Banque africaine de développement (BAD)- Le Vice-Président ivoirien, licencié : Les incroyables motifs évoqués par le Président…

By: Africa Newsquick

Banque africaine de développement (BAD)- Le Vice-Président ivoirien, licencié : Les incroyables motifs évoqués par le Président…

Il doit être sûr de ses appuis, le Président de la BAD, le Nigérian, Akinwumi A. Adesina. Il a passé outre une demande de la présidence ivoirienne d’attendre qu’elle s’informe sur la situation avant de licencier le Vice-Président, Albéric Kacou, le seul Ivoirien à occuper ce poste, depuis la création de la Banque, voilà 64 ans.
La demande des autorités ivoiriennes n’a pas trouvé d’écho favorable aux oreilles du Président de la BAD. Il a mis, c’est le cas de le dire, l’Ivoirien à la porte, sans ménagement, le 22 janvier 2018. « L’Eléphant » qui a donné un aperçu de l’atmosphère lourde qui règne en ce moment à la BAD dans sa livraison du mardi 29 janvier, a mis la patte sur les raisons profondes qui ont amené le Président de la BAD à se séparer de son Vice-président dont il a lui-même jugé le travail il y a six mois, de « qualité exceptionnelle ».

Un communiqué de « L’AF2II »
Le jeudi 1er février, l’Association des Fonctionnaires Internationaux Ivoiriens (AF2II), a produit un communiqué publié dans la presse, dans lequel elle dénonce les conditions du licenciement « abusif et brutal » du Vice-Président, Albéric Kacou. « M. Kacou n’a commis aucune faute professionnelle avérée du fait d’un manque de compétence dans les fonctions qu’il exerçait, qui puisse justifier la radicalité et la brutalité de cette séparation. Tout laisse donc accroire que le licenciement est abusif, sur la base d’incompatibilité d’humeur, d’autant plus que le président de la BAD, après évaluation de la performance de M. Kacou, il y a six mois, l’a confirmé sans réserve dans ses fonctions de Vice-Président ». Ecrit « l’AF2II » qui ajoute que ce licenciement « frise à la fois le mépris et la défiance envers nos autorités. Jamais dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, un tel acte ne s’est produit ». Eh bien, cet acte vient de se produire, le Vice-Président a été licencié. Il était encore dans son bureau quand il a été prié de sortir et que ses Accès (Internet, aux installations et autres bureaux), allaient être coupés dans les minutes qui suivaient. Ce qui a été fait. Jamais un Vice-Président avant lui n’avait été licencié dans des conditions aussi brutales. Et pour quels motifs ?

Des compétences jugées exceptionnelles
L’ex-Vice-Président de la Bad, Albéric Kacou, chargé des Ressources Humaines et des Services Institutionnels, ancien directeur de Cabinet du Directeur du Bureau Exécutif de l’Administrateur du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), a été recruté à la BAD, suivant un appel à candidature international.
A la suite d’une période d’évaluation de performances sur douze mois, il a été confirmé dans les fonctions de Vice-Président chargé des Ressources Humaines et des Services Institutionnels, par le Président de la BAD, le 4 avril 2017. A cette occasion, le Président de la BAD, dans une note, avait eu ses propos élogieux pour son ex-collaborateur direct : « (…) Alberic a très bien intégré son rôle. Il travaille très bien et est réactif. Il a présidé l’équipe DAPEC pour améliorer les processus globaux de la Banque. Il devrait travailler de manière significative à l’amélioration du travail d’équipe avec le Directeur des Ressources Humaines. Je confirme sa nomination. »
Six mois plus tard, le Président de la BAD, piétinera ses propres déclarations et les observations des Superviseurs du travail du Vice-président jugé de « qualité exceptionnelle ».

Les raisons d’un licenciement
Courant novembre 2017, le Président de la BAD a adressé à l’ex-Vice-Président, deux mémorandums dans lesquels il énumérait et réaffirmait ses griefs. Selon les informations de « L’Eléphant », dans le premier mémorandum, le Président reproche à l’ex-Vice-Président d’avoir été peu performant dans la gestion du Comité DAPEC, d’avoir encouragé une pétition du personnel (HR), des retards dans les recrutements, des relations conflictuelles avec le Directeur des Ressources Humaines (un copain du Président, nommé depuis, Vice-président intérimaire), des manquements dans la gestion du bâtiment abritant et servant de siège à la BAD.
Dans le second mémorandum daté du 18 décembre 2017, les premiers griefs sont repris, sauf celui relatif aux présumés rapports conflictuels avec le Directeur des Ressources Humaines. On se demande bien pourquoi.
A la même date, le Président de la BAD a envoyé l’un de ses Conseillers spéciaux informer le Vice-président qu’il entendait se séparer de lui dans une procédure de séparation à l’amiable.

