). Je n’ai pas vu l’émergence dans les villages. J’ai vu plutôt des parents appauvris par la mévente de l’anacarde. Moi, on m’a dit que l’anacarde s’achetait à 375 FCFA. J’ai vu dans les villages que ça s’achetait à 100 F, à moins de 100 F même, et quelquefois ça ne s’achetait pas du tout. Et depuis Dabakala, j’ai demandé que le gouvernement règle le problème de l’anacarde.

La nuit, ils font ce que je dis
Au lieu de venir pendant les grands meetings d’hommage, de danse, de fête et puis on vous distribue 500 F, 500 F, pour acheter votre dignité, j’ai demandé qu’on achète votre anacarde à 500 F. Comme ça vous serez fiers, non pas parce que vous êtes des mendiants, que vous avez tendu la main, mais parce que c’est le fruit de votre travail. Tout travailleur mérite salaire et quand vous avez travaillé la terre, vous méritez le salaire que la terre vous doit. Il faut qu’on achète votre anacarde. Quand j’ai dit ça, on dit : Guillaume n’a pas la capacité de donner des instructions au gouvernement. Ils disent ça le jour, mais la nuit, ils font ce que je dis. Mon aîné le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, mais qui a été mon ministre de l’Agriculture pendant longtemps, et qui était très très serviable et poli, a dit qu’il va acheter l’anacarde à partir du 17 mai, à 375 F. Ça, c’est déjà une bonne chose, je le salue, je le félicite. Mais le 17 mai à midi, je vais vous laisser mon numéro, si ce n’est pas acheté à 375 F, appelez-moi. Je vais l’appeler aussi et je vais revenir à Tafiré encore. Vous allez voir, ça va changer. C’est ça on dit « Djara minan Djara ».
Je veux que le gouvernement vienne pour vous donner de l’eau, des écoles et des centres de santé. Parce qu’il n’y en a pas dans les villages. A mon aîné, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, je dis : c’est Dieu qui donne les postes aux gens. Aujourd’hui il est Premier ministre, mais avant, moi j’étais Premier ministre. J’ai fait 5 ans là-dedans. J’ai connu deux présidents de la République. Un Premier ministre qui l’a été sous deux présidents, ce n’est pas toujours qu’on voit ça hein.
Chers parents, je voulais aujourd’hui solennellement et officiellement vous parler. Je sais qu’on est venu vous dire que Guillaume Soro ne suit plus Alassane, Guillaume Soro est en palabre avec Alassane etc. Je sais que cela vous a fait mal au cœur. Moi aussi mon cœur a été déchiré. J’ai été meurtri, j’ai eu mal. Vous ne pouvez pas imaginer. Pendant 15 ans de ma vie, je n’ai pas eu de vie de famille, je n’ai pas vu mes enfants. Quinze ans de ma vie où tous les jours, je voyais des gens à ma gauche, à ma droite mourir. Quinze ans de ma vie où j’ai tout sacrifié. J’ai eu mal. Mon cœur a été déchiré. Mon jeune frère Simon est là. Il se souvient encore du premier jour où j’ai été obligé de fuir la Côte d’Ivoire, pas pour aller en exil parce que moi aussi j’ai connu l’exil. Quand j’ai mis mon pied sur le sol du Burkina Faso et que j’ai voulu appeler ici, j’ai eu Simon qui m’a annoncé la mort de mon père. Et il m’a posé cette question que je n’oublierai pas : « Le vieux demandait après toi. Il voulait te parler avant de mourir. Qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on garde son corps pour t’attendre ? » C’était une question difficile parce que je venais d’arriver en exil et je ne savais pas ce que Dieu me réservait. Parce que je n’étais pas maître du temps. Je lui ai dit : « Simon, je viens d’arriver en exil et je ne sais pas quand je vais rentrer en Côte d’Ivoire. Considère-toi dès maintenant comme le chef de la famille. Enterre notre papa. Le jour où Dieu permet que je rentre en Côte d’Ivoire, j’irai m’incliner sur sa tombe ». C’est un an après que je me suis caché pour rentrer en Côte d’Ivoire, pour aller faire les funérailles.
