Procès de Laurent Gbagbo : Le dernier meeting du «Crocodile», Le procès d’une classe politique globalement médiocre

By: Africa Newsquick

Gbagbo meeting(2) (Large)Procès de Laurent Gbagbo : Le dernier meeting du «Crocodile», Le procès d’une classe politique globalement médiocre

Le procès pour crime contre l’humanité de l’intrépide Laurent Gbagbo et de son «fils» Charles Blé Goudé a débuté hier à La Haye, à la Cour Pénal Internationale (CPI).

Très attendu par ses partisans et, paraît-il, par lui-même, ce procès qui durera au moins quatre ans, selon les spécialistes, est pour Laurent Gbagbo et pour Charles Blé Goudé dans une certaine mesure, le dernier meeting. Le dernier meeting d’un crocodile politique qui a mené toute sa vie un combat pour des idéaux démocratiques et qui, une fois au pouvoir d’Etat, va se laisser rapidement déborder par un entourage rapidement rendu fou par les billets de banque d’Abidjan. Et, comme un bonheur n’arrive jamais seul, la rébellion armée de Soro Guillaume et ses camarades de feu va leur offrir l’incroyable occasion d’escroquer pendant près d’une décennie une population qui avait placé en Laurent Gbagbo, un immense espoir. Espoir déçu qui se terminera par une crise postélectorale qui emportera officiellement trois mille innocentes vies et laissera à jamais des milliers d’Ivoiriens blessés dans leur chair.

Dans sa grande sagesse, la Cour Pénal Internationale dont l’ex-procureur Ocampo ne cessait de mettre en garde Blé Goudé et ses jeunes patriotes contre les conséquences de leurs actes pendant la crise postélectorale, a décidé, pour le moment, de ne poursuivre que Gbagbo et son camp. Pour beaucoup d’observateurs, ce seul acte discrédite la Cour Pénale Internationale qui jouerait, avec ce procès marathon qui s’est ouvert hier, sa crédibilité. Cet avis est partagé par les partisans de Laurent Gbagbo qui ne cessent de crier à l’arbitraire depuis le transfèrement de leur leader à La Haye, oubliant que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles et que, tôt ou tard, au hasard des intérêts du monde, ceux qui, dans le camp de Ouattara, semblent bénéficiés d’une certaine impunité aujourd’hui, pourraient se retrouver demain, assis eux aussi, aux mêmes places que celles de Laurent Gbagbo et Blé Goudé; beaucoup de notes, sans doute dans l’optique du meeting qu’il compte tenir quand la parole qu’il a demandée (il n’était pas obligé) lui sera donnée en ce début de procès où l’on passera des semaines à lire des accusations et à faire des observations d’un camp à l’autre.

 

L’élection de 2010 ne sera pas à l’ordre du jour

C’est le vœu des partisans de Laurent Gbagbo, et sans doute la stratégie de la défense de Gbagbo qui veut mettre à profit ce procès pour faire la lumière sur le vainqueur de l’élection présidentielle de 2010. Gbagbo lui-même, il y a quelques mois, avait donné le ton en disant qu’on ne saura pas la vérité sur ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire tant qu’on ne déterminera pas l’identité de celui qui a gagné l’élection présidentielle: «C’est celui qui a perdu l’élection qui a entraîné les troubles… » Avait-il dit. Et comme c’est lui qui, selon lui-même, aurait gagné cette élection…

Mais l’accusation incarnée par la procureure Fatou Bensouda dont on dit qu’elle joue sa carrière sur ce procès, ne s’attardera pas sur la question de l’identité du vainqueur de l’élection présidentielle. Elle s’attèlera à démontrer que Gbagbo est coupable des quatre chefs d’accusation de crimes contre l’humanité qu’elle a retenus contre lui. Qui a gagné l’élection ne sera donc pas l’élément essentiel sur la base duquel les juges se détermineront pour déclarer Gbagbo coupable ou non, ils s’appuieront uniquement sur les preuves ou l’absence de preuves suffisantes.

