CIV-Débrimou (Dabou): 105 ha d’hévéa menacent gravement la cohésion sociale

By: Africa Newsquick

ConarivCIV-Débrimou (Dabou): 105 ha d’hévéa menacent gravement la cohésion sociale

Pour une histoire de contrôle de la mutuelle de développement de leur village, les populations de Débrimou, une localité rurale distante de 5 kilomètres de Dabou, sont aujourd’hui à couteaux tirés et prêtes à s’affronter dans une bataille sans concession.

Le fonctionnement de la mutuelle

Village historique et riche de plusieurs cadres, Débrimou est une localité ou du moins devait être une localité qui n’a rien à envier aux autres villages de la Côte d’Ivoire. Singulier qu’il est, il est propriétaire d’une plantation d’hévéa d’une superficie de 150 hectares. L’Etat ivoirien lui a cédé ce bien dans les années 2002, en compensation de ses terres généreusement offertes à l’administration coloniale française d’alors. On dit merci qui?  Ce patrimoine communautaire a été confié à leur mutuelle mise sur pied pour le développement du village, appelée «Kibrim», en langue Adjoukrou, en vue de son utilisation efficiente. Le mode de fonctionnement de la mutuelle est calqué sur celui d’une entreprise moderne et sérieuse, à savoir un Conseil d’Administration. Les membres du Conseil d’Administration au nombre de 21, sont issus des 4 quartiers (Esr, Addissagne, Gnagninkiew et Djadjem) que compte Débrimou, et chaque quartier fournit 5 membres plus le chef du village qui est d’office membre, en tant que Président d’honneur. La durée de leur mandat est de 2 ans, et chaque 3 mois, le bureau doit rendre compte de sa gestion au domicile du chef du village. La gestion de la mutuelle se fait également à tour de rôle, par génération. Et les choses jusque-là se sont toujours bien déroulées. Du moins…

 

Les fonds de la plantation communautaire au cœur  du conflit ?

La mutuelle «Kibrim» est aujourd’hui dirigée par Memel Ferdinand, le Président du Conseil d’Administration (PCA). Le bureau de celui-ci, mis en place le 19 février 2014 pour un mandat de deux ans, a du mal à fonctionner. La raison? Plusieurs griefs sont reprochés au PCA et à son bureau. Il s’agit entre autres du non respect de la procédure de présentation du compte bilan de gestion, de la violation de l’article 11 du statut de la mutuelle et du non respect par le PCA des résolutions prises par l’Assemblée générale. Sur la base de ces griefs formulés à l’encontre de Memel Ferdinand, neuf membres du Conseil d’Administration sur les vingt, ont rendu collectivement leur démission le 20 avril 2015. Ces membres démissionnaires ont estimé, après leur départ, que le Conseil d’Administration n’est plus légitime. En somme, ils reprochent au bureau en place une gestion opaque des ressources que génère  le patrimoine commun du village qui est la plantation d’hévéa. Les démissionnaires issus des quartiers Esr, Addissagne et Gnagninkiew organisent alors une Assemblée générale extraordinaire le 20 mai 2015. Les résolutions prises au cours de cette Assemblée générale extraordinaire sont les suivantes: la confirmation de la dissolution du Conseil d’Administration dirigé par Memel Ferdinand, la mise en fonction du comité ad hoc et la reconnaissance des personnes nommées comme membres dudit comité dont Nikpi Adèle, la présidente de comité ad hoc, et l’obligation pour ledit comité de faire son bilan mensuel devant l’Assemblée générale, à la place publique du village, «Addissiew». De leur côté, Memel Ferdinand et les membres non démissionnaires du Conseil d’Administration issus du quartier Djadjem, estiment que leur bureau continue de bénéficier d’une légitimité. S’engage alors un bras de fer entre les structures en dissidence, se réclamant chacune légitime pour diriger la mutuelle, et exploiter par conséquent la plantation d’hévéa de 150 hectares.

 

Le choix du nouveau chef, la véritable pomme de discorde

Débrimou comme mentionné plus haut, est un village composé de quatre quartiers à savoir: Esr, Addissagne, Gnagninkiew et Djadjem. Malgré la pluralité de quartiers, l’exercice du pouvoir de chefferie dans cette localité s’est constamment fait de façon non tournante. «Depuis la nuit des temps, la chefferie a existé à Esr, et après Esr, c’est passé à Gnagnikiew. Le dernier qui a eu le pouvoir, c’est Addissagne. Le chef issu de ce quartier a fait 27 ans de pouvoir. Lorsque Sel Bedi André est décédé, on s’est dit pour une fois, il faut que la chefferie revienne à Djadjem», a confié à «L’Eléphant», le 13/07, un Cadre du village, rencontré à Débrimou. Poursuivant son explication, l’interlocuteur de l’infernal quadrupède a ajouté: «Nous avons décidé d’innover pour faire comme en pays Ebrié où la classe d’âge qui vient au pouvoir a la chefferie. Et lorsque leur mandat finit, ils s’en vont et puis d’autres viennent. Nous avons choisi des doyens dans chaque quartier pour pouvoir réfléchir sur les modalités à mettre en place pour pouvoir installer le prochain chef du village. Dans chaque quartier, le travail a été fait et les personnes mandatées ont sorti les critères pour le choix du prochain chef. Une fois le travail achevé, un problème s’est posé dans la mise en œuvre des décisions arrêtées, parce qu’il y avait un désaccord sur le quartier où le nouveau chef devenait provenir. On a décidé que le prochain chef devait provenir de Djadjem. Des dissidents des trois quartiers ont refusé parce qu’ils reprochent à Djadjem d’avoir tout eu : les ministres, les députés et les maires. Tout le travail qui a été fait a donc été réduit à néant. Voilà le nœud des problèmes à Débrimou.» Au cours d’une rencontre du député-maire, Sess Soukou Mohamed, avec les populations, la majorité du choix des Ebébou (les gouverneurs du village), a porté sur Yamba Mel Hilaire. Mais ce choix sera, comme prévisible, contesté par une minorité, réfractaire à sa désignation. Le maire leur conseille alors de retourner au village pour se concerter et s’entendre sur le nom d’un chef. Ces derniers retournent au village pour donner l’information à la population que les Ebébou doivent retrouver pour la présentation, sur la place publique, du nouveau chef. Contre toute attente, la minorité a, en lieu et place de la concertation proposée par l’autorité municipale, organisé une cérémonie d’intronisation de Ganga Agnero Francis, un préfet à la retraite, sur la place principale des assemblées du village, à «Addissiew».  Mais cette cérémonie d’intronisation du préfet à la retraite n’ira pas jusqu’à son terme. Yamba Mel Hilaire sera finalement désigné, en présence du député-maire de Dabou, qui lui a remis son arrêté de nomination, en tant que le nouveau chef du village.

