Côte d’Ivoire-Développement local, un cadre désabusé et amer: «J’ai mal à mon Grand Centre…!»

By: Africa Newsquick

Côte d’Ivoire-Développement local, un cadre désabusé et amer: «J’ai mal à mon Grand Centre…!»

Jeannot Ahoussou-Kouadio, Président de l’Association des élus et Cadres du Grand Centre (AEC-GC)

 

Les résultats des dernières élections législatives dans le Grand Centre de la Côte d’Ivoire montrent bien que nous venons d’essuyer un revers, comparativement aux moissons abondantes auxquelles nous  avions été habitués. Ces résultats, le moins qu’on puisse en dire, sont révélateurs d’un malaise profond qui nous interpelle tous et nous invite à une grande interrogation : qu’est-ce qui n’a pas marché et pourquoi ?

La réponse à cette interrogation essentielle se trouve certainement dans le fait que la société elle-même a vite évolué avec les exigences du progrès soutenues par le Net, les cellulaires, l’informatique… On a  oublié que la propension à l’information, les capacités d’analyse et de compréhension des uns et des autres se sont renforcées entre temps et que le peuple est devenu mâture. Le peuple n’étant donc plus dupe, il refuse désormais de s’autocensurer par naïveté ou par lâcheté. Et ce changement s’est opéré de façon tellement inattendue et rapide, presqu’à l’insu des précurseurs du concept de ‘’Grand Centre’’, qu’il les a pris à défaut et mis en difficulté. Ce qui se comprend dans la mesure où les valeurs recherchées dans la méthodologie des actes  et la logique qui fonde les résultats, ne se décideront plus dans les conjectures politiques mais bien plutôt avec patience et amour et surtout dans le temps, l’autre nom de Dieu.

A notre sens, ce questionnement, en apparence anodin, est même au cœur de tout le débat pris en otage entre notre volonté d’organiser et de gérer notre bien commun qui est le ‘’Grand Centre’’ et notre incapacité à maîtriser notre ego. Ce  qui nous fait déboucher sur des résultats  qui trahissent nos efforts d’union et annihilent les effets attendus.

En réalité, si la notion de ‘’Grand Centre’’, telle que nous nous proposons de l’entendre, signifie la recherche d’un symbole de notre unité organique, symbole à partir duquel nous voulons fédérer nos énergies et mobiliser le Capital Humain et des ressources financières pour notre développement, alors cette organisation ne devrait pas être l’alibi d’un certain groupuscule considéré comme plus fort pour faire taire la majorité. Elle ne devrait pas être non plus une tribune, comme nous le verrons plus tard, où on  vient pour parler des défauts des autres et encourager les intrigues entre des filles et fils présentés comme ‘’indisciplinés ‘’ à l’orthodoxie et qu’il faut vouer aux gémonies. Cet espace est à considérer comme ce à quoi on assiste pendant les moments de fête, c’est-à-dire où chacun vient avec ses plus beaux habits et, dans le cas du Grand Centre, avec la volonté de contribuer à consolider notre instrument de développement.

 

De l’enthousiasme à l’indifférence face au projet du Grand Centre

Il convient d’indiquer que la naissance de cette entité sociologique d’unité et de développement ‘’Grand Centre’’, a été saluée avec beaucoup de ferveur non seulement pour l’espoir qu’elle suscitait mais aussi et surtout pour le vide qu’elle venait combler, car cette ‘’Trouvaille’’ est noble dans son fondement, à en juger par les objectifs qui lui étaient assignés. En effet, avec les graves secousses aux conséquences incalculables que subit la Côte d’Ivoire depuis un certain temps, il est évident que toutes les Régions dans leur intimité, en souffrent énormément et il était devenu un impératif de trouver des mécanismes spécifiques pour tenter d’apporter des solutions qui puissent aider à panser nos plaies.

