Martial Ahipeaud, candidat à la présidentielle de 2015: «Quand je dis à Ouattara de se retirer, c’est parce que je connais la fin du film»

By: Africa Newsquick

ahipaud2Dans le cadre de notre rubrique «Débâts démocratiques» réservée à tous les candidats à l’élection présidentielle, « L’Eléphant » a récemment reçu Martial Ahipeaud. La première partie de notre entretien a été diffusée dans le N° 348 du mardi 12 au jeudi 14 mai derniers. Ci-joint la seconde partie du même entretien qui prendra fin le vendredi prochain.

 

 

C’est selon vous (que l’investiture de Ouattara a été un échec)…

Bon! Moi, je suis en train de regarder. C’est vous qui êtes les journaux. Quand on fait la comparaison, bon! Là, il a été obligé de prendre un petit avion pour rapidement se faire soigner à Paris. Mais bon, c’est l’émotion hein! Je crois que c’est l’émotion. Non mais, il n’a qu’à se rendre compte que c’est faux! Est-ce que vous comprenez? C’est faux! Parce que je vais vous dire. Vous savez, voilà Diby (il touche de la main son collaborateur). Diby est Baoulé. Alors mois je suis professeur à l’Université hein! Donc je suis spécialiste des discours. Moi j’analyse le discours, et je suis un professionnel pour ça. Alors discutant avec mes amis, le terme que Bédié a choisi pour qualifier les Banny, ce n’est pas un terme anodin. C’est très profond! Parce que, c’est-à-dire ce sont des gens qu’on ne peut pas «doufler». C’est ça non? En Baoulé, c’est ce que ça veut dire. Les irréductibles, c’est-à-dire des gens qu’on ne peut pas distraire. Mais donc qui distrait qui? Vous voyez ce que je suis en train de dire? Ce que je suis en train de dire simplement, c’est que Bédié pouvait traiter les Banny de faux types, de bandits de grands chemins, de rebelles, de vagabonds. Il n’a pas choisi ces mots. Il a dit ce sont des gens qu’on ne peut pas «doufler», c’est-à-dire des gens qu’on ne peut pas distraire. Chacun est en train de jouer son rôle. Ouattara n’a qu’à se rendre compte que c’est un «gôpô» (ndlr mixture traditionnellement utilisée dans certaines traditions, pour l’ordalie) ils sont en train de lui donner. A partir de ce moment-là, l’affaire-là, il n’a qu’à laisser. Il a dit c’est un seul mandat. Il a fait son mandat, il s’en va. Parce que là, il va prendre la honte. Et puis il va prendre un K.O. Nous, on va s’arranger pour qu’il prenne un K.O. Il est train de provoquer les jeunes militaires, il y a le front social qui monte parce qu’il ne va pas aller aux élections. On connaît le plan. Créer les choses. L’article 48 de la Constitution le dit, en cas de choses, il n’y a pas d’élection. Non mais, il ment!

 

Vous pensez que c’est lui qui est à la base de tout ça?

Pourquoi, il peut partir à Tiébissou, je ne sais pas sur la route d’Abidjan, dire que je vais dégager tout. Pourquoi c’est maintenant qu’il dégage les jeunes combattants? Pourquoi c’est maintenant, il les dégage? Pourquoi, pour la première fois en Côte d’Ivoire, c’est lui qui décide que, comme les enseignants ont grevé, donc lui, il va couper leurs salaires? Pourquoi? Or, il sait très bien que s’il coupe les salaires, les gens vont grever. Il n’y aura pas cours, les étudiants vont rester dans les cités «U», etc. Mais qu’est-ce qu’il est train de créer? Un contexte qui justifie éventuellement l’impossibilité d’organisation des élections. Vous comprenez! Mais nous voyons que c’est un complot qui est cousu avec du fil blanc. Il a perdu la bataille, il n’a qu’à laisser. Ce qui est simple, il réunit les Ivoiriens: «Vous avez dit que je ne pouvais pas être candidat dans ce pays, j’ai été président. J’ai fini ça. Donc maintenant là, prenez votre pays et puis faites ce que vous voulez, je m’en fou de vous!» Et puis nous on applaudit avec les deux mains, on l’accompagne même. On dit «prési! prési! prési!»  Et puis c’est fini, on s’assoit, on règle nos problèmes. Mais là où il est en train de partir là, je pense qu’il sait que ce n’est pas bon. Nous, on ne souhaite pas que ce qui s’est passé en 2010 arrive. Parce que c’est lui seul qui parle à la télé, c’est lui seul qui fait tout, il fait du bruit dans le pays. Mais est-ce qu’il a déjà permis même à Ahipeau de venir faire 1 heure, 2 heures à la télévision? Vous pouvez demander à Affi N’Guessan, lui seul peut venir parler des heures.

