Crise sociale à PETROCI : La poule aux œufs d’or vers un coma de type 4

By: Africa Newsquick

Brakissa BambaCrise sociale à PETROCI : La poule aux œufs d’or vers un coma de type 4

Depuis quelques semaines, une violente crise secoue la Société Nationale d’Opérations Pétrolières de Côte d’Ivoire (Petroci). Un licenciement violent a emporté 50 employés dont des têtes d’huile (hauts cadres). Depuis, la société est en proie à une crise entre le patronat, syndicats et délégués du personnel. Une crise qui est aujourd’hui si «brute» que la question de la survie même de l’entreprise commence à se poser; une situation aggravée par une grève de 72 heures déclenchée par le personnel pour mettre la pression sur une direction accusée de plusieurs maux, y compris jusqu’en dessous de la ceinture…

Au commencement, deux audits

Quand, après la chute de l’intrépide Gbagbo, le régime Ouattara s’installe au pouvoir, il commandite des audits dans plusieurs entreprises publiques. Malheureusement, les résultats de ces audits n’ont jamais été mis à la disposition du public, on ne sait trop pourquoi. L’infernal «Eléphant», en 2013, avait réussi à en consulter quelques-uns et avait découvert plusieurs recommandations faites au nouveau pouvoir, comme la dissolution de 25% d’emprises publiques dont certaines étaient en quasi-faillite et constituaient via les subventions de l’Etat, un véritable boulet au pied de l’économie nationale. Le Président Ouattara, comme «L’Eléphant» l’avait révélé à l’époque, était partant pour une application stricte de cette recommandation. Mais après un début de commencement avec la dissolution de l’ex-Air Ivoire qui a vu naître sur ses cendres l’actuelle Air-Côte d’Ivoire,  des réalités politiques n’ont pas permis la mise en application intégrale de cette décision, et nombreuses, parmi ces sociétés d’Etat budgétivores appelées à disparaître, continuent de sucer le fruit de la sueur des contribuables ivoiriens, uniquement en frais de fonctionnement, de paiement de salaires, sans rien rapporter comme dividendes dans les caisses de l’Etat.

Faisant partie des sociétés qui tiennent encore haut la fierté de la Côte d’Ivoire, malgré une gestion opaque que «L’Eléphant» a déjà révélée en 2012 sous l’ancien régime, avec l’achat de puits de pétroles fictifs aux Etats-Unis et le virement de plusieurs dizaines de millions de dollars sur des comptes à l’étranger pour l’achat de prétendus produits agricoles, la Petroci n’a pas été placée sur la liste des sociétés à dissoudre. En raison de son importance dans la régulation du secteur du pétrole dans notre pays.

Pour l’année 2015, les pertes de l’entreprise, relatives à la chute du prix du baril, sont estimées à 25 milliards de FCFA. De quoi voir l’avenir en «brut».

Un endettement profond comme cinq puits

Depuis l’arrivée de sa majesté l’Empereur Ouattara II, au pouvoir, la Petroci, de 2012 à 2014, a distribué à ses actionnaires des dizaines de milliards dont le plus gros est l’Etat de Côte d’Ivoire, lequel a vu tomber dans ses caisses, la confortable somme de 36 milliards de FCFA.

Mais, malgré ces résultats positifs, des audits, selon les sources de «L’Eléphant», ont été réalisés sur l’organisation et le fonctionnement de la Petroci. Et les auditeurs ont presqu’unanimement recommandé, pour redresser l’entreprise, la prise progressive de plusieurs mesures correctives, y compris une plus grande maîtrise au niveau de la gestion des Ressources humaines avec la fusion ou la suppression de certains postes où des agents faisaient des activités quasiment identiques et non productives pour la boite. Sauf que, l’ancien directeur, aujourd’hui PCA, a passé beaucoup de temps à réfléchir à la formule à utiliser pour dorer la pilule qu’il devrait annoncer aux employés. Au point où, les recommandations, sous sa gouvernance, n’ont pas véritablement connu un début d’application. Question de méthode oblige. C’est que l’homme est un grand adepte de la méthode douce et de la recherche de solutions alternatives.