 

Le village au bord de l’affrontement

Depuis la reconnaissance du chef de village par l’Administration préfectorale, un groupe de dissidents réfractaires à sa désignation ne cesse de poser des actes de provocation. Mécontents de la présentation du compte-bilan de gestion de la mutuelle au domicile de Yamba Mel Hilaire, qu’ils ne reconnaissent pas comme leur chef, certains membres du Conseil d’Administration n’ont pas hésité à démissionner et tenir une Assemblée générale extraordinaire afin de mettre en place un comité ad hoc pour gérer la mutuelle. Le comité ad hoc installé, les membres ont réussi à faire bloquer les comptes bancaires de la mutuelle. Concernant la plantation, patrimoine de toute la communauté villageoise, un groupe de jeunes dissidents s’est rendu au mois d’avril 2015 dans la plantation d’hévéa pour déloger les jeunes qui y travaillent. Une attitude qui a poussé le chef du village résident, Agba Boti Gnagne Albert, à solliciter l’aide de la confrérie des chasseurs traditionnels Dozos, pour venir surveiller la plantation avec quelques uns de leurs membres. Pour éviter des affrontements entre ces forces irrégulières et la population très hostile à leur présence dans la plantation, elles ont été priées de retourner à leur base. Le dernier acte posé par le groupe dissident a consisté à détourner de la plantation les véhicules envoyés pour le ramassage du latex et à s’accaparer également de plusieurs tonnes de latex pour aller les déverser sur la place publique du village. Mais pendant combien de temps encore l’autre camp assistera passivement à de tels actes de défiance?

 

Les solutions proposées par l’Administration préfectorale

C’est le Sous-préfet de Dabou, madame Kodjo née Ouattara Dominique qui, après que le Préfet de la ville, Kouakou Assoman et le Procureur de la République se soient prudemment lavés les mains dans la gestion du désaccord qui oppose les fils de Débrimou, a désormais en charge, le règlement de  ce conflit. Au cours de la dernière rencontre qu’elle a organisée le 08/07 avec les parties en désaccord, elle a fait plusieurs mises au point. Une mutuelle, a-t-elle indiqué, n’est pas faite pour gérer de l’argent. La mutuelle doit pouvoir travailler sur des dossiers de développement du village. S’il y a une structure qui doit gérer l’argent, elle doit être loin de la mutuelle, a-t-elle conseillé. Elle a aussi indiqué qu’elle ne voudrait plus entendre parler de comité ad hoc. Parce que, selon elle, la décision qui a mis le comité ad hoc en place n’est pas valable, pour que des gens puissent prétendre que le village leur a confié la présidence d’un comité ad hoc. Pour finir, elle a donné l’ordre au chef du village d’agir avec célérité pour que la gestion de la plantation du village puisse être confiée soit à une structure privée, soit à un usinier.

 

L’argent, le nerf de la guerre

Le village de Débrimou et ses habitants ont-ils réellement bénéficié des retombées des 105 hectares de plantation d’hévéa depuis son exploitation et sa gestion en 2002 par les fils du village? Nul ne le sait, pour l’instant. Mais une chose est sûre. Les populations issues des deux camps opposés admettent unanimement qu’il y a eu une gestion opaque de leur patrimoine commun. Selon les témoignages recueillis par l’infernal pachyderme, plusieurs millions de francs CFA générés par l’exploitation de cette plantation auraient servi et continueraient de servir de vache à lait à certains dirigeants de la mutuelle et à certaines autorités de la ville de Dabou, au détriment des populations. L’état de misère dans lequel se trouvent les populations et le village, en est une preuve assez probante. Des poursuites ont certes été engagées, sur l’initiative de certains Cadres du village, contre ces ex-gérants indélicats de la mutuelle et l’usinier, mais il serait souhaitable que cette procédure judiciaire aille jusqu’à son terme pour situer les responsabilités.  Le climat social délétère qui règne en ce moment entre les habitants du village n’est autre chose que le résultat d’un partage inéquitable du gâteau. L’argent étant le nerf de la guerre, les autorités administratives locales se devaient de jeter un regard attentionné sur ce conflit latent pour l’instant, en vue de son dénouement rapide. Parce qu’un malheur est vite arrivé…

NOËL KONAN (in L’Eléphant déchaîné n°366)

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