Eaux et Forêts: Dacoury-Tabley assomme Thanry, 1,6 milliard à payer ou quitter la Côte d’Ivoire

By: Africa Newsquick

Dacoury Tabley Louis AndréEaux et Forêts: DacouryTabley assomme Thanry, 1,6 milliard à payer ou quitter la Côte d’Ivoire

Ils prétendent qu’ils ne réalisent aucun bénéfice en Côte d’Ivoire. Ce qui fait effondrer de rire les actuels responsables de la Police Spéciale d’Intervention mise en place par le nouveau Ministre des Eaux et Forêts, DacouryTabley. «Ils ne réalisent aucun bénéfice en Côte d’Ivoire, mais ils n’arrêtent cependant pas leurs activités, on se demande bien pourquoi», rigole un responsable de cette Police Spéciale qui vient de faire sa première victime et non des moindres, c’est-à-dire la grande société «Thanry».

Le nouveau ministre qui veut sauver ce qu’il reste à sauver de la forêt ivoirienne -16 millions d’hectares en 1960, moins de deux millions d’hectares à ce jour, a donc décidé, comme l’a déjà écrit «L’Eléphant», de frapper fort au portefeuille, la société «Thanry Côte d’Ivoire». Laquelle vient de voir s’abattre sur elle, une amende record, mais négligeable par rapport aux dégâts causés dans les forêts classées ivoiriennes, d’un montant d’un milliard six cent quatre vingt millions sept cent mille FCFA.

«L’Eléphant» a mis la main sur les raisons d’une telle sanction qui fait s’étrangler de colère, les responsables locaux de Thanry qui ne comprennent pas qu’un ministre se permette de contrôler leurs exploits dans les forêts ivoiriennes alors que depuis des décennies, ils ont pu roupiller sur la solidité de leurs rapports avec les anciens ministres des Eaux et Forêts et, surtout, les anciens directeurs de la Sedefor, une société chargée de protéger les forêts ivoiriennes, et qui n’a rien protégé du tout.

Quoi, nous contrôler, non mais vous sortez d’où, vous?

Ils n’en reviennent toujours pas, les responsables de «Thanry Côte d’Ivoire». Ils avaient bien réussi, jusqu’ici, à bénéficier de l’inconscience de certains hauts fonctionnaires ou serviteurs de l’Etat, sous tous les régimes, pour se prémunir contre tout contrôle des agents des Eaux et Forêts dans leurs usines ou scieries. Depuis des décennies, ils n’ont subi aucun contrôle, et interdisaient l’accès de leurs usines aux agents des Eaux et Forêts.

C’est pour cela que, le 10 mai dernier, quand ils ont vu arriver des agents des Eaux et Forêts qui ont exprimé le besoin de pénétrer dans l’une de leurs usines du côté de Danané, ils sont tombés des nues.

Malgré les précisions qu’ils ont tenu à faire après l’article de «L’Eléphant», la réalité de ce qui s’est réellement passée pour qu’on en arrive à la sanction qui s’abat sur eux en ce moment, est bien plus dense qu’une forêt classée.

En effet, le mardi 10 mai 2016, des éléments de la Police Spéciale d’Intervention arrivent, aux environs de 17 heures, à la Scierie Thanry de Danané. A l’entrée principale, ils se présentent aux vigiles et déclinent la raison de leur présence. Un message est envoyé au responsable local de la Scierie. Ce dernier, sans même inviter les agents «pour leur demander les nouvelles comme c’est de coutume ici», fait dire aux agents de la Police Spéciale que personne ne l’a prévenu de leur arrivée. Résultat, il ne peut les recevoir dans son entreprise. C’est ce qu’on appelle se croire au-dessus des lois à force d’impunité.

Mais insolents et assurés du soutien ferme de la hiérarchie, les agents ne tiennent pas compte des observations nostalgiques du responsable local et pénètrent dans la Scierie. Là, ils trouvent un certain Jean Marc à qui ils déclinent à nouveau la raison de leur présence. Ce dernier reçoit même leur ordre de mission. Furieux devant le fait que les agents aient pénétré dans la Scierie sans son accord, ce Jean-Marc qui est sans doute le responsable qui avait passé l’aimable message aux agents à l’entrée via les vigiles, s’étrangle: «Qui vous a autorisé à rentrer ici? Les agents des Eaux et Forêts n’ont pas le droit de rentrer dans cette Scierie.» Aurait-il déclaré sur un ton de colère avant de sauter dans sa voiture pour quitter les lieux. Non sans avoir remis l’ordre de mission à un collaborateur qui se trouvait à ses côtés.