Mais, comme un «bonheur» n’arrive jamais seul, voilà que, subitement, depuis plusieurs mois, sans qu’aucun expert n’y trouve son latin, les prix du baril de pétrole à l’international ont dégringolé pour être aujourd’hui à plus de 70% en dessous de leur valeur de début 2015. Cette situation nouvelle, ajoutée à la situation antérieure et inquiétante de la chute de la production pétrolière de la Côte d’Ivoire, une chute dont «L’Eléphant» a déjà conté les détails dans l’une de ses parutions, a fini par placer l’entreprise dans une situation des plus délicates. Depuis, ses dettes vis-à-vis de ses partenaires extérieurs n’ont cessé d’enfler pour atteindre aujourd’hui des sommets. La plupart des dettes ayant été contractées avant avril 2011. Conséquences, un fournisseur comme «Trader Sahara» qui n’en peut plus d’attendre, menace de prendre des mesures contre la société, lesquelles mesures devraient, si elles étaient effectivement prises, impacter négativement la vie des Ivoiriens.

Vite, il faut dégraisser le Mammouth

A situation d’endettement, mesure de pollution, le ministère de tutelle de la Petroci, le Ministère du Pétrole et de l’Energie a d’abord tenté de convaincre l’actuel président du Conseil d’Administration, alors dégé de la société, de prendre une mesure de licenciement de plusieurs dizaines d’agents pour un motif économique qui n’est pas une invention. Objectif, bâtir un budget 2016 sur un prix du baril à 30 dollars et, évidemment, un tel budget ne peut supporter la masse salariale des temps d’euphorie au niveau du prix du baril qui avait grimpé jusqu’à 144 dollars. Mais, l’ex-directeur cherchait plutôt à trouver une solution, espérant que rapidement, les coûts du pétrole allaient remonter et que les pertes de l’entreprise allaient s’arrêter. Sauf que la situation ne s’améliorera pas, les cours du brut continuant de dégringoler sans qu’aucun expert ne puisse se risquer à dire à partir de quelle période ils remonteraient. Le refus de l’ex-dégé d’aller rapidement va quelque peu agacer la tutelle qui va tenter de le dégommer, avant de changer d’avis pour l’exiler à la tête du Conseil d’Administration, et mettre à sa place, le directeur des hydrocarbures. Sauf que, gérer un département du Ministère du Pétrole et de l’Energie où il y a à peine une vingtaine de personnes n’a aucune commune mesure avec la gestion d’une boite qui emploie des centaines d’Ivoiriens.

Le nouveau directeur s’installe donc avec une feuille de route très claire. Mettre en application stricte, certaines recommandations des auditeurs et permettre à l’entreprise de souffler. Mais dans la pratique, la mise en application de ces instructions va souffrir de plusieurs faiblesses tant elle sera caractérisée par sa forme cavalière et le non respect de certaines procédures en matière de licenciement pour «motif économique».

En effet, le vendredi 8 janvier 2016, la nouvelle direction procède à la suppression pure et simple de dix postes de Conseillers et Coordinateurs. Dans les faits, ces postes n’étaient que des doublons d’ordre structurel de certains départements et directions qui existaient déjà.

Alors que les travailleurs n’avaient pas fini de commenter cette mesure de suppression de poste qui équivalait de facto au licenciement des dix Conseillers et Coordinateurs auprès de la Direction générale, le mardi 12 janvier, une autre bonne nouvelle tombe. En effet, comme de petits pains, 40 lettres sont servies à quarante agents, lettres portant notification de leur licenciement pour le même motif. Dans les conclusions de l’un des Audits, les postes occupés par ces personnes avaient été qualifiés de «postes à faible potentiel».

Cette vague de licenciements crée un vent de panique dans l’entreprise. Car, au moment où les quarante lettres de licenciement étaient servies, d’autres continuaient de sortir des imprimantes de la Direction générale. C’est qu’il s’agissait de licencier plus de 100 agents pour atteindre l’équilibre entre le budget 2016 et les charges de la même année. Devant cette situation, vent débout, les délégués du personnel et les syndicats crient au scandale et au mépris de la Direction général vis-à-vis des travailleurs licenciés. Subitement, une odeur d’incendie envahie les couloirs de la société et de gros mots sont balancés dans la presse.