Mais l’on voit les partisans de l’ancien Président, en Côte d’Ivoire – à travers les «Une»  des journaux qui lui sont proches et dont les ventes vont connaître une embellie avec ce long procès – et à l’extérieur, se mobiliser pour faire -paraît-il- pression sur une Cour Pénale Internationale qu’ils considèrent cependant comme étant à la solde des grandes puissances qui la contrôleraient et y feraient juger tous ceux qui représentent un danger en Afrique pour leurs intérêts. On se demande bien, si tel est le cas, ce qui les motive aujourd’hui à penser que Gbagbo pourrait sortir libre de ce procès vu que la décision de le libérer ou de le condamner n’appartiendrait pas aux juges.

 

Le procès d’une classe politique globalement médiocre

Dans les faits, le procès de Laurent Gbagbo est celui de toute la classe politique ivoirienne. Une classe politique globalement médiocre qui s’est méthodiquement attelée, depuis la mort du premier Président Félix Houphouët-Boigny, à saper tous les fondements de la société ivoirienne, à corrompre la jeunesse et à transformer la vie des Ivoiriens en un interminable enfer.

Que Laurent Gbagbo soit définitivement libéré ou condamné, cela n’interviendra pas avant la fin du deuxième mandat de l’actuel Président Alassane Ouattara qui n’a donc rien à craindre du retour triomphal de Laurent Gbagbo annoncé par les faux prophètes qui pendant la crise postélectorale, avaient envahi, à la demande de Simone Gbagbo, la résidence présidentielle de Cocody; et dont les fausses prophéties et autres prières étaient inspirées par le nombre de zéro qui se trouvait sur les billets de banque que leur distribuait l’ancienne Première dame aujourd’hui condamnée à 20 ans de prison et dont plus personne ne parle.

La fin de ce procès tournera la page sombre d’une classe politique  sans vision et dont la médiocrité de penser à des questions d’intérêt national et aux  faux calculs ont fini par complexifier la vie d’une population entière, depuis plus de 20 ans maintenant, et par bousiller l’avenir de plusieurs générations de diplômés aujourd’hui atteints par l’âge de la retraite sans avoir jamais obtenu un premier emploi.

Certes, le début de ce procès crée quelques effervescences et va certainement réveiller encore quelques vieux démons; mais rapidement, les Ivoiriens vont s’en lasser devant les exigences existentielles et la dureté d’un quotidien qui devient de plus en plus insupportable avec la cherté de la vie qui les tient à la gorge de régime à régime.

Ce procès ne changera en rien la vie des Ivoiriens parce que ce n’est pas le destin des Ivoiriens qui s’y joue, mais celui de deux hommes qui ont plaidé non coupables et dont l’un est un historien qui n’a pas tiré les leçons de l’histoire de l’humanité et des intérêts des grandes puissances qui gouvernent ce monde. Laurent Gbagbo est accusé d’être le responsable indirect de la commission de plusieurs actes délictuels ou criminels ayant entraîné la mort directe ou indirecte de 3000 personnes. Et il est poursuivi par la Justice internationale pour ces crimes supposés commis au cours d’une crise qui n’a duré que six mois et dont les causes profondes, comme chacun le sait, remontent jusqu’au coup d’Etat de 1999 salué par le même Gbagbo et la plupart de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui.  Gbagbo est un historien qui n’a pas compris le fonctionnement du monde et qui a cru naïvement (l’expression est de lui-même) qu’on pouvait changer le monde à coups de déclarations publiques en total décalage avec les actes posés hors caméras.

Ailleurs, en Syrie, «Boucher» El Hassad est accusé d’avoir massacré plus de 200 mille personnes parmi son peuple. Mais il ne se retrouvera sans doute jamais devant la CPI parce que la Russie ne l’acceptera jamais. Et c’est ainsi.

Gbagbo pensait mener un combat pour la Côte d’Ivoire, mais il s’est trompé dans ses calculs parce que ce combat n’a profité qu’à une bande d’escrocs qui, autour de lui, l’ont poussé à aller plus loin pendant qu’ils pillaient les caisses de l’Etat avant de prendre leurs jambes à leur cou au premier coup de fusil tiré. «Le Blues de la République», un pamphlet publié par un certain Mamadou Koulibaly, ex numéro 2 du régime Gbagbo, avait éloquemment décrit ce comportement macabre de la part des refondateurs.

Ce procès n’apportera rien de nouveau à la Côte d’Ivoire et ne permettra pas de trancher une quelconque question liée  à l’identité de celui qui a véritablement gagné l’élection présidentielle de 2010.