« Arguments terre-à-terre »
Selon une source interrogée par « L’Eléphant », « les arguments qui ont été utilisés pour licencier le Vice-président sont des arguments terre-à-terre qui ne tiennent pas du tout la route. Si le Président de la BAD était sûr des motifs pour lesquels il entendait se séparer du Vice-président dont le travail est salué par toute l’Institution, il aurait suspendu sa décision à la demande des autorités ivoiriennes. Mais manifestement, après avoir échoué, après une vive protestation du gouvernement ivoirien, à faire délocaliser la BAD au Nigéria, il entendait faire payer cet acte à la Côte d’Ivoire…d’où le licenciement sans élégance du seul Ivoirien à avoir accédé à un poste de vice-présidence, depuis la création de la BAD. »
En effet, dans l’Institution, chacun sait, selon les informations de «L’Eléphant », que le Président de la BAD n’est jamais passé par le Vice-Président charge des Ressources Humaines, pour s’adresser au Directeur des Ressources Humaines, placé sous l’autorité du Vice-Président. Le Directeur des Ressources Humaines rend compte directement, pour ce qui concerne les décisions stratégiques, directement au Président de la BAD, piétinant ainsi la chaîne de commandement séculairement appliquée dans la Banque.
Mais les arguments qui font s’effondrer de rire, certains administrateurs de la BAD, sont ceux relatifs aux insuffisances de conception et autres dysfonctionnements du bâtiment servant de siège à la BAD et aux fuites d’informations dans un média, courant 2017.

« Deux autres arguments renversants »
Le président de la BAD reproche au Vice-Président licencié de n’avoir rien fait pour régler les problèmes qu’il y a dans le bâtiment servant de siège à la BAD et, pour cela, l’accuse de manquer de « leadership ». Sauf que le bâtiment a été occupé courant janvier 2016 par les services de la BAD avant même le recrutement du Vice-Président et, déjà, à cette époque, à la réception provisoire du bâtiment, il avait été identifié près de 600 réserves architecturales et techniques à corriger. A ce jour, selon nos informations, depuis la prise de fonction du Vice-Président et le travail accompli par ce dernier en liaison avec l’entreprise « PFO » qui a réhabilité le bâtiment, il ne resterait plus qu’une dizaine de « Réserves » à corriger, sur près de 600.
Sur la question des fuites d’informations dans un média courant 2017 au sujet du rapport peu glorieux d’une Agence de notation sur l’Institution, quand le problème s’est posé, le Vice-président a rapidement viré quatre agents, soupçonnés d’avoir parlé à des journalistes. Dans la foulée, le Directeur de la Communication de la Banque, avait rendu sa démission, ce qui, de sources proches de la Banque, est la preuve que structurellement, l’Institution se porte extrêmement mal, une situation qui provoque la démotivation du personnel avec des dizaines de démissions. Plus tard, le Président reprochera au Vice-Président d’être en partie responsable des fuites dans la presse au motif qu’il n’aurait rien fait pour sécuriser le «Serveur » de la Banque, afin de savoir quels sont les agents qui avaient accès à l’information sur le rapport de l’Agence de notation. Mais cet argument est jugé d’autant plus renversant au sein de la Banque que la sécurité informatique de la Banque est gérée par un Département dit de la « Sécurité informatique » qui est placée sous la responsabilité directe du Président de la BAD à qui il est rendu compte au quotidien. Et voilà qu’il accuse quelqu’un d’autre d’être responsable de son propre manque de vigilance ?
Toute cette situation est bien terrible pour la Côte d’Ivoire. L’avis de son administrateur maison, l’ancien ministre Dosso Moussa, n’a pas été requis avant le licenciement du Vice-Président.
Pauvres contribuables ivoiriens. Des dizaines de milliards de Fcfa, prélevés dans leurs poches via les impôts, ont servi à préparer le retour de la BAD en terre ivoirienne. Sans compter les avantages extravagants et diverses natures accordés à son personnel dans la ville d’Abidjan. Tout ça, pour au final, arriver à ce résultat avec un président dont l’élection a été activement soutenue par le gouvernement ivoirien et qui, installé dans le fauteuil, ne rêve chaque jour en se rasant, qu’à délocaliser le siège au Nigéria et qui pousse dans le dos, vers la porte de sortie, les cadres ivoiriens.
On dit merci qui ?
DANIEL SOVY, in L’Eléphant déchaine n°586

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