LONACI: Les clignotants au rouge… La Direction générale, droite dans ses bottes ! Des contrats soupçonnés de cacher des choses

By: Africa Newsquick
Le DG de la Lonaci, Issiaka Fofana

Le DG de la Lonaci, Issiaka Fofana

LONACI: Les clignotants au rouge… La Direction générale, droite dans ses bottes ! Des contrats soupçonnés de cacher des choses

Dans sa parution du 30 juin au 02 juillet 2015, l’infernal quadrupède s’était interrogé au sujet d’un étrange événement qui s’était produit devant les locaux de la Loterie Nationale de Côte d’Ivoire: «Lonaci, un braquage pour cacher la faillite?». Cet article, on le saura plus tard, permettra de régler au sein de l’entreprise, quelques problèmes que d’aucuns croyaient insolubles comme par exemple, le paiement, de façon régulière, des salaires, afin d’éviter toute suspicion légitime. Mieux, à la fin de l’exercice 2015, la Direction générale a annoncé un chiffre d’affaires record de 50 milliards de FCFA. Bravo! Et dire que les mauvaises langues pronostiquaient le décès de l’entreprise pour l’année 2016. Les agents apprécieront!

Mais «L’Eléphant» qui, comme chacun le sait, ne s’intéresse généralement qu’au train qui arrive en retard, a tenté de vérifier un certain nombre d’informations qui faisaient état d’une célébration de la mauvaise gouvernance au sein de cette entreprise.

Présentation de la Lonaci

La Loterie nationale de Côte d’Ivoire (LONACI) est une société à participation financière publique majoritaire avec un capital de 400 millions de FCFA, détenu à 80% par l’Etat de Côte d’Ivoire, 15% par la CNPS, et 5% par le personnel. Le porte-feuille, produit de cette société majoritairement tenue par l’Etat, est constitué de six produits dont le groupe Pari mutuel urbain (PMU) et ses variantes représentent 84% de son chiffre d’affaires. Même s’il faut reconnaître que les entreprises de téléphonie, les parieurs clandestins (Loto ghanéen) et parieurs sportifs lui mènent une farouche concurrence aux yeux et à la barde des autorités qui nous gouvernent! Jadis, à la frontière ivoiro-ghanéenne, c’est-à-dire dans les villes frontalières, aujourd’hui, ce type de jeux dont les résultats sont donnés à partir du Ghana, se joue dans les communes de la capitale économique et dans certaines villes du Centre. Si ce n’est pas beau…

 «Découragement» n’est pas Lonaci.

L’entreprise a connu plusieurs difficultés. Elle n’est pas restée en marge de la crise militaro-politique qui a partitionné le pays.

Sur la période allant de 2002 à 2003, où le pays était coupé en deux avec un bon nombre d’agences fermées, le chiffre d’affaires était respectivement de 35 milliards 586 millions 467 mille FCFA et 35 milliards 542 millions 553 mille 400 FCFA; avant de chuter, avec la persistance de la crise, les trois dernières années (30 milliards, 32 milliards et 31 milliards). Avec un ensemble de trois produits, le chiffre d’affaires de la Lonaci, avant l’actuelle équipe dirigeante, a oscillé entre 30 et 35 milliards de FCFA contre 6 produits actuellement, avec un chiffre d’affaires de 50 milliards 177 millions FCFA. Un bon qui se comprend donc…

Mais, comparé à certains pays de la Sous-région, «L’Eléphant» a noté que ces derniers qui se trouvaient quasiment dans la même fourchette, ont vu leur chiffre d’affaires connaître une nette augmentation par rapport à la Lonaci. A titre d’exemple, le Burkina Faso est passé à 117 milliards de chiffre d’affaires; le Togo, avec trois produits, est passé à 57 milliards de FCFA; le Ghana avec plus de 150 milliards de chiffre d’affaires. Avant la prise de fonction de l’actuelle direction, la Lonaci disposait de plus de 100 millions en caisse, plus de 150 millions en banque, un dépôt à terme de plus de 600 millions, et 300 millions d’emprunt obligataire. Soit un total d’encaisse disponible de plus de 01 milliards de FCFA. Le constat aujourd’hui, c’est que la Lonaci accuse un retard de paiement, auprès des fournisseurs, de plus de 2 milliards de FCFA. Un dysfonctionnement difficile à comprendre, vu la progression du chiffre d’affaires. Les choses iront sans doute mieux dans les mois à venir?

