Assassinat de Robert Guéi: Les inculpés s’accusent et se récusent mutuellement devant le Tribunal militaire

By: Africa Newsquick

Robert Guéi 2016Assassinat de Robert Guéi: Les inculpés s’accusent et se récusent mutuellement devant le  Tribunal militaire

Le trou de mémoire est la chose la mieux partagée au Tribunal militaire devant lequel comparaissent plus d’une vingtaine de gendarmes et militaires, pour assassinat et complicité d’assassinat sur la personne du Général Guéi Robert, son épouse et sa garde rapprochée. En prenant le soin de se pointer du doigt et quelquefois de s’indexer, les accusés assurent le spectacle. Mais…

D’abondantes larmes sur la mort du Général et son épouse

Ce sont des accusés indignés et éplorés qui comparaissent depuis le 25 janvier devant le tribunal militaire présidé par le juge Tahirou Dembélé. A chacune de leurs interventions, ils ne manquent pas de témoigner de toute l’affection qu’ils éprouvaient pour le Général Guéi, son épouse, et même les membres de sa garde rapprochée. L’Adjudant Kouadio Kouadio affirme que Madame Doudou Rose était pour lui une «maman» et qu’il était «choqué par sa mort». Le Capitaine Gueu Flan Pierre, Sergent-chef au moment des faits, a été «peiné par la mort du Général parce que c’était un parent, avant d’être une autorité nationale. C’est plus fort que tout autre lien… J’étais traumatisé». De quoi courroucer le juge qui n’a de cesse de s’étonner que des hommes en tenue aussi débordants d’amour pour les victimes, n’aient pu empêcher leur mort! Ni même exiger des explications ou chercher à en savoir plus sur les circonstances de la mort. «Vous étiez traumatisé. Mais après votre traumatisme vous avez continué à défendre les institutions; vous êtes retournés sur la base comme si personne n’était mort…» Lath Latroh Paul, Sergent-chef au moment des faits et à la retraite, inculpé pour complicité d’assassinat dans cette affaire, assure avoir coulé des larmes, en découvrant le corps sans vie de Doudou Rose, dans le caniveau. «C’est sur le chemin du retour en rentrant au camp que j’ai vu maman couchée dans le caniveau. Les gens se lamentaient. Je me suis demandé qu’est-ce qui se passe. Une femme qui est chez elle et on la tue. J’ai pleuré ce jour-là, et je suis rentrée chez moi». L’on ne pourra pas dire que ces accusés sont sans cœur!

Les pertes de mémoire abondent

Assurément les accusés avaient des pertes abondantes de mémoire! M. Gueu Flan pierre s’étonne que le procès-verbal d’enquête préliminaire contienne une affirmation selon laquelle il fut étonné de trouver le Général à la Cathédrale. Il assure n’avoir jamais tenu de tels propos. Ni d’avoir déclaré que le Général Guéi avait été «extrait et remis à Séka Yapo qui l’a embarqué à bord du VAB». Il demande au juge de ne point tenir compte du procès-verbal de l’enquête effectuée par la Gendarmerie. Le sergent Lath Latroh, chef de sécurité du Général Dogbo Blé à l’époque, également atteint d’un mal similaire, assure n’avoir jamais déclaré, au cours de l’enquête préliminaire effectuée par la Gendarmerie, avoir pénétré dans l’enceinte de la Cathédrale, à plus forte raison l’avoir fouillée. «Mais vous avez au moins dit que le Général a été remis à Séka qui l’a embarqué dans un char». A cette question du juge, le prévenu oppose également un «non» catégorique. Il ne reconnaîtra pas non plus avoir affirmé qu’il avait entendu le coup de feu qui avait causé la mort du Général Guéi, ni avoir affirmé que le Général Dogbo était présent, avant de se raviser… Neufs accusés sur les dix s’étant présentés à la barre reviennent systématiquement sur leurs déclarations. Obligeant ainsi le juge à vérifier que la signature figurant au bas des procès-verbaux est bien la leur. Oublieux, sourds, aveugles en fonction de la question du juge… L’Adjudant Gueu Flan, pour sa part, affirme avoir menti au cours de l’enquête préliminaire de la Gendarmerie faite en 2013, pour sa «sécurité».

Chacun pour soi et Dieu pour tous…

Une chose est certaine au Tribunal militaire, c’est du «chacun pour soi». Les petits poissons sont bel et bien résolus à ne point se laisser dévorer par les «grands» et vice-versa; combat de coq? Certes, certains cultivent la langue de bois ou refusent de donner des noms malgré l’insistance du juge; mais d’autres ont la langue bien pendue. En l’occurrence, l’Adjudant Kouadio Kouadio qui assure avoir vu le Caporal Fetai Kouakou – accusé d’assassinat et de complicité d’assassinat sur la personne du Général – à bord de la voiture d’un des pontes du régime actuel. L’indignation du Caporal n’a nullement ému l’Adjudant qui assure l’avoir vu dans la voiture qu’il dit avoir reconnue, par le cuir dont sont habillés les sièges. Quant au Capitaine Gueu Flan, il maintient hic et nunc avoir entendu son élément, l’un de ses meilleurs, comme il l’indique, lui-même s’être écrié: «On a fini avec le Général, son sang a sali mon pantalon.» Bien entendu, ce dernier a nié les faits! Les avocats non plus ne se sont pas laissé dépasser pas les évènements, surtout lorsque le nom de leur client était cité.