Que Gbagbo soit condamné ou libéré, cela n’est pas aujourd’hui, à 70 ans, sa préoccupation première. Ce procès est pour lui le dernier meeting de sa vie. Pas pour espérer remporter à la fin une quelconque élection, mais pour éviter une seule chose et c’est là, sa seule obsession. Laisser aux yeux du peuple de Côte d’Ivoire, comme ultime souvenir, l’image d’un homme de paix, d’un grand démocrate victime selon lui d’un complot international ourdi par la France de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy, plutôt que celle d’un criminel dont l’entêtement à s’accrocher à un fauteuil présidentiel aurait conduit six pieds sous terre, trois mille de ses compatriotes, assassinés sans qu’on leur explique pourquoi…

 

2020, le vrai souci des Ivoiriens.

La fin de ce procès, théoriquement prévu pour 2020, interviendra dans un contexte où, en Côte d’Ivoire, les Ivoiriens seront dans un processus de renouvellement de leur classe politique, une question qui donne des cauchemars quand on observe l’offre politique actuellement sur le marché. La vieille classe politique égoïste a tout fait pour maintenir la majorité de la population et notamment les plus jeunes dans une perpétuelle situation de mendicité et chacun, tranquillement, rumine sa revanche. Quel type de pays l’actuel Président laissera aux Ivoiriens en sortant? Qui lui succèdera? A-t-il au moins pensé ou pense-t-il déjà à préparer la succession?

Le RHDP qui veut se transformer en un parti unifié est dans les faits, une coquille vide qui ne peut faire rêver aujourd’hui aucun jeune ivoirien si son objectif est de perpétuer un système corrompu qui a corrompu toute la société, obligeant les gens qui tentent de rester honnêtes soit à tendre les bras soit à descendre dans la même pratique.

Les Ivoiriens voudront-ils encore d’un tel système dans quatre ans? Où est le leader charismatique qui ferait l’unanimité sur sa personne par l’absence de casseroles dans ses valises et qui amènerait les Ivoiriens à regarder dans la même direction et à construire une société de justice où les forts ne piétineront  pas, avec la complicité de la justice – comme c’est le cas aujourd’hui – les faibles?

Qui calmera cette sourde colère et cette exaspération qu’on lit sur le visage des Ivoiriens depuis quelques temps?

Où est l’opposition politique au régime Ouattara qui par son intelligence pourrait constituer une véritable alternative en 2020? Elle est là mais elle est constituée pour la plupart, des mêmes personnes qui ont conduit le pays dans cette situation avec un FPI divisé en deux et qui a achevé de démontrer aux yeux des Ivoiriens les plus lucides qu’il ne méritait même pas de diriger ce pays. Voilà cinq ans qu’ils en sont à se bagarrer sur la stratégie à adopter vis-à-vis de Laurent Gbagbo dont certains pensent qu’il reviendra sur les ailes des anges pour récupérer son fauteuil présidentiel afin de continuer à les protéger pendant qu’ils reprennent ce qu’ils savaient faire mieux: corrompre, voler, piller et escroquer les Ivoiriens.

Le cycle Bédié, Gbagbo, Ouattara est sur le point de prendre fin et le démarrage de ce procès en est le point distinctif. Quel type de pays ces trois leaders auront-ils finalement laissé aux Ivoiriens? Ouattara a encore quatre ans pour laisser son nom selon sa propre vision ou selon celle de certains de ses proches dont les Ivoiriens ne supportent plus de les voir encore au sommet de l’Etat. Le sait-il au moins? Y-a-t-il dans son entourage des gens qui ont le courage de lui dire la vérité et de lui faire remonter la colère de ce peuple?

Le destin de la Côte d’Ivoire ne se joue donc pas à la CPI. Il est entre les mains des Ivoiriens.

Comme le disait Aimé Césaire, «il y a dans les faits des peuples plus d’actes que d’autres à défendre leur droit à l’existence.»

La question est de savoir si le peuple ivoirien en fait partie et saura, le moment venu, envoyer le message qu’il faut à cette classe politique vieillissante et sans imagination dont certains se réjouissent de voir Laurent Gbagbo dans le box des accusés, loin de son pays alors que cela est la preuve la plus achevée de leur échec et de leur incompétence à diriger un pays aussi grand que la Côte d’Ivoire.

ASSALE TIEMOKO, in L’Eléphant déchaîné N°417

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