Visites techniques et fraudes : L’Etat perd 25 milliards… Et les Ivoiriens meurent par centaines, Menaces de mort et silence de la Justice

By: Africa Newsquick

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Sur un total de plus d’un million de véhicules en Côte d’Ivoire (d’ailleurs a-t-on des statistiques fiables sur le nombre exact de véhicules qui circulent en Côte d’Ivoire?), seulement 363 mille ont fait un tour sur les sites de la Société Ivoirienne de Contrôle Technique Automobile (SICTA).

Cette inquiétante révélation a été faite la semaine dernière par le Directeur général de la SICTA, Emile Ya Kouassi, au cours de la 10ème édition du séminaire des chefs de services et de station de ladite société.

Cette révélation du dégé de la SICTA est d’autant plus surprenante que voilà plusieurs mois que «L’Eléphant Déchaîné», à travers de nombreux articles, essaie d’attirer l’attention des heureux dirigeants qui nous gouvernent sur une dangereuse pratique qui a cours depuis quelques temps, dans notre pays: La fraude sur des documents administratifs, y compris le certificat de visite technique automobile. En effet, à la suite d’une enquête menée sur près d’un an avec infiltration du réseau de contrefacteur, «L’Eléphant» avait démontré, preuves à l’appui, dans son édition N°222 daté du 28 janvier 2014, sous le titre «Cartes d’identité, permis de conduire, cartes de visites techniques, timbres fiscaux… danger sur la République! Les faussaires ont envahi le pays», que les faussaires, avec du matériel de pointe, avaient acquis l’expertise nécessaire pour contrefaire une foule de documents administratifs qui mettaient tout le pays en danger. Tant sur le plan économique, avec la perte de plusieurs centaines de milliards pour l’Etat (fraudes sur la vignette auto, fraudes sur les timbres fiscaux…) que sur le plan humain avec de nombreux accidents qui emportaient le monde parallèle des milliers d’Ivoiriens, chaque année.

Emotion factice

L’article, on le sait, avait provoqué un grand émoi au sommet de l’Etat. Nous savons que le Procureur de la République avait été très ému par les révélations de «L’Eléphant» et qu’il avait, courageusement, tenté de mener une enquête via la police judiciaire. Mais le Soit Transmis dont il ne se souvenait plus lui-même à quel service il l’avait transmis, n’a connu aucune suite.

Certes, deux officiers de police dont un commissaire avaient rendu visite à «L’Eléphant» pour s’informer sur cette affaire sur instruction, selon eux, du Premier ministre Daniel Kablan Duncan qui aurait demandé au ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, d’ordonner une enquête sur la base de notre dossier. Après l’entretien avec ces deux officiers avec qui «L’Eléphant» avait décidé de collaborer sur cette enquête, ce sont les renseignements généraux qui se sont intéressés à l’affaire qu’ils ont trouvé «trop grave pour ne pas réagir». Mais après un rendez-vous non honoré, ils n’ont plus donné signe de vie. Il en est de même pour les deux officiers qui avaient promis recontacter «L’Eléphant» après avoir rendu compte à leur hiérarchie et qui, eux-aussi, n’ont plus donné signe de vie.

Menaces de mort et silence de la Justice

Alors que «L’Eléphant» attendait le retour des «spécialistes» de la police et des Renseignements généraux, ce sont plutôt les faussaires qui vont rentrer en action en commençant par menacer de mort une source de «L’Eléphant»; un expert en graphologie qu’ils ont accusé d’avoir filé des informations sur leurs réseaux. L’homme a essuyé des tirs sur son véhicule et, devant le danger, il a dû abandonner son domicile pour se «refugier» ailleurs.

Après lui, c’est l’auteur principal de l’enquête, un certain Assalé Tiémoko qui,  le 18 décembre 2014, après avoir lui aussi reçu plus menaces de mort par téléphone qui l’ont poussé à porter plainte, échappera à un assassinat dans la foulé. L’affaire a fait grand bruit, trois plaintes ont été portées devant le parquet d’Abidjan. La première a disparu et les deux autres n’ont jamais connu de suite. Le parquet, alors que des informations précises lui ont été fournies, n’a jamais jugé nécessaire de transmettre les plaintes à la gendarmerie pour l’ouverture d’une enquête pour ne serait-ce que vérifier l’authenticité des affirmations de la victime de l’opération criminelle. Aucune information n’a été fournie au plaignant, sur cette étrange attitude de la part d’un parquet qui ne donne aucune suite à trois plaintes pour tentatives de meurtre. Par mesure de prudence, le patron de l’infernal quadrupède passe aujourd’hui plus de temps hors d’Abidjan qu’à Abidjan où ses ennemis se comptent chaque semaine par dizaines.

