Exode des Africains vers l’Europe : Du rêve à l’enfer, la responsabilité des «boucantiers»

By: Africa Newsquick

boucantierExode des Africains vers l’Europe : Du rêve à l’enfer, la responsabilité des «boucantiers»

Présent depuis bientôt deux semaines en Europe, je me sens obligé de pousser un cri d’alarme ! En effet, poussé par la curiosité qui caractérise tout journaliste qui se respecte, il m’a été donné de sillonner certains endroits et de voir des scènes dramatiques qui m’interpellent et qui me navrent quant à la motivation de nos frères africains à risquer leur vie pour arriver en Europe presqu’en traversant la mer à la nage pour, finalement, se retrouver dans des situations cauchemardesques qui produisent des images très négatives de notre continent que nous voulons pourtant désormais respectable.

Je m’interroge devant les conditions d’existence de la plupart des Africains vivant ici en Europe, de toutes ces Africaines que j’ai vues à Bruxelles, à Paris et dans quelques-unes de ses banlieues, la nuit venue, pour ne pas en dire plus, devant ces milliers de Français sans domiciles fixes et à qui l’on sert un improbable repas un peu chaud, regroupés sur certains espaces et sous le regard de dizaines de policiers  : Est-ce la peur du lendemain, l’envie de changer de cadre de vie, le désir de faire comme le fils du voisin, l’attrait de l’argent facile, le simple désir d’aventure, le désespoir que servent certains dirigeants africains qui se pavanent ici à Paris dans des hôtels de Luxe ou châteaux achetés avec l’argent souvent volé à leurs peuples (lire page 4) qui seraient autant de bonnes raisons poussant un grand nombre de nos jeunes (et moins jeunes) compatriotes à tenter de mettre le pied dans des pays où, croient-ils, l’or se ramasse à la pelle et l’argent coule à flots? Ou pour simplement tenter de profiter de la sécurité sociale dans ces pays  et à quel prix ?

 

« La partition des boucantiers »

Qui n’a pas connu un « boucantier », vacancier, arrivant de Paris, couvert de chaînes et de bagues achetées dans des boutiques (très bon marché, j’ai pris le temps de m’en rendre compte) du quartier du marché du Temple pour l’équivalent d’une petite poignée de francs CFA mais qui seront présentées par ce « grand type » comme des modèles rares, chers, « qu’on ne trouve pas ici » ? Évidemment, c’est du toc fabriqué en Chine, vendu et acheté à Paris, mais le discours est plus important que le produit ! Ce « boucantier » ne manque pas de parler abondamment de son travail, insistant sur le fait qu’en France, on ne peut pas être payé moins que le Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) qui est l’équivalent d’environ un million de franc CFA chaque mois – il explique que les téléphones les plus sophistiqués ne valent rien si on prend un abonnement, que les soins médicaux, même les plus chers, sont pratiquement « cadeau » et il récite bien d’autres rêves bon marché. Ces affirmations « foutaises » qui sont de la poudre aux yeux sont souvent déformées quand elles ne sont pas des mensonges ou des présentations embellies… mais nos frères sédentaires, n’ayant jamais voyagé mais espérant le faire un jour, boivent les paroles de ce grand « boucantier », pensant que tout ce qu’il égrène est comparable à des paroles d’évangile et renforçant leurs rêves secrets de pouvoir, un jour, être témoin de tout ce qui est annoncé.

 

« Tout ce qui brille n’est pas de l’or »

Ainsi naissent des vocations, le plus souvent irréfléchies, qui se termineront majoritairement par des drames, des litres de sueur, des douleurs solitaires, des moments de désespoir et, parfois, dans le sang. Quand on fréquente des milieux dangereux.  Les très rares exceptions de réussites relatives justifieront les espoirs de la masse de ceux qui se fourvoieront dans l’inconnu et qui le paieront cher.

