Transua: D’étranges FRCI sèment la terreur dans les villages. Vous touchez à un fromager abandonné et c’est l’enfer, Racket, brimades et représailles au menu, chaque jour

By: Africa Newsquick
Que fait Hamed Bakayoko, le ministre ivoirien de l'Intérieur pour sécuriser les populations?

Que fait Hamed Bakayoko, le ministre d’Etat ivoirien de l’Intérieur pour sécuriser les populations?

Transua: D’étranges FRCI sèment la terreur dans les villages. Vous touchez à un fromager abandonné et c’est l’enfer, Racket, brimades et représailles au menu, chaque jour

Qui les a déversés dans ce département? Nul ne le sait et aucune autorité officielle n’a pu obtenir un document officiel attestant de leur présence régulière dans cette ville.

D’où viennent ces centaines d’éléments (nul ne connaît en fait leur nombre exact) et qui est leur chef direct? Personne, y compris les autorités, ne peut répondre à cette question.

Quelle est leur mission dans cette zone de la région du Gontougo? Nul ne le sait, ils prétendent eux-mêmes qu’ils sont là pour surveiller les frontières, mais ils sont dans l’incapacité de présenter le moindre ordre de mission signé par la hiérarchie militaire à Abidjan.

Seule certitude, plus personne – ni la gendarmerie, ni les populations de Transua, ni celles des sous-préfectures de Transua – ne supporte à présent leurs exactions dans la zone.

Conséquence, leur camp de fortune à Transua a été saccagé en début d’année par des populations d’un village, excédées de subir les brimades sur la vingtaine de barrages que ces étranges «FRCI» ont érigés sur toutes les voies menant dans tous les villages.

Depuis, ces étranges «FRCI», par deux fois, en faisant venir du renfort de Bondoukou, ont tenté de mener une opération punitive stoppée net par l’Onuci, mais ils n’ont pas renoncé. Ça tombe bien, les populations sont sur le pied de guerre et s’arment en ce moment, à qui mieux, pour faire front.

La hiérarchie militaire à Abidjan est-elle informée de cette situation? Sans doute, mais personne ne veut se risquer sur le sujet.

Petite projection sur une situation volatile dangereuse qui risque, si aucune mesure n’est prise de façon urgente dans les jours à venir, de plonger toute une région dans un affrontement (Kalachnikovs contre fusils de chasse, lance-pierres et machettes), aux conséquences inimaginables.

Racket, brimades et représailles au menu, chaque jour

Ils sont en zone de non-droit, ces centaines d’éléments des «FRCI» qui font la pluie et la pluie (jamais de beau temps), actuellement, dans la zone de Transua. Combien sont-ils? Nul ne le sait exactement…toujours est-il qu’ils sont présents sur toutes les routes menant dans tous les villages du département. Ils tiennent plus d’une vingtaine de barrages, non pas à la frontière avec le Ghana qu’ils prétendent surveiller, mais dans les villages, sur les pistes menant dans les champs et autres campements. Ils accomplissent toutes les tâches. Ils se transforment, chaque jour, selon les besoins de la cause, en gendarmes, en policiers, en agents des eaux et forêts, etc. Ils saisissent tout ce qui leur tombe sous la main, sous prétexte, selon l’un de leurs nombreux «commandants», qu’ils «n’ont rien à manger et qu’ils ne sont pas payés». Alors, comme en temps de guerre, ils se servent dans la poche des populations.

Aux barrages érigés sur les pistes menant dans les champs, tous les paysans, femmes et hommes, doivent montrer patte blanche. Une femme transporte dans une cuvette et sur sa tête trois régimes de bananes? Le partage est vite fait. Deux régimes pour les «agents» d’un autre type et un régime pour la paysanne. Et vite, elle doit quitter les lieux si elle ne veut pas être bousculée.

