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Affaire Jacques Ehouo/commune du Plateau: Les dessous d’une vengeance d’Etat-Le rôle du ministère de l’Intérieur-Malaise à la préfecture d’Abidjan

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Manifestations au Plateau

Affaire Jacques Ehouo/commune du Plateau: Les dessous d’une vengeance d’Etat-Le rôle du ministère de l’Intérieur-Malaise à la préfecture d’Abidjan

Le président Ouattara n’a pas eu les informations nécessaires pour apprécier les chances de succès de son « protégé » Fabrice Sawegnon, à la mairie du Plateau. Il a été convaincu, contrairement aux rapports des renseignements généraux dont certains ne lui sont pas parvenus, que Fabrice Sawegnon ne pouvait pas perdre l’élection au Plateau. La suite, on la connait.

D’une tentative – à l’insu même de Fabrice Sawegnon, de renversement du résultat des urnes, œuvre présumée du ministère de l’Intérieur, avec la complicité active ou forcée d’une partie des responsables de la CEI, dans la nuit du 13 au 14 octobre – à une tentative d’empêcher définitivement l’élu, sans motif légal, d’occuper la fonction de maire, le ministère de l’Intérieur ne se fixe plus de limite.

L’affaire, contrairement aux informations qui sont remontées au chef de l’Etat, petit à petit, est en train d’installer dans l’esprit de beaucoup d’Ivoiriens, tant au Rdr que dans les autres partis politiques, de vilains sentiments qui ont complètement carbonisé l’image du chef de l’Etat et ruiné son capital confiance, quant à sa capacité à défendre les valeurs démocratiques en Côte d’Ivoire. Tout ça pour quoi au final ? Telle est la question que se posent de nombreux observateurs.

A la mairie du Plateau, le maire intérimaire, Yapi, qui rêvait de continuer son intérim, a offert la tête de Jacques Ehoué, au pouvoir, en suscitant une plainte contre lui, déposée par ses soins, entre les mains du procureur de la république. C’est que, en réalité, dans l’affaire, l’Etat de Côte d’Ivoire n’a porté aucune plainte contre Jacques Ehouo. Tout cet emballement infernal est parti de l’intérimaire Yapi. Lequel, devant la tournure que les choses ont prise, ne sait plus où donner de la tête. La délégation spéciale, une vieille pratique oubliée depuis 39 ans et inspirée par des têtes d’huile au ministère de la justice, lui a coupé la « traitrise » sous les pieds. Menacé de toutes parts, il crie maintenant à l’ingratitude du pouvoir.

Du côté de la préfecture d’Abidjan, s’est installé un profond malaise. La communication, selon les sources de « L’Eléphant », ne passerait plus, depuis plusieurs semaines, entre le ministre et son ancien directeur de cabinet, devenu le plus jeune préfet de région de Côte d’Ivoire. A ce jour, aucune instruction sur les raisons de la non installation du maire du Plateau n’aurait été fournie à la préfecture.

Petit retour de « L’Eléphant » sur une affaire qui, dans le fond et, au-delà des artifices, n’est ni plus ni moins, qu’une affaire d’orgueil et d’émotions personnels, au sommet de l’Etat, qui a pris sa source sur une tentative de renversement des résultats qui a mal tourné et des pas de danse de Jacques Ehouo aux côtés de son oncle Akossi Bendjo, perçus à Abidjan comme un horrible affront.

Un terrible travail nocturne

Nos confrères de « Jeune Afrique », ne se sont pas trompés qui ont titré, sur l’affaire du Plateau, « Côte d’Ivoire, le match Sidiki Diakité contre Jacques Ehouo ». Il s’agirait en effet, d’une volonté personnelle du ministre de l’Intérieur d’empêcher par tous les moyens, l’installation du maire élu du Plateau. Et, cette entreprise a commencé dans la nuit du 13 au 14 octobre.

Abidjan, 13 octobre 2018, 21 heures. La commission électorale indépendante, communique les résultats provisoires des élections municipales dans le district d’Abidjan, aux autorités et, notamment, au ministère de l’Intérieur. Un document officiel, sorti des bureaux de la CEI et portant les résultats dans la commune du Plateau, est envoyé, comme c’est la pratique, au ministère de l’Intérieur. Sur ce document dont « L’Eléphant » s’est procuré une copie (voir notre document 1), le résultat dans la commune du Plateau est sans appel. Le candidat Fabrice Sawegnon est battu de plus de 3000 voix. Le même document parvient à quelques diplomates européens installés à Abidjan. C’est que, en raison de la guerre froide entre le Pdci et ce qui reste du Rdhp, les diplomates ont concentré leur attention sur trois communes essentiellement. Celle de Bassam, celle de Koumassi et…celle du Plateau. A 23 heures, le tout Abidjan qui décide au sommet de l’Etat, est informé de la lourde défaite du candidat du Rhdp, au Plateau. Sauf le chef de l’Etat, à qui l’on a fait croire qu’une défaite de Fabrice Sawegnon était impossible.