Pour que l’information soit complète, il faudrait dire que le prix d’un loyer pour une chambre salon, à Paris, est de l’ordre, en CFA, de 500.000 ; le transport en commun, mensuellement, coûte environ 150.000 francs. Ne parlons pas du coût d’une voiture où tout doit être inclus, le prix du carburant, plus celui du stationnement… une fortune ! La nourriture africaine (dont ne peuvent se passer nos frères de l’étranger) est extrêmement chère comparée aux prix de la Côte d’Ivoire, le prix des habits, notamment ceux pour la période hivernale, est également surprenant, tout comme cette notion de froid qu’il est impossible d’imaginer si on ne l’a pas ressentie ou recueilli des témoignages poignants, glaçant les os du nouveau venu en le paralysant ! Même au pays des socialistes, tout n’est pas rose, loin de là ! Surtout quand on a, en poche, une fausse carte de séjour établie au nom d’un compatriote ; c’est ainsi que l’on subit, la peur au ventre, des contrôles de papiers par les forces de police qui peuvent tourner à tout moment au drame ! L’arrestation, la garde-à-vue, le jugement, l’emprisonnement avant le transfert en centre de rétention, endroit particulièrement dramatique ; puis le renvoi de force, accompagné par la police locale qui, à l’arrivée, remettra le pauvre rêveur qui sera confié aux policiers ivoiriens, qui ne seront pas tendres non plus… On imagine qu’à l’issue de cette aventure, le malheureux rapatrié  repense au nombre de jours durant lesquels il a été privé de liberté, son passage devant les juges, son transfert, menotté comme un criminel ; il doit se dire « Tout ça pour ça », en voulant à la terre entière ! Il devrait savoir que nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes.

 

Tristes réalités de la vie de rêve dans les pays tant convoités !

Nos frères vivent souvent dans des chambres prévues initialement pour un couple, où dix personnes ou plus, ils s’empilent les uns sur les autres ! Le titulaire du vrai (ou faux) bail, étant, le plus souvent, un frère africain qui joue très facilement le rôle de négrier vendeur de sommeil !

Quand ils trouvent un travail, pourtant très rare ici en France (où le désespoir s’est emparé des nationaux), il est souvent peu gratifiant et ne suffit pas à couvrir tous les frais ! Pour faire face aux dépenses incontournables, on est tenté de plonger dans les multiples petites combines entre frères… allant souvent jusqu’à des trafics de produits illicites mais dans lesquels l’argent coule facilement…jusqu’aux inévitables incidents avec la police d’abord, et la Justice ensuite!

 

La responsabilité des dirigeants africains

Malgré toutes ces vicissitudes, beaucoup de nos frères pensent que là-bas c’est mieux qu’ici – évidemment nos politiques devraient y penser sérieusement; ce n’est pas une simple annonce électorale qui crée un million d’emplois pour les jeunes; ces mêmes jeunes qui, la tête remplie d’un espoir désespéré, vont commencer leur chemin de croix pour l’obtention d’un visa. Les uns auront une combine garantie à Adjamé, les autres réussiront à se mettre en contact avec un Blanc, prétendu ancien ambassadeur de France qui les dépouillera de leur argent, sans rien fournir bien entendu ; d’autres tenteront d’utiliser un passeport volé… Un très long parcours du combattant, jonché d’escroqueries diverses, de promesses non tenues, de vains espoirs et qui  risque de se terminer au Maroc ou en Libye, en tentant sa chance, les uns dans des camions, les autres en bateaux pourris, parfois à prix d’or, pour essayer de rallier la fameuse île italienne de Lampedusa, porte d’entrée des migrants sans papiers, une invasion si forte que les pays européens ne savent plus comment la gérer et que l’Italie menace de laisser passer tout ce monde vers d’autres pays et notamment la France, passage presqu’obligé pour rejoindre lesdits pays…

Pour ceux qui y parviennent, le prix sera constitué de peur, d’angoisse, de la faim, de la soif; certains, pris de malaises ou malades, seront jetés par-dessus bord ; les enfants, affamés, pleurant toutes les larmes de leur corps, paniqués et sanglotant à la vue des militaires étrangers venus les secourir en pleine mer.

Ceux qui seront sauvés ou qui mettront le pied, sans avoir subi de graves déboires, sur le sol étranger, seront très chanceux par rapport au trop grand nombre qui n’auront jamais pu prévoir que leur rêve fou finira dans les entrailles des nombreux poissons, dont les nombreux requins qui peuplent ces mers. Ces pauvres bougres remplis d’espoir ont commencé leur aventure en côtoyant les prédateurs qui pullulent à Abidjan, pour se retrouver, parfois inanimés, sans aucune défense face à des requins qui attendent patiemment de dévorer les prochaines cargaisons de rêveurs.

Ce « papier » n’est pas spécialement gai, mais si les lecteurs avertis pouvaient propager les alertes contenues dans ce sombre tableau, on serait en droit d’espérer briser quelques vocations improbables et, au-delà, sauver des vies qui restent d’une valeur inestimable. Mais qui sont volontairement mises en danger devant le cimetière d’espoirs que les dirigeants africains proposent à leurs peuples. Malgré les surréalistes promesses électorales.

ASSALE TIEMOKO, à Paris.

In L’ELEPHANT DECHAINE N°359

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