… Pendant ce temps une crise d’hypertension perturbe l’audience

Au milieu de tout ce tumulte, certains gèrent mal la pression. Le Sergent-chef Maplé Gneka Emmanuel en a fait les frais. Acculé par le juge Dembélé Tahirou qui suite à sa confession – d’avoir emporté une voiture sur ordre de son supérieur et une mallette comportant la somme de 400 000 Francs Cfa de son propre chef du domicile du Général qu’il a remis à son supérieur – il avait conclu qu’il était en vérité un «pilleur» et avait commis un «vol», et a fini par s’écrouler devant le juge au grand dam de tous,  avec une tension de 16/10. Fort heureusement, le prévenu se porte mieux! Plus de peur que de mal donc, et bonne nouvelle pour la suite des débats certainement encore plus enrichissants…

Commandant Séka Séka: Un tueur «fou» (!?)

«C’est dans une cour voisine que des éléments montés sur le toit ont vu madame Guéi qui y était avec d’autres personnes. Ils ont mis une échelle pour qu’elle descende dans la cour. Quand elle est descendue dans la cour, je suis parti vers elle pour lui dire de venir dehors avec moi. Elle m’avait demandé: Mon fils qu’est-ce qu’ils vont me faire? Est-ce qu’ils vont me tuer? Je lui ai répondu non! Personne ne va vous toucher. Nous sommes sortis et je l’ai laissée auprès de nos chefs. En allant, elle m’a dit qu’elle avait mal aux pieds; alors moi je suis rentré pour aller lui chercher une chaise. C’est à l’intérieur que j’ai entendu deux coups de feu. Quand je suis ressorti, j’ai trouvé mon patron et la dame couchés dans le caniveau. Ma première réaction, j’ai demandé au Colonel Dogbo qui avait fait ça. Et il m’a répondu: c’est le fou de Séka Séka qui a fait ça!» Raconte l’Adjudant Kouadio Kouadio jugé pour complicité d’assassinat sur la personne du Général Guéi Robert, de sa femme et des éléments de sa garde rapprochée. Des témoignages semblables émanant d’autres accusés dans la même affaire se font entendre dans la salle de conférences de l’Etat-Major où sont jugés les accusés. Un certain Colonel Kouamé Julien, cité par le Sergent-chef Lath Latroh désormais à la retraite, se serait même écrié devant cet assassinat: «Mais comment Séka a pu faire ça!» En plus de la mort de Doudou Rose Guéi, Séka Séka est également cité comme ayant donné la mort au Général Guéi Robert qu’il aurait embarqué dans un véhicule VAB de la Gendarmerie. Il serait le dernier à avoir vu le général en vie.

L’homme de toutes les affaires sombres…

D’aucuns affirmeraient que le destin s’acharne contre lui, tandis que d’autres soutiendraient que l’histoire rattrape tout simplement le commandant Séka Yapo Anselme dit Séka Séka. Les «escadrons de la mort», la disparition du journaliste Guy André Kieffer, exactions commises durant la crise postélectorale, notamment l’assassinat du chauffeur du ministre Joël N’Guessan, actuel porte-parole officiel du RDR, et l’assassinat du Général Guéi Robert et de son épouse, sont autant de crimes à lui imputés. Avec une condamnation à 20 ans de prison à son actif pour meurtre, violation de consigne, coups et blessures volontaires, détournement de deniers et de matériels, le nom de l’ex-garde du corps de madame Simone Gbagbo qui jouit d’une réputation tumultueuse parce que décrit comme ayant la gâchette facile, devra une fois de plus faire face au juge Tahirou Dembélé, président de la Cour, devant qui, il avait déjà comparu. Dans la salle du tribunal, vêtu d’une chemise bleue-ciel et d’un jeans, Séka Séka paraît détendu et sûr de lui. Souriant, s’entretenant avec son avocat, les autres détenus et même certains membres du public lors des suspensions de séances, en attendant son tour à la barre afin de répondre des accusations portées contre lui par ses co-accusés. Mais information de taille, hier, le Commissaire du gouvernement a affirmé de manière péremptoire à l’audience que Séka Séka était en mission envoyé par Lida Kouassi Moïse, pour aller tuer Bédié, Alassane Ouattara, et Guéi. Le tour à la barre de ce dernier promet de chaudes empoignades verbales, donc!

BABETH BERIYTH, in L’Eléphant déchaîné N°417

Laisser un commentaire

Agenda

décembre 2017
D L M M J V S
« Nov    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  

Archives

Directeur de publication Gérant : Guy Tressia

Contact: +225 08322110/40007513

Email: guytressia@gmail.com

Abonnez-vous à africanewsquick par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à africanewsquick et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Rejoignez 11 559 autres abonnés

Retour vers Haut
Optimization WordPress Plugins & Solutions by W3 EDGE