Procès de Laurent Gbagbo : Le «Plan Commun change de papa», Me Altit, malin comme un Burkinabé

By: Africa Newsquick

gbagbolaurent_cpiProcès de Laurent Gbagbo : Le «Plan Commun change de papa», Me Altit, malin comme un Burkinabé

Heureusement que les juges qui ont en charge le procès pour crimes contre l’humanité de Charles Blé Goudé et son «père» Gbagbo n’ont pas le pouvoir d’ordonner des poursuites et même de lancer des mandats d’arrêt internationaux. Autrement, après l’exposé de la Défense des deux prévenus, hier, et Alassane Ouattara, et Nicolas Sarkozy, et Blaise Compaoré et l’ensemble des ex-chefs de l’ex-rébellion ivoirienne seraient sous la menace d’un mandat d’arrêt. Tant la Défense, conduite par l’avocat français Me Altit, s’est méthodiquement appliquée à démontrer que toutes les misères connues par ce pays, depuis plus de deux décennies, sont de leur fait.

Quand on pense que Fatou Bensouda, la procureure de la CPI, prétend qu’elle continue d’enquêter sur les crimes qu’aurait commis le camp Ouattara alors que la Défense de Gbagbo a déjà fait le travail pour elle et qu’il suffit de tendre la main pour qu’elle ait de quoi lancer ses mandats d’arrêt…

Ainsi donc, voilà le décor planté. Fatou Bensouda a, dans sa présentation, accusé Laurent Gbagbo et Blé Goudé d’être les responsables des crimes qui ont été commis pendant la crise postélectorale de décembre 2010 à avril 2011 afin de conserver, à tous prix, le pouvoir en application d’un «plan commun».

En attendant de rentrer dans le fond du procès, certainement à partir de ce mercredi quand l’accusation aura fait ses observations, Me Altit et son équipe se sont attelés à laver l’image «souillée» de leur client et le présenter à la face du monde et des juges comme étant la victime d’un complot international soutenu notamment par la France et dont l’objectif était d’évincer Laurent Gbagbo, ce grand démocrate, du pouvoir.

 

Le fameux «Plan Commun» a un papa

Selon donc la Défense, Gbagbo est victime d’un complot international conçu par la France pour l’évincer parce qu’il aurait voulu mettre fin au pillage des ressources de son pays par la France, et parce qu’il a voulu créer une monnaie pour son pays. Si le destin de Gbagbo ne se jouait pas au cours de ce procès, et si la crise postélectorale n’avait pas causé autant de dégâts matériels et humains, on rirait presque, d’une telle affirmation. Tant il est une vérité que jamais les intérêts économiques de la France n’ont été autant protégés dans ce pays que sous la gouvernance de Laurent Gbagbo, et les entreprises françaises ne se sont jamais autant goinfrées dans ce pays que sous Laurent Gbagbo. Sur la base de son raisonnement, pour la Défense donc, c’est la France qui a mis en place un «Plan Commun» à travers plusieurs tentatives de déstabilisations, y compris le coup d’Etat de 1999, salué par Gbagbo comme étant «une avancée démocratique», pour empêcher Gbagbo de sauver son pays et son peuple des «vols» de la France.

Fatou Bensouda ne voulait pas d’un procès politique tournant autour de la question de «qui a gagné l’élection présidentielle de 2010»,  on ne pourra pas échapper au procès politique puisque la Défense a choisi de présenter son client comme le seul Président légal et légitime de la Côte d’Ivoire au moment des faits et donc, dans cette posture, il n’a fait que se défendre avec une armée «non armée à cause de l’embargo» face à une «armée lourdement armée», celle des ex-Forces Nouvelles devenues plus tard les «FRCI», parce qu’elles auraient réussi à violer l’embargo grâce à l’aide d’un certain Blaise Compaoré et son ex-chef militaire, le général Diendéré, aujourd’hui en disgrâce au Burkina.

 

«Malin comme un Burkinabé»

Les débats vont donc être particulièrement intéressants. Il suffit de voir avec quels soins Me Altit, «malin comme un Burkinabé»,  s’est attardé sur les connexions entre le général Diendéré et des hommes forts de l’actuel régime d’Abidjan pour comprendre tout de suite l’orientation qu’il entend donner au procès. Tout, selon la Défense, a été planifié, prémédité de longue date contre Laurent Gbagbo par des acteurs qui se connaissent parfaitement et qui ont fait les quatre cents coups de feu ensemble à travers l’Afrique pour finir par emporter, avec le soutien actif  de Nicolas Sarkozy, le pauvre Laurent Gbagbo. La référence, à plusieurs reprises au général Diendéré dans un contexte où ce dernier est accusé aujourd’hui de tous les crimes au Burkina, était une tactique bien opportuniste à l’objectif identifiable depuis n’importe quel endroit de l’Afrique. Ceux qui ne sont pas dans le box des accusés, et sur qui la procureure prétend enquêter depuis six ans, sont des champions en déstabilisation de régime; et l’un de leurs maîtres à penser, le général Diendéré, a tenté de récidiver au Burkina Faso après avoir réussi en Côte d’Ivoire. La fin justifiant les moyens, la Défense a consacré de longues lignes au général putschiste avec un clin d’œil à son chef déchu, Blaise Compaoré, aujourd’hui en exil en Côte d’Ivoire et dont la photo a été diffusée pendant la présentation.

