Maca : La juteuse affaire des agents pénitentiaires qui échappe au contrôle de l’Etat

By: Africa Newsquick

maccaA l’intérieur des imposants murs de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan(Maca) située à Yopougon, prospèrent depuis quelques années maintenant, des activités commerciales illégales, menées par les agents pénitentiaires avec la bénédiction de l’administration pénitentiaire, à l’abri de tout contrôle des autorités étatiques. «L’Eléphant», connu pour son mauvais penchant, s’est intéressé de plus près, à ces activités lucratives illicites des gardes pénitentiaires.

 

Une belle expérience sénégalaise importée en Côte d’Ivoire…

Tout serait parti, a appris l’infernal quadrupède, d’une mission effectuée en 2011 au Sénégal, par certains agents pénitentiaires des deux syndicats que compte cette corporation. Il s’agit du Syndicat National des Agents Pénitentiaires de Côte d’Ivoire (Synap-ci) et du Syndicat National des Personnels et Agents Pénitentiaires de la Côte d’Ivoire (Synapap-ci). La découverte faite par ces agents au Sénégal, est qu’au sein des prisons sénégalaises, il y a une boutique et une cantine créées et gérées par les surveillants de prison. Le rôle de celles-ci est de permettre aux détenus de pouvoir subvenir, sur place, à leurs besoins, dans l’enceinte de la prison. Cela permet aussi d’éviter l’entrée dans la prison à des produits prohibés, et qui peuvent représenter un risque pour les détenus. Mais au-delà, le bénéfice tiré de ces activités lucratives profite non seulement aux pensionnaires de la prison mais également aux surveillants ; et celles-ci se font, dans le respect des lois sénégalaises.

 

Pourquoi ne pas essayer ce qui marche bien ailleurs ?

Une fois au pays, les surveillants de prison envoyés en mission, séduits par le modèle sénégalais, décident de reproduire cet exemple à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan. Les deux syndicats des agents s’accordent alors pour mettre en place une coopérative informelle chargée de la mise en place et de la gestion de la boutique. Mitoyenne au bâtiment du greffe de la prison et faisant face à la cour de ladite maison d’arrêt, cette boutique a commencé à fonctionner en novembre 2011. Le hic, contrairement à l’expérience copiée au Sénégal, est que cette boutique a fonctionné et continue de fonctionner au mépris des règles en vigueur, relatives à la création d’une telle activité commerciale. Depuis sa date de création, cette boutique demeure dans l’informel. Méconnue des services des Impôts et du ministère du Commerce, l’Etat ne tire aucune contrepartie des bénéfices générés par celle-ci. Selon une source pénitentiaire de «L’Eléphant», la manne financière tirée de cette activité commerciale illégale serait repartie entre l’administration pénitentiaire, les maîtres de la Maca, et les agents surveillants. Les services des Impôts et ceux du ministère du Commerce, de l’Artisanat et de la Promotion des PME, sont désormais informés de la petite combine!

 

L’appétit financier de plus en plus grandissant des surveillants

Satisfaits de la juteuse affaire qu’ils entreprennent depuis près de quatre années et qui leur procure d’énormes bénéfices, les gardes pénitentiaires affiliés aux syndicats susmentionnés, ont décidé d’étendre leur activité. Cela s’est traduit par la mise en place d’un marché de vivriers et d’une cantine, où une nourriture de meilleure qualité que le «riz pénal» est préparée, et vendue aux prisonniers. Contrairement à la boutique, ces deux nouvelles activités ont été intelligemment confiées aux femmes détenues, sous le regard vigilant, des femmes surveillantes. Et c’est dans le bâtiment F, celui réservé aux détenus de sexe féminin, que tout se fait. Pour le succès de ces activités commerciales, les agents ne manquent pas d’imagination!

 

Ils combattent férocement la concurrence qui leur est faite de l’extérieur

Certains détenus qui ont la chance de recevoir la visite périodique de leurs proches, sont généralement approvisionnés par ces parents, en produits de première nécessité de toute sorte. Cela ne semble pas faire l’affaire de cette association à but lucratif des surveillants de prison. C’est pourquoi depuis la mise en place de la boutique, du marché de vivriers et du restaurant, les gardes pénitentiaires commis au contrôle des visiteurs et des colis que ceux-ci apportent aux détenus, sont, selon la source de «L’Eléphant», réfractaires à l’entrée d’une certaine quantité de vivres au profit des détenus. «Ce centre commercial de cette coopérative des agents ne pourra pas à lui seul nourrir tous les détenus mais les agents s’obstinent par intérêt à diminuer ou renvoyer les colis des détenus y compris l’eau à boire que leurs proches leur font parvenir, en disant qu’on en vend à la boutique», confie la source. Ils n’ont pas tort ces agents car cette concurrence extérieure pourrait impacter négativement leur lucratif business.

 

L’administration pénitentiaire veut régulariser ces activités commerciales

Pour en savoir davantage sur cette activité commerciale des agents de surveillance, l’infernal quadrupède est allé, le mardi 14 avril 2015, à la rencontre des responsables de cette prison. C’est Koné Hincléban, le régisseur de la Maca et le Lieutenant Kouadio Konan Mathieu, le président de la coopérative informelle des agents pénitentiaires, qui se sont confiés à «L’Eléphant». Interrogé sur l’existence de cette boutique au sein de la prison, le régisseur de la Maca, avance : «La mise en place de cette boutique nous a permis de mettre fin à l’introduction des produits prohibés dans la prison. Cela nous a permis de mettre fin à beaucoup de choses. Nous étions en train de mener des démarches pour pouvoir rendre cela formel. Les démarches sont en cours. Elle profite aux agents et aux détenus. Le directeur de cabinet du ministre de la Justice a demandé à ce que nous rendions formelle cette activité. Ceux qui ont effectué la mission au Sénégal pourront mieux vous éclairer. Moi, j’ai trouvé cela en arrivant.» Pour sa part, le lieutenant Kouadio Konan Mathieu, le président de l’association, a raconté, à la virgule près, les propos déjà tenus par le régisseur. «En créant cette boutique, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait plus de marché à l’intérieur de la prison et permettre aux prisonniers de s’approvisionner sur place. La boutique était gérée, au départ, par une première équipe, ensuite par un comité ad’ hoc et maintenant par mon équipe et moi. Les bénéfices récoltés de cette activité servent à poser des actions salutaires pour les prisonniers», explique celui-ci. Comme c’est étrange ! Les prisonniers eux, prient tous les dieux de la justice pour que cesse cette activité. Sans doute un problème de jalousie ?

AIME GONTRAN (In L’Eléphant déchaîné N°343)

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