Côte d’Ivoire: Grève sauvage contre riposte sauvage-Le Cratylisme de Kandia Camara ne résoudra rien! La République rabaissée par son langage d’enfer

By: Africa Newsquick

kandia-camara_0Côte d’Ivoire: Grève sauvage contre riposte sauvage-Le Cratylisme de Kandia Camara ne résoudra rien! La République rabaissée par son langage d’enfer

On attendait  la révolutionnaire reforme que la ministre de l’Education presque nationale a promise aux Ivoiriens lorsque, ministre de l’Education nationale, elle ne contrôlait rien depuis l’hôtel du Golf. Au lieu de cela, c’est à un spectacle des plus surprenants qu’elle a invité les Ivoiriens, au cours d’un point de presse organisé dans son cabinet le lundi 19 Septembre et qui restera sans doute dans les annales de la République, comme la plus grande célébration d’orgueil à laquelle l’on n’ait jamais assisté.

Tenter de faire disparaître un problème en lui imposant une solution radicale, voilà la philosophie que la ministre de l’Education presque nationale enseigne maintenant aux enseignants. Au motif que l’un de leurs représentants syndicaux, le nommé Messin Komoé, que l’opposition soutenait en 2006 dans une longue grève contre le régime Gbagbo, a menacé de déclencher une «grève sauvage» si la ministre leur imposait les cours du mercredi dans le primaire.

Peut-être faudrait-il rappeler à la ministre de l’Education presque nationale que dans une République, un ministre doit pouvoir se contrôler et contrôler son langage. Le spectacle qu’elle a livré le lundi dernier devant les caméras de la télévision d’Etat est inacceptable. Rentrer en transe, se frapper presque la poitrine comme s’il suffisait de crier et de menacer pour que le problème posé disparaisse par enchantement, cela s’appelle  du cratylisme. C’est-à-dire penser qu’il existe un rapport déterminant et absolu entre un son, un mot répété par quelqu’un en le répétant aussi dans le sens opposé pour lui faire comprendre qu’on est le supérieur absolu de ce dernier. Faire du mimétisme opposé pour inspirer la terreur, au lieu d’expliquer les dégâts que les simples propos d’un syndicaliste ont causés au pays au point de mettre une ministre dans un tel état d’hystérie, c’est se placer au-dessus du peuple.

Car, dans les faits, qu’est-ce qui, dans les propos de Messin Komoé, a amené la ministre à tenir les propos suivants? «(…) Allez dire à Mesmin Komoé que la Ministre Kandia Camara dit: Si ses sbires et lui mènent une grève sauvage et illimitée, la riposte sera sauvage et inoubliable pour eux (…) S’ils touchent à un cheveu d’un enseignant, d’un élève ou d’un parent qui accompagne son enfant à l’école, les agresseurs seront purement et simplement radiés. Mesmin Comoé sera tenu pour responsable de tous les actes d’agression. Dites à Messin Komoé que trop, c’est trop! Ça suffit! La récréation est terminée. S’il enclenche cette grève, elle sera sa dernière au ministère de l’Education nationale. Parole de Kandia Camara». Nous rendons gloire à Kandia Camara. Ce n’est pas fini: « (Mesmin Komoé), c’est quelqu’un qui ne travaille pas, mais qui revendique des droits et se met dans la posture de celui qui réclame des droits. Il ne sera plus payé à ne rien faire (…) Nous ne voulons plus de violence, de vandales, de terrorisme à l’école…» (Fraternité Matin, 20/09). Il a fallu donc que Mesmin Komoé menace de faire une grève sauvage pour que la ministre de l’Education presque nationale informe les Ivoiriens de la présence de « vandales et de terroristes » dans les établissements scolaires. On dit merci qui?

En réalité, si ces propos n’étaient pas ceux d’une ministre de la République, on s’effondrerait de rire. Y a-t-il quelqu’un dans ce gouvernement pour expliquer à Madame Kandia Camara que la Côte d’Ivoire est régie par des lois et que le droit de grève dont elle a abusé elle-même en tant que syndicaliste sous d’autres régimes, est réglementé par la loi? Mesmin Komoé, en tant qu’enseignant, n’a-t-il pas de supérieur hiérarchique pour le convoquer et lui parler dans un bureau sans que la ministre se livre en spectacle en parlant comme dans une république bananière?

C’est quoi une grève «sauvage et illimitée» qui entraîne «une riposte sauvage et inoubliable»? En tout cas, la ministre peut se rassurer d’une chose, aucun ivoirien n’oubliera le spectacle gratuit qu’elle a servi à toute la république et devant ses collaborateurs les plus proches qui ont assisté à son show avec une gêne qu’ils avaient du mal à dissimuler.

Le concerné par ces propos, pour le moins, limités de la part d’une ministre, a reçu le message, sans doute en suivant la télévision ou en lisant les journaux. Sa réaction lui a permis de se mettre au-dessus de la ministre: «On a déjà connu les menaces, suspension de salaires et prison. La mutation, d’accord, j’attends. Mais est-ce que c’est ça qui va résoudre le problème? Les arguments que nous développons sont-ils fallacieux? Avoir plus de 80 élèves par classe, et demander 5 jours de travail par semaine, c’est trop. Dire que les heures ne sont pas adaptées aux modules, est-ce que c’est vrai ou c’est faux? C’est le fond du problème…» A réagit le Secrétaire général du Mouvement des Instituteurs pour la Défense de leurs Droits (MIDD).