 

Affi, il a essayé dans l’émission «Parlons franchement»

Non, c’est parce qu’il fait leur jeu. Vous savez, nous là, on est des anciens, même si on est jeune. Je vais vous donner, ce n’est pas un dicton, mais une pensée de Mao Tsé Toung.  Mao dit que «le jour que ton adversaire te félicite, c’est tu as un problème». Oui, le jour que ton adversaire te dit: «Camarade démocrate vraiment tu fais un bon travail, c’est que tu travailles pour lui». Si le RDR invite Affi N’Guessan à la télévision, c’est parce qu’il travaille pour eux, c’est tout. Ils n’ont qu’à nous inviter et puis on va voir s’ils vont accepter. Il y a un Bakayoko à la tête de la RTI, il y a un autre au ministère, il y a un autre niveau de la CEI, le militaire, c’est un Bakayoko. Maintenant, on nous a mis un Koné au Conseil constitutionnel. Bon! On n’a qu’à être un peu sérieux! Ce ne sont pas les Bakayoko et les Koné  qui dirigent la Côte d’Ivoire, quand même! Ils ne constituent pas 95% de la population ivoirienne, encore moins les brillants intellectuels ivoiriens. On n’a qu’à être un peu sérieux! La Côte d’Ivoire n’a pas connu ce qu’on est en train de voir là. Et ça, c’est inadmissible! Moi, je suis choqué que des Ivoiriens soient capables même de se mettre à côté de ce monsieur, et même brandir leurs doigts. C’est honteux! Mais le moment vient où on va leur dire cela.

 

Mais pourquoi? C’est un candidat comme tout autre.

Ce n’est pas un candidat comme tout autre. Quand on devient président de la République,  on dit on est président de la République. Ça ne veut pas dire président de Kong hein! On n’a pas dit président de Lakota. On dit tu es président d’un pays. Un pays, il y a combien d’ethnies, combien de personnes? Voilà, on classe, on fait tout pour que chacun se reconnaisse dans l’Etat. Est-ce que vous voyez un peu? Même si ce sont tes partisans, mais aujourd’hui, c’est une coalition qui est au pouvoir. En quoi est-ce que cette coalition est au pouvoir, quand on voit les composantes qui dirigent le pays? Quand on voit les contrats qu’on passe au niveau même de tout ce qu’il y a eu comme programme d’urgence. Les entreprises qui en bénéficient, on a les chiffres qui sont assez clairs. Quand par exemple toutes les entreprises de constructions sont liées à des intérêts d’un pays qui est de la sous-région. Nous avons les détails.

 

De quel pays de la sous région s’agit-il?

On n’a pas besoin de vous le dire. C’est vous qui êtes les investigateurs. Je vous le dis, quand vous prenez la structure des marchés publics aujourd’hui, vous savez que près de 80% ont été faits de gré à gré. Pourquoi plus de 80%? Même la Banque mondiale a dénoncé cela. Mais pour quelle raison? Pour la simple raison qu’il savait à qui il donnait ces marchés. C’est pourquoi Ouattara peut dire tranquillement que l’argent circule. Si l’argent ne circule que dans le camp Ouattara. Et ça, c’est inadmissible! Parce qu’à la fin de cette procédure-là, les 3 mille milliards sinon les 2 mille milliards que nous devons rembourser parce que ce sont des intérêts, et ce n’est pas son clan qui va le faire! C’est toute une génération et nous, on a souffert des ajustements structurels, pour la raison simple que monsieur Bédié a fait faire faillite à la Côte d’Ivoire, en 1977. Et ça nous a créés 30 ans de problèmes. Et aujourd’hui, on est en train de voir la même chose. Et cette fois-ci, les deux sont ensemble.