Pour la Défense de Gbagbo, il y a donc bien eu «un plan commun», mais contrairement à ce que prétend Bensouda, ce «plan commun» n’a pas été mis en place par Gbagbo et son clan pour exterminer les partisans d’Alassane Ouattara, mais plutôt un «plan commun» mis en place par une coalition d’acteurs nationaux et internationaux chapeautée par la France de Nicolas Sarkozy pour «éliminer» Gbagbo de la tête de l’Etat de Côte d’Ivoire. La tactique est donc bien simple. Au lieu de juger ceux qui ont semé le désordre dans le pays depuis des années, en tentant de renverser un chef d’Etat qui n’aurait fait que se défendre, le bureau du procureur de la CPI veut faire le «service après élimination» de Gbagbo du jeu politique en Côte d’Ivoire. Me Altit a donc voulu présenter le contexte qui a abouti, selon lui, à la crise postélectorale avec un Laurent Gbagbo qui aurait gagné l’élection du seul fait que le Conseil constitutionnel l’aurait proclamé vainqueur et qu’il avait déjà prêté serment.

A ce niveau du procès, on comprend qu’il n’ait pas d’autre choix que de procéder ainsi, pour non pas démontrer l’innocence de son client -on en est pas encore dans le fond du débat sur les preuves de l’accusation – mais présenter son client dans la situation de celui qui a réagi en légitime défense: «La marche sur la RTI du 16 décembre était une marche insurrectionnelle.» Tout se trouve dans l’expression «insurrectionnelle». Comment réagit un pouvoir légitime devant une insurrection? Ceux qui sont supposés avoir été tués ce jour-là en savent quelque chose.

 

Pourquoi l’intervention de Blé Goudé semble superflue

A l’ouverture du procès contre l’ancien Président Laurent Gbagbo et son «fils» Charles Blé Goudé à la CPI, le président de la Cour avait pris le soin de rappeler aux uns et aux autres qu’il s’agissait d’un procès contre deux hommes et non d’un procès contre la Côte d’Ivoire ou son peuple. Et, à la fin de la présentation de la Défense de Gbagbo, hier, il a pris encore le soin de demander à la Défense de Blé Goudé la fourchette de temps dans lequel elle comptait intervenir, d’autant que selon lui, la Défense de Gbagbo a suffisamment présenté l’historique des faits et qu’il n’y aurait donc pas matière à y revenir. Cette réaction du président de la Cour a une profonde signification parce qu’il semble avoir compris l’orientation que les deux Défenses des deux hommes entendent donner au procès, celle d’un procès contre un homme qui défendait son pays et son peuple et que d’affreux «terroristes» soutenus par leur parrain français sont venus attaquer pour l’enlever de force du pouvoir.

Mais la Défense de Blé Goudé a dit qu’il lui faudra à peu près le même temps utilisé par la Défense de Gbagbo (4 heures environ), pour présenter non pas les mêmes faits, mais pour dire des choses différentes. Et quand elle aura fini sa présentation, Blé Goudé, qui n’est pas obligé de prendre la parole, a décidé de prendre la parole après ses avocats. Pour dire quoi? Pourquoi ne pas s’en tenir à ce que vont dire les professionnels qui le représentent et prendre le risque d’offrir des munitions, dans son langage fleuri et enflammé, au bureau du procureur pour l’abattre? Parce que le procès n’a pas encore commencé, les interrogatoires n’ont pas encore commencé et pour celui qui a déjà suivi comment les choses se déroulent à la CPI, les questions du bureau du procureur qui peuvent durer des semaines, peuvent conduire souvent à l’évanouissement. Il gagnerait donc, Blé Goudé, à réfléchir par deux fois et à bien juger de l’opportunité de son intervention pour ne pas agacer les juges et offrir d’inespérés cadeaux au bureau du procureur.

Ce procès promet d’être palpitant…il ne reste plus qu’à espérer à tous une longue vie pour en voir l’épilogue…dans trois ou quatre ans.

ASSALE TIEMOKO, in L’Eléphant déchaîné N°418

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