Révision de la liste électorale 2015 : On ne change pas une société qui appauvrit les Ivoiriens ! Sidi Kagnassi (Safran) : 22 milliards de FCFA ou « INS »: 10 milliards de FCFA

By: Africa Newsquick

ado_dictateurLe président de Lider, Mamadou Koulibaly a poussé un cri d’indignation quand il a appris la nouvelle de l’attribution du marché de la révision de la liste électorale en vue des futures élections générales en Côte d’Ivoire. Mais ce cri n’a pas dépassé les frontières du siège de son parti.

C’est que, comme chacun le sait à présent, la dépendante Commission électorale indépendante (CEI), a lancé un appel d’offres des plus transparents pour sélectionner un opérateur en vue d’accomplir la tâche sus-évoquée.

Sur la ligne de départ, 15 candidats dont l’ivoirien « INS », l’Institut National de la Statistique et le Malien Sidi Kagnassi de l’ex-Sagem qui prospère maintenant sous l’appellation de Groupe « Safran Morpho ». Et, devinez qui est sur le point d’emporter-si ce n’est déjà fait-le marché au final pour la confortable somme de plus de 22 milliards de FCFA.

« L’Eléphant » qui a suivi les traces des compétiteurs a mis la patte sur des informations qui poussent à l’interrogation sur les raisons qui poussent les uns et les autres à s’aplatir au passage de Sidi Kagnassi.

 

De solides amitiés et de gros marchés…

Devinette : Qui a réalisé l’opération d’identification des populations la plus coûteuse de toute l’histoire de l’humanité ? Réponse : « Sagem Security ». 50 milliards au départ, puis plus de 100 milliards à la fin pour un résultat jugé calamiteux avec au final la délivrance de pièces d’identité ne portant aucune signature officielle d’une autorité habilité à le faire. A l’époque des faits, l’appel d’offres avait été piloté par saint Soro Guillaume, alors Premier ministre de Laurent Gbagbo et c’est lui qui a remis à Kagnassi – devenu son grand copain entre-temps – son cahier des charges. Certaines mauvaises langues avaient parlé de versements de rétro-commissions dans cette opération à des têtes d’huile sévissant à la Primature mais aucune enquête officielle et digne de ce nom n’a été ouverte pour faire la lumière sur ces allégations. La suite de l’histoire est connue de tous. De nombreux partis politiques dont notamment l’ex-parti au pouvoir avaient accusé Kagnassi d’avoir bâclé l’identification et le recensement électoral.

Aujourd’hui, le président de «Lider», à l’époque président de l’Assemblée nationale et dont chacun sait qu’il n’a jamais approuvé l’attribution de ce marché juteux à «Sagem Security» ne dit pas autre chose dans un communiqué qu’il a récemment envoyé à la presse. (Lire encadré)

Après l’élection présidentielle à laquelle de milliers d’Ivoiriens n’ont pu participer bien qu’ayant été identifiés, parce qu’ils n’ont pu retirer leur carte d’identité truffée d’erreurs où leur nom n’a été retrouvé nulle part et après la crise post-électorale qui s’en est suivie, la vie a repris en Côte d’Ivoire avec les nouvelles autorités. Lesquelles, sous le prétexte de réhabiliter les universités publiques, ont gardé les étudiants à la maison pendant plus de deux ans.

Et qui a remporté le marché de réhabilitation des universités de publiques de Côte d’Ivoire ? Sidi Kagnassi. Reconverti en quelques mois, expert en BTP, un secteur dans lequel il n’a aucune espèce de compétence. Coût du marché obtenu de gré à gré au départ? 42 milliards de FCFA ? Coût final du marché à la fin des travaux ? 116 milliards de FCFA. Pour un résultat des plus incroyables. Les universités ivoiriennes n’ont jamais été aussi démunies que depuis la réhabilitation. On n’y trouve même plus de simples micros pour des cours magistraux. Aujourd’hui, les étudiants sont dans les rues, réclamant l’équipement des amphithéâtres et des salles de travaux pratiques. En réaction, le parti au pouvoir demande la dissolution de la Fesci, une idée originale pour faire baisser la fièvre en cassant simplement le thermomètre.

Un audit pour vérifier que les fonds décaissés ont effectivement servis à la réalisation des travaux ? Mais non, pourquoi vérifier tout ça ? Les travaux ont été réalisés et les universités ivoiriennes n’ont plus rien à envier aux universités européennes ou américaines. C’est l’émergence et elle a un coût, braves gens !

 

Et revoilà « Sagem » sous le nom de « Safran Morpho »

Pour l’élection présidentielle de 2015, le gouvernement ivoirien-ce qui dans un Etat normal se fait chaque année-a décidé de réviser la liste électorale pour l’expurger des personnes décédées, et inscrire les nouvelles personnes qui ont acquis le droit de vote.

Pour ce faire, la Commission chargée des élections dont le président n’a pas changé depuis 2010, a lancé un appel d’offres pour le choix d’un opérateur capable de réaliser l’opération dans un délai précis.

Quinze candidats se sont manifestés. A la suite du premier round, dix ont été éliminés et cinq se sont retrouvés en finale dont « Sagem » (Safran Morpho) de Sidi Kagnassi et l’ivoirien « INS » (Institut National de la Statistique).

Selon les informations auxquelles « L’Eléphant » a eu accès, « Safran Morpho » et l’« INS », au deuxième tour, sont arrivés en tête.

Sur l’offre technique, l’« INS » a obtenu une note de 70,58/100 contre 88,13/100 pour « Safran Morpho ».