Donc, je sais que vous avez mal mais mon cœur a été déchiré. Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’on me dise le mal que j’ai fait à Alassane. Je me pose ces questions jusqu’à aujourd’hui. Je n’ai pas de réponses. Bon, supposons que je lui ai fait quelque chose de mal, mais il peut pardonner ! Même quand on tue quelqu’un, il y a le pardon qui est là ! Si je lui ai fait du tort, il pouvait me pardonner. Un jour, on me dit que si je ne suis pas RHDP, de quitter le tabouret ! Je dis : quel tabouret ? C’est à nous aujourd’hui qu’on va dire de quitter le tabouret si on n’est pas RHDP ? Après tout ce qu’on a connu ici dans ce pays ? On a pris les armes en 2002 pour vos cartes d’identité, pour le droit de vivre sur cette terre. Dans ce pays, les gens ont dit qu’Alassane n’était pas Ivoirien. Nous avons pris les armes pour dire qu’il est Ivoirien. On s’est battu. Zaga-Zaga, Tchouk et bien d’autres sont morts. On a dit qu’il ne peut pas être candidat, même être député à Kong, lui était interdit. On s’est battus et laissé nos familles. On s’est battus pour qu’il soit candidat. Après, on a dit qu’il ne peut pas rentrer au palais. On a pris les armes pour aller l’installer à Abidjan. Alassane s’est assis au palais. On était heureux et fiers. Pour moi, notre combat était terminé. Mais je n’ai jamais su que c’est sous le régime de Ouattara que moi je serai un chômeur. Que c’est sous Ouattara qu’on serait venu me dire que si je ne suis pas RHDP de quitter mon poste et qu’on me chasse de l’Assemblée nationale ! Je n’avais jamais imaginé cela ! Ce n’est pas Gbagbo qui m’a chassé de mon poste. Que ce soit Ouattara qui me chasse, cela me déchire. Donc vous voulez que moi je sois content ? Vous voulez que je rie ? Non, non. Même si j’avais fait quelque chose, Alassane aurait pu me pardonner. Gbagbo était là, Blé Goudé a fait des choses mais il ne l’a jamais mis en prison. Mais aujourd’hui on en arrive à appeler des chefs, à les menacer à cause de moi. Ils ont fait des choses pires. Ils ont renvoyé de leurs postes tous ceux qui viennent saluer Guillaume Soro. Vous le savez. Méité Sindou qui a dirigé Le Patriote, Fofana Issiaka, Konaté Zié, Soro Alphonse, Traoré Mamadou, Touré Aboubakar ont été tous renvoyés. Est-ce que ce sont des noms Baoulé ? C’est le Nord qui aujourd’hui renvoie les enfants du Nord de leurs postes.
Hier, on disait que les autres ne nous aimaient pas. Mais aujourd’hui, c’est nous-mêmes qui ne nous aimons pas. Ils ne se sont pas limités aux renvois. Soul To Soul a fait la prison. On dit qu’on a trouvé 06 tonnes d’armes chez lui. Ce monsieur que vous voyez, Soul To Soul, plus amoureux d’Alassane auprès de moi, il n’y avait pas. Il n’osait pas regarder Alassane quand il voulait le saluer. Je lui ai dit : c’est bien fait pour toi, peut-être que si tu le regardais, il n’allait pas te mettre en prison. Et puis ce régime, je ne sais pas pourquoi mais pour un rien, net on t’envoie en prison. Aller en prison à 20 ans et aller en prison à 50 ans, ce n’est pas la même chose. On l’a pris, humilié devant ses enfants et sa mère, sexagénaire. J’ai souffert, j’ai beaucoup souffert. On prend Alain Lobognon, un député. La Côte d’Ivoire est le seul pays aujourd’hui en Afrique où on prend un député pour le mettre en prison à cause d’un Tweet parce qu’il est proche de Guillaume Soro ! Et il y a encore des gens en prison à cause de Guillaume Soro. Est-ce que Fofana Lama est là ? Lui aussi on l’a mis en prison pendant 6 mois gratuitement. Il ne me connaissait pas, lui aussi ne me connaissait pas. On le prend et on lui dit : il faut avouer que Guillaume Soro t’a donné de l’argent pour faire un coup d’Etat contre Alassane, on va t’envoyer chez Alassane et tous tes problèmes seront réglés. Il a refusé de m’accuser. Peut-être que s’il avait accepté de m’accuser aujourd’hui vous aurez appris que Guillaume Soro a voulu faire un coup d’Etat à Alassane. Merci Fofana de n’avoir pas cédé. Est-ce pour cela qu’on s’est battus ? Tous les jours à Abidjan, on prend des drones pour survoler ma maison. Gbagbo n’a pas fait cela, même au pire de la guerre de 2010. Vous avez appris qu’ils ont brûlé les maisons de certains. Mais Gbagbo pour plus de respect et de considération, n’a pas été touché à ma maison à Abidjan.