Pour éviter que la défaite n’apparaisse comme un violent camouflet pour le chef de l’Etat, au ministère de l’Intérieur, des têtes d’huile rentrent au laboratoire et décident de faire un passage en force. A 6 heures du matin, un autre résultat, sort de la CEI. De 15063 suffrages exprimés selon le document distribué dans la nuit du 13 décembre, le suffrage exprimé passe, sur les faux résultats, de 15063 à 14032. Et, cette fois-ci, Fabrice Sawegnon arrive en tête, avec 600 voix de différence (voir notre document 2).

A la CEI, la manipulation apparait si grossière qu’elle provoque de violentes discussions entre les responsables. Le représentant du chef de l’Etat à la commission centrale, Koné Sourou, est si outré par le scandale, qu’il menace de démissionner et de tout rapporter au chef de l’Etat. C’est que tous les procès-verbaux, sur la base desquels la compilation qui a donné Jacques Ehouo vainqueur de plus de 3000 voix, avaient disparu, avec des urnes qu’on retrouvera plus tard, dans la commune de Cocody.

Dans les chancelleries, des diplomates qui suivaient de près l’élection du Plateau rentrent dans la danse et pressent le CEI de proclamer les vrais résultats. Au Plateau, la tension monte et la situation, rapidement, menace la paix dans tout le district d’Abidjan. Mais, sur la base de quels procès-verbaux, proclamer les vrais résultats, quand les procès-verbaux de la CEI ont disparu ? Finalement, c’est le candidat Ehouo qui prêtera mains fortes à la CEI en lui fournissant des copies des procès-verbaux. Ce qui permettra de rétablir la vérité des urnes.

« Il a gagné, mais il ne gouvernera pas »

Le pouvoir Ouattara a voulu arrêter l’ex-maire du Plateau, Akossi Bendjo. Ce dernier qui était hors du pays au moment de sa suspension sous l’empire de soupçons de malversations, a pris ses quartiers en France. Quelques jours après sa victoire, Ehouo Jacques s’envole pour Paris et là, aux côtés de son oncle Akossi Bendjo, il célèbre sa victoire au Plateau. Les images de cette célébration font le tour des réseaux sociaux à Abidjan où le pouvoir considère l’attitude du nouvel élu comme une intolérable provocation. Comment ose-t-il aller fêter sa victoire avec un homme que le président a voulu faire arrêter ? Au château, on décide de faire payer à Ehouo, son « arrogance ». Au ministère de l’Intérieur, la stratégie est mise en place. Pas de passation des charges à la mairie du Plateau. Mais la préfecture d’Abidjan, n’est pas mise dans la confidence.

Un courrier à Ehouo Jacques et à Fabrice Sawegnon

Le 7 décembre 2018, le préfet d’Abidjan qui n’est, selon les informations de « L’Eléphant », au courant de rien, écrit une lettre qu’il transmet à Jacques Ehouo en tant que nouvel élu, et, à Fabrice Sawegnon, en tant que candidat malheureux mais devant participer aux activités du nouveau conseil municipal du Plateau. Le contenu du courrier invite les deux hommes à prendre part à la première réunion du conseil municipal du Plateau, avec pour ordre du jour, « élection du maire et des adjoints ».  Au courrier, est joint le calendrier de l’installation du conseil municipal, prévu pour le 13 décembre à 10 heures. Mais le processus sera bloqué par le ministère de l’Intérieur et l’installation n’aura pas lieu. Comme le confrère « Jeune Afrique » l’a écrit, c’est le ministre de l’Intérieur, via le directeur de Cabinet, qui a ordonné au Préfet d’Abidjan, alors qu’il avait déjà commencé la réunion, de tout arrêter et de quitter les lieux. Mis devant le fait accompli alors qu’il avait publié un communiqué, le préfet d’Abidjan, obtempère et quitte les lieux, sans être en mesure de fournir une explication solide aux journalistes qui le bombardaient de questions.   Aucune explication ne sera fournie.

Quelques jours plus tard, le 6 janvier 2019,  et alors que les avocats de Jacques Ehouo ne cessent de défiler dans les locaux de la préfecture d’Abidjan, une rencontre réunissant plusieurs inspecteurs du ministère de l’Intérieur, a lieu dans les locaux de la direction générale et du développement local. La préfecture d’Abidjan est conviée à cette rencontre. C’est que c’est à la télévision que le préfet, selon des sources introduites, a appris la décision d’installation des délégations spéciales dans certaines communes et notamment celles de Port-Bouët et du Plateau. A la direction de la décentralisation, le préfet est prié, suivant un kit portant « délégation spéciale » qui lui est remis, d’installer sans délai, la délégation spéciale à Port-Bouët et au Plateau. Si, pour Port-Bouët, il y a une raison valable liée à un recours exercé par le candidat Fofana Siandou, pour le Plateau, il n’existe aucune raison valable. La suite, on la connait.

Rien, absolument rien, ne justifie ce qui se passe en ce moment, au Plateau avec l’élection de Jacques Ehouo. L’idée de la délégation spéciale, adossée à la plainte de l’intérimaire Yapi, est venue, du ministère de la Justice, qui a prêté mains fortes au ministère de l’Intérieur.

Au final, l’affaire Jacques Ehouo, sans préjuger des preuves qui soutiennent l’activisme du procureur de la République, n’est qu’une banale affaire d’orgueil au sommet de l’Etat.

STEPHANE BAHI et NOEL KONAN, L’ELEPHANT DECHAINE N°627

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