Un animal de brousse a été trouvé dans un sac sur le vélo d’un paysan? Hop! Une forte amende allant jusqu’à 200 mille FCFA parfois, est fixée. Une amende payable sous peine d’emprisonnement, et l’objet du délit saisi. Mais la viande saisie n’est pas incinérée en public, ni restituée au «contrevenant» après paiement de l’amende arbitrairement fixée. Elle finit dans une marmite au camp et, plus tard, dans le ventre bedonnant du «chef» et de quelques-uns de ses plus fidèles soldats.

Un habitant est pris sur une moto à un barrage? Il doit présenter tous les papiers afférents à la moto, y compris des pièces qui ne font pas partie de l’arsenal des pièces exigées pour une moto. Tiens, vous n’avez pas toutes les pièces? Eh bien, votre moto est saisie, enfourchée par un élément qui file droit au camp. Et le malheureux doit se rendre au camp à pieds pour négocier afin de récupérer sa moto. Très souvent, les sommes exigées sont au-dessus des moyens du malheureux et la moto reste saisie. Allez-vous plaindre à la gendarmerie? Mais non, les gendarmes ne veulent plus rien à voir avec des éléments dont nul ne sait d’où ils viennent et qui, pour un oui ou un nom, reçoivent du renfort venu chaque fois de Bondoukou pour des opérations punitives.

Un cadre de Transua bastonné à un barrage et ses portables confisqués!

Il n’y a pas que les populations rurales qui subissent les exploits de ces «FRCI» d’un nouveau genre et qui agissent dans une zone qui n’a pas connu de guerre, comme s’ils étaient encore en pleine période de guerre.

Il y a quelques semaines, «L’Eléphant» qui suit l’évolution de la situation sur le terrain (deux petits articles déjà publiés), s’est fait conter la mésaventure d’un cadre de Transua qui avait eu la géniale idée d’aller rendre visite à ses parents. Il arrive, aux environs de 16 heures, à un barrage tenu par des éléments assis non loin de là. La voie étant obstruée par un tronc d’arbre, il marque un arrêt, espérant que les tenants du barrage viendront à son niveau pour contrôler ses pièces et lever le barrage par la suite pour qu’il continue son chemin. Mais, il attend pendant vingt minutes sans qu’aucun de ces experts en racket et brimades de tous genres, ne daigne se lever pour venir contrôler les pièces de son véhicule. Il klaxonne à plusieurs reprises, mais aucun des éléments assis sous un arbre n’ose se lever pour lever le barrage de fortune. Excédé, le cadre descend de son véhicule et, sous les yeux des «FRCI», il lève lui-même le barrage. Crime de lèse «FRCI». Comme si c’était le geste qu’ils attendaient, et ainsi qu’un seul l’homme,  l’ensemble des hommes tenant le barrage lui tombe dessus et le passe littéralement à tabac. Les clés de son véhicule et ses portables sont confisqués par celui qui se présente comme leur chef et se disant, lieutenant. Comme une traînée de poudre, l’information sur le calvaire vécu par ce cadre traverse tous les hameaux de Transua. Des autorités de la ville sont saisies, qui tentent de raisonner le chef des éléments qui tenaient le fameux barrage. Mais rien n’y fit. Il faudra attendre une heure du matin pour que, sur intervention du Député, le cadre puisse regagner son domicile. Depuis cette mésaventure, les cadres de Transua n’osent plus se rendre dans leur région à un rythme soutenu comme par le passé.

20 Kg de cacao vous manquent et c’est l’exil au Ghana

Le racket à ciel ouvert sur les barrages est l’un des points forts de ces éléments des «FRCI» qui sévissent impunément dans la zone de Transua. Courant octobre-novembre 2015, un paysan d’Atokom – village situé à la lisière de la frontière avec le Ghana – revenant de son champ, tombe sur un barrage des «FRCI». Lesquels l’arrêtent. C’est que l’homme portait sur sa tête, environ 20 kg de cacao, fruit d’un labeur intolérable pendant plusieurs mois. Les champions du racket sur tous produits lui fixent le montant du «dédouanement» qu’il doit payer avant d’espérer repartir de là, avec son cacao. Mais le paysan jure par tous les dieux qu’il n’a pas un rond sur lui et qu’il ne peut régler le montant qui lui a été fixé pour pouvoir franchir le barrage avec ses 20 kg de cacao.