Des contrats soupçonnés de cacher des choses!

Si le changement du système d’exploitation et le modèle de financement de la Lonaci étaient devenus une impérieuse nécessité, il n’en demeure pas de même pour certaines clauses des contrats signés. Commençons par le contrat AIL, pour un investissement de matériel évalué à 2 milliards 805 millions 500 mille FCFA, dont certains termes disposent qu’au titre de la rémunération du prestataire, une commission de 11% sur le revenu brut est accordée. Et celle-ci est repartie comme suit: 4% de remboursement du matériel, 7% au titre de l’entretien dont 3% facturés directement à la Lonaci, et 4% facturés et payés via des comptes pour certaines prestations non clairement définies. De mauvaises langues soupçonnent là, la dissimulation de quelques billets…

Une «vilaine» accusation contre le Directeur général!

A ce jour, la Lonaci éprouve certaines difficultés à honorer les engagements de ce contrat qui accumulerait près d’un milliard d’impayé. Alors qu’un emprunt de 2.5 milliards de FCFA a été contracté.

Autre convention qui soulève des interrogations, celle dite  «CM3», pour un investissement et l’acquisition d’un logiciel évalués à 2 milliards 294 millions 308 mille FCFA. Ce contrat prévoit, qu’en plus de l’achat du matériel et du logiciel d’exploitation, des droits d’utilisation du logiciel de plus de 30 millions de FCFA par mois, à partir de juin 2015. Difficile à comprendre pour le profane!

Pour ce qui est du contrat Ludwin & Ngser, le Conseil d’administration, lui-même, s’étant rendu compte de certaines zones d’ombre, aurait demandé sa révision. Mais n’allez pas imaginer quoi que ce soit.

Un autre fait: la nouvelle opération immobilière dont les travaux de terrassement auraient été confiés, via un marché gré à gré, à un proche du Directeur général, pour un coût total de 447 millions de FCFA. Sur cette facture, un montant de 420 millions a déjà été avancé, sans que les travaux ne connaissent un bond dans l’avancement. Autre grief, le projet ʺLonacelʺ engagé est aujourd’hui presqu’abandonné après seulement un an d’exploitation, avec un coût d’investissement de près de 500 millions de FCFA pour un chiffre d’affaires de 50 millions de FCFA. Le projet ʺMorphoʺ, quant à lui, est abandonné, avec une dette non réglée. C’est bien aussi le cas du projet de 50 kiosques commandés en Tunisie et facturés à 405 millions 381 mille 426 FCFA dont 121 millions 614 mille 421 FCFA ont été réglés depuis 2013 pour seulement deux kiosques livrés…

Non respect des textes réglementaires et instructifs

Selon la lettre d’instruction du Premier ministre en date du 22 mai 2012, les dirigeants sociaux des entreprises publiques doivent voyager en classe économique, dans le cadre de leurs missions à l’extérieur du pays. Mais cette recommandation n’est pas très respectée. En effet, le président du Conseil d’administration (gendre du président Bédié), le Directeur général, Issiaka Fofana (anciennement Daaf à la Primature du temps de Guillaume Soro) et le Directeur général adjoint voyagent en Business class. Ce qui n’est pas conforme à la lettre et à l’esprit des instructions du Premier ministre. C’est vrai qu’il est difficile de faire de belles rencontres quand on voyage en classe économique comme le patron de l’infernal «Eléphant Déchaîné».