Les faussaires toujours à la fête

Les contrefacteurs des documents administratifs seraient protégés par des personnalités haut placées qu’ils ne seraient pas autant à la fête dans ce pays. Le Ministre des Transports, alors que «L’Eléphant» criait à la fraude sur les titres de transport, passait son temps à acheter des espaces dans les journaux pour rassurer les Ivoiriens qu’avec sa «révolutionnaire réforme du secteur des transports terrestres», la Côte d’Ivoire allait être débarrassée pour toujours, des faussaires. Car, il avait confié le marché de la confection des titres de transport via le démantèlement de deux sociétés d’Etat, aux Colombiens de la société «Quipux». Aujourd’hui, c’est le monde entier qui, devant le succès de la réforme Gaoussou, envie le secteur des transports terrestres ivoiriens qui n’a jamais été aussi désordonné, et la corruption jamais autant célébrée dans l’établissement des permis de conduire.

Car en effet, avec cette immense réforme du secteur des transports, il y a du changement dans la continuité. On nous l’avait prédit: la réforme dans ce monde merveilleux des transports allait faire assurément le bonheur des Ivoiriens et des professionnels.

Finies les approximations et les combines multiples aux contrôles techniques, finis les faux certificats et les permis de conduire douteux.

Terminée la concession avec ces deux sociétés ivoiriennes qui avaient contracté avec l’ennemi pour faire place à nos transparents colombiens!

Tout allait être réétudié, calibré, ajusté; et les conséquences allaient être multiples:

D’abord, l’Etat verrait, par le paiement de la vignette scellée au contrôle technique, des recettes jusque-là inespérées… Quand on connaît l’amour du Ministre pour les intérêts…de l’Etat on pouvait s’attendre à des miracles…

Les faux documents multiples qui facilitaient les affaires dans ce milieu hautement transparent, disparaîtraient de facto, et la Police pourrait contrôler plus efficacement.

Les accidents multiples et particulièrement meurtriers allaient fondre comme la neige au soleil, puisque les véhicules subiraient des contrôles techniques drastiques, les rendant plus sûrs… Notamment, les taxis de toutes catégories ainsi que les antiques camions!!!

Alléluia bonnes gens, on allait enfin être sécurisés!

Après les fameux épisodes qui ont démontré les multiples difficultés et le grand scepticisme de ses collègues ministres, le projet est passé en force, en l’absence du Ministre des Transports qui portait la poisse  à son projet mal ficelé, mais avec l’aide du Premier ministre en personne… On peut imaginer que lui-même ait pu être actionné!!!

Pour faire court, disons que la pompe à fric a enfin été mise en action.

Comme nous l’avons déjà relaté…toutes ces prévisions, aussi ministérielles que géniales, se heurtent aux dures réalités du quotidien.

Ce qui signifie:

1-Toutes les fabuleuses promesses ministérielles étaient une autre forme d’harmattan: du vent opaque et poussiéreux.

2-Les faux circulent toujours avec autant d’efficacité puisque les véhicules contrôlés par la Police présentent évidemment la fameuse carte plastique (souvent fournie par les aimables faussaires d’Adjamé).

3-Le montant de la vignette, dont les encaissements actualisés devaient faire le bonheur du Trésor, reste une chimère (les faussaires encaissent mais pas le montant de la vignette).

4-Aucune amélioration sur le plan de la sécurité d’où une cascade d’accidents toujours aussi dramatiques comme auparavant.

Voilà encore un cas que les archers de la Présidence ne pourront pas cibler… On ne tire pas sur les anciens amis…

Les étranges aveux de la SICTA

En effet, lorsque les journalistes de «L’Eléphant» ont voulu recueillir les réactions du dégé de la SICTA sur les informations faisant état d’une chute émergente des visites techniques automobiles, un mutisme diplomatique et prudent a servi de réponse.