Réembauchage en priorité, gros chèques

Devant l’ambiance de «guerre civile» qui règne dans la société, la Direction générale choisit de ranger soigneusement les dernières lettres de licenciement qui devraient être servies. Au Conseil d’Administration, on n’apprécie guère la façon dont les choses ont été menées, mais du côté de la tutelle, le mot d’ordre demeure le même: «Allez-y, vous avez notre soutien!»

Mais la Direction générale, ayant réalisée elle-même que la méthode a été quelque peu brutale, décide de mettre du raffiné dans son «brut» et suspend d’abord provisoirement la diffusion des autres lettres, avant d’y renoncer définitivement. Mais les délégués du personnel et les syndicats ne démordent pas, et réclament la réintégration des 50 «remerciés». Refus catégorique de la Direction générale. Laquelle souligne que le licenciement pour motif économique confère au travailleur «emporté» un «droit acquis de priorité de retour dans l’entreprise durant une période de deux ans», et que, si la situation de la société s’améliore, ils pourraient être tous rappelés selon leur profil, suivi d’un renforcement de capacités. La Direction générale précise également qu’elle a pris le soin d’accompagner les lettres de licenciement de chèques – dont «L’Eléphant» a pu vérifier le nombre de chiffres pour certains travailleurs – et que tous les licenciés sont passés à la caisse pour toucher ce qui leur est dû: Le solde de tous comptes. «Oui, les soldes de tous comptes pour les 50 licenciés ont été versés, mais cela ne nous satisfait pas, nous exigeons la réintégration de nos collègues, purement et simplement», reconnaît un délégué du personnel interrogé par «L’Eléphant» et qui a préféré s’exprimer sous anonymat, on ne sait trop pourquoi. Il craint un empoisonnement au «brut» de la part des mécontents?

Des séances de négociation et une grève de 72 heures

Sur la médiation de la Direction générale du travail, trois séances de négociation entre la Direction générale de Petroci, les délégués du personnel, le syndicat des travailleurs de Petroci (Syntepci), assistés de l’Union Générale des Travailleurs de Côte d’Ivoire (UGTCI), se sont tenues. Pour trouver une solution qui satisfasse toutes les parties afin de ramener la sérénité dans une entreprise qui s’enfonce de jour en jour, et dont le mauvais état de santé financière a été peint par notre confrère «La Lettre du Continent» avec des détails qui font froid dans le dos.

Au terme de la troisième séance de négociation qui a eu lieu le 1er février, selon les sources de «L’Eléphant» toujours, un constat clair s’est dégagé: les parties ont réalisé qu’elles étaient parfaitement d’accord sur un point: leur désaccord total.

En effet, alors qu’au départ la Direction générale – en application du nouveau code du travail qui en son article 15.18 prévoit un dédommagement en cas de licenciement pour motif économique allant d’un minimum de trois mois de salaire brut à un maximum de 20 mois au titre de dommages et intérêts – entendait verser seulement trois mois aux 50 licenciés, elle a révisé sa position pendant les négociations pour monter jusqu’à huit mois de salaire brut pour les dix hauts cadres et dix mois pour les quarante autres travailleurs «remerciés». Mais, cette proposition a été vigoureusement repoussée du revers de la main par les délégués, le syndicat et l’UGTCI. Lesquels, comme un seul homme, ont fait une contre-proposition à laquelle ils tiennent fermement. Le versement aux licenciés d’un salaire brut correspondant au minimum à 27 mois et au maximum à 60 mois. Ce désaccord – et «L’Eléphant » a pu le vérifier – est consigné dans l’avant dernier rapport de négociation rédigé des petites mains des experts de la Direction générale du Travail.

La dernière séance de travail du 1er février qui n’est pas allée jusqu’à son terme, puisqu’elle a été suspendue à 18 heures sans qu’aucun accord ne soit intervenu, et selon une source proche de la Direction générale du Travail, un compte rendu devait être fait à la hiérarchie au cours de cette semaine avant de convoquer de nouveau, si nécessaire, les parties.

Sauf que le mardi 2 février, alors que le compte rendu n’avait pas encore été fait et que la Direction générale de Petroci attendait un retour de la Direction générale du Travail pour savoir l’attitude à adopter, les délégués du personnel qui s’accrochent à leur idée de réintégration des 50 licenciés, dont certains ont déjà utilisé une partie de la somme reçue après leur licenciement pour régler des urgences (paiement de dettes, lancement de petites activités, etc.), lancent une grève de 72 heures.