Il nous apparaît donc distinctement très clair qu’en lançant cette idée de ‘’Grand Centre’’,  l’objectif était de mettre en place, à l’instar des autres Régions de Côte d’Ivoire, une entité – symbole de notre unité organique qui nous permettrait d’organiser notre réconciliation, notre  reconstruction et la consolidation de nos  acquis. Initiative louable que celle–ci! Malheureusement, cette entité sociologique vivace qui a eu beaucoup d’ambitions, à l’heure du bilan,  n’a atteint aucun résultat et l’espoir suscité avec son avènement s’est éventré.

 

Qu’est-ce qui n’a pas marché  et pourquoi ?

La vérité est que cette entité sociologique, nous n’avons  pris ni le temps, ni la pleine mesure du travail qu’elle attendait de nous. Elle est restée superficielle et artificielle et n’a existé que dans l’esprit d’un groupuscule qui voulait à tout prix s’en prévaloir pour assouvir son désir de prendre en otage des populations pourtant dynamiques et laborieuses.

Les illustres Filles et Fils que peut compter le Grand Centre n’ont  pas été en mesure de faire une analyse diagnostique, sociale et sociologique en terme d’initiative de réconciliation, de reconstruction ou même de réhabilitation sommaire. Les beaux projets contenus dans le Programme National de Développement (PND) au profit du Grand Centre  n’ont pu faire l’objet du minimum de décryptage. Nous avons donc été incapables de constituer des expertises et des compétences endogènes pour leur mise en œuvre.

Comme on le voit, cette entité n’a donc  jamais été une réalité en tant qu’outil ou instrument de travail pour aider le Grand Centre dans sa quête d’un développement harmonieux. Il a manqué donc un travail préalable d’acquisition du sens de l’engagement de ses Filles et Fils, de l’organisation de cette entité, de l’aptitude à l’encadrement de nos populations. Un problème de leadership prenant en compte la gestion des hommes et l’ensemble des contradictions à travers le temps a fini par plomber le projet.

 

Duplicité, cupidité et complicité de certains Cadres dans le chaos que vit le Grand Centre

L’allusion est faite ici à ces nombreux Fils et Filles du Grand Centre qui ont le pouvoir concentré dans leurs mains avec le cumul des postes. Le Grand Centre a subi une forte dégradation  consécutive aux différentes crises qui l’ont frappé de plein fouet et ce n’est pas à ses Cadres  qu’on viendrait conter tout cela. Malheureusement, leur stratégie, c’est d’être amis avec le Président Alassane OUATTARA au cours de la journée pour lui soutirer de l’argent et dès que la nuit tombe, ils s’en vont raconter autre chose à nos parents qui sont devenus leur bétail électoral et leurs fonds de commerce. Quand les élections sont finies, toutes les paroles mielleuses déclamées lors des campagnes s’évanouissent: aucun projet de réhabilitation de nos villages ; en ce 21èmesiècle, l’électricité et l’eau potable restent  encore des denrées rares ; la réhabilitation des principaux réseaux routiers promise par le Président de la République n’avance pas et il n’y a personne pour attirer son attention. Tant que leurs intérêts individuels et égoïstes ne sont pas touchés, cela veut dire que tout se passe bien. Ils ne savent se battre que pour la conservation de leurs intérêts et leurs postes. On attend toujours la veille des élections pour aller   dire  à nos parents voici mon candidat. Mais on n’a jamais fait de bilan en leur demandant ce qu’ils ont gagné en prenant le risque de s’afficher et de se ranger publiquement  derrière ce candidat.

Ils sont encore nombreux  qui continuent à lutter des postes avec des cannes en mains, à changer de postes à tout vent, à sortir du Gouvernement et à y retourner sans gêne. La consolidation de la chaîne des générations, la promotion des Jeunes et la problématique de leur employabilité  ne sont point des sujets d’intérêts pour eux.

Ils se comportent comme des roitelets et espèrent pouvoir tirer tout le monde à leur suite comme par magie. Ils n’ont jamais pu régler des conflits liés à des élections ; ils attendent toujours la veille pour venir tenter des réconciliations déjà biaisées et qui, comme ils le projettent, donnent toujours des résultats catastrophiques qui ne font qu’accentuer les divisions. Oui, on les connaît pour ces genres de pratiques, leur dessein étant de constituer des clans de ‘’Suiveurs’’.