N’ayant jamais aperçu la silhouette d’un agent des Eaux et Forêts dans leur Scierie depuis près de vingt années, des agents de l’administration sortent et les dévisagent comme des objets volants non identifiés (OVNI).

Les agents demandent à voir les documents administratifs de la Scierie et expriment leur volonté de visiter le célèbre parc à bois Thanry à Danané. Mais ils ne trouvent aucune oreille attentive. Déterminés, ils insistent pendant près d’une heure. Sans suite. Mais le revoilà Monsieur Jean-Marc qui, après un tour en ville, sans doute pour demander ce qui se passe désormais dans ce pays à qui de droit, réapparaît dans la Scierie. Les agents de la Police Spéciale lui réitèrent leur volonté de contrôler les documents administratifs et de visiter le parc à bois. Mais, Jean-Marc, de nouveau, aurait eu une réponse de la Scierie: «Je n’ai aucune information au sujet des documents administratifs que vous demandez. Moi je suis payé pour regarder les billes de bois. Si vous avez besoin de voir les documents, allez du côté de Thanry Guiglo, où se trouvent mes chefs.»

Mais cette réponse n’ébranle pas les agents qui se déportent sur leur usine à bois.

Le contrôle effectué par les agents leur a permis de déceler une foule d’infractions au code de la forêt: Non marquage des billes au fer; abandon de billes; absence de documents statistiques; exploitation frauduleuse de bois d’œuvre et d’ébénisterie en forêt classée. Sur ce constat, les agents quittent les lieux et regagnent leur base de Man, sans prendre de mesure de fermeture immédiate de la Scierie.

 

«Fermez cette scierie…»

A leur base de Man, les agents rendent compte de leur mission à leur hiérarchie à Abidjan. Ordre leur est donné de retourner à Danané et de fermer, sans autre forme de procédure, la Scierie Thanry de Danané. Deux jours plus tard, soit le 12 mai, revoilà les agents à la Scierie Thanry de Danané. Là, de nouveau, ils tombent sur le nommé Jean-Marc. A ce dernier, ils annoncent la bonne nouvelle: «Nous avons reçu l’ordre de venir fermer la Scierie.» Mais Jean-Marc aurait préféré fermer lui-même la Scierie plutôt que de subir la honte de voir des agents des Eaux et Forêts (sacrilège!), fermer une Scierie de la grande société Thanry. Aux agents, il leur demande s’ils ont informé le préfet de Danané avant de se pointer dans sa Scierie? Réponse: «Pas besoin.» Prenant le temps de faire une dernière inspection, les agents constatent que plusieurs billes de bois trouvées là, la veille, ont disparu; et d’autres avaient été marquées à la hâte avec une peinture qui avait du mal à sécher. D’autres billes de bois étaient en train d’être marquées au fer dans la précipitation. Tout ce beau spectacle est immortalisé à travers un enregistrement vidéo.

Immédiatement, des agents (des officiers) sont réquisitionnés par la hiérarchie informée de nouveau, pour veiller au respect de la mesure de fermeture de la Scierie.

Le lendemain 13 mai, les insolents agents de la Police Spéciale d’Intervention du Ministère des Eaux et Forêts, retournent encore sur les lieux. Cette fois-ci, une équipe du service de Communication du ministère est à leurs côtés. Là, ils trouvent les travailleurs et leurs responsables à l’entrée de la Scierie, en compagnie d’un Huissier de justice à qui ils répondent, sur questionnement de celui-ci, qu’ils sont venus filmer le spectacle dans cette Scierie avant de procéder à sa fermeture. Cette fois, aucune résistance ne leur est opposée. Les agents réalisent donc leur film et interrogent des travailleurs qui, pour la quasi-totalité, n’avaient jamais vécu de si grands moments. Un contrôle des agents des Eaux et Forêts, la réalisation d’une vidéo sur les hauts faits de cette société dans les forêts classées à travers les billes trouvées dans la Scierie, la fermeture de la Scierie? C’était du jamais vu!

Un tour du côté de Guiglo?

Le 10 mai, une autre équipe de la Police Spéciale d’Intervention avait, sur la base d’informations glanées ça et là, mis aux entrées de la ville de Guiglo, un autre lieu de hauts faits de la société Thanry, un dispositif de veille; car les informations faisaient état de circulation nocturne de grumiers. Mais cela n’a rien donné.

