Baisse du niveau des élèves de l’Ecole ivoirienne: Le mea culpa d’un enseignant

By: Africa Newsquick

Kandia CamBaisse du niveau des élèves de l’Ecole ivoirienne: Le mea culpa d’un enseignant

Tout le monde s’accorde à dire en Côte d’Ivoire que le niveau de l’école ivoirienne est en baisse. L’école va mal pour certains, d’autres vont plus loin en affirmant que plus rien ne va à l’école ivoirienne. Les raisons évoquées sont plurielles: tantôt ce sont les parents qui ont démissionné en ne jouant pas le rôle d’encadreur une fois l’enfant à la maison ; tantôt ce sont les élèves eux-mêmes qui ne fournissent plus d’efforts, distraits et obnubilés par les TIC dont ils se servent à d’autres fins; tantôt c’est l’Etat, parce que n’ayant pas suffisamment investi dans les infrastructures et autres formateurs, qui ne joue pas son rôle et favorise de ce fait la baisse du niveau de l’école en Côte d’Ivoire. Toutes ces raisons tiennent la route mais je voudrais faire mon mea culpa car depuis que je suis devenu un enseignant dans la fonction publique de ce pays, de mon pays, la raison profonde du mal de l’école ivoirienne est à rechercher chez les formateurs qui l’animent pour une bonne et grande part.

En effet, j’ai exercé le métier d’enseignant dans les écoles privées pendant dix ans avant d’intégrer la fonction publique. Dans le privé, j’ai vu des enseignants mal formés ou pas du tout formés qui sont arrivés là parce que leur parent est le fondateur; ils sont assurés de ne jamais rendre de compte. Qu’enseignent-ils? Quelles stratégies pédagogiques utilisent-ils?

Pendant ces dix ans, j’ai côtoyé des professeurs du public très  dévoués, toujours ponctuels et assidus, très professionnels avec l’application de toutes les techniques, stratégies et méthodes pédagogiques, des évaluations régulières. Je suis aujourd’hui navré de reconnaître que ce travail qu’ils abattaient pour et dans le privé était fait au détriment des élèves et autres enfants du secteur public. Voyez vous-mêmes.

Des enfants dont nous étions proches nous ont rapporté qu’un enseignant leur disait dans l’une de nos écoles publiques: «Si vous ne comprenez pas le cours, débrouillez-vous car j’ai aussi pour objectif de vous faire renvoyer afin que vous vous inscrivez à l’avenir dans les écoles privées pour que nous autres puissions avoir des “gombos” » (travail pour obtenir des ressources additionnelles dans notre jargon). Dites-moi, à quel résultat devons-nous nous attendre avec un tel enseignant qui ne fait pas de remédiation et qui n’est pas à l’écoute de ses élèves?

Dans un autre établissement du professionnel, un enseignant très adulé de ses élèves ne venait voir ceux-ci que deux fois dans l’année. A la fin du semestre, il s’amenait dans ses classes, prenait des bouts de feuilles, inscrivait des moyennes de 15 à 18.5/20 ; puis il remettait ces bouts de feuille dans une corbeille et invitait les élèves à venir à tour de rôle tirer dans la corbeille et ce qu’il avait tiré lui servait de moyenne trimestrielle. Tel était en tout et pour tout le cours et l’évaluation qu’il faisait faire à ses élèves. Ces derniers, inconscience ou culte de la médiocrité, disaient à qui voulait l’entendre que cet enseignant était le meilleur, pour eux, l’essentiel, c’est la bonne (!?) moyenne qui figuraient sur leur bulletin et pour laquelle ils recevront les félicitations des incrédules parents qui se laissaient ainsi bernés.

Un autre encore, comble de l’inconscience professionnelle, le jour du calcul des moyennes, s’asseyait à sa table et demandait aux élèves ce qu’ils avaient chacun à lui proposer: un paquet de cigarette donnait 10/20, deux paquets 12/20 et ainsi de suite ; à celui qui propose une bouteille de liqueur ou un vin de renom, il donnait allègrement 15/20. Les jeunes filles les plus ambitieuses se proposaient de satisfaire sa libido le temps du weekend et les 18/20 étaient acquis. Quel niveau espérons-nous avoir ?

D’autres enseignants venaient faire les cours sans jamais faire d’évaluations. Mais à la fin du trimestre, tous les élèves avaient la moyenne. Pour un autre, la première note de l’année qu’il faisait l’effort de corriger véritablement était l’indicateur de la moyenne des élèves toute l’année. Il rendait ces copies et pour les autres évaluations qu’il ne rendait pas, la note avoisinait la première de –2 ou +2 de sorte que les élèves, ayant eu une mauvaise note cette première fois-là  et qui ne voyaient pas leurs effort être récompensés, jetaient l’éponge dans la discipline se croyant damnés.

Que dire alors de ces enseignants qui, au motif qu’ils sont de tel bord politique, se refusent à enseigner ou à dire que le président de notre pays est celui qui est là ? Ou même de cet autre qui refuse de dire dans le cours de philosophie sur la religion que Dieu n’existe pas au motif que cela heurterait sa foi alors que c’est un pan entier de cette leçon qui nous a tous permis d’aiguiser notre esprit critique ? Qu’enseigne-t-il alors à ce stade de la leçon ?

Enfin, des professeurs prennent pour prétexte les grèves qu’ils initient eux-mêmes, des grèves de deux à trois jours qu’ils pérennisent à souhait, s’absentant pour ce motif deux voire trois semaines, convaincus qu’ils ne seront pas sanctionnés outre mesure.

En somme, on pourrait citer nombre de ces comportements déviants qui jettent l’opprobre sur le corps enseignant qui, à son corps défendant, assume une grande responsabilité dans la baisse du niveau des élèves du système éducatif ivoirien. L’adage populaire nous enseigne que quand on parle au chien, il faut aussi parler à l’os. Nous avons trop accusé les parents, les enfants et l’Etat. C’est pourquoi je me permets d’attirer l’attention de mes collègues afin que nous adoptions de nouvelles attitudes ou que nous démissionnions si nous ne nous sentons plus l’âme d’un pourvoyeur de science et de savoir afin de redorer le blason de notre système éducatif dont le déclin ne profitera, à coup sûr, à personne. Si nous ne pouvons rien faire pour aider les jeunes, notre avenir, ne faisons rien pour les détruire. Dieu seul nous juge. A bon entendeur salut !

FAFASSOU KWCY,

Professeur des droits de l’homme, in L’Eléphant déchaîné n°400

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