 

Monsieur Ahipeaud, à vous entendre parler, vous nous donnez l’impression d’être un modèle parfait pour les Ivoiriens. Qu’est-ce que vous comptez apporter de nouveau dans le paysage politique ivoirien? Nous rappelons qu’en 1999, après le coup d’Etat militaire, vous avez travaillé aux côtés de l’ancien chef de l’Etat, Guéi Robert.

Moi, je n’étais pas militaire. Et je n’ai pas supporté le coup d’Etat.

 

Vous étiez le conseiller de l’ex-chef de l’Etat qui avait promis balayer la maison ivoirienne mais qui finalement s’est accroché au pouvoir; et on a vu à quoi cela a conduit.

Vous savez, moi je suis sérieux! Il faut qu’on précise les choses clairement. Toute la Côte d’Ivoire est témoin que je suis arrivé ici (en Côte d’Ivoire, Ndlr) 4 ou 5 mois après le coup d’Etat. Vrai ou faux? Je suis arrivé ici, il y a eu les 10 ans de la FESCI, et c’est dans ce cadre là. Le coup d’Etat a eu lieu en décembre, je suis arrivé ici à la veille des 10 ans. On est d’accord là-dessus? Et pourquoi je suis arrivé? Parce que la junte militaire, à un Conseil extraordinaire des ministres, s’est rendue compte qu’il y avait la guerre des machettes. Qu’aucun d’entre eux ne pouvait éventuellement séparer les jeunes. Et c’est comme ça le général Palenfo et le général Coulibaly ont demandé qui pouvait régler le problème. Et le commandant Gaoudi Oulata que j’avais reçu à Londres, dans le cadre de son exil, a suggéré qu’on me fasse venir, pour les aider à régler le problème. J’ai été donc un Conseiller dans le cadre de la crise des machettes. C’est pour ça que tout à l’heure quand vous m’avez demandé, j’ai dit que c’est cette période là que moi, je n’ai pas aimé (à la FESCI ndlr). Parce qu’au moment où les Ivoiriens dormaient, moi je vivais la guerre civile déjà parce que j’ai vu les jeunes se découper. Moi j’ai transporté des gens qui étaient pratiquement morts. Donc c’est sur cette base que lorsque j’ai fini cette guerre ou que j’ai pu régler le problème, j’ai mis en place une commission. Et nous sommes allés, ce sont des anciens, ils sont encore présents, je pourrai vous donner leurs noms pour vérifier l’information, nous avons fait quatre rencontres, deux avec Gbagbo, deux avec Ouattara. Nous avons souhaité qu’ils fassent un gentleman-agreement parce que  ce nous sommes en train de voir au niveau de l’Université, ça va se dupliquer au niveau de la société civile, si éventuellement, ils ne trouvent pas une solution. La thèse de Ouattara a été claire: «Il y a eu un coup d’Etat, on doit tous aller aux élections, c’est Gbagbo qui est train d’instrumentaliser les militaires». Donc lui, en tout cas, il est sur sa position. Koudou (ndlr Laurent Gbagbo), a dit que «dans tous les cas, les militaires, ils savent ce qu’ils font». Bref! Les deux nous ont fait comprendre qu’ils étaient dans leur jeu. Et c’est par rapport à cela que moi, lorsque je me suis retiré, et qu’on m’a demandé de venir aider Guéi, j’ai accepté, parce que je n’étais pas d’accord avec cette stratégie là. J’ai fait la rupture avec le FPI, à cause de ça. Vous savez ce que ça veut dire! C’était lourd, mais il le fallait, parce que j’ai estimé qu’ayant vécu une guerre en miniature, que la Côte d’Ivoire ne méritait pas de vivre cette guerre-là, dans le vrai. Bon! A une époque, qui pouvait penser que ce que je disais  était vrai? C’est ça qui est la vérité! Quand je l’ai dit, on a discuté vis-à-vis. Moi, on m’a mis en minorité. Et nous, nous sommes des militants. On a été formé et il y a une ligne qui a triomphé. C’était celle de la prise du pouvoir par tous les moyens. Nous avons considéré qu’elle va nous mettre dans une dynamique de guerre qui va nous perdre tous les acquis de la démocratie. Ça a été un débat houleux, avec tous les camarades de la gauche. Mais bon, j’ai été mis en minorité. A la fin, c’est la ligne qui a triomphé, mais ça n’a pas duré. Janvier, 1er coup d’Etat, septembre 2002, 2ème coup d’Etat, guerre civile. Crise postélectorale, combien de milliers de morts? 3 mille officiellement?  Non! On sait très bien que c’est plus de 3 mille morts! Donc moi, je suis quelqu’un d’intègre. Voilà! Quand je ne crois pas en quelque chose, je ne le fais pas! Je ne fais pas de demi-mesure avec les choses auxquelles je ne crois pas. Si j’étais persuadé que nos camarades de la gauche avaient raison, je les aurais soutenus. Même qu’après la guerre, j’ai vraiment travaillé hein! Parce que je savais. Moi j’étais déjà en avance, moi je préparais la sortie de guerre, depuis les élections de 2000. C’est pour ça que j’ai pu faire des propositions qu’ils ont utilisées pour les Accords de Ouagadougou. Est-ce que vous voyez? Et là encore, quand j’ai fait ces propositions, j’ai convaincu Soro que j’ai rencontré pour dire si le président t’appelle, faites tout pour vous asseoir pour discuter! Alors nous, on est en train d’éteindre le feu que les gens ont allumé depuis 1999. Est-ce que vous voyez? Et c’est ce que nous continuons de faire jusqu’aujourd’hui. Quand je dis à Ouattara de se retirer, c’est parce que je connais la fin du film. Donc personnellement, ce que j’apporte de nouveau, c’est ma personne, c’est ma franchise, voilà! Si je ne crois pas en quelque chose, je ne marche pas!