Mais aujourd’hui, ceux qui m’humilient, ceux sont mes propres frères. Ceux pour qui nous avons souffert. Et aujourd’hui, le RHDP, c’est qui ? Ceux sont les gens qui ont dit hier qu’Alassane n’était pas Ivoirien mais Burkinabé. Ceux sont eux qui mangent aujourd’hui avec lui. C’est eux qui sont nommés aujourd’hui au RHDP. Mais je laisse à Dieu. C’est Dieu qui décidera. Les gens qui disaient qu’Alassane est Burkinabé, c’est eux qui sont les grands types dans ce pays. Et puis moi je suis chômeur dans le même pays ! Je remercie Dieu de m’avoir donné une longue vie pour voir cela de mes yeux. Parce que si j’étais mort dans l’attaque de mon avion, que j’étais dans ma tombe et que quelqu’un venait me dire qu’en 2019 voilà ce qui se passe en Côte d’Ivoire, j’allais gifler la personne ! Si quelqu’un venait me dire dans ma tombe : Guillaume Soro, ce sont tes partisans qu’on envoie en prison, qu’on renvoie de leurs emplois, j’allais gifler la personne. Mais Dieu a voulu que je voie moi-même de mes yeux. Toutes les semaines si on ne dit pas qu’on va tuer Guillaume Soro, on dit qu’on va lui faire ceci. Mais d’où vient toute cette méchanceté ? Je suis du Nord comme vous. Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai gâté quoi chez Alassane ? Si j’ai gâté quelque chose, qu’il me le dise ! Et je vais demander pardon.
C’est pourquoi quand j’ai vu tout cela, j’ai décidé de vous demander pardon. Je demande pardon à la Côte d’Ivoire. Je demande pardon aux Ivoiriens. Je demande pardon à mes parents. Ce n’est pas ce que je voulais vous réserver. Je vous demande pardon. Le combat que moi j’entendais mener, c’était pour que vous soyez libres, que vous viviez bien, que vos enfants aient du travail, que vos anacardes soient achetés correctement C’est pour cela que je me suis battu. Et même si une balle m’atteignait, je serai mort heureux. Mais je suis obligé aujourd’hui de demander pardon. Je demande pardon à Fofana Lama qui a fait la prison à cause de moi, sans me connaitre. Je demande pardon à ses parents. Je demande pardon à Soul To Soul. Il est allé en prison à cause de sa fidélité à un homme, Guillaume Soro. Je demande pardon à Alain Lobognon. (…) Je demande pardon à tous ceux qui perdent leur emploi à cause de moi. Je leur demande pardon. Je demande à tous ceux à qui j’ai fait du tort, à qui j’ai fait du mal. Je vous demande pardon. En ce qui me concerne, j’ai décidé de m’engager dans la voix de la réconciliation. C’est pour quoi, à Gbagbo aussi, je demande pardon. A Bédié, je demande pardon. A Alassane devant vous, je demande pardon, pour tout ce que j’ai pu lui faire de mal.
Qu’on ne me regarde pas, qu’on regarde la Côte d’Ivoire. Qu’on ne me regarde pas moi, qu’on ne fasse pas du mal aux gens à cause de moi. Je suis fatigué de voir des gens renvoyés, de voir des gens aller en prison. Qu’ils le fassent à cause de Dieu. Qu’on laisse les Ivoiriens vivre libres sur cette terre bénie de Côte d’Ivoire. C’est pourquoi, à tous, je vous prie d’accepter mon pardon. Je vous prie d’accepter mon pardon. Alors, et c’est sur cela que je vais terminer aujourd’hui.
Imam, je m’adresse à toi. Il faut prier pour la Côte d’Ivoire. Pour la paix dans le pays. Il faut prier pour que le cœur des Ivoiriens se calme. Moi, on m’a chassé de mon poste. Il y a des choses que je ne veux même pas vous dire. Il y a même des postes que j’occupe à l’extérieur, on court là-bas aussi, pour qu’on me chasse. Donc, on veut me broyer, m’écraser. Mais, j’ai fait quoi pour mériter d’être écrasé, d’être broyé ? Vous m’avez chassé de l’Assemblée nationale, il n’y a pas de problème. Je n’ai rien dit. Parce que c’est Dieu qui donne les postes aux hommes. Arrachez-moi les postes. Bloquez mes comptes bancaires. Fermez tout. Mais vous ne réussirez jamais à me soumettre par la force. Je suis un petit Sénoufo, je reste digne. Même si je n’ai rien à manger, je retourne à Ferké pour y cultiver. Je ne suis pas de ceux qui vendent leur dignité pour des postes. Qui vendent leur dignité pour de l’argent. On a cru qu’en venant me dire : si tu n’es pas RHDP, on va t’enlever de ton poste, que j’allais courir pour aller au RHDP ? Est-ce que c’est bon ? Est-ce que c’est sincère ? Depuis quand on doit militer forcément dans un parti ? Il faut que le parti me convainque pour que j’aille y militer. Je suis de la catégorie des hommes qui préfèrent être convaincus que d’être vaincus.
