Nationalité ivoirienne : Fraudeurs de tous les pays, inscrivez-vous !

By: Africa Newsquick

ADO_soucieuxNous l’avions écrit, nos sources dans le réseau des faussaires nous avaient bien indiqué que les demandeurs de fausses cartes d’identité ivoirienne à Abidjan, environ 2000 personnes par jour, n’avaient qu’un seul objectif : réussir à utiliser ces vrais faux documents, plus ou moins réussis en fonction de la zone d’enrôlement, pour s’inscrire sur la liste électorale afin d’obtenir directement la nationalité ivoirienne et pouvoir soit participer au vote, soit circuler désormais avec des documents administratifs ivoiriens parfaitement authentiques.

La publication de notre dossier, après plus de 11 mois d’enquête, le 28 janvier 2014, avait créé une vive émotion parmi les lecteurs assidus de « L’Eléphant Déchaîné », toutes obédiences politiques confondues.

Un  homme politique, candidat à l’élection présidentielle future, Mamadou Koulibaly, président de Lider, nous avait appelés pour exprimer sa vive émotion devant de tels faits mais il nous avait prévenus que le Gouvernement ne ferait rien pour mettre fin à cette situation et qu’aucun confrère ne reprendrait comme cela devrait être le cas, notre dossier afin que cela fasse suffisamment d’échos pour obliger le Gouvernement à réagir.

Plus d’un an plus tard, les faits donnent entièrement raison au Président de Lider. Le Gouvernement n’a pas réagi ou a plutôt fait semblant de réagir avant de s’éclipser. Les confrères des autres journaux, pour une question aussi cruciale touchant même les fondamentaux de la République, n’ont pas jugé nécessaire de s’étendre sur la question.

Mais ne voilà t-il pas que, à cinq mois de l’élection présidentielle et au moment où l’on parle de révision de la liste électorale, des confrères, subitement, ouvrent leurs yeux et crient au scandale devant la subite circulation sur le territoire national, de plusieurs centaines de milliers de vraies fausses pièces d’identité qui sont en train d’être distribuées dans certaines parties du pays.

La semaine écoulée, des confrères dont notamment « l’Inter », ont tiré la sonnette d’alarme sur la circulation de vraies fausses cartes d’identité à travers le pays. Avant de revenir dans son édition du jeudi 21 mai sur la question avec ce titre en co-Une : « En partance pour Soubré, une dame arrêtée avec 500 mille fausses cartes d’identité». Selon le confrère, interrogée par les agents qui ont saisi ces présumées fausses cartes d’identité, la convoyeuse, une certaine Cissé, aurait répondu sans sourciller: « On m’a demandé d’aller les distribuer à Soubré. Il y a quelqu’un qui m’attendait là-bas. »

Le lendemain de cette révélation, c’est le quotidien gouvernemental qui est revenu sur le sujet, mais avec une logique plus politiquement correcte avec ce titre dans sa rubrique société à la page 14 : « Trafic de cartes nationales d’identité : «L’aide-soignante convoyait 196 CNI et non 500.000 »  Avant d’expliquer : «Dans leurs éditions de jeudi dernier, quelques journaux ont affiché qu’une femme, à bord d’un car de transport public, a été interpellée à un corridor de Gagnoa avec, en sa possession, 500 mille cartes nationales d’identité. Contactée, la direction générale de la police nationale qui suit de près le dossier, tout en confirmant l’interpellation de la suspecte, se rebiffe contre le chiffre annoncé qu’elle estime excessif. Nos sources précisent que Dame Cissé Maïmouna, 33 ans, aide-soignante dans une clinique privée à Angré (commune de cocody), a été appréhendée à un corridor de Gagnoa le 19 mai, avec en sa possession 196 cartes nationales d’identité (CNI) et non 500.000. Qui est donc Cissé Maïmouna ? D’où proviennent les 196 CNI qui, tout de même représente un chiffre assez important ? S’agit-il de fausses cartes ? Qui sont les destinataires desdites cartes ? A quoi devraient-elles servir concrètement ? S’agit-il d’un réseau de faussaires…» S’est interrogé le quotidien gouvernemental. Ça en fait des questions ! Et les réponses ? Le grand confrère en donne : « (…) Mais en attendant d’avoir les réponses scientifiques, au terme des investigations policières, il nous revient de sources anonymes que les cartes que transportaient cette femme émanent, comme rapporté dans l’une de nos éditions, d’un réseau de faussaires établis à Accra, au Ghana. La police ghanéenne, aidée de sa conseoeur ivoirienne, a démantelé le réseau et pris trois membres dont une femme. Ils ont été arrêtés et déférés devant les juridictions pénales ghanéennes… » Et quelle est la nationalité de ces personnes arrêtées et jugées au Ghana pour « fraudes sur la nationalité ivoirienne » ? Le confrère n’a pas jugé nécessaire de s’étendre sur la question. Mais il a recueilli les propos de la suspecte qui aurait dit : « J’ai été envoyée par quelqu’un. Mon rôle est d’aller remettre les cartes à un homme à Soubré qui, à son tour se chargerait de les distribuer aux bénéficiaires…» Comme c’est gentil. L’Etat utilise maintenant les services de particuliers pour convoyer des documents d’identité ?