Mais il est reproché également au dégé de violer les instructions en signant lui-même ses ordres de mission alors que cela devrait être fait par le Premier ministre via le ministre de tutelle. Et ça prendrait combien de jours toute cette démarche?

Un autre manquement signalé est lié aux dispositions de la circulaire N°001-2011 du 15 juillet 2011 du Premier ministre, ministre de la Défense (sous l’ère Soro) relative à l’harmonisation des conditions de service des dirigeants sociaux. En ce qui concerne le président du Conseil d’administration, outre son indemnité mensuelle de fonction qui est plutôt confortable, il bénéficie d’une dotation mensuelle en carburant de 500 mille FCFA. Toutes choses qui constituent un double emploi, car celle-ci (la dotation en carburant) est déjà incluse dans la rémunération du président du Conseil d’administration. Un petit lot de consolation pour le boulot abattu? Ce n’est pas fini! Son véhicule de 55 millions de FCFA d’une puissance fiscale de 18 CV est supérieur à la puissance de 15 CV fixée par la circulaire. Mais bon, une différence de 3 CV, on peut bien s’arranger non? Après tout, on est en Côte d’Ivoire, et ce n’est pas Yté Wongbé, l’heureux dégé débarqué et réinstallé par la Présidence qui dirait le contraire…

Le Directeur général surfe aussi sur des avantages qui sont contraires aux dispositions de la même circulaire. Il en est de même pour le Directeur général adjoint. Quand on ajoute à tout ça les avantages divers sur le bénéfice réalisé, ils sont presqu’au Paradis, les dirigeants sociaux de nos sociétés d’Etat!

Les administrateurs ne sont pas en reste. En plus de leur jeton de présence ou per diem, plutôt confortable et conforme à la circulaire, ils bénéficient d’une dotation trimestrielle en carburant d’un montant de 390 mille FCFA par administrateur (non conforme à la circulaire). Des choses qu’il faudrait corriger.

Les clignotants au rouge…

Les montants cumulés des soldes des comptes bancaires dont dispose la Lonaci sont de 3 milliards 690 millions, 425 mille, 459 F CFA. Une situation de la trésorerie qui traduirait les difficultés de la société à faire face aux dettes fournisseurs dont le solde s’élevait à 4.4 milliards au 31 décembre 2014, contre un solde clients de 1.1 milliard de FCFA. La part des dettes financières dans le total du bilan a augmenté de 2010 à 2014, de 18% à 22%. Les découverts bancaires sont passés de 2% du bilan total en 2010, à 19% en 2014. Les dettes financières (dette financière + trésorerie-passif) de la société sont passées de 20% à 41% du total du bilan, entre 2010 et 2014. Si le recours, de plus en plus important, à des découverts bancaires pour se financer peut être un signal relativement à sa capacité à mobiliser des sources de financement à des conditions idéales, cependant, la part des capitaux propres a fortement baissé, en passant de 45% à 14%. Cette situation dégage une forte détérioration de la structure financière de la Lonaci avec une perte de la valeur de la société, au profit des créanciers.

Pour l’exercice 2016, ils devraient se secouer un peu, du côté de la Lonaci. L’émergence a des exigences!

La Direction générale, droite dans ses bottes !

Histoire d’avoir son opinion sur ces petits constats, «L’Eléphant» a approché la Direction générale qui – et c’est assez rare pour être souligné – n’a fait aucune difficulté pour répondre aux questions de l’infernal quadrupède. C’était le 26 février dernier. Transcription textuelle des réponses.