C’est que, depuis quelques mois, des sources de «L’Eléphant» n’ont cessé de l’informer sur l’inflation dans l’établissement des faux certificats de visite technique automobile. «Les faux certificats de visite technique automobile se fabriquent aujourd’hui par centaines. Sur dix taxis wôro-wôro ou Gbaka, plus de 8 ont de faux certificats de visite technique…», affirment nos sources. Pour en avoir le cœur net, des journalistes de «L’Eléphant» ont approché la Direction de la SICTA qui, dans un premier temps, avait semblé enchantée par notre démarche et était prête à collaborer en fournissant des chiffres officiels sur la visite technique automobile. Sauf que, quelques jours plus tard, on ne sait trop pourquoi, cette Direction a fait marche-arrière en envoyant cet aimable message à «L’Eléphant»: «Nous vous informons que pour des contraintes professionnelles, nous sommes dans l’impossibilité de donner une suite favorable à votre demande de collaboration. Recevez nos meilleures salutations.»

Le vendredi 5 février, «L’Eléphant» à publié, sous le titre: «Chute des visites techniques automobiles: la SICTA explique le phénomène par le silence.»  Mais voilà, comme un accident n’arrive jamais seul, après parution de notre article,  des chiffres sont miraculeusement sortis de la bouche du dégé de la SICTA, indiquant que, sur plus d’un million de véhicules en circulation dans notre beau pays pollué par les tonnes de dioxyde de carbone déversées par des milliers de véhicules pourris, seulement 363.000 avaient eu la bonne idée de se faire contrôler.

Et c’était au cours de la 10ème édition du séminaire des chefs de services et de station de la SICTA, tenue à Yamoussoukro, du 3 au 6 février dernier. C’est-à-dire, après la parution de l’article de «L’Eléphant». Autant dire que les deux tiers ont préféré s’abstenir!!!

Qu’est-ce qui explique une telle catastrophe? Mais, la fraude industrielle dans l’établissement des faux certificats de visite technique.

 «Les accidents, c’est pas dû au défaut de visite technique»

Possesseurs de faux certificats de visite technique, roulez en toute insécurité, le défaut de visite technique n’est pas en cause dans les accidents qui endeuillent des familles chaque jour. C’est l’une des révélations qui ont été faites au cours de ce séminaire et que rapporte dans un encadré, le quotidien gouvernemental dans son édition datée du 8 février. «Malgré les fraudes sur les certificats de visite technique, le contrôle technique automobile donne de bons résultats en Côte d’Ivoire. Sur 6 mille accidents de la route enregistrés par l’Office Ivoirien de la Sécurité Routière (OSER) en 2015, 91% des cas sont dus au facteur humain. Les défauts mécaniques représentent 5% et l’Etat de la route 4%. Les statistiques de l’OSER indiquent 600 tués et 12000 blessés ». Nous voilà rassurés. On espère que ces statistiques ont pris en compte les deux tués sur la route de Morokro (Tiassalé) dans un accident causé par un véhicule de transport qui avait un certificat de visite technique mais qui était dans un tel état que dans un pays sérieux, jamais les policiers et gendarmes devant lesquels il était pourtant passé avant d’aller tuer les passagers, ne l’auraient autorisés à continuer sa route.

Sur plus d’un million de véhicules en circulation, seuls 363 mille ont passé un contrôle technique,  mais 91% des accidents sont dus à des facteurs humains. Le défaut de visite technique étant hors de cause, pourquoi aller faire cette visite technique et payer une vignette qui devrait rapporter des dizaines de milliards à l’Etat, mais dont 25 milliards, grâce à la fraude, échappent aux caisses de l’Etat?

En plus de cela, dans un pays où le Ministre des transports dit qu’avec sa réforme, les détenteurs de son nouveau permis de conduire auront été tellement bien formés qu’il n’y aurait plus d’accidents causés par des chauffards, que 91% des accidents soient encore le fait des conducteurs en 2015, voilà qui confirme effectivement l’efficacité de la réforme de Gaoussou Touré.

Tout d’un coup, on comprend mieux pourquoi il est resté au gouvernement.

Il n’est pas beau ce pays?

Alex Kassy, in L’Eléphant déchaîné N°420

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