 

On  peut donc estimer que Soro vous doit beaucoup de choses?

Non! D’abord, c’est mon petit. Ça, c’est ça qui est la vérité, voilà! Soro, je l’ai formé. C’est, comme on le dit dans le milieu des fescistes, un de mes éléments. Et puis, c’est un garçon qui est très intelligent. Vous savez, ce n’est pas facile. Je ne veux pas faire l’apologie de la rébellion, mais c’est un civil qui a dirigé des militaires, et pas des moindres. C’étaient des commandos, parce que la rébellion  a été faite par les commandos qui ont fait la guerre en Centrafrique. C’est eux qui ont stabilisé la Centrafrique, avant 99. Ce sont les mêmes, ce ne sont pas des étrangers. Pour vous dire que n’eut été sa capacité effective, il n’aurait pas maintenu le cap jusqu’à devenir président de l’Assemblée nationale. Donc je suis quand même un peu fier de dire que c’est un élément qui a été formé, bien formé aux rouages de la technicité politique. Même si ses choix ne m’engagent pas! Parce que moi, sur ce point, on a eu un débat. Dès le départ, je lui ai dit que ce n’était pas bon. C’est vrai qu’il me garde une rancune pour ça, mais au départ, je lui ai dit que ce n’était pas bon. Il y a un secrétaire général, un secrétaire général doit travailler pour la Côte d’Ivoire, pas pour une partie de la Côte d’Ivoire.

 

Lors de votre speech tout à l’heure vous avez dit que vous êtes un homme intègre, c’est ce que vous avez dit….

Je peux me décrire ainsi.

