En Afrique, les ¾ des Chefs d’Etat sont encore des acteurs d’une «démocrature»… entendez «démocratie et dictature» (Pr Raoul Blé)

By: Africa Newsquick

En Afrique, les ¾ des Chefs d’Etat sont encore des acteurs d’une «démocrature»… entendez «démocratie et dictature» (Pr Raoul Blé)

 

Médias en lien avec la démocratie pour la construction d’une culture de la paix en Afrique noire

Conférencier : Professeur Raoul Germain BLE
Professeur Titulaire des Universités en Communication politique.
Enseignant-Chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny
de Cocody – Abidjan

 

Mesdames et Messieurs, en vos rangs, grades et statuts,

Mon propos a pour but d’examiner les rapports possibles entre les médias et la démocratie pour la construction d’une culture de la paix en Afrique noire. Je ne m’attarderai pas ici sur les notions de guerre et de démocratie souvent rabâchées dans moult conférences. Cependant, je tiens à souligner d’emblée que les médias en tant qu’outils de socialisation peuvent aider les africains à intégrer une culture de (la) paix. Cette manière de voir me conduit à penser que la culture de la paix est l’un des concepts fondamentaux des projets de développement susceptibles de favoriser un milieu humain plus salubre, une vie qualitativement plus riche et pleine de sens. Pour nous les Ivoiriens, ce concept doit nous procurer beaucoup de fierté quand on sait qu’il a été formulé dans notre pays à Yamoussoukro en 1989, lors du Congrès International sur la Paix.

Dans sa déclaration finale, le Congrès recommandait à l’UNESCO de « …contribuer à la constitution d’une nouvelle vision de la paix pour le développement d’une culture de la paix, sur le fondement des valeurs universelles du respect de la vie, de la liberté, de justice, de solidarité, de tolérance, des droits de l’homme et d’égalité entre les femmes et les hommes ».

Mesdames et Messieurs,

Comme vous le savez, mon métier d’enseignant commande toujours de préciser les notions et autres concepts qui fondent le discours qu’on libère. Je ne peux donc, ici, échapper à cette exigence rituelle.Dans mon propos, je m’interroge d’abord sur la notion de paix, ensuite, j’examinerai la nécessité de la construction d’une culture de la paix, son contenu, et le dispositif à mettre en place en faveur des médias pour la promotion d’un comportement citoyen. Pour un raccourci en guise de définition, permettez-moi de vous lire un poème emprunté à Aziadée qui l’a publié sur le net en novembre 2009.

Mesdames et Messieurs, avec votre attention, je cite :

« La paix c’est :

Une fleur que l’on offre avec tendresse…

Un sourire qui fleurit sur les lèvres

Un soleil qui illumine chaque ombre

Une colombe qui porte le rameau d’olivier

Une flamme qui brûle au fond des yeux

Une mélodie qui désarme le cœur

Une eau claire qui gambade à travers la terre

Un poème qui rime avec fraternité, une main qui se tend vers son prochain.

La paix c’est tout simplement l’AMOUR !».

Dans le domaine politique et pour le droit international, la paix est la situation et la relation mutuelle de ceux qui ne sont pas en guerre. Il s’agit, dans les deux cas, d’une paix sociale où sont entretenues de bonnes relations entre les communautés d’individus.

Pour la religion, la paix est également une valeur que l’on souhaite pour soi-même et pour autrui.

Quant au média, il s’agit d’abord et avant tout d’un moyen, d’une technique, d’un intermédiaire qui permet aux hommes de s’exprimer et d’échanger avec autrui. Dans le cadre de cette communication en lien avec la culture de la paix, j’ajouterai que le média (entendez, n’importe quel média) n’impose rien : le média propose mais il revient à l’homme de disposer, de lui affecter un contenu. Et la destinée d’un média, plus spectaculairement sans doute que celle des autres techniques, connaît en Afrique noire des déboires car il subitles humeurs des gouvernants et des dirigeants politiques.Leur usage correspond très rarement à ce que leurs inventeurs avaient imaginé. Il faut avoir le courage de dire ici et maintenant que chez nous, en Afrique, les ¾ des Chefs d’Etat sont encore malheureusement des acteurs d’une « démocrature » entendez « démocratie et dictature » conjuguées pour asseoir ou pérenniser leurs pouvoirs.

Dans ce contexte, quelle définition à affecter à la culture de la paix ? On peut, sans risque de se tromper, avancer que son apparition date des années 80 qui coïncident avec la fin de la guerre froide. Et c’est précisément à la 53ème session, en octobre 1999, que l’Assemblée générale des Nations Unies adopte le texte qui stipule, en son article premier : « que la culture de la paix peut être définie comme l’ensemble des valeurs, des attitudes, des traditions, des comportements et des modes de vie fondés sur :

  • Le respect de la vie, le rejet de la violence, la pratique et la promotion de la non-violence ;
  • Le respect des principes de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique des Etats et de la non-intervention, conformément à la Charte des Nations Unies et au droit international ;
  • Le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales et leur promotion ;
  • L’engagement de régler pacifiquement les conflits
  • L’effort de répondre aux besoins des générations actuelles et futures en ce qui concerne le développement et l’environnement ;
  • Le respect et la promotion du droit au développement
  • Le respect et la promotion de la parité hommes/femmes
  • L’adhésion aux principes de liberté, justice, démocratie, tolérance, solidarité, coopération, pluralisme, diversité culturelle, dialogue et compréhension encouragés par un environnement national et international favorisant la paix. »

Quant à l’article second, il précise que « l’épanouissement d’une culture de la paix est fondé sur la transformation des valeurs, des attitudes et des comportements de telle sorte qu’ils contribuent à promouvoir la paix entre les individus, les groupes et les nations ».