Tirant les conséquences de son insolvabilité ou de son refus de se soumettre à ce racket injustifié, son cacao est confisqué et rendez-vous lui est donné au camp de fortune situé à l’extrémité du village, pour s’acquitter de l’amende avant de récupérer son cacao. Rentré au village, le paysan s’empresse d’aller conter sa mésaventure au chef. Lequel se rend dans le camp des «FRCI» pour tenter de les raisonner et récupérer le cacao de son administré. Refus catégorique des «FRCI» qui disent qu’ils ne remettront le cacao qu’à son propriétaire une fois que ce dernier aura payé ce qui a été convenu.

Le chef retourne à son domicile les mains vides et rend compte à sa notabilité et au bureau de la jeunesse. La situation met les jeunes dans une humeur massacrante. Estimant que «trop c’est trop» et qu’ils ne peuvent plus continuer à subir les brimades des «FRCI», en grand nombre, ils se rendent au camp de fortune de ces «FRCI», des baraques construites avec du bois soutiré çà et là. Devant le camp, les explications entre les jeunes et les occupants armés des lieux tournent très vite à l’affrontement. En supériorité numérique, les jeunes saccagent le camp. Les «FRCI» battent en retraite non sans libérer des coups de feu dans la foule. De nombreuses personnes sont blessées. Dans les heures qui suivent, et alors que la nuit est tombée, des renforts arrivent de Bondoukou et le village est assiégé. Les populations sont tirées de leur sommeil et passées à tabac. C’est la débandade généralisée. Quand le Sous-préfet et d’autres autorités averties arrivent dans le village, sur les 2000 habitants, il n’en reste pas plus de 20. Tous ont traversé la frontière avec le Ghana pour se réfugier dans un camp tenu par des militaires ghanéens. Les exactions subies ayant traumatisé tout le monde. Des négociations sont engagées avec les éléments des «FRCI», lesquels exigent que les populations reconstruisent leur camp avant qu’ils acceptent leur retour dans leur village. Leur camp est reconstruit, non pas par les populations, mais par une autorité civile de la ville de Transua. Laquelle a dû essuyer les larmes des «FRCI» avec quelques billets sonnants et trébuchants.  Après quoi, les populations ont été autorisées à regagner leur village. Mais les 20 kg de cacao n’ont jamais été restitués à son propriétaire. Ils sont bien gentils, mais il ne faut tout même pas leur demander de faire l’impossible, c’est-à-dire restituer ce qui ne leur appartient pas et qui peut leur rapporter la somme de 20 mille FCFA. Un Kg de cacao étant vendu à 1000 FCFA.

Depuis, les populations d’Atokom et les «occupants» se regardent en chiens de faïence; mais le racket et les brimades, dans le silence de tout le monde à Abidjan, se poursuivent gaiement. Aux dernières nouvelles, les populations et notamment les jeunes, excédés, entendraient prendre définitivement leurs responsabilités pour mettre fin aux agissements de ces «envahisseurs» que personne ne semble contrôler dans un pays où, paraît-il, le processus DDR se serait «merveilleusement» passé. Autant dire que le sang risque de couler dans les jours qui viennent à Atokom.