Selon une source proche de la Direction générale, cette grève a été déclenchée sans que la Direction n’en soit au préalable informée: «Nous avons été mis devant le fait accompli», déclare-t-elle. Du côté des travailleurs, un étrange porte-parole, dénommé «K», a balancé un «SMS» aux grévistes. «L’Eléphant» qui n’est pas un agent de la boite a eu l’immense honneur de recevoir ce «SMS» sur l’un de ses numéros: «Camarades, écrit l’expéditeur, notre grève de 72 heures est totalement légale, aussi, plus de badge et pas d’émargements sur les listes. Le SG du Syntepci a transmis un email dans ce sens à l’employeur. Après les rencontres sur le lieu de travail demain jeudi 04 février, nous nous retrouverons tous à 15 heures à la Bourse du Travail à Treichville pour une AGE et décider de la suite de nos actions. Faisons passer le message aux camarades. Pour le BDP, camarade K, porte-parole.» Rappelé à plusieurs reprises par «L’Eléphant», le «porte-parole» n’a pas eu le temps de décrocher. Il devrait être trop occupé, sans doute.

Cette grève de 72, en tout cas, pour ce qui concerne sa première journée, s’est étendue sur plusieurs sites stratégiques dont la base logistique de Vridi, ce qui a eu pour conséquences, selon une source proche de la Direction générale, de «perturber des équipes vers les sites de forages et de maintenance d’activités pétrolières en mer. Toutes choses qui causent des préjudices potentiels de plusieurs centaines de milliers de dollars par jour».

Au final, le conflit pour la Direction générale est à présent au niveau de ce qu’il faut verser aux licenciés en termes de dédommagement. Il n’est plus question de réintégrer qui que ce soit. La dernière liste d’employés qui devrait suivre celle des 50 licenciés a été jetée à la corbeille, décision abandonnée donc. Mais pour les délégués, si la direction ne veut pas réintégrer les licenciés, elle doit leur verser des dédommagements compris entre 27 et 60 mois de salaire brut.

Et, pendant ce temps, la situation financière de l’entreprise se dégrade davantage avec cette crise. Selon une source proche du Ministère du Pétrole et de l’Energie, « jusqu’ici, le gouvernement estime que les uns et les autres vont savoir raison garder et faire les concessions nécessaires pour ne pas risquer de voir l’entreprise sombrer définitivement. Mais si cette situation devait perdurer avec des grèves sauvages, le gouvernement prendra ses responsabilités comme il l’a déjà fait en pareille situation dans d’autres secteurs. Ce n’est pas seulement en Côte d’Ivoire qu’une société pétrolière, en raison de cette situation au niveau du prix du baril de pétrole, prend des mesures de licenciement pour motif économique. Il suffit d’écouter les informations chaque matin sur les chaines de radio et de télé internationale pour s’en rendre compte. S’ils veulent faire un bras de fer avec l’Etat, l’Etat prendra ses responsabilités et la justice fera le reste pour départager les parties dans trois ou cinq ans. L’entreprise se meurt, il ne s’agit pas de bander ses muscles pour intimider et manquer de respect à qui que ce soit. Les Ivoiriens risquent de ne pas avoir de gaz butane dans les semaines à venir si la Petroci ne se relève pas rapidement, donc cette crise doit cesser parce que les intérêts des Ivoiriens sont au-dessus de tous types d’intérêt.  La justice est là pour régler tous les problèmes et si ça continue ainsi, l’ensemble de ceux qui devraient être licenciés seront licenciés et ils auront le droit de saisir la justice comme les agents de l’ex-Air Ivoire qui attendent le paiement de leurs droits depuis six ans maintenant…»

En attendant, depuis le déclenchement de cette crise, la Petroci tente à sortir d’un coma de type 3 pour rentrer dans un coma de type 4. C’est-à-dire la cessation totale de paiement. Vouloir des œufs en or en égorgeant la poule aux œufs d’or, voilà une attitude qui n’est pas très raffinée.

ALEX KASSY, in L’Eléphant déchaîné n°419

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