Côte d’Ivoire-Echec de la « révolution » des jeunes de la CNC : Le décryptage d’André Silver Konan

By: Africa Newsquick

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Un échec ! La « révolution » annoncée par les jeunes (pas si jeunes que ça, puisqu’ils sont presque tous des quarantenaires) de la Coalition nationale pour le changement (CNC, opposition radicale) soutenus par le FPI-Sangaré, n’a pas eu lieu le 10 septembre 2015, un jour après la validation par le Conseil constitutionnel, de dix candidatures à la présidentielle d’octobre 2015, dont celle du Président sortant Alassane Ouattara. Que retenir de cet énième camouflet public ? Décryptage.

Les faits. Hier jeudi, sur toute l’étendue du territoire ivoirien, seules six ou sept localités ont vécu des moments plus ou moins brefs de manifestation. A Yopougon, à la place de manifestations de rue, ce sont deux bus de la Sotra qui ont été incendiés, une vieille stratégie de manifestation abidjanaise bien plus spectaculaire et médiatique, qu’efficace.

A Marcory et à Anono, des barricades dressées par de petits groupes de jeunes peu convaincus, ont vite été démantelées par la police et la vie a repris son cours normal.

A l’intérieur du pays, les manifestations se sont concentrées sur Gagnoa (fief natal de Laurent Gbagbo), outre Bonoua (fief de Simone Gbagbo), où les manifestations ont brièvement paralysé la circulation.

Revenons sur le cas de Gagnoa, précisément à Bayota où un autochtone (source : RFI) a été tué par des allochtones revanchards, en représailles à des blessures infligées à un transporteur allochtone par des autohtones ayant dressé une barricade sur la voie. Le scénario ne change presque jamais dans cette partie du pays, depuis 2002. Chaque fois qu’il y a eu des violences politiques à Gagnoa, les morts sont presque toujours survenues à la suite de règlements de comptes entre des gens issus de deux communautés différentes. Cela veut dire que le problème politique est secondaire…

 

Bloqués sur le 11 avril 2011

En clair, les manifestations limitées dans l’espace (à l’instar des marches éclatées), n’ont pas eu de succès et il y a une explication, une seule : les Ivoiriens (c’est une prétention de parler au nom du grand nombre, je l’admets) sont fatigués de la violence politique. Et cela, les organisateurs de marches et de manifestations publiques devraient le comprendre depuis quatre ans, s’ils n’étaient pas bloqués dans leur raisonnement, par leur haine viscérale contre Ouattara (c’est de bonne guerre), qui les empêche obstinément de regarder la réalité en face. Pour eux, la Côte d’Ivoire s’est arrêtée le 11 avril 2011 avec la chute prévisible de Gbagbo. Pour ceux qui vivent en Côte d’Ivoire (encore une prétention de ma part, de parler au nom du grand nombre), il y a eu un avant avril 2011, où des gens prenaient des risques souvent mortels, pour défendre leurs leaders politiques et il y a un après 11 avril 2011, où les gens sont davantage préoccupés par l’amélioration de leurs conditions de vie.

Tandis que les jeunes ( ?) organisateurs de manifestations anti-pouvoir se rêvent en Blé Goudé dont l’indéniable charisme a été démultiplié par les médias publics aujourd’hui passés entre les mains de l’ex-opposition ; les populations qui vivent en Côte d’Ivoire rêvent, elles,de tranquillité.

Dans ces conditions, il n’y a rien de surprenant que le discours extrême ne rencontre pas l’adhésion populaire, y compris chez les anti-Ouattara de Yopougon, de Bonoua et de Gagnoa, qui bien que détestant à mort Alassane Ouattara et les siens (toujours de bonne guerre), ne sont pas pour autant disposés à donner leur vie, pour faire chuter celui-ci. Encore que même s’ils donnent leur vie, ils n’ont pas l’assurance que leur martyre serve à reconquérir le pouvoir perdu dans les urnes et par les armes.

En définitive, tant que les anti-Ouattara resteront dans leur bulle du 11 avril, leurs actions se limiteront aux réseaux sociaux et à la presse étrangère, toujours friande de sensationnel. Et devinez à qui profitera encore ce déni de la réalité jusqu’en 2020 ? Eh bien à Alassane Ouattara, qui entre-temps continuera tranquillement de diriger parce qu’il a face à lui, des opposants dramatiquement coupés de la réalité, donc nécessairement parmi les plus nuls d’Afrique.

 

André Silver Konan

Journaliste-écrivain

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