EVASION DE CAPITAUX D’AFRIQUE, INSOLUBLE PARADOXE?

By: Africa Newsquick

Thabo_Mbeki_2003EVASION DE CAPITAUX D’AFRIQUE, INSOLUBLE PARADOXE?

L’Afrique est, pour ses habitants, un malstrom d’immenses et déprimantes  difficultés de tous ordres; induisant des besoins têtus. Sous quelque angle qu’on puisse le considérer, ce continent semble avoir choisi de se cristalliser dans une réalité insensible à la dynamique transformationnelle du temps: Société déstructurée, mauvaise gouvernance politique, malnutrition, pandémies, conflits armés dévastateurs, insécurité, etc. C’est dire l’importance de toute initiative et de tout moyen matériel ou immatériel, ayant pour but sinon d’éradiquer, du moins de réduire ces sources d’inconfort et d’angoisses. Les ressources financières ou les capitaux, dès lors qu’ils permettent toutes les acquisitions et transformations sociales possibles, deviennent une valeur suprême pour les populations et leurs institutions d’encadrement; et sont des biens très recherchés. Surtout dans le contexte particulier des pays africains qui ont des besoins de financements illimités. Et qui, paradoxalement, voient sortir illégalement de leurs territoires, les ressources qui devraient servir à des fins de développement. D’après des estimations révélées par Thomas Lazzeri (in Africa Europe Faith and Justice Network), «1.260 à 1.440 milliards de dollars Us, disparaissent chaque année de pays en voie de développement, sans laisser de traces»; pour prendre le chemin des paradis fiscaux ou des pays riches. La majeure partie de cette somme est envoyée par des sociétés multinationales: «La somme qui quitte chaque année les pays en développement sous forme de sorties financières (…) s’élève à 10 fois les aides annuelles globales, et au double des dettes que les pays en développement paient chaque année…» En Afrique de l’Ouest, presqu’aucun pays n’est à l’abri de l’évasion des capitaux, et du placement dans les banques étrangères d’énormes sommes d’argent qui se chiffrent en millions de dollars pour certains pays, et en centaines de millions de dollars pour d’autres (1 million de dollars, au taux actuel, équivaut à plus d’un demi milliard de FCFA). Des sommes souvent sous-évaluées mais qui dépassent celles de l’aide au développement, comme l’a révélé un récent rapport commandé par l’Union africaine, et publié sous la direction de Thabo Mbéki, l’ancien Président sud-africain et actuel responsable du groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites d’Afrique, créé par la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique et l’Unité Africaine. Si un petit nombre de possédants, en réalité une minorité, ont recours à ces placements pour sécuriser des biens légitimement acquis, il arrive plus fréquemment qu’on recourt au système du placement dans les banques suisses ou d’autres paradis fiscaux, soit pour dissimuler des fonds mal acquis, soit pour contourner les administrations fiscales des pays concernés. Mais quelles que soient les raisons justifiant ces pratiques, les sorties restent importantes pour des pays africains qui ont besoin de ces fonds pour bâtir des projets de développement. Thabo Mbeki a mieux expliqué le problème, lors de la réunion du Groupe de gouverneurs de la Banque mondiale et du Fonds monétaire International, tenue à Luanda, en Angola: «L’Afrique se heurte au grand problème des transferts illicites d’importants volumes de capitaux hors du continent, dont ce dernier a tant besoin pour faire face aux défis du développement. En tant qu’Africains, nous nous devons d’agir de façon concertée afin de garantir que le reste du monde où atterrissent ces sorties illicites aide à mettre un terme à cette saignée de ressources». (AIP, 4 septembre 2015). Les sociétés ou groupes multinationaux, auteurs des transferts, se présentent souvent sous forme de structures sophistiquées, avec de nombreuses filiales dont certaines se trouvent dans des paradis fiscaux. Les moyens qu’elles utilisent pour attirer la clientèle sont la confidentialité et la faiblesse des taux de taxation. Le secret bancaire appliqué rend presqu’impossible la découverte de l’identité du propriétaire du compte, la détermination du montant déposé et la provenance de l’argent. Cela explique pourquoi les paradis fiscaux dissimulent aussi des activités criminelles, ainsi que des flux illicites d’argent. Les profits réalisés par les sociétés multinationales sont répartis entre les filiales par un système d’échange interne qui rend difficile le contrôle de l’administration fiscale. Forum Syd 2011, organisme s’intéressant aux mouvements des capitaux, a montré que les 15 pays qui ont les sorties illicites de capitaux cumulativement les plus élevées sont en Afrique. «Ce sont l’Angola, l’Afrique du Sud, le Cameroun, la Côte D’Ivoire, l’Ethiopie, le Gabon, le Ghana, Madagascar, le Mozambique, le Nigeria, la République du Congo, le Soudan, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwé». On se rend compte que s’il était convenablement enregistré et taxé dans le pays d’origine, cet argent pourrait contribuer à un développement remarquable, et apporter une différence majeure dans le combat contre la pauvreté. La fuite illicite des capitaux supprime les investissements, réduit la perception des taxes, corrompt la compétition, etc. Cette pratique est reconnue comme un fardeau plus lourd en Afrique, que dans d’autres régions du monde; à cause de la grande précarité des pays de départ des capitaux. Le fait que «le monde développé reçoit plus d’argent du continent africain qu’il ne lui en prête», comme le reconnaît Jean-Pierre Boris, qui reprenait la conclusion d’un rapport publié par le Centre de recherche américain Global Financial Integrity, dans une diffusion du 16 septembre 2010, met des responsabilités à la charge des pays du Nord; et la correction de cette situation «anormale» passe par des mesures contraignantes issues d’une action concertée des décideurs africains et occidentaux.

Dr  ESSIS AKO FELIX, in L’Eléphant déchaîné n°379

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