Côte d’Ivoire: Chez la grande muette, les erreurs de jeunesse se multiplient

By: Africa Newsquick

Côte d’Ivoire: Chez la grande muette, les erreurs de jeunesse se multiplient

Le pardon selon Lurlène Mc Daniel  est «un choix que tu fais, un cadeau que tu donnes à quelqu’un, même s’il ne le mérite pas. Cela ne coûte rien, mais tu te sens riche une fois que tu l’as donné ». Ah ! Les Ivoiriens doivent avoir thésaurisé de grands trésors – même s’ils s’appauvrissent de jours en jours – et amassé avec tous ces pardons gracieusement offerts, des charbons ardents sur plus d’un crâne dans les rangs de la grande muette, de plus en plus babillarde, dont la responsabilité d’assurer la sécurité et le bien être des populations, n’est vraisemblablement plus si affriolante !

Le traditionnel « on demande pardon » ne date pas d’hier

Le toujours président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, saint Soro Guillaume en sait long sur la repentance. Il en a une grande expérience. Au cours de sa carrière politique, il en a demandé des pardons !

En avril 2007, alors qu’il porte toujours plus haut l’étendard de la rébellion armée de 2002, il accède suite aux accords de Ouagadougou à la fonction de premier ministre et profite de ce poste fraichement acquis  pour enseigner sa technique de repentance aux futurs pécheurs de la république : « Je suis aujourd’hui le Premier ministre de tous les Ivoiriens. A ce titre, je demande pardon… Nous sommes tous responsable à des degrés différents… Nous devons maintenant apprendre à pardonner. Ce n’est qu’à ce prix que la réconciliation est possible. Ce n’est que de cette manière que nous pourrons apprendre à vivre à nouveau ensemble ». Et ce prix, fut payé ! D’autant plus que lui en vérité ne regrette rien et célèbre tout en poésie sur son compte Twitter, quand l’inspiration l’étreint, les anniversaires de ce grand moment de récupération de la dignité du nord.

Trois années plus tard, éclate la crise postélectorale. L’intrépide Gbagbo est mis hors d’Etat de nuire et déporté dans le plus grand secret à la prison de Scheveningen, loin du règne de l’empereur Ouattara II le 29 novembre 2011.

En avril 2013, les crépitements d’armes d’ex combattants, appartenant à l’Association des Démobilisés de Côte d’Ivoire (ADCI), laissés pour compte malgré les promesses d’alors retentissent à Bouaké, décidément souffre-douleur des mouvements d’humeurs, pour réclamer 40 millions de francs CFA. Très vite, rassurés que l’Etat pense à eux, l’ADCI par la voix de son président, Ibrahim Diarrassouba, demande humblement pardon à la nation et à l’empereur Ouattara II qui parait-il aurait été touché en plein cœur par ces revendications à mains armées. « Aujourd’hui, nous voulons vous prendre à témoin et profiter de l’occasion pour regretter publiquement tous les désagréments causés par ces agissements qui ne sont pas dignes de jeunes soucieux de leur avenir après la difficile crise que nous avons connue… Nous demandons pardon à tous ceux qui ont subi les effets malheureux de ces protestations, en premier lieu nous demandons pardon au président de la République et nous lui renouvelons notre reconnaissance pour avoir créé une structure chargée spécialement de la résolution de nos problèmes ». Le pays toujours sous perfusion respire un peu. Les populations ont pardonné la vie peut continuer.

En Aout 2013 saint Soro Guillaume, armé de sa sainteté et de sa verve, part prêcher le pardon dans le Gôh ; fief de l’ex président. C’est dans le village de Laurent Gbagbo ; en face des « parents » de ce dernier, qu’il déploie son art : « Si vous pensez qu’on vous a fait du tort, je suis aussi venu pour vous demander pardon. Moi, j’estime que je ne suis qu’un simple être humain ; je n’ai donc aucune honte et aucune gêne à demander pardon. Ce sont ceux qui se prennent trop au sérieux qui refusent de demander pardon ». Conclusion : quand on fait du tort, ou quand l’autre pense qu’on lui a fait du tort, il ne faut pas trop se prendre au sérieux. Il faut demander pardon même si l’on sait pertinemment qu’une récidive consciente et assumée n’est pas exclue.