Mesdames et Messieurs,

En Afrique noire, l’insécurité informationnelle (ou scotomisation des fonctions de la presse) montre bien l’ignorance de la déontologie fondée sur la véracité des faits. Ce faisant, la presse d’opinion, par exemple, maintient encore un nombre important de clients appelés militants de base dans un ghetto organisationnel appelé parti politique dans lequel ils sont canalisés, donc prêts à consommer des ingrédients savamment « cuisinés » par des journalistes-militants. Avec le multipartisme, l’exaltation mystificatrice du rôle civique de la presse d’opinion que toutes les forces sociales, depuis le discours de François Mitterrand à la Baule,  présentaient comme un miracle d’accélération du processus démocratique s’est avérée négative. C’est un paradoxe d’avancer que la pluralité de la presse alimente les crises africaines actuelles. Les médias ajoutent ainsi à l’angoisse individuelle (devant les mutations sociétales) une incertitude collective profonde.

Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, quelle orientation donner aux médias d’opinion en Afrique pour qu’ils contribuent à la construction de la culture de la paix ? Je préfère le terme de «construction» à celui d’«émergence». La « construction » (de la paix) s’impose en raison de la dégradation de nos valeurs traditionnelles, de la perte des valeurs dans le pays, dans nos familles, dans nos écoles, dans l’administration. Même sur l’axe international, on note également la régression des liens de solidarité et d’humanité entre les peuples et les nations ainsi que la montée en puissance de la violence, des conflits et des radicalités.Les discours de haine, de peur et d’apologie de la violence véhiculés un peu partout dans le monde et notamment, de manière plus amplifiée, dans les médias en Afrique, interpellent ma conscience et mon éthique d’Enseignant-Chercheur en Sciences de l’Information et Communication.

Depuis Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, en 1989 où le concept de culture de la paix a été formulé pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les médias en Afrique noire auraient pu jouer un rôle de catalyseur de la démocratie. Aujourd’hui, 28 ans après Yamoussoukro, quel peut être son rôle dans la construction d’une véritable culture de la paix ? On peut répondre que les médias constituent des moyens efficaces de cohésion sociale, favorisant la communication entre les citoyens et leur gouvernement et les citoyens entre eux-mêmes. Sans cette communication, aucune démocratie ne peut être possible. Pour cela, en Afrique noire,il faut espérer d’abord un Etat fort dans lequel chaque individu se comporte selon les règles civiques de la République, sans distinction. Les médias doivent d’abord se donner pour vocation d’apporter une conscience politique complémentaire aux citoyens et à la société civile qui, en dépit de son influencegrandissante, reste encore peu influente parce que peu crédible. Elle ne peut, pour l’heure, dans bon nombre d’Etat africain, infléchir les prises de décisions de manière pertinente qu’elle le voudrait. En leur qualité de marqueurs sociaux, les médias doivent ensuite représenter la voix/voie des citoyens au-delà des contraintes politiques, économiques et sociales et partant, doivent mettre leur regard de liberté en débat avec les gouvernants en vue d’un climat favorable à l’ordre et à la cohésion sociale.

Je pense également qu’ils doivent apporter un regard sur les personnes quand une situation d’injustice surgit sans tenir compte de leur ethnie, de leurreligion et de leur appartenance idéologique. Ils ont un rôle prépondérant dans la prévention et la résolution pertinente des conflits en sensibilisant en faveur de la paix. Pour réussir cette mission, la collaboration entre les médias et la société civile doit être exigée. Cela doit se traduire par la création d’un poste de journaliste couvrant spécifiquement les activités de la société aussi bien pour la presse que pour l’audiovisuel. Il est clair qu’en se rapprochant, les journalistes et les acteurs de la société civile pourront habilement construire ou harmoniser leur discours en vue de la paix sociale.

En retour, la société civile, à l’instar de l’Etat, pourrait éventuellement financer ou contribuer à la formation ou au renforcement des capacités des journalistes en matière de gestion des conflits et de la construction d’une culture favorable à la paix. Enfin, le respect de la déontologie doit être un miroir qui interpelle au quotidien chaque journaliste. Dans ce sens, les rédactions devraient être le lieu d’une prise de conscience de l’intérêt général. Des problèmes peuvent se régler sans violences iconiques, verbales, chromatiques dans les UNE des journaux. Il faut rompre avec ce journalisme dialectisé en Afrique. Cette dialectique dirigeant politique/journaliste conduit le dernier paradoxalement à devenir un vassal du premier ou à lui faire allégeance dans le cadre des médias d’Etat. Quand la presse bafouille et se rabaisse devant les pouvoirs politiques et les pouvoirs d’argent, on peut confirmer l’hypothèse qu’en Afrique noire, elle devient l’instrument de sa propre contestation et de sa décadence.

Mesdames et Messieurs,

Si l’on veut donc conclure à l’essentiel, on peut dire que le journalisme en Afrique noire doit chercher à répondre à deux grandes finalités :

  • On attend qu’il favorise la réactivité individuelle pour que chaque africain apporte dans la paix, sa contribution à la construction de son pays ;
  • Ensuite, on attend également qu’il renforce la solidarité collective.

Ce sont là des changements que l’environnement national et la communauté internationale attendent.

Mesdames et Messieurs, merci de votre attention.

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