 

Moi je veux revenir sur la situation que nous vivons actuellement en Côte d’Ivoire au niveau de la corruption qui a pris vraiment un pan inespéré. Qu’est-ce que vous pouvez apporter à ce niveau?

Il y a des mesures qui sont vraiment simples parce qu’en Côte d’Ivoire, la corruption vient de quoi? Elle vient de la circulation du numéraire. Il y a des mesures qui sont simples; que l’Etat demande aux gens de ne pas faire de numéraire au-delà d’un million  c’est-à-dire faire des transactions cash; je pense que déjà d’un point de vue structurel, ça résout beaucoup de choses parce que pour que quelqu’un donne 10%  du montant d’un marché à un agent de l’Etat, il faut bien qu’il ait  ce cash là qui circule quelque part.  Mais si d’un point de vue structurel, on ne peut pas retirer plus d’un million sans justifier, je crois que l’une de ces petites mesures parmi tant d’autres, pourrait régler le problème. Deuxièmement, vous savez, moi je connais la Côte d’Ivoire, les Ivoiriens. Moi je suis Ivoirien et ce que j’ai observé, c’est la capacité des Ivoiriens à suivre leur leader. Les Ivoiriens, quand quelqu’un est bon ils vont le suivre, mais quand il  est mauvais, ils font pire que lui.  Vous comprenez ce que je dis? Ce que je suis en train de dire, si un leader vient et dans sa gestion… Moi j’ai été secrétaire générale de la FESCI et ceux qui ont travaillé avec moi savent comment je suis. Moi je suis parti de la Présidence de la République, je suis parti du cœur du système. Mais moi je ne me suis jamais assis avec quelqu’un pour négocier quoi que ce soit malgré que c’était très très dur, est-ce que vous voyez? Moi je suis un enfant de Cocody, je ne suis pas un enfant de village mais j’ai assumé mes responsabilités en toute intégrité,  de telle sorte qu’avant que le général Guei ne soit tué, j’ai rencontré Jean Vincent Zinsou, chez lui. Jean Vincent Zinsou qui était le directeur général du CNOU (Centre national des œuvres universitaires ndlr). Il a dit bon, «ce garçon, c’est le meilleur de sa génération».  Et puis Guéi l’a regardé, il lui a dit «tu dis quoi?» Il a répondu: «Si, moi j’ai été directeur général du CNOU. Quand il fallait le loger c’est monsieur Benkiri qui m’a appelé de la Présidence, pour dire, ‘’je t’envoie un de mes fils, il faut que tu le loges’’. Mais quand il a été secrétaire général de la FESCI, je ne l’ai plus vu, jusqu’à ce qu’il parte … Ses amis même, c’est moi qui ai payé leur transport pour partir à l’étranger.» Donc c’est pour vous dire qu’on ne prêche pas dans le désert, on est ce qu’on est, vous comprenez! Et moi je suis persuadé que ce dont la Cote d’ivoire a besoin, ce n’est pas seulement des individus, mais une équipe capable de travailler ensemble vous voyez, c’est pour cela que je crois en la coalition. Et puis que le caractère des uns et des autres a un impact, moi je suis persuadé que si je suis dans une équipe je ne vais pas dire que je vais éteindre la corruption, mais se serait un peu difficile que les gens se comportent comme des vagabonds, comme on le voit aujourd’hui.

 

Et donc quel est votre jugement de la gestion du pouvoir actuel?

