Les « Monmonseurs » sont partout ! (L’éditorial d’Assalé Tiémoko)

By: Africa Newsquick
Assalé Tiémoko, DG de L'Eléphant déchainé

Assalé Tiémoko, DG de L’Eléphant déchainé

Un article anodin écrit par Ali Touré, journaliste à « L’Eléphant Déchaîné » après un tour dans les locaux du ministère de la Promotion de la Jeunesse, des Sports et Loisirs. Un article qui n’a fait qu’évoquer superficiellement un rapport de l’Inspection Générale du Trésor à la suite d’une enquête ordonnée par le Directeur Général de cette institution, Koné Adama, l’homme par qui le scandale a été découvert.

A la suite de cet article et comme Jupiter rend toujours fou celui qu’il veut perdre, c’est le Chef de Cabinet du Ministre Lobognon, un certain Beugrefoh Fulbert, faisant preuve d’un incroyable manque de contrôle, qui s’est déchaîné sur les réseaux sociaux, « Facebook » notamment, en traitant le premier responsable de l’Infernal quadrupède de tous les noms de « Monmonseurs » (une expression du ministre Lobognon qui signifie selon lui, « les débalousseurs », c’est-à-dire les voleurs d’argent).

Ce Chef de Cabinet (lire page 5), ignorant absolument les textes qui régissent le fonctionnement de la presse ivoirienne en matière de droit de réponse, a mis au défi les animateurs de « L’Eléphant Déchaîné » d’apporter la moindre preuve que lui et son chef Lobognon ont eu à toucher à un centime de l’argent de la CAN et, prenant son courage à deux mains, la main sur le cœur et le cœur rempli de billets de banque, a affirmé que les primes des joueurs ont été « pompées » par le Régisseur qui a distribué une partie de cet argent au premier responsable de « L’Eléphant Déchaîné » pour bénéficier de sa protection. Bien sûr, il détient des preuves accablantes qui lui ont permis d’oser une telle affirmation soutenue par son patron sur les antennes de « Radio Nostalgie » : « Je ne suis pas loin de ce qu’il dit… » A approuvé Alain Lobognon qui ne sait pas que la loi interdit à une personne incriminée dans un article de presse de réagir ailleurs autrement que dans le journal où son nom a été évoqué !

A la suite de cette prise de position officielle de Lobognon qui a même affirmé que l’argent des joueurs a bel et bien été « détourné », un commando de journalistes sportifs – dont certains auront du mal à justifier les fonds qu’ils ont reçus dans le cadre de cette CAN s’ils sont interrogés par les enquêteurs qui n’ont pas encore reçu l’ordre de démarrer leur enquête judiciaire (les rapports et les pièces du dossier étant encore à ce jour entre les mains de l’Agent Judiciaire du Trésor) – ont débarqué sur les réseaux sociaux pour défendre le ministre à coups de tableaux muets et d’écrits diffamatoires contre le patron de l’infernal quadrupède, accusé d’avoir reçu des dizaines de millions pour détruire le Ministre Lobognon. Les méthodes classiques des rats qui écument le milieu de la presse ivoirienne et dont le rôle est de brouiller les pistes chaque fois qu’un scandale éclabousse une personnalité avec qui ils ont quelques billets en commun, oubliant leur devoir de vérité vis-à-vis de toute autorité, malgré la nature des rapports qui les lient à ces autorités. Quand on leur réclame les preuves de leurs affirmations, ils ont toujours la même réponse : « Ne vous pressez pas, on y travaille… » C’est-à-dire qu’ils n’ont rien du tout!

Mais tout cet activisme de Beugrefoh, de Lobognon lui-même et de ses « communicants » n’ont pas altéré l’ardeur de « L’Eléphant » à continuer ses investigations, malgré les menaces, pour faire éclater une partie de la vérité parce qu’il n’a pas la prétention d’avoir fait éclater toute la vérité dans cette affaire. Il appartient aux autorités de dire aux Ivoiriens, à la suite de l’enquête qui n’a pas encore débuté (du moins l’enquête judiciaire), ce qui s’est réellement passé et quelles sont les responsabilités des uns et des autres (FIF, Ministère, Régisseur, certains journalistes ayant bénéficié de certaines largesses inexplicables et qui se cachent en ce moment, des députés, des chauffeurs qui se sont fait passer pour des chargés de missions, etc.).