 

Un débat civilisé à la place des ripostes sauvages

L’imposition des cours le mercredi, selon la ministre, relève du contenu d’une réforme que les enseignants auraient approuvée. Parce qu’ils auraient assisté à toutes les réunions ayant abouti à la prise de cette décision. Ce serait la raison pour laquelle elle a piqué sa célèbre colère. Mais est-ce cela qui résout le problème de fond? La ministre prétend que Mesmin Komoé et ses camarades sont réfractaires à cette décision parce qu’ils voudraient continuer à vendre des fascicules aux enfants avec leurs fameux cours de renforcement des mercredis. Soit. Il est évident que l’utilité de ces cours de renforcement, non obligatoires mais aux desseins pas très clairs, n’a jamais fait l’objet d’une approbation générale de la part des parents d’élèves. Mais en s’exprimant comme elle l’a fait, la ministre a donné l’impression de vouloir résoudre un problème par l’imposition d’une solution qui n’est guère la solution au problème. On revient au cratylisme qui n’est pas à confondre avec le crétinisme qui n’est pas l’objet de ce papier. La ministre, au-delà de sa colère, a laissé entendre que la décision a pour objectif de donner à l’école primaire des volumes horaires d’enseignement correspondant aux normes internationales. Ce qui fait sourire les spécialistes de la question. Pourquoi? Parce que ce dont souffre aujourd’hui l’école ivoirienne, c’est la baisse générale du niveau des élèves, du niveau même des enseignants qui sont pour la plupart, recrutés dans des conditions opaques puant le favoritisme et la corruption à plein ciel.

La recommandation principale gravée dans le plan décennal 2016/2025 que la Côte d’Ivoire vient d’adopter recommande, au point de la qualité au niveau de l’enseignement primaire, que «l’objectif de l’approche de la qualité est de restaurer la qualité de l’enseignement dans les endroits où elle est la plus mauvaise, par une élimination progressive des points noirs du système éducatif, c’est-à-dire des écoles dont les conditions de fonctionnement sont aujourd’hui tellement précaires ou difficiles qu’aucun effort général portant sur la pédagogie ou la formation des enseignants n’aurait d’effets positifs sur les apprentissages des élèves». (Lire pages 6-7). Voilà un problème de fond qui nécessite une réflexion approfondie qui ne devrait pas être noyée par une histoire de cours de «mercredi» et de «riposte sauvage» à une «grève sauvage».

Quelles sont les solutions contenues dans la reforme de la ministre Kandia Camara qui permettent d’adresser cette question de recherche de la qualité de l’enseignement avec 80 à 90 élèves dans des classes en ruine et aux tables bancs qui reculent?

Dans ce pays, on tente toujours de noyer des problèmes de fond sous un déluge de mots pour créer des tendances qui s’empressent de placer le problème sous l’angle de l’antagonisme politique. Sur les réseaux sociaux, les clans, rapidement, se sont formés. On acclame la ministre pour sa fermeté en taxant Mesmin Komoé de « pro-Gbagbo encagoulé jaloux du succès de Kandia Camara qui aurait redonné à l’école ivoirienne ses lettres de noblesse avec des taux de réussites flatteurs aux examens à grand tirage». On croirait presque rêver en lisant cela. N’est-ce pas le même Mesmin Komoé que l’opposition aujourd’hui au pouvoir avec le RDR acclamait quand lui et ses camarades avaient, pendant plus d’un mois, paralysé l’école pour revendiquer le versement d’une prime de logement? Cette grève avait d’ailleurs conduit Mesmin Komoé et certains de ses camarades derrière les barreaux. Le régime Gbagbo avait pensé briser la grève par cette solution en la déclarant illégale (sauvage comme le dirait Kandia Camara), mais cela n’avait fait qu’aggraver le problème et le gouvernement a dû faire machine arrière pour négocier avec les grévistes.

Sur quelle planète se croit donc la Ministre Kandia Camara pour oser parler de «parole de Kandia Camara» dans une affaire qui concerne l’éducation des enfants de ce pays? Au lieu de prendre des mesures «sauvages», Kandia Camara ne gagnerait-elle pas à prendre une semaine, sur son précieux temps, pour faire un tour à l’intérieur du pays pour voir l’état dans lequel se trouvent les établissements primaires qui, pour la plupart, ont été construits par les populations elles-mêmes, il y a parfois plus de cinquante ans, et qui n’ont jamais connu la moindre réhabilitation?

Que les enfants aillent désormais à l’école les mercredis relève sans doute d’un objectif louable, mais s’il y a des oppositions à cette mesure, cela ne doit entraîner qu’un débat intellectuel qui permette aux citoyens de comprendre les enjeux et non une joute orale indigne d’une république.

Le cratylisme auquel s’est livré la Ministre Kandia Camara, ainsi que vient aussi de le faire Nicolas Sarkozy en France, en rappelant aux partisans de Jean Ping qu’ils sont en France et qu’ils peuvent rentrer au Gabon s’ils ne sont pas contents, est un problème pour l’école primaire publique en ruine et non une solution.

La loi organise le droit de grève en Côte d’Ivoire. La même loi organise la sanction de la grève illégale en Côte d’Ivoire. Il n’est point besoin de «parole de Kandia Camara» dans cette loi. La Côte d’Ivoire, qu’on veut émergente dans quatre petites années, n’a pas besoin de ce genre de spectacle qui couvre le pays de ridicule à l’extérieur.

ASSALE TIEMOKO, L’Eléphant déchaîné n°482

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