On ne change pas une méthode qui marche !

Les années passent certes mais les bonnes pratiques demeurent. Ainsi, C’est sans surprise et la peur au ventre que les populations de Bouaké se sont réveillées le 05 janvier avec une mutinerie sur la tête. L’accès aux villes de Daloa, Daoukro, Korhogo, Odienné et Bouaké est bloqué.

Les soldats mutins l’on apprit des devanciers les revendications appuyé par les armes prospèrent toujours ! D’autant plus que les populations qui trainent un cœur aussi grand que le monde dans la poitrine, pardonneront toujours…

Le président dans une courte déclaration fait droit à leur demande et la grande muette s’enflamme ! « Je confirme mon accord pour la prise en compte des revendications relatives aux primes et à l’amélioration des conditions de vie et de travail des soldats » avait déclaré le président. Les 17 millions de primes concédés par têtes ne sont pas du goût de tous. Les autres corps s’y mettent et le pays nage en eaux troubles.

Le mercredi 25 janvier, après des semaines de mutineries successives, une énième cérémonie de pardon est organisée à Bouaké pour consoler les âmes traumatisées. Cette fois, le Sergent Diallo Yacouba, porte parole, s’y colle. « Je me présente en face de vous pour me confondre en excuses et demander du très profond de mon cœur pardon pour le manquement à la discipline militaire, au non-respect du droit d’autrui et ainsi qu’aux dégâts incalculables causés aux nationaux et non nationaux ». Le pardon c’est vraiment beau avec des millions en poche ! En plus, ça fait prendre des résolutions fermes ! « Nous prenons ainsi l’engagement de nous mettre aux ordres de la hiérarchie militaire et d’intégrer désormais en nous les grands principes qui fondent les armées, à savoir la discipline, l’obéissance, l’honneur, l’éthique, le respect de soi et d’autrui », avait promis le Sergent Diallo Yacouba.

Et avec un cœur aimant, le 5è vice-président du Conseil régional de Gbêkê, Norbert Djè, avec lui le 2è adjoint au maire, Hamadou Bamba et l’imam central de la grande mosquée de Bouaké, Badjawari Touré ont accepté ces componctions soutenant que ces soldats « ont demandé pardon, le représentant de la population a accepté, l’imam a béni, donc tout est terminé. En ce qui me concerne, je prends acte de ce qui s’est passé ici ce matin et je me ferai fort de rendre fidèlement compte à divers niveau de ma hiérarchie… Il faut que cette demande de pardon soit sincère et également que cette acceptation soit aussi sincère pour ne pas que demain, on se retrouve encore ici… Vos parents vous pardonnent et demandent que cela ne se répète plus jamais, car Bouaké a trop souffert et ne continuera pas dans ce sens».Si ce n’est pas l’amour vrai ca !

Laissez les jeunes s’exprimer

Le mardi 7 février, ce sont les forces spéciales qui font parler d’elles. Un autre mouvement d’humeur a Adiaké qui n’aura pas produit grand-chose officiellement si ce n’est encore des excuses. Le commandant de Brigade Lacina Doumbia monte au créneau pour la cérémonie traditionnelle d’excuses et demande miséricorde pour ces jeunes sanguins. « Je considère que c’est une erreur de jeunesse. C’est un coup de sang. Malheureusement, mes hommes n’ont pas apprécié l’environnement dans lequel nous étions et que leur action aurait pu être récupérée par d’autres personnes à d’autres desseins. Mes hommes n’ont peut être pas aussi apprécié la place qu’ils ont dans le dispositif de défense et de sécurité ; ce qu’ils représentent dans le cœur des ivoiriens et dans le cœur des autorités. Vraiment en leur nom je voudrais sincèrement présenter toutes nos excuses et réitérer l’engagement qu’ils ont pris que cela ne se répètera plus jamais. Encore une fois toutes nos excuses pour les désagréments qui ont été causés ».

Et pour les haineux à la rancune tenace, Sir Alain Richard Donwhai, ministre ivoirien chargé de la Défense dit ceci : «L’incident est clos»!  Oui chef !

BABETH BERIYTH, in L’Eléphant déchaîné n°520

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