Ah non, non, c’est une catastrophe morale, et vous le  savez très bien!  Vous savez très bien que la corruption n’a  jamais atteint un summum aussi  jamais égalé sous Ouattara que  nulle part ailleurs….Non, non!  Ce régime est le plus corrompu qu’on ait jamais vu, et c’est ce qui est la vérité, voilà. Moi j’ai vu il y a deux ou un mois,  une entreprise russe ‘’Gazprom’’ qui  avait eu si vous voulez des permis d’exploitation minière à Guiglo, mais qui a dû rendre le tablier et qui est rentrée, qui a fermé. Et pour quelles raisons? Parce qu’il n’y a pas un jour où ces entreprises-là ne sont pas opprimées en termes de rackets, est-ce que vous voyez? Les gens peuvent dire beaucoup de choses, mais la réalité est là, combien de multinationales en dehors de celles qui reçoivent l’argent de l’Etat c’est-à-dire qui ont participé à un marché public,  ont investi dans le pays …? Combien sont-elles, on va faire le bilan parce que c’est le moment des bilans, parce que la création d’emplois ne vient pas simplement de l’emprunt obligataire que l’Etat  injecte dans l’économie nationale, ça vient aussi du fait que les multinationales  peuvent investir, indépendamment des accords qu’elles ont avec l’Etat.  Quelle a été  la part de ces investissements privés dans l’économie aujourd’hui?  C’est la question qu’on peut poser à Ouattara, qu’il nous réponde! Et je ne suis pas sûr qu’il nous dira exactement quel est le taux de chômage dans le pays; le DG de l’Agepe (Agence de gestion et de promotion de l’emploi ndlr) a raconté n’importe quoi, comme quoi la Côte d’Ivoire a 5% de taux de chômage;  donc la Côte d’Ivoire  est plus performante  que la France? Donc pour vous dire simplement qu’en réalité, la corruption ne se combat pas  si simplement en faisant des déclarations, mais en vivant les principes pour lesquels on se bât! Nous nous battons pour que la Cote d’Ivoire soit bien gouvernée parce que nous mêmes, nous avons posé des actes dans le passé de lutte contre la corruption,  et donc par rapport à cela, je crois que je suis suffisamment cohérent dans ma démarche, depuis 25 ans.

 

Vous avez dit tout à l’heure, que les Ivoiriens savent suivre celui qui les guide.  On a remarqué aussi qu’en Côte d’Ivoire si vous n’êtes pas affilié à un parti politique, c’est difficile de gagner une élection. Donc sur quoi comptez-vous, pour gagner?

Moi je pense que ça dépend de la démarche. Vous voyez, les partis ont fait un complot dans la constitution, et je vais dénoncer ce complot-là!  Voilà une constitution qui permet l’élection du président de la République à deux tours,  mais qui impose un seul tour pour les autres élections; pour quelle raison? Les intellectuels doivent s’interroger pour la raison simple que le mode d’élection à un seul tour permet la consolidation des bases ethniques, qui deviennent en ce moment les instruments des partis politiques. Est-ce que vous voyez, voilà ce qui est fait, qu’aujourd’hui; il ya des bastions mais si on pouvait changer ce mode électoral là, les choses allaient changer. Pour vous dire simplement que les gens ne sont pas innocents, dans ce qui se passe dans le pays. Maintenant, qu’est-ce que nous, nous voulons faire? Nous voulons faire imploser le système de telle sorte que le vote ne soit pas un vote tribal, encore moins technique, mais qu’il soit social. C’est-à-dire que les individus votent en fonction de leur conception et de leur vison de la société. Peut-être que les gens vont penser que c’est à la limite de l’idéalisme, les gens diront cela, mais moi, je vous mets au défi qu’en 2015, nous allons réaliser ce vote là!

 

Vous pensez que les Ivoiriens sont assez «matures» pour préférer l’idéologie à la politique?