Mais ce n’est pas grave. On m’a chassé de mon poste. Mais, voyez-vous, il y a des fois, quand quelque chose t’arrive, tu crois que Dieu t’a abandonné. Or c’est là que se trouve ton bonheur. C’est le tabouret qu’on m’a arraché. Imam, c’est pour quoi, j’ai décidé maintenant d’aller chercher le fauteuil, ainsi moi-même je vais m’asseoir dedans. Peut-être que si on m’avait laissé wagani-là (tabouret, en malinké) n’houm toubégninan massa wagani kô (j’allais oublier le fauteuil présidentiel). Mais on m’a arraché ça. Je ne peux pas rester comme ça. Je veux maintenant le fauteuil, je veux m’asseoir dedans. Est-ce que ce n’est pas normal pour un homme de s’asseoir ? C’est normal. Voilà, on a voulu me faire du mal, mais comme on dit chez les autres « foutou est tombé dans la sauce », tu fais comment ? Je suis venu vous voir. Allez dans les villages, partout pour dire que votre fils Guillaume Soro veut s’assoir sur le Tchongbô (fauteuil du roi en Senoufo). Allez dans les villages leur dire ça.
L’Imam, moi je suis au chômage. Mon affaire de travail est dans ta main. C’est toi qui est l’interface entre nous et Dieu. C’est cela non ? Donc, l’Imam, aide-moi. L’Imam, si toi, on vient te dire que si tu n’es pas RHDP, que tu dois quitter l’Imamat, est-ce que cela va t’aller ? Parce qu’à mon sens, dans la mosquée que tu sois FPI, PDCI, RDR ou RHDP ou pro-Guillaume Soro, il n’y a pas de différence. N’est-ce pas la vérité ?
L’Imam, il faut qu’on se dise la vérité. Si toi ton enfant est au chômage, est-ce tu vas apprécier cela ? Je dis, il faut t’occuper de mon affaire de travail. Car je suis également ton fils. Le travail que moi je veux, je vais te le dire. J’ai été ministre, j’ai été Premier ministre, j’ai été Président de l’Assemblée nationale. Je ne veux plus de tout cela. Qu’est-ce qui reste l’Imam ? Il reste président de la République. C’est ce que je n’ai pas encore fait. Donne-moi la présidence. Si tu me donnes ça, tout le monde sera à l’aise. Voilà, l’Imam, moi je crois en toi. L’Imam, à chaque fois que tu vas prier, il faudra accorder une minute de ta prière pour Guillaume Soro. Je dis bien une minute seulement. Tu dis, Guillaume Soro, sera dans le fauteuil présidentiel, à chaque fois que tu pries. L’imam, je pense que Dieu va t’écouter. Et je suis venu vous demander de m’aider à prier Dieu. Continuer à prier, à demander à Dieu de nous aider.
Mais aujourd’hui, je vous dis la vérité, c’est Dieu qui décide de ce que chacun devient. Mais, moi je vous dis, si devenir président, Dieu le Tout Puissant, l’Omniscient, l’Omnipotent, l’Omniprésent, Dieu que les chrétiens prient, que les musulmans prient, voit qu’il n’y a pas le bonheur de Guillaume Soro dedans, mais qu’il voit surtout qu’il n’y a pas votre bonheur dans ma présidence, que Dieu ne me donne pas. Il ne faut pas chercher à être Président pour être Président. Mais si Dieu que nous prions tous, sait que moi, je me suis levé, je me suis battu pour que vous ayez les cartes d’identité, pour que vous soyez libres, pour que vous puissiez porter vos boubous, si Dieu que nous prions, voit que dans cette présidence il y aura le bonheur, alors que Dieu me la donne.