D’ici là, « L’Eléphant » qui, comme chacun le sait, n’affirme rien sans s’entourer de quelques précautions, a, dans son édition du mardi 7 mai, annoncé que les ministres en mission hors du pays avaient été appelés à rentrer d’urgence avant le mercredi 13 mai. Eh bien, c’était pour la photo de famille qui devrait être prise à la suite du réaménagement technique qui devrait suivre le mercredi en conseil des ministres. Et sur la page « Facebook » de son premier responsable, on a pu lire dans la nuit du mardi 12 mai, ce petit texte : «Trois buts à un peut-être? Ce serait un score sans appel… Mais on en a tellement entendu…qu’on se dit, eh bien on verra! Et les portes de la Maca qui pourraient s’ouvrir pour quelques-uns dans la foulée!!!»

Un texte énigmatique que beaucoup n’ont pu décrypter et qui n’a été décrypté que le mercredi après le communiqué de la Présidence lu par le Secrétaire général, Amadou Gon Coulibaly : « TROIS BUTS A UN. Comme je l’ai annoncé hier de façon énigmatique, le score est bel et bien de trois buts à un. Un ministre sort, trois rentrent. On n’écrit jamais rien hasard à « L’Eléphant déchaîné ». Bonne journée à tous. » Comme on le voit, depuis le mardi, « L’Eléphant » savait donc tout. Qui devait sortir du Gouvernement, qui devrait y entrer…

Le Ministre des Sports est donc tombé, étouffé par le nombre de buts encaissés dans l’affaire des primes impayées des joueurs. Les centaines de « tweets » balancés sur Internet et les insultes grossières de son Chef de Cabinet qui lui, contrairement au ministre, ne bénéficie d’aucune immunité et devrait bientôt se retrouver devant les tribunaux, n’ont pas suffi à le sauver.

Alain Lobognon n’a pas démissionné pour faire éclater la vérité. Un acte qui dans tous les cas de figure, l’aurait grandi et augmenté la sympathie des Ivoiriens à son égard. Il s’est accroché à son poste avec une communication des plus maladroites. Résultat du match ? Il a été démis de ses fonctions ; ce qui est une sanction annoncée par l’avant-dernier conseil des ministres à la suite duquel le gouvernement avait annoncé que « les enquêtes se poursuivaient » et que des sanctions seraient prises contre toutes les personnes impliquées. On en déduit que ces enquêtes administratives sans doute, ont identifié le ministre comme étant impliqué dans le scandale de la disparition des primes des joueurs. La réponse du porte-parole du Gouvernement, à la suite du dernier conseil des ministres, relative à une question sur l’implication de Lobognon ne laisse aucun doute à ce sujet : « Faites confiance au président. Le président a pris sa décision sur la base de choses concrètes qu’il a reçues… » Traduction : le président a eu les preuves de l’implication de Lobognon dans la disparition des primes des joueurs. Fin de la première mi-temps !

Mais le Ministre lui, voit dans cette sanction, enfin, la possibilité de faire triompher sa vérité à lui : « Le Premier Ministre m’a reçu ce matin (mercredi 13 mai, ndlr). Nous avons parlé de la fin de ma mission au sein du Gouvernement, à la demande du président de la République. J’ai le sentiment d’avoir essayé de redorer le blason de ce département ministériel, avec les moyens à ma disposition. Cette décision salutaire me permet de faire face aux accusations diffamantes visant ma probité, mon honneur et celui de ma famille. Je demeure convaincu que la vérité sur le détournement des primes des athlètes sera connue. Mes conseils saisiront la justice… » A-t-il « tweeté » avant d’annoncer qu’il se consacrera désormais au Parlement (il est député-maire de Fresco) et à sa mairie. Elles en ont de la chance, les populations de Fresco…

Bref, « L’Eléphant » aussi estime avoir joué son rôle de journal au service de la bonne gouvernance et relevé le défi à lui lancé par le Chef-cab de Lobognon qui s’est manifestement trompé d’époque. « L’Eléphant » n’a pas de rubrique sportive et donc se fiche bien d’être invité par un ministère à assister à une CAN et à recevoir des perdiems non budgétisés. Il est uniquement au service de la transparence et ne se laissera pas intimider par qui que ce soit. Il continue d’investiguer sur cette affaire, comme il l’a fait dans l’affaire Bictogo avant « Jeune Afrique » ; comme il l’a fait dans l’affaire « Satarem-Greensol » avec la ministre Anne Ouloto ; comme il l’a fait dans l’affaire de la réforme des transports avec le ministre Gaoussou Touré ; comme il l’a fait avec l’ancien ministre de l’Economie, Charles Diby Koffi…bref, comme il l’a fait avec la quasi-totalité des ministres de ce régime, sans affirmer des choses non étayées par des preuves. Mais toutes ces affaires n’étaient pas forcément liées à des détournements d’argent, mais à des questions de respect de règles de passation de marchés publics pour certaines, et à des conflits d’intérêts pour d’autres. Aucune autorité n’est au-dessus du peuple de Côte d’Ivoire qui a besoin de savoir de quelle manière est dépensé son impôt, lui qui n’arrive pas à manger à sa faim. Et « L’Eléphant Déchaîné » qui ne cherche à nuire gratuitement à personne, est dans son rôle qui est celui de faire partie de ce quatrième pouvoir qu’on tente à museler sous nos tropiques pour mieux entuber le peuple.