Mais le samedi 23 mai, le quotidien gouvernemental à qui ce sujet tenait manifestement à cœur, y est revenu avec un titre des plus rassurants : «Cartes d’identités saisies à un corridor à Gagnoa : Les CNI volées devaient servir à faire des abonnements téléphoniques ». Tout d’un coup, nous voilà rassurés. La question de l’usage de ces documents a donc été résolue. Il s’agit de cartes volées qui devaient servir à faire des abonnements téléphoniques. Et c’est la suspecte qui aurait donné cette autre version ou plutôt la police ? Inutile de répondre à ces questions. Le problème est résolu donc.

 

Cacher le soleil avec une seule main

Que retenir de la gymnastique du journal gouvernemental ? Tantôt il s’agirait de réseau de faussaires installés au Ghana et démantelé, tantôt il s’agirait de cartes d’identité volée.

Mais tout ça ne résiste pas à la réalité sur le terrain qui est que, depuis quelques années, une véritable industrie de confection de vrais faux documents administratifs de tous genres s’est installée en Côte d’Ivoire tant à Abidjan qu’à l’intérieur du pays. Et « L’Eléphant Déchaîné » a mis les moyens pendant des mois pour découvrir la triste réalité qui semble étonner aujourd’hui tout le monde et que certaines personnes tentent de minimiser, à dessein.

En réalité, l’infernal quadrupède sait bien ce qui se passe. Fin janvier 2014, nous avons publié un dossier complet sur cette affaire avec toutes les preuves des faux documents que nous avions réussi, par infiltration, à nous faire  établir pour prouver l’existence du phénomène. Nous avions découvert qu’à Abidjan, environ  2000 fausses CNI étaient fabriquées par jour et distribuées à des gens qui ne sont pas des Ivoiriens.

Le dossier publié, le Gouvernement n’a pas réagi. Deux Commissaires de police en service à la Police Criminelle sont passés à notre bureau pour nous informer qu’une enquête, sur instruction du Premier Ministre, avait été ouverte sur la base de notre dossier, et qu’ils comptaient sur notre collaboration pour leur fournir des informations pouvant permettre de démanteler ces réseaux de faussaires. Après une heure d’échange, ils sont repartis en promettant de nous  recontacter dès qu’ils auraient eu des ordres précis après avoir fait leur rapport à la hiérarchie suite de notre rencontre. Nous n’avons  plus jamais entendu parler de ces deux commissaires de la police judiciaire. Ils sont là, mais après leur rapport, aucune instruction ne leur a été donnée pour que l’enquête se poursuive.

Les Renseignements généraux nous ont appelés, au motif qu’ils avaient été instruits pour nous rencontrer et collaborer sur une enquête pour mettre fin à ce fléau qui menace les fondements même de notre République. On nous a mis en contact avec un officier. On a pris rendez-vous, mais nous n’avons plus eu de ses nouvelles. Donc, le Gouvernement ivoirien, bien que conscient de la véracité de nos écrits et de la menace, n’a pas réagi. Et aujourd’hui, subitement, on découvre que le pays est envahi par de fausses CNI au moment où on parle de lancer l’opération d’inscription sur les listes électorales? Et on veut nous faire croire que ces faux documents sont fabriqués hors de la Côte d’Ivoire? « L’Eléphant » est tenté de crier à la manipulation! Ces documents sont fabriqués ici à Abidjan, dans certaines villes de l’intérieur, nous avons  donné des indications sur tous les points de fabrication de ces faux documents dans notre enquête, mettant notre vie en danger, de même que celle d’un expert en graphologie avec qui nous avions travaillé sur le dossier et sur la voiture de qui des inconnus ont ouvert le feu après publication du dossier. Il a dû déménager de chez lui. Nous mêmes, en décembre, 2014, nous avons été victime d’une tentative d’assassinat et nous avons aussi quitté notre domicile. .

Nous avons porté plainte à deux reprises auprès du parquet d’Abidjan avec des informations précises qui auraient pu permettre de retrouver les auteurs de cet acte. Mais depuis, le parquet d’Abidjan, très lentement, se presse d’ouvrir une enquête sur cette tentative d’assassinat, on ne sait trop pourquoi.

Mais le problème demeure intact et ce que nous avions annoncé est en train, sous nos yeux, de se mettre en place. Une vaste fraude est organisée sur la nationalité ivoirienne à travers de vrais faux documents que les services compétentes, à moins de disposer à porter de mains sur les routes, de matériels scientifiques capables de détecter ces faux documents, sont incapables de détecter à l’œil nu. A l’approche des élections et de l’inscription sur les listes électorales, les milliers de personnes étrangères qui disposent aujourd’hui de vraies fausses pièces d’identité ivoirienne, ne rêvent que d’une chose : s’inscrire avec ces faux documents sur la liste électorale. Ce qui ferait d’elles de facto, des Ivoiriens. C’est cela le vrai enjeu. Il faudra donc surveiller le nouveau collège électoral qui a participé aux dernières élections. Il était d’environ 5,7 millions d’électeurs. On verra bien ce que la nouvelle liste électorale donnera.

Les autorités, à moins que cette situation, comme le disait un diplomate, ne leur profite, gagnerait à mettre fin à cette fraude sur la nationalité ivoirienne et sur d’autres documents administratifs.

Parce qu’il est toujours moins fatiguant de dire la vérité…

Et avec ça, au ministère de la Justice, malgré le vote de la loi sur l’apatridie et la facilitation des conditions d’accès à la nationalité ivoirienne pour une certaine catégorie de personnes, les gens ne se bousculent pas pour emprunter cette voie royale qui leur a été tracée…

ASSALE TIEMOKO (In L’Eléphant déchaîné N°353)

1 Comment

  • FRANCSCHESCO:

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