Sauf que, lorsque les agents se rendent sur le site d’exploitation de Thanry de cette ville, ils découvrent que ce site d’exploitation est situé en plein cœur de la forêt classée de «Gouindébé». Mais les travailleurs de Thanry, informés par on ne sait qui de l’arrivée des agents, avaient déjà détalé. Mais les traces de leurs hauts faits étaient visibles. Les souches des bois coupés n’étaient pas marquées et des billes de bois avaient été abandonnées dans la forêt. Sans doute de peur d’être pris la main sur la tronçonneuse?

En se rendant à la Scierie Thanry de Guiglo, les agents étaient tombés sur un spectacle ahurissant. Tous les travailleurs étaient à la tâche pour remplir des documents qui n’avaient pas été remplis pendant des décennies. Peine perdue: non marquage des billes, non enregistrements de certaines billes et essences dans le livre journal d’entrée de la Scierie, non paiements de taxes d’abattages, etc.

Et hop! Un procès verbal de saisie est remis au responsable des lieux. Lequel refuse de le signer, de peur de se voir virer. Le livre journal est également saisi.

Convoqués à Abidjan

Devant ces hauts faits, les responsables de la Police Spéciale d’Intervention convoquent les dirigeants de Thanry pour une audition dans leurs locaux au Ministère des Eaux et Forêts. Du jamais vu!

Le 23 mai 2016, des responsables de Thanry sont auditionnés. Mais ils nient tout en bloc. C’est que, après cette audition, ils devraient rencontrer le ministre DacouryTabley pour un échange entre chefs. Le 24 mai, une nouvelle audition, après la rencontre avec le ministre, a lieu. Cette fois-ci, les réponses sont moins assurées. Devant ce constat, un choix cornélien est proposé aux responsables de Thanry. Une poursuite au pénal et une transaction financière sous forme de paiement d’une amende qui mettrait fin à toutes autres formes de poursuites. Les responsables de Thanry choisissent immédiatement la voie de la transaction. Et cette option est faite par le Secrétaire général du groupe Thanry Côte d’Ivoire, ZouoPhillipe. Lequel, selon les sources de «L’Eléphant», sur toutes les infractions à lui signifiées, aurait eu des réponses qui en disent long. Il ne se serait pas souvenu de certaines choses. Normal pour une société qui réalise en moyenne entre 20 et 30 chargements de grumiers par jour, transportant chacun au moins cinq billes de bois.

Histoire de calculer le niveau de l’amende à fixer, les responsables des Eaux et Forêts ont listé les infractions constatées: Production et transport de charbon de bois sans agrément; Mauvaise tenue des BRH et CP (BRH et CP remplis depuis le bureau, alors que ces document doivent se trouver sur les sites d’exploitation des bois en grumes; Absence de documents statistiques (Etat H et DMV);

  • Recèle de bois en grumes; Non enregistrements de billes dans le livre journal d’entrée de bois en grumes; Exploitation de bois en grumes en forêt classée sans autorisation…
  • Résultat: Une amende de 1, 680 milliard de FCFA.

Selon les sources de «L’Eléphant», informés de l’amende qu’ils doivent payer, eux qui n’ont jamais subi ce genre de contrôle dans ce pays conquis, les responsables de Thanry auraient déclaré qu’ils préfèrent quitter la Côte d’Ivoire, plutôt que payer la somme de 1,680 milliard.

Ils ont bien raison. Si aucune de leurs relations n’a pu infléchir la position du Ministre DacouryTabley et sa volonté de contrôler à tous prix une société qu’aucun ministre n’a osé contrôler, on se demande bien où va ce pays? Oui, où va ce pays si on ne peut plus rentrer dans les bonnes grâces d’un ministre afin de pouvoir piller en toute illégalité la forêt?

 «Adressez vous au ministère»

Histoire d’avoir leur avis sur tout ce qui leur est reproché et qui a entraîné cette amende record, «L’Eléphant» a passé un coup de fil à la direction générale de «Thanry Côte d’Ivoire» logée à Abidjan.

Mais après avoir posé ses questions, «L’éléphant» a été prié de laisser ses contacts et qu’il allait être recontacté pour une réponse. Quelques minutes plus tard, le nommé Belli, se présentant comme le «Responsable Administratif de Thanry», a rappelé «L’Eléphant» pour lui donner cette réponse: «Nous pensons que la voie la mieux indiquée est de vous adresser au Ministère des Eaux et Forêts.»

C’est d’une telle élégance! Nous posons une question à Thanry et nous sommes priés d’aller prendre la réponse au Ministère des Eaux et Forêts.

DANIEL SOVY, in L’Eléphant déchainé N°457

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