Bien sûr! Moi je suis historien, moi je vous rappelle l’histoire. En 1945, ceux qui ont fait qu’Houphouët est devenu député en Côte d’Ivoire, ce n’est pas les Baoulé. Est-ce que vous savez cela? C’est l’UCOCI, l’Union des cadres de Côte d’Ivoire parce qu’à cette époque-là, il y avait un cadre de l’Ouest Etienne  Djoman, qui était candidat contre Houphouët. Ce sont les cadres de l’Ouest qui ont trouvé Etienne Djoman, qui lui ont dit «non retires-toi, parce que le programme du candidat Houphouët est le meilleur!» Alors si les gens ont fait ça en 1945, ce n’est pas aujourd’hui qu’ils ne vont pas faire cela! Ce que je suis en train de dire  c’est que les gens ont trafiqué l’histoire de notre pays, vous voyez? Parce qu’il ya des moments historiques dans notre pays, où les gens ont pris des décisions non pas sur la base de leur intérêt personnel ou ethnique, mais effectivement par rapport à leur idéologie. Je donne un cas qui est simple : Vous vous rappelez de la coordination de Korhogo,  c’était Maître Lanzeni Coulibaly qui avait invité les 4 leaders, vous voyez de l’opposition à Korhogo, c’était un message fort mais c’est la pression d’Houphouët Boigny et  son alliance historique  avec l’aïeul  qui a fait que Lanzeni a été obliger de reculer ;  mais imaginez-vous que Lanzeni  n’ait pas reculé, la configuration que nous aurions eu  dans notre pays, de la classe politique qui aurait été différente parce qu’il aurait envoyé avec lui si vous voulez un électorat qui aurait été  différent de celui que le PDCI et les autres avaient. Bref nous sommes aujourd’hui dans la reconstruction post-crise de notre pays et si vous voyez   aujourd’hui notre coalition, cette coalition là regroupe l’essentiel de la Côte d’Ivoire: Nord, Sud, Est, Ouest, Centre et pourquoi? Parce qu’on se rend compte  que tout ce qui s’est passé était la faute des élites. Et il est important qu’on reconstruise la Côte d’Ivoire sur des bases nouvelles c’est à dire sur des bases idéologiques et politiques, et non plus sur des bases ethniques, de telle sorte que quand on sort de cette histoire-là, on se retrouve en tant qu’Ivoirien, on ne se retrouve pas en tant que Baoulé, en tant que Dioula, en tant que Dida. D’ailleurs on a atteint la limite de ce système-là, donc nous nous sommes en train de nous battre, et je pense que ça va porter fruit.  Moi j’ai travaillé avec des jeunes issus de plusieurs partis politiques au sein du groupe technique qui a rédigé notre charte,  mais je me suis rendu compte  que c’était d’abord des Ivoiriens.

 

Vous avez dit tout à l’heure qu’on a atteint la limite mais la formation des partis politiques est déjà ethnique, comment gérer ça?

Mais justement, c’est ce que nous sommes en train de dire. Nous sommes dans une période de transition entre le système néocolonial qui a été légué à la Côte d’Ivoire et qui a géré le pays jusqu’à aujourd’hui, et un nouveau système qui va être fondé sur une démocratie participative effective; pour la raison simple que les partis eux-mêmes se rendent compte que lorsque tu as un président fou à la tête d’un pays dans une telle dynamique,  mais c’est extrêmement grave! Je veux croire qu’on est suffisamment intelligents pour se dire que quand on a  vécu une telle histoire, on ne doit pas la recommencer. Je donne un cas qui est simple : Vous voyez aujourd’hui les partis politiques sont en train d’imploser, pour quelle raison? Parce que le président de la République c’est le roi du pays, est-ce que vous voyez qui ne va pas plaire au roi? Donc les gars du PIT (Parti ivoirien des travailleurs ndlr) se lèvent pour dire non Ahizi, tu n’as pas raison, tout simplement parce qu’ils veulent plaire au roi, vous voyez non? Mais quand on est sorti de cette histoire-là, est-ce qu’on a continué? Donc on redéfinit le cadre, on rediscute  du contexte constitutionnel et institutionnel, ont met en place des mécanismes de gestion qui sont différends de ce qu’on a eu par  le passé. Est-ce que vous voyez? Notamment en ce qui concerne la gestion de l’Etat, en ce qui concerne le départ ou l’arrivée à la tête du pays et quand on a mis en place cette dynamique structurelle, institutionnelle, je crois que dans ce cadre on a une nouvelle histoire qui commence. Donc nous pensons que nous sommes aujourd’hui à l’orée d’une renaissance de la Côte d’Ivoire et comme vous le  savez notre pays est un leader en la matière. Lorsque le Syndicat agricole s’est réuni et a décidé qu’il fallait lutter, on a eu l’indépendance 15 ans plus tard. Est-ce que vous voyez ?  Et la Côte d’Ivoire est un moteur de l’Afrique, voilà notre place, notre place n’est pas de nous recroqueviller entre nous et parler Agni et Bété. Notre place, c’est d’être un pays leader qui entraîne les autres pays du continent vers des portes positives. Donc nous sommes parfaitement conscients que c’est une responsabilité historique qui est extrêmement lourde et qui nécessite beaucoup de dextérité de la part cette élite là, pour conduire cette bataille jusqu’au bout.

