Blaise Compaoré comprend mieux à présent… (L’éditorial d’Assalé Tiémoko)

By: Africa Newsquick

Blaise-compaoréLe FPI, pour des raisons que l’on comprend aisément, est contre la venue de l’ex-président burkinabé, Blaise Compaoré, en Côte d’Ivoire. Un avis que, évidemment, ne partage pas le pouvoir d’Abidjan qui est en ce moment aux petits soins, pour des raisons que l’on sait également, de l’ancien homme fort de Ouagadougou. La Côte d’Ivoire ayant une longue tradition de terre d’accueil, il est logique qu’un homme qui se sent en danger dans son propre pays, fût-il de son propre fait, y soit accueilli et y retrouve la sérénité pour méditer. De ce point de vue, les Ivoiriens dont beaucoup sont d’ailleurs en exil pour des raisons de sécurité, peuvent comprendre la décision des autorités ivoiriennes.

La question que l’on doit se poser est de savoir pendant combien de temps Blaise Compaoré va séjourner en Côte d’Ivoire, un pays qui fait frontière avec le Burkina Faso d’où il a été chassé du pouvoir par une insurrection populaire. Car, osons le mot, Blaise Compaoré est un spécimen rare. Il est encore jeune et ce qu’il vient de vivre est une humiliation extrême. Son avenir est illisible en ce moment. La peur du lendemain l’habite et il est clair-la veuve de Thomas Sankara en a déjà donné le ton-que des poursuites judiciaires pourraient être engagées contre lui tôt ou tard.

Comme chacun le sait, de nombreux rapports d’ONG internationales et même de certains experts de l’ONU ont des chapitres qui portent sur son implication indirecte ou directe supposée dans de nombreuses crises qui ont secoué l’Afrique de l’Ouest et causé la mort de dizaines de milliers d’Africains. Sans compter les nombreux crimes politiques et autres commis sous son règne et qui n’ont jamais été élucidés par la justice de son pays.

On peut être donc assurer qu’il a beau s’appeler Blaise Compaoré, la peur d’éventuelles poursuites judiciaires nationales ou internationales l’habite. Et c’est assurément l’une des raisons profondes qui l’ont poussé à mettre en place son projet de modification de la constitution de son pays pour s’offrir un pouvoir à vie.

Quand on lit la lettre de Soro Guillaume à un opposant burkinabé, on réalise ce dont Blaise Compaoré, dans l’esprit de Soro Guillaume qui le connaît mieux que tout autre Ivoirien, était capable de faire aux Burkinabè s’il leur venait l’idée de le faire partir du pouvoir après y avoir passé 27 ans. Mais le peuple, contrairement aux affirmations de Soro Guillaume, a bravé sa peur et a été plus fort que l’ex-homme fort de Ouaga. Lequel a trouvé refuge en Côte d’Ivoire, un pays trop proche du Burkina.

La vengeance étant un mauvais sentiment qui est en chacun de nous et dont nous n’hésitons pas à nous en servir souvent, Blaise Compaoré étant un homme, si l’on ne lui garantit pas une sorte d’impunité, s’il réalise que la prophétie qu’il a faite à propos de Gbagbo en 2004 risque de s’appliquer à lui (« Gbagbo finira au TPI comme Milosevic »), il est capable de tout, où qu’il se trouvera en liberté.

Il faut simplement espérer que les autorités ivoiriennes sont conscientes de cette réalité et qu’elles mettront tout en œuvre pour que la Côte d’Ivoire ne soit pas indexée par les futures autorités civiles du Burkina. A moins que les hommes de Blaise Compaoré qui ont récupéré le pouvoir, décident de le conserver pendant de longues années encore en volant la révolution du peuple burkinabé.

Blaise Compaoré, si les autorités ivoiriennes le souhaitent, peut rester en Côte d’Ivoire pendant le temps qui lui plaira et de toutes les manières, les autorités ivoiriennes lui sont redevables à plus d’un titre. Mais il serait bien sage de ne pas se mêler, depuis la Côte d’Ivoire, de ce qui se passe au Burkina Faso.

Autrement, il serait préférable qu’il y retourne pour rendre compte aux Burkinabè. Les choses doivent être clairement mises à ce niveau.

Tout ce gâchis, il aurait pu l’éviter. Il n’y a pas plus de deux mois, il a répondu, sur le sol américain, au président Obama en disant qu’il ne peut pas « y avoir d’institutions fortes en Afrique sans des hommes politiques forts ». Il pensait à lui-même en disant cela parce qu’il se croyait indéboulonnable. Le président français lui a promis son soutien pour sa nomination à un haut poste international s’il renonçait à son projet de modifier la constitution de son pays. Il a repoussé cette proposition du revers de la main. Où est-il aujourd’hui? Le plus fort, toujours, c’est le peuple et non les hommes politiques.

Blaise Compaoré n’a donc rien compris au message de Barack Obama quand il a dit que « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes ». On ose espérer   qu’à présent, il comprend mieux le sens des propos d’Obama. Chaque peuple a son degré de saturation à partir duquel sans que personne ne l’appelle, il décide de mettre fin à une situation qu’il ne supporte plus. L’Afrique ne se développe pas rapidement mais sa jeunesse a accès aujourd’hui à tous les moyens de communication…Que les dictateurs qui rêvent de mourir au pouvoir fassent attention. C’est une simple histoire d’oranges et de mangues confisquées par la police qui a poussé un jeune Tunisien (Bouazizi) à s’immoler par le feu. La suite, c’est Ben Ali, Moubarak, et autres Kadhafi… qui peuvent mieux la conter…

A.T.

In L’Eléphant déchaîné N°298 du mardi 4 au jeudi 6 novembre 2014 / 4ème année

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