 

Le Grand Centre, une coquille vide et un monstre à croquer ses Cadres

Au regard de ce qui nous est donné de constater, nous sommes fondés à  repenser l’esprit  du Grand Centre pour en faire un véritable et efficace  instrument de développement. Autrement dit, pour ce qu’il nous a été donné de voir jusque –là, le Grand Centre demeure une coquille vide. Aucune visibilité, ni perspective au moment où l’on parle de ‘’Plan Marshall’’ dans les autres Régions avec l’ambition de  reconstruction et de réconciliation. Là où on aurait aimé voir les Conseils des Régions du Gbéké, du Bélier, du N’ZI, du IFFOU… fédérer leurs énergies, aller ensemble à la recherche de partenaires sous la houlette de leurs illustres Filles et Fils, en vue d’apporter des solutions idoines et durables et impulser le développement du Grand Centre, on se contente de les distraire à travers des ballades touristiques à Pâques qui engloutissent inutilement des sommes faramineuses.

En attendant, les braves et dynamiques populations du Grand Centre dont on se targue d’être des Filles et des Fils, sont obligées de s’adonner à l’exode à la recherche des solutions aux nombreux problèmes de survie qui se posent à eux ; nos villages  ne font que se dépeupler ; la pauvreté continue de s’accentuer et c’est cela qui est devenu naturel. Par contre, on ne se lasse pas d’encourager  l’autodestruction. On est même passé maître dans l’art d’asphyxier nos Cadres et de nous réjouir de leur malheur. Notre ‘’Plan Marshall’’, c’est de tendre des pièges aux jeunes Cadres qui veulent donner la pleine mesure de leur contribution. Malheur à vous si vous ne regardez pas dans la même direction que ces ‘’Vrais Propriétaires ’’ du Grand Centre. Adeptes de la politique du complot, ils n’hésitent pas à monter des Cadres contre d’autres.

En définitive, le Grand Centre est devenu un monstre qui croque à belles dents les Cadres qui veulent apporter la pleine mesure de leur contribution à son développement. Quel paradoxe !

Il est tout simplement déplorable qu’une entité comme le Grand Centre qui peut déjà compter sur des populations naturellement laborieuses s’adonnant à cœur joie au travail de la terre, sur un capital humain bien formé dans divers domaines, ne peut se donner de Plans de Développement qui tiennent compte de sa spécificité à partir du PND. C’est plutôt la politique politicienne qui nous intéresse. Si vous n’avez pas été élu Président de Conseil Régional, Député ou Maire, c’est que vous n’avez pas connu de réussite dans la vie politique.

 

Le Grand Centre refuse d’être indéfiniment otage

Avec cette vision étriquée des choses, il faut se demander où peut-on aller et où peut –on arriver ? Les résultats des dernières législatives sont un signe avant-coureur que les populations ont décidé de se libérer des mains de leurs geôliers qui pensent pouvoir les prendre en otage indéfiniment.  Que tous ceux qui peuvent le comprendre, le comprennent. Il y a un temps pour chaque chose. En tout cas, le Grand Centre n’a que trop souffert de ces nombreux ‘’Je t’aime moi non plus’’. Il continue de porter le deuil de la  misère…. sans aucun espoir.

C’est pourquoi, les valeurs qui nous préoccupent ici, se traduisent en termes de bilan pour le Grand Centre qui est appelé à se bâtir à partir du concret, de notre histoire, de tout ce qu’on peut partager ensemble et qui fait notre spécificité. Or, toutes ces valeurs sont absentes et c’est cela qui fonde mon amertume et ma douleur et qui m’amène à m’écrier…Ah, j’ai mal à mon Grand Centre !

Une contribution d’Edouard KPLOWY Milacé, Enseignant, Communicateur

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