Quand les magistrats se mettront à parler… ( L’EDITORIAL D’ASSALE TIEMOKO)

By: Africa Newsquick

Apparemment les choses vont plus mal dans la justice ivoirienne que ne l’ont laissé transparaître les révélations de « L’Eléphant Déchaîné » dans l’une de ses récentes éditions qui continue de faire couler beaucoup de salive, y compris aux conseils de gouvernement où des vedettes ont souhaité l’arrestation pure et simple d’un certain Assalé Tiémoko ou à défaut, la suspension de son affreux canard. Mais leurs vœux n’ont pas été exaucés.

La situation actuelle du système judiciaire ivoirien, et on en parle parce que cela est d’une importance capitale pour l’avenir du pays, selon un expert du milieu, est « dramatique et des mesures urgentes devraient être prises par le chef de l’Etat » qui en a fait rêver plus d’un dans certains de ses discours devant des magistrats de la Cour Suprême dans les premiers mois de son arrivée au sommet de l’Etat.

Sauf que près de quatre ans plus tard, les fruits ne semblent pas avoir concrétisé les promesses des fleurs annoncées par le président et le temple de Thémis est, semble-t-il, aujourd’hui, « profané».

Les règlements de comptes politiques, les mutations sanctions, les promotions sans justificatifs valables de magistrats aux états de service pas glorieux mais compensés par un activisme politique efficace, les services rendus à des individus au lieu de dire le droit, l’ingérence du politique sans honte pour briser des carrières de magistrats trop courageux ou un peu trop vertueux, le trafic d’influence pratiqué par de hauts magistrats sur ceux qui commencent à peine leur carrière et qui sont quasiment terrorisés.

Et tout ça, dans un silence des responsables des quatre syndicats de magistrats que compte ce pays.

Mais les publications de « L’Eléphant Déchaîné », paraît-il, commencent à désinhiber quelques magistrats qui, de plus en plus, se demandent s’ils sont dignes d’exercer leur métier en restant les bras croisés, la bouche, les oreilles et les yeux fermés devant les pratiques qui ont cours dans le système. De plus en plus, ils s’interrogent et leurs interrogations les poussent à prendre leur plume pour exprimer leur « spleen » (souffrances morales) dans leur milieu de travail.

L’infernal quadrupède dont chacun sait qu’il est toujours dans les locaux de la justice, a réussi à mettre la patte sur un volumineux document rédigé par plus d’une quarantaine de magistrats à la suite de la publication de son dossier spécial sur la justice. « N’avons-nous pas honte, nous les magistrats, les avocats, de laisser de jeunes gens risquer leur liberté pour dénoncer les pratiques qui ont cours dans notre maison sous prétexte que nous sommes astreints à une obligation de réserve et qu’on devrait rester silencieux devant l’inacceptable ? Si c’est individuellement que nous ne pouvons pas parler, nous avons des syndicats dont le rôle est justement d’attirer l’attention, comme cela se fait en France ou dans tous les pays où il y a une vraie justice, des décideurs sur l’état de santé de notre justice. Les choses ne peuvent plus continuer comme ça, nous courons aux devants de graves dangers pour la paix sociale dans notre pays. On a l’impression, en écoutant nos décideurs, que tous les signaux, sous le travail du gouvernement, sont au vert et que la Côte d’Ivoire renaît de ses cendres après la crise post-électorale. Dans certains domaines, cela est vrai et il faut le reconnaître. Mais dans les faits et de façon générale, il ne se passe rien de concret parce que les investisseurs ont peur de notre justice et évitent notre pays. Vous avez lu l’interview de l’ex-ambassadeur de Suisse en Côte d’Ivoire ? Je crois que c’est la première fois depuis la naissance de ce pays, qu’un diplomate ose dire de telles choses sur la justice d’un pays dans lequel il venait de passer près de quatre ans. Combien sont-ils, dans les faits, les diplomates occidentaux dans notre pays qui, sans s’exprimer ouvertement comme celui de la Suisse, balancent chaque mois des rapports accablants sur le fonctionnement de notre appareil judiciaire et déconseillent aux investisseurs de leurs pays de venir risquer leur argent dans notre pays ? L’ex-ambassadeur de Suisse a dit clairement que les investisseurs suisses évitent la Côte d’Ivoire parce qu’ils n’ont pas confiance dans notre justice. C’est grave. Alors, l’heure est venue d’amener nos syndicats à se prononcer, à jouer leur rôle, à œuvrer pour la naissance d’une justice digne d’un pays qui se veut émergent d’ici à 2020… ». Se lamente l’un des rédacteurs du pamphlet.

L’infernal quadrupède dont chacun sait qu’il n’a de cesse d’attirer chaque fois qu’il en a l’occasion, l’attention des décideurs sur la vacuité de leurs déclarations sur l’avenir radieux de la Côte d’Ivoire alors qu’ils ne consacrent que moins de 1% du budget national au fonctionnement du service public de la justice, ne peut que se réjouir de constater qu’un léger vent de prise de conscience souffle sur le temple de Thémis et qu’il y a quelques magistrats et avocats encore dignes de ces appellations qui commencent à dire « non », qui commencent à dire « il faut que ça s’arrête ».

Alors, quand « L’Eléphant » met la patte sur un tel document (lire pages 4 à 8), c’est avec un plaisir énorme qu’il s’empresse, malgré son volume, de le mettre à la disposition de ses lecteurs dont il sait qu’ils raffolent de ce genre de dossiers qui sont des documents historiques à conserver pour les générations futures.

Quand les magistrats commenceront à parler, à dénoncer les brebis galeuses, à extirper de leurs rangs les hommes d’affaires (pour utiliser l’expression du président Koné Mamadou de la Cour Suprême), quand les avocats accorderont plus d’importance au serment qu’ils ont prêté et joueront moins les hommes d’affaires qui s’accommodent, se contentent de toutes les infamies judiciaires, la Côte d’Ivoire, assurément, prendra son envol. Lequel ne peut reposer que sur une justice éclairée et crédible. Qui n’existe malheureusement pas, pour le moment. Mais il ne faut pas désespérer.

Source : L’Eléphant déchaîné N°282 du mardi 9 au jeudi 11 septembre 2014 / 3ème année

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