Selon un expert interrogé par « L’Eléphant », « au vue de ces notes, ces deux structures sont parfaitement capables de réaliser le travail demandé. Et la note de l’INS est même la preuve que cette structure étatique n’a rien à envier au concurrent Safran ». Sauf que « Safran Morpho » a d’autres qualités non officielles qui comptent plus que tout.

Des offres financières sans appel !

Au niveau des offres financières, «Safran Morpho », selon les documents confidentiels que «L’Eléphant» a pu consulter, a proposé, pour faire le boulot, exactement la somme de vingt-deux milliards cent quatre-vingt-trois millions cinq cent quatre-vingt-quinze mille quatre cent-quatre vingt-six (22.183.595.486) FCFA TTC.

Quant à l’ « INS », il a proposé la somme de dix milliards cent quatre-vingt-quatre millions quatre cent trente-neuf mille six cent quarante-trois (10.184.439.643) FCFA TTC.

Entre les deux entreprises, il y a un écart considérable de 12 milliards de FCFA.

En termes d’expérience, l’« INS » est plus outillé que « Safran Morpho », en tout cas pour ce qui concerne le terrain ivoirien, vu qu’il réalise ce travail depuis 1980 et c’est cette structure étatique qui a conçu la première liste électorale informatisée de la Côte d’Ivoire et dispose aujourd’hui, de dix directions régionales. C’est dire qu’elle quadrille l’ensemble du territoire national. Ajouté à cela, le fait que l’« INS » vient de réaliser le recensement général de la population et de l’habitat 2014 avec 23000 agents recenseurs alors que la CEI demande pour la liste électorale à peine 3000 agents et 120 superviseurs là où l’«INS » dispose déjà dans le cadre du RGPH de 140 superviseurs. Sans oublier que c’est l’« INS » qui a produit les listes d’émargement qui ont servi à l’organisation des élections législatives de décembre 2011 et dispose en ce moment, de 40 véhicules flambant neufs de type 4X4 acquis dans le cadre du RGPH et qui sont prêts à servir pour l’opération demandé par la CEI.

Ce n’est pas tout. Comme le Bnetd, l’expertise de l’« INS » a traversé les frontières ivoiriennes. C’est lui qui vient de réaliser le recensement biométrique des fonctionnaires de la Guinée Conakry et, en matière de recensement électronique de la population et de l’habitat, le Nigéria et le Burkina viennent de solliciter son expertise.

 

Des équipements de pointe dignes d’un pays en voie d’émergence !

C’est que, en termes d’équipement, comme chacun le sait, en 2009, «Sagem» a fourgué à la Côte d’Ivoire un matériel que personne n’avait jamais utilisé ailleurs. Il en est de même pour ce marché où il entend utiliser des processeurs de type « Duo Core (2) avec 1 GHZ qui ne peuvent réaliser le travail demandé en un mois comme l’exige le dossier d’appel d’offres.

Or, sur ce plan, l’« INS » dispose d’un « quatro (4) Core avec 1,4 GHz qui, selon notre expert « peut réaliser l’opération en un peu moins d’un mois vu le temps qui reste et surtout que l’INS est déjà présent sur l’ensemble du territoire ivoirien. Le matériel de l’INS est cinq fois plus performant que celui de Safran Morpho ».

Le 24 mars, en présence de son partenaire « Taz Tag » le fabriquant, l’«INS» a fait une démonstration dans les locaux de la CEI sur son savoir-faire.

Mais voilà ! Tout ça, y compris la différence de 12 milliards de FCFA entre les deux structures ne semble pas avoir ému les organisateurs de l’appel d’offres qui, on ne sait trop pour quelles raisons, ont leur cœur qui bat très fort pour « Safran Morpho ».

C’est que, comme on le dit à Abidjan, « relation est mieux que l’argent » et, en termes de relations, Sidi Kagnassi, en possède une belle brochette au sommet de l’Etat ivoirien, jusqu’au palais présidentiel où il a tissé de solides amitiés. Toutes choses qui lui assurent une longueur d’avance sur l’«INS » qui a virtuellement perdu, vu que, dans les coulisses, l’on a appris depuis le 31 mars, que le marché a été emporté par « Safran Morpho ». D’où la colère de Mamadou Koulibaly.

 

Au Ministère du Budget, on ne veut pas avaler cette couleuvre !

Selon les informations de « L’Eléphant », au Ministère auprès du Premier Ministre chargé du Budget, on ne veut pas entendre parler de cette affaire de 22 milliards contre 10 milliards, à l’heure où l’Etat doit réaliser des économies. « Comment voulez-vous qu’on verse 22 milliards à une société étrangère qui n’est même pas plus compétente qu’une société ivoirienne qui propose elle seulement 10 milliards pour faire le même travail ? Il n’y a aucune logique à cela. L’écart est trop grand et surtout, rien ne le justifie ». S’étrangle ce conseiller du jeune ministre du Budget.

Il devrait garder son calme. Le président Ouattara dont chacun sait qu’il n’aime pas les dépenses inutiles dans cette période où il court derrière des fonds étrangers, n’a pas encore dit son dernier mot. Paraît-il. Sidi Kagnassi aussi…

A l’« INS », on ne comprend pas les nombreux coups de fil qui sont passés par des personnalités qui parlent au quotidien d’émergence alors qu’elles mettent tout en œuvre pour que l’opération ne leur soit pas confiée…pendant que leur expertise est sollicitée par les pays voisins.

C’est que, peut-être, le monde des rétro-commissions a ses raisons que la raison ne comprend pas ?

 

DANIEL SOVY (In L’Eléphant déchaîné N°341)

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