Le bilan de «Morpho»

«Le but du rapprochement à ʺMorphoʺ (Sagem, la Française Des Jeux) était de sécuriser les paris. Le matériel était vétuste. Ce qui occasionnait des fraudes sur les paris. L’ensemble de ce projet était estimé à 9 milliards FCFA. Il s’agissait de la sécurisation et du renouvellement du matériel. Le Conseil a donné son accord. ʺMorphoʺ nous a livré du matériel, 150 S8. Mais le Conseil s’est rebiffé ensuite, pour des raisons que nous n’osons pas évoquer. Il n’y a pas eu un franc payé, à ʺMorphoʺ. La banque (Baci) n’a pas eu la résolution du Conseil d’Administration. Ce projet n’a jamais abouti. Le matériel également n’a pas été payé. C’est nous qui avons plutôt reçu du matériel sans avoir payé. Pas un franc sorti pour ce projet».

Quid du projet «Lonacel»?

«Il n’a jamais été question de machine. Il s’agit de développement information. Plus précisément, de paris en ligne. La difficulté est venue des compagnies de téléphonie mobile qui n’ont pas ouvert leur ligne. Puisqu’ils font presque la même chose. Le projet a coûté 200 millions FCFA. Comment je peux devoir de l’argent, alors que le projet est lui-même arrêté?»

Passation de marchés gré à gré

«Je ne le cache pas. La lenteur administrative nous y oblige souvent. Nous sommes une entreprise commerciale. Je vous donne le cas de l’assurance maladie. Depuis le mois de novembre, nous avons procédé à un appel d’offres par les voies requises. Nous n’avons pas encore les résultats, jusqu’à ce jour. Pas d’attribution. Que dois-je faire? Je laisse le personnel sans assurance? On est obligé de négocier avec ceux qui étaient là, pour chaque mois? Au niveau des gadgets, l’année passée, nous avons passé une commande de 78 millions, et c’est 6 mois après, que nous avons eu une entreprise attributaire. Pareil pour les tickets. Je lance un appel d’offres, c’est cinq mois après que j’ai les résultats. Ce qui va occasionner au moins 500 millions de perte à cause du temps relativement long pour l’attribution des marchés. Nous sommes une entreprise commerciale. Notre activité ne peut vraiment pas s’accommoder avec ces lourdeurs».

Non respect des textes réglementaires et instructifs

«Il n’en est rien. Pour les véhicules, je crois qu’il faut une enveloppe budgétaire, plutôt que la puissance fiscale du véhicule. Nous faisons le choix du coût. Il y a des voitures à moindre coût qui ont une puissance fiscale élevée. Je crois que c’est dans cette situation que nous nous sommes retrouvés. Nous avions le souci de l’économie. Pour les voyages. Un chef de service qui vient d’un autre pays, qui va à une rencontre, est en business class et moi le dégé en classe éco! (Il s’étonne ndlr). En business class, on a la possibilité de travailler sur des dossiers avant notre arrivée. Même ce que nous réputons en termes de coût, nous les retrouvons sur le coût du séjour. Dans la mesure où nous prenons des jours avant, pour des séances de travail. En termes même de prestige, ce n’est pas bien. Je suis une entreprise commerciale. En ce qui concerne les ordres de mission, c’est le Premier ministre qui doit les signer. Moi si je dois écrire à mon ministre de tutelle qui lui à son tour écrit au Premier ministre, vous voyez ce que ça donne. Alors que la mission doit se faire dans un ou deux jours.»

De l’endettement…

«Nous avons eu recours à des prêts au niveau des banques, au regard de la situation. Mais il y a certains prêts qui devraient servir à financer par exemple le développement informatique. Pendant que le projet n’est pas à terme, nous devions rembourser les découverts bancaires. Cette situation a occasionné les tensions de trésorerie de novembre à juin. Il y a eu une accumulation des dettes des fournisseurs. Mais depuis juillet, nous avons commencé à apurer les dettes des fournisseurs et les employés commenceront à sentir les fruits bientôt».

«L’Eléphant» ne peut qu’espérer que les choses se passent pour les travailleurs.

F.TAKY, in L’Eléphant déchaîné N°427

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