Vous touchez à un fromager abandonné et c’est l’enfer 

Courant janvier 2016, les exploitants forestiers abattent un fromager dans le champ d’un paysan de Kouassia-Niaguini. Mais, on ne sait pour quelles raisons, ils abandonnent le fromager. Le paysan approche le chef de canton et lui demande l’autorisation de faire découper le fromager afin de libérer les plantes qu’il a entraînées dans sa chute. L’accord lui est donné mais il lui est recommandé de se faire assister dans l’opération, par des agents des Eaux et Forêts. Ce qui est fait, et voilà notre paysan en compagnie d’un agent et d’un scieur. Mais à peine le dernier cité a mis sa machine en marche pour découper le fromager que débarquent des éléments des «FRCI» attirés par le bruit de la tronçonneuse. Là, ils demandent qui a autorisé le découpage du fromager. L’agent des Eaux et Forêts présent leur répond que l’opération a été autorisée par le chef du cantonnement des Eaux et Forêts de la localité et qu’il a été missionné pour assister et vérifier que l’arbre ne sera pas découpé pour être mis en vente d’une manière ou d’une autre.

Mais les «FRCI» lui répondent qu’ils n’ont que faire de son explication et demandent l’arrêt de l’opération et le paiement par le paysan, d’une amende. Pour montrer qu’ils ne plaisantent pas, ils saisissent la machine et rudoient le paysan. L’agent des Eaux et Forêts qui veut s’interposer est malmené à son tour et sa moto est confisquée. Tout ce beau monde (le scieur, le paysan et l’agent des Eaux et Forêts) est conduit dans le camp militaire de fortune construit à Transua. Cet acte est la dernière goutte qui fait déborder le vase.

Les populations de Kouassia-Niaguini, en colère, organisent une descente sur le cantonnement des «FRCI» qu’ils détruisent littéralement. En infériorité numérique et devant une colère difficile à maîtriser, les éléments présents prennent la fuite. Ce n’était qu’une retraite stratégique. Ils informent leurs «frères d’armes» basés à Bondoukou. Dans la nuit du 24 au 25 janvier 2016, douze Pick-Up bourrés d’éléments armés jusqu’aux dents, quittent Bondoukou, en direction de Kouassia-Niaguini. But de leur déplacement? Aller mâter les populations qui ont osé détruit leur camp de fortune. Mais leur mouvement est signalé à des cadres qui appellent l’Onuci au secours. Des éléments de l’Onuci se déploient sur le terrain et tombent sur l’incroyable convoi de guerriers en route vers Kouassia-Niaguini. L’Onuci stoppe net leur progression et après plusieurs échanges, le commando décide de regagner sa base. Sauf qu’il ne s’agissait que d’une autre tactique. La réalité est que les «FRCI» qui se disent humiliés, entendent, dans les jours qui viennent et selon les sources de «L’Eléphant», mettre à exécution leur décision de «corriger» par le «feu», ces récalcitrantes populations de Kouassia-Niaguini.

En attendant, les barrages se sont démultipliés sur l’ensemble des routes et pistes menant dans ce village et dans les champs. La peur s’est emparée des populations et notamment des femmes qui n’osent plus prendre le chemin des champs de peur de tomber sur des éléments qui font des patrouilles, armes en bandoulière, dans les champs, à la recherche d’on ne sait quoi et qui n’hésitent pas à rappeler aux populations croisées, qu’elles ne perdent rien pour attendre et qu’elles seront mâtées pour la destruction de leur camp.

Prenant ces menaces au sérieux, puisque la capacité de dialogue et de discernement ne semble pas être les points forts de ces «FRCI» d’un autre genre, les jeunes, depuis quelques jours, se mobilisent et se préparent à faire front. Dans la zone, la tension est aujourd’hui si perceptible que le préfet de région a dû faire récemment organiser une tournée pour tenter de calmer les esprits, mais cela ne semble pas avoir calmé les uns et les autres. C’est donc «la veillée d’armes» en ce moment, en attendant le Grand Affrontement.

Beaucoup de villageois ont quitté le village pour se réfugier ailleurs, et les cadres de la zone n’osent plus se hasarder sur les routes de Transua.

Tout le monde attend…

ALEX KASSY (L’Eléphant déchainé n°426)

1 Comment

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