« L’Eléphant » veut aider les ministres qui ont signé une charte d’éthique et de bonne gouvernance. Il veut les aider à respecter leur propre signature. Parce que le peuple sait toujours récompenser ses meilleurs serviteurs et n’oublie jamais personne. Il n’a pas besoin qu’on le saoule avec un flot d’autocélébrations. Mais nul ne se cachera derrière cette charte pour jouer avec les impôts des contribuables et espérer que « L’Eléphant » se rende complice de son acte en le couvrant sous versement de « perdiems ». Non !

Alain Lobognon a été viré du Gouvernement sans préjudice de poursuites judiciaires, la Haute Cour de Justice n’existant pas encore. Il en a de la chance !

Il aurait pu, s’il était convaincu de son innocence, démissionner dès le début de cette affaire, au lieu d’envahir les réseaux sociaux avec ses « tweets » et autres « posts » sur « Facebook » pour une affaire où le Conseil des Ministres ne s’était pas officiellement prononcé. Même la confrontation qu’il a demandée et obtenue avec le Premier ministre représenté par le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur le 30 avril, avant même que ce dernier ne rende compte au Chef de l’Etat, Lobognon avait autorisé son conseiller technique à publier un compte-rendu à sa gloire et détaillé sur « Facebook ». Avant de se retrouver lui-même, le même jour, sur les antennes de « Radio Nostalgie » pour donner plus de détails.

Aujourd’hui, autant il crie avoir été accusé à tort, autant il aurait dû avoir la même rigueur intellectuelle pour condamner les propos outranciers et diffamatoires de son Chef de cabinet qui a menacé de mort un journaliste, traité sa génitrice de « prostituée » et l’a accusé sans apporter la moindre preuve, d’avoir « pompé » l’argent des joueurs avec le Régisseur. On espère qu’il apprécie à présent l’ampleur et les conséquences de la réaction de ce journaliste.

Voilà, nous rediffusons notre dossier du vendredi 8 mai 2015 qui a ouvert les yeux à plus d’un dans la République. Pour la postérité et pour prendre aussi un repos mérité. Autant ils prétendent avoir reçu de nombreux messages de soutien, autant « L’Eléphant » aussi en a reçu des milliers, venant des Ivoiriens tant de l’intérieur que de l’extérieur, qui l’encouragent à aider le Président à découvrir un certain nombre de réalités non contenues dans les rapports officiels aux angles arrondis. C’est aussi cela, l’une des exigences de l’émergence que Lobognon aimait chanter.

Mais au-delà de tout ça, l’ex-ministre des Sports a bien de la chance. Il va désormais reprendre sa place au Parlement, il fait partie du groupe parlementaire « RDR » et Soro Guillaume est son vrai chef. En France, son retour au Parlement aurait suscité un grand débat dans cet hémicycle. Ici, il va tranquillement reprendre sa place sans que nul ne s’interroge sur sa moralité et s’il peut encore parler au nom du peuple de Côte d’Ivoire.

On espère au moins qu’il mettra son retour au Parlement à profit pour demander au Président de son groupe d’exiger l’ouverture d’une enquête parlementaire en commençant par expliquer aux enquêteurs, pourquoi, pour un séjour de moins de 24 heures à Malabo, il a remis un million en espèce comme argent de poche à chacun des députés qu’il a cooptés de façon discrétionnaire. Alors que dans le budget de la CAN, rien n’a été prévu pour ces députés.

Comme quoi, les « Monmonseurs » sont partout…et n’éprouvent pas forcément une grande joie à l’idée de voir leur honorabilité célébrée dans les colonnes d’un « Eléphant » qu’on a inutilement provoqué. Et qui n’a fait que se défendre. Dans un magasin de porcelaine du ministère des Sports.

A.T.

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