 

Vous avez parlé tout à l’heure de la charte que vous avez tout récemment élaboré c’est-à-dire que les irréductibles, la 3ème  voix…Nous avons reçu ici monsieur Kablan Brou, nous vous recevons aujourd’hui, nous lisons dans les journaux, mais vous avez une telle assurance ; est-ce que vous êtes sûrs que vous pouvez faire plier Ouattara? D’où  vous vient cette assurance-là?

Mais c’est parce que je suis historien et je sais qu’on a raison. Vous savez, la mobilisation, ce qui s’est passé le samedi (le 25 avril ndlr) avec Ouattara, ce n’est pas parce que les militants du RDR n’ont pas voulu partir mais ils ne sentent pas la chose, vous comprenez, ils savent qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Mais qu’est-ce qui ne vas pas? Ça ne va pas avec leur âme, ça ne va pas avec leur vision, il y a une cassure parce que les gens se rendent compte que c’était faux, le discours a été différend de la pratique. A partir de ce moment-là,  il y a une, je ne dirai pas une rupture, mais il y a un petit recul, et c’est en ce moment-là qu’il faut qu’on pose les vrais problèmes. Qu’on ne pose pas le problème du départ de Ouattara comme étant une punition par rapport à lui-même, non! Ce qu’on dit, c’est qu’il faut qu’il soit honnête avec lui-même, qu’il applique ce qu’il a dit; c’est ce qui est simple, est-ce que vous voyez? Or nous, nous sommes des gens qui avons appliqué ce que nous avons dit depuis 25ans,  c’est de cela que vient notre assurance, que si nous parlons au peuple de Côte d’Ivoire, à son âme et à son intelligence, le peuple de Côte d’Ivoire est certain que les gens comme Ahipeaud, quand ils ont dit quelque chose, ils l’ont toujours fait!  Parce que quand ils avaient l’occasion de dire oui ou non, ils ont fait ce qui était juste, et c’est à partir de ce moment-là que le débat ne va pas être un débat de personnes. Donc c’est parce que nous savons que historiquement, nous sommes dans le juste; et ce sont  des points qui sont simples, je donne un cas: Il y a eu une crise postélectorale qui a continué jusqu’aux élections municipales, c’est qu’il y a un problème dans le pays, vrai ou faux? Mais comment on fait pour résoudre le problème, nous ont dit simplement que quand on a voté ici aux ‘’Oscars’ (sous-quartier d’Angré dans la commune de Cocody à Abidjan, ndlr) au bureau des votes des ‘’Oscars’’, mais c’est simple.  Avec la technologie, qu’on publie les résultats en temps réel, c’est-à-dire que quand on a fini le vote aux ‘’Oscars’’ on sait que Ouattara a eu tant, Ahipeaud  a eu tant, Banny a tant, Essy a eu tant… Et puis les résultats sont communiques de façon numérique aux candidats, à la Commission électorale, ça là ce n’est pas possible? Pourquoi Ahmed Bakayoko peut nous faire un Code électoral qui nous demande encore de faire un autre recomptage à la mairie centrale de Cocody? Quand vous voyez le boulevard Latrille en temps normal, est-ce qu’on peut partir des ‘’Oscars’ ici simplement, pour aller à la mairie centrale, sans problème? A plus forte raison quitter mon village de Dèblèla pour arriver à Lakota. La route est longue, c’est de là que viennent les problèmes!

A suivre (In L’Eléphant déchainé N°350)

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