C’est la prière que je fais. C’est pourquoi, chers parents, voyez-vous tout à l’heure quand je venais, j’ai vu un car ou deux, je dis hum, j’espère qu’on n’a pas donné pain, sardine, huile et puis 1000 F aux gens pour venir ici hein. Mais j’ai ma réponse, parce que quand tu donnes 1000F, sardine et pain aux gens pour qu’ils viennent au meeting pour t’écouter, vous savez ce qui se passe ? Quand ils finissement de manger ton pain et la sardine-là, et puis ils boivent de l’eau, au moment où tu es en train de parler, la foule se lève pour partir. Ils vont digérer. Donc, ça veut dire, qu’ils n’étaient pas venus t’écouter, ils étaient venus pour manger. Or vous êtes là. Et la foule grandit au fur et à mesure.
Chers parents, je suis venu à Tafiré, j’ai vu. Je suis passé dans des villages. Vous m’avez dit de faire des choses pour vous. Mais vous voyez, je suis au chômage. Je suis certes chômeur, mais il y a des petites choses que je peux faire. Parce que c’est le sens du partage. Les gens disent : mais où Guillaume gagne l’argent ? Quand tu es généreux et que même si tu n’as que 100F dans la poche, et que tu vois quelqu’un souffrir, tu as pitié. Tu prends tes 100F, tu lui donnes. C’est pour cela à Tiélétanakaha, vous avez demandé la construction d’un moulin à gasoil et puis d’une école. Je suis d’accord pour faire ça pour vous.
Dites aux villageois que je vais le faire. Et puis, ce n’est pas dans la bouche. Est-ce qu’il y a un entrepreneur ici dans la foule ? Où il est ? C’est votre fils ? Tu vas dans leur village, tu fais le point. Combien ça coûte un moulin et un bâtiment de trois classes. Tu me fais le point, tu viens, et on commence. Tu prends leurs enfants pour travailler. Comme ça l’argent reste dans leur village. (..) Le chef de Pangalakaha. Il n’est pas là. C’est celui qui a le pied cassé. Oumar, tu iras aussi à Pangalakaha pour voir le chef en mon nom. N’golodougou, tu iras là-bas. Tu sais faire l’électricité ? Donc tu iras regarder cela et tu m’envoies la facture. Je veux que dans les deux semaines qui viennent, on commence. Nambanakaha, ils ont demandé la réhabilitation de l’école primaire. Oumar, tu vas faire ça. Je vais te donner cette feuille. Tu vas aller dans ces villages en mon nom. Tu fais le point de ce qui est sur cette feuille. Parce que je n’ai pas trouvé quelqu’un là-bas qui pouvait me faire le point. Je vais agir comme je l’ai fait à Dabakala. Sié Coulibaly, quand vous allez faire la tournée dans les deux semaines qui viennent, je veux que déjà, dans tous ces villages, que vous envoyiez les matériaux pour que les villageois avec vous, vous vous impliquiez pour commencer à construire.
Il y a un village qui m’a demandé un forage. Je suis d’accord. Il sera fait parce qu’ils boivent l’eau du marigot. A Sépikaha, ils m’ont demandé des chaises pour le foyer des jeunes. Soul To Soul, on peut leur donner des chaises quand ? (Ndlr, Soul To Soul répond, la semaine prochaine). Dis à Sépikaha qu’ils auront leurs chaises. Je préfère agir de cette manière que donner 500 francs aux gens. Même si je vous donne 100.000 francs, dans le partage, peut-être que chacun aura 10 francs. Qu’est-ce que cela va vous faire ?
Mais quand on construit une école, ce sont tous vos enfants qui iront dans cette école. Quand on construit un forage pour vous, c’est tout le village qui boit l’eau. Je préfère faire cela pour vous. Cela reste dans le village et pour tout le village. Parce que les politiciens viennent en fait se moquer de votre pauvreté. Quand tu donnes 500 francs à quelqu’un, qu’est-ce que cela peut changer dans sa vie ? Vous les jeunes, les 500 francs, qu’on t’a donné, c’est quel go tu peux aller draguer avec ça ? Les 500 francs qu’ils viennent distribuer, c’est pour se moquer de vous.
S’ils ont autant d’argent, au lieu de distribuer 500 francs, Tafiré, demandez-leur d’acheter votre anacarde à 500 francs. Demandez-leur de faire les rails, demandez-leur de faire un aéroport. Comme ça vous allez prendre l’avion pour vous rendre à Abidjan. Après mon passage, le gouvernement va courir pour venir d’ici 2 à 3 semaines. Ne leur demandez pas de petites choses comme les forages ou écoles. Moi, je peux faire cela.
(…) Chers parents de Tafiré, voici le message que je voulais vous adresser ».

Propos recueillis et retranscris par Jules TOPIEU

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