9,29% à la Présidentielle 2015 : Affi N’Guessan ou l’effondrement de «moi libérer Gbagbo»

By: Africa Newsquick

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«Qui votez, Affi N’Guessan », le slogan n’a trompé personne au sein des militants purs et durs qui voient en lui un traitre à la cause de Laurent Gbagbo. «Le Changement maintenant », un clin d’œil au slogan « moi Président en France » de François Hollande, « le changement c’est maintenant », n’aura pas lieu, du moins à la tête de la Côte d’Ivoire. Quand on voit les difficultés dans lesquelles patauge «moi Président» en France avec une impopularité historique, on se demande bien ce qui a poussé Affi N’Guessan à copier ses slogans de campagne alors que la France est totalement différente de la Côte d’Ivoire. En France, « Moi Président» se prépare à une énième déculottée aux élections régionales. En Côte d’Ivoire, Affi N’Guessan a déjà pris sa douche froide à l’eau de «Gbagbo ou rien ».

Il a – et c’est à son honneur – reconnu sa cuisante défaite à moins de 10% de suffrages portés sur son immense projet de société qui tournait essentiellement autour de « votez pour moi et je libère Gbagbo dès le lendemain ». Comme si tous les Ivoiriens étaient pour le retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire. Cette affaire, on le sait, n’a fait rire personne au sein de l’aile messianique du Fpi qui a appelé au boycott de l’élection, là où Affi invitait les camarades à sortir massivement pour rendre effectif le «Changement » qu’il promettait.

Sur les antennes de Rfi, l’un de ses lieutenants de campagne, un certain Kra Kouakou, a prétendu que la candidature Affi N’Guessan avait pour objectif de démontrer que la Côte d’Ivoire est réconciliée avec elle-même. Etrange stratégie, quand on sait que la maison «FPI » est en feu et qu’Affi N’Guessan qui voulait réconcilier les Ivoiriens par le retour de Gbagbo n’a pas réussi à semer la réconciliation dans son propre parti.

« Qui votez, Affi N’Guessan » a usé de tous les moyens à lui offerts par la Justice ivoirienne qu’il vouait aux gémonies dès les premiers instants qui ont précédé sa sortie de prison, pour étouffer la liberté de parole dans son propre parti tout en la revendiquant au plan national. Il n’a pas voulu aller au congrès de son parti pour affronter un certain Gbagbo qui, paraît-il, aurait voulu être candidat pour récupérer son « bébé » des mains d’un Pascal Affi N’Guessan à qui un chef de sa région natale avait prédit quelques mois plus tôt, qu’il serait un jour président. Les prophéties qui ne se réalisent jamais étant les choses les mieux partagées au FPI, Affi N’Guessan a cru que son heure était arrivée. Lui à qui, durant 8 années, Simone Gbagbo et Blé Goudé auraient fait avaler les couleuvres les plus grosses et qui tenait, dans cette élection, sa revanche sur l’histoire. Gbagbo a été candidat à la surprise de tous, contre le grand Houphouet-Boigny. Affi N’Guessan a été candidat, contre l’avis de la majorité de ses camarades. S’il n’est pas avec ça, l’équivalent de Gbagbo…

Prétendre être candidat pour la libération de Laurent Gbagbo et mettre ses lieutenants en mission sur le terrain avec cette seule arme, quand pendant près de deux ans on n’a jamais effectué une seule fois le déplacement à La Haye pour prendre des nouvelles de Gbagbo, voilà un discours pour le moins démagogique qui n’a pas fait rire du tout les militants purs et durs du FPI qui considèrent Gbagbo presque comme un dieu auquel personne ne peut succéder à la tête du FPI tant qu’il restera vivant.

Affi N’Guessan et son équipe prétendaient avoir la majorité des militants avec eux, et ils voulaient le prouver avec leur participation à l’élection présidentielle. Au final, cette élection s’est transformée en Congrès officieux du FPI avec Laurent Gbagbo comme candidat à travers le boycott lancé par l’aile messianique. Et, Affi N’Guessan, avec son misérable score de 9,29% à cause d’une forte abstention des militants du FPI, sort le costume en lambeau, de ce « Congrès ». Le grand vainqueur de l’élection étant Laurent Gbagbo qui n’a jamais réalisé, même face à l’immense Houphouët-Boigny, un score aussi misérable.

N’est pas Gbagbo qui veut !?  La question qui se pose aujourd’hui est de savoir ce que va faire Affi N’Guessan. Car son avenir politique, après cette élection, ne s’annonce pas des plus glorieuses. Il a commis en quelque sorte l’erreur que Francis Wodié avait commise en 1995 en accompagnant un certain Henri Konan Bédié là où toute l’opposition significative appelait à un boycott actif. Il s’en était sorti avec un misérable score et Bédié avait été élu avec un score soviétique comme c’est le cas aujourd’hui pour Ouattara. Mais les Ivoiriens n’ont jamais pardonné à Wodié, son choix. La suite de sa carrière politique avec plusieurs échecs aux élections présidentielles qui ont suivi, est un témoignage qu’il n’oubliera sans doute pas. Affi N’Guessan va-t-il connaître le même sort ? Pas forcément ! Il a encore le temps de s’asseoir et de réfléchir sur la stratégie à adopter pour reprendre des couleurs politiques. Il a sous-estimé la force du lien entre Laurent Gbagbo et la plupart des militants du FPI. On ne tourne pas la page de Gbagbo en se présentant à une élection présidentielle au motif que c’est pour obtenir sa libération sans expliquer comment cela se fera. Il n’a pas organisé le congrès de son parti. La Justice lui a permis de se maintenir et d’être la seule voix officielle du parti. Avec le score qu’il vient de réaliser et le boycott massif des militants du FPI, il sait désormais à quoi s’en tenir.

Certes, il prétend à présent que l’abstention constatée au cours de cette élection est la preuve que les Ivoiriens ne sont pas encore réconciliés. Soit. Sauf qu’on ne voit pas comment une participation massive des Ivoiriens à cette élection avec toujours la victoire du candidat du RHDP aurait permis à Affi N’Guessan de démontrer que les Ivoiriens sont réconciliés. Sauf à faire croire, et  c’était le véritable but de sa candidature, que la page « Gbagbo » est définitivement tournée.

Au final, Affi N’Guessan a échoué mais Sangaré et son clan n’ont rien gagné du tout. Dans les deux camps, il y a une véritable absence de stratégie devant le cas Gbagbo. Ce n’est pas – et Affi N’Guessan a raison sur ce plan – en fédérant leurs forces pour semer l’instabilité dans le pays et empêcher Ouattara de gouverner qu’ils vont arranger le sort de Gbagbo et obtenir sa libération. C’est bien en s’organisant avec toutes les autres forces politiques supposées opposées au régime Ouattara qu’ils créeront une opposition crédible capable de gagner les élections législatives et constituer ainsi, un interlocuteur incontournable pour amener le régime à la table de négociation.

Car si, Affi N’Guessan, comme on vient de le voir, ne pèse pas grand’chose et que Sangaré et consorts continuent à rêver à l’intervention de Dieu pour obtenir la libération de Gbagbo, ce n’est pas demain que le pouvoir leur accordera une oreille attentive.

Daniel Sovy, in L’Eléphant déchaîné n°394

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