Maurice Kakou Guikahue: «Pour qu’il y ait des élections pacifiques, il faut que tout le monde y participe», intégralité des propos de Guikahué et Ouégnin

Maurice Kakou Guikahue «  Nous ne voulons plus de mort d’homme après des élections »

«Nous allons tourner, mais nous reviendrons à la réforme de la Cei »

«Pour qu’il y ait des élections pacifiques, il faut que tout le monde y participe»

« Je voulais faire une précision. Nous avons dit sciemment, dans notre conférence de presse Eds et Pdci-Rda,  car nous sommes en train de faire le compte rendu d’une  rencontre qui s’est tenue hier( Ndlr jeudi) . A cette rencontre, dans l’opposition significative, il y avait Eds en tant que plateforme et le Pdci qui avaient été invités. Au cours de cette rencontre, nous avons marqué notre surprise qu’il y avait des partis politiques,  qui étaient partie prenante de la première phase des négociations et curieusement, avaient disparu de la table des discussions, pour cette phase de discussions. Alors que de l’autre  côté, il n’y avait aucune absence des partis politiques proches du pouvoir. Il y avait comme absents, le Rpci, l’Urd, l’Usd et le Rpp. Après notre intervention, le gouvernement  a présenté ses excuses en indiquant que c’est une erreur de Secrétariat et qu’aux prochaines rencontres, tous ces partis  seront invités. Aux prochaines rencontres, toutes les communications que nous allons animer se feront en Eds et Cdrp.

Le président du Raci,  Soro Kanigui, qui est membre de laCdrp, est actuellement en détention. Est-ce que cela n’impacte pas ces discussions  entre le gouvernement et l’opposition ?

Vu le temps qui est imparti pour atteindre les élections, est-ce que ces discussions que le gouvernement a entamées avec l’opposition peuvent aboutir à la réforme de la Cei avant la tenue de la présidentielle en 2020 ?

Guikahué : Vous faites  le parallèle entre  la situation que traverse le président Soro Kaniguiqui est membre de la Cdrp et les négociations actuelles. Ce sont deux dossiers différents. Et déjà, la Cdrp s’est prononcée sur le dossier Soro. Donc cela n’empêche pas  que nous puissions aller aux négociations. Deuxièmement, vous avez parlé de délai. En matière politique, il n’y a pas de délai. On peut faire les discussions en une semaine. Car chaque camp soutient qu’il veut la paix pour que les élections soient transparentes,  pacifiques et non violentes. Donc à partir du moment où nous avons le même objectif,  cela est facile.  Pour qu’il y ait des élections pacifiques, il faut que tout le monde y participe. Surtout si l’on accepte que  cette élection soit inclusive.  Mais s’il y a des gens qui ne veulent que tout le monde participe à ces élections, cela voudrait dire qu’ils ne veulent pas des élections pacifiques. Donc laissez-nous faire la première réunion et nous viendrons vous informer.  Nous avons pris l’engagement qu’à chaque réunion, nous ferons le point aux Ivoiriens à travers une conférence de presse.  Cela permettra aux Ivoiriens de savoir qui bloque ou pas ces discussions. Nous voulons des élections pacifiques et nous ne voulons plus de mort d’homme après les élections. Si tous les Ivoiriens, depuis le gouvernement jusqu’à l’opposition, ont la même vision, en deux semaines, le problème est réglé. Mais si les discussions deviennent longues, c’est qu’il ya des gens qui sont  de mauvaise foi. Ensuite, nous disons que nous récusons la Cei et le Premier ministre a dit que nous allons avoir des discussions relatives  à l’organisation  des élections. Mais pour organiser une élection, ce n’est pas seulement le code électoral. Mais c’est la Cei qui actionne le code électoral.  Donc nous  pensons que nous allons tourner  et nous reviendrons sur la réforme de  la Cei. Nous allons tout faire pour aller aux élections. Mais cette Cei ne peut pas travailler dans l’état actuel.

Si le gouvernement tient à maintenir la Cei en l’état, est-ce que l’opposition acceptera d’aller aux élections en octobre 2020 ?

Georges Armand Ouegnin : Il faut savoir que cette Cei est décriée par tout le monde. L’opposition et certaines structures qui ont travaillé à la mise en place de cette Cei. Cette Cei n’est pas consensuelle et nous ne cesserons de le dire.  Nous l’avons dit et nous l’avons signifié au gouvernement, nous n’accepterons pas  cette Cei actuelle. Nous allons utiliser tous les moyens démocratiques légaux pour arriver à la réforme de cette Cei, pour qu’elle soit consensuelle. Et croyez-nous, nous allons obtenir une Cei qui sera véritablement consensuelle. Et ça,nous ne transigerons pas. Nous aurons une Cei consensuelle, soyez-en profondément convaincus.

Qu’est-ce que vous avez convenu concrètement avec le gouvernement lors de la première rencontre de ce dialogue. Quelle est la prochaine étape et quel est le calendrier de ces discussions ?

Nous avons dit à cette rencontre que nous récusons cette Cei. Mais nous sommes prêts à aller aux prochaines rencontres concernant le code électoral car nous avons des propositions concrètes à faire. Bien que nous récusions la Cei, nous sommes prêts à discuter sur le code électoral et des autres aspects car nous avons été convoqués pour parler de tous les sujets relatifs aux élections  en Côte d’Ivoire. Nous nous battrons pour obtenir une Cei consensuelle. Et je voudrais vous dire que la Cei sera réformée conformément aux standards internationaux. Et nous avons fait comprendre cela au gouvernement, que nous n’accepterons pas cette Cei actuelle.

Lors de la première phase des discussions avec le gouvernement concernant la Cei, vous avez participé avec enthousiasme à des étapes. Et entre janvier et juin, on ne vous a plus vus. Jeudi dernier, lors de la reprise des discussions avec le gouvernement, vous avez marqué le même enthousiasme. Est-ce que vous pouvez prendre la nation à témoin que vous serez présents à toutes les étapes de la discussion pour aboutir à un code électoral consensuel ?

Guikahué : Nous sommes toujours enthousiastesparce que nous aimons notre pays. Nous sommes une opposition, nous sommes des responsables, nous ne faisons pas dans la compromission. Même si un homme politique doit être un homme de compromis. Nous sommes pour les compromis mais pas pour les compromissions.

J’ai été surpris de vous revoir à nouveau à la table des négociations parce que vous aviez boycotté les négociations sur la Cei. Alassane Ouattara et le gouvernement ont dit qu’ils ne reviendraient pas là-dessus. Aujourd’hui, vous participez à des négociations sur le code électoral dont nous ne voyons pas l’importance. Car c’est à la Cei que se passent les élections. Est-ce que de par votre participation, vous n’adoubez pas cette Cei mis en place?

Guikahué :Nous avons bloqué les premières négociations parce que c’est une question de principes. Vous allez à une discussion, vous ne savez pas de quoi vous allez discuter, vous n’avez pas d’ordre du jour, vous ne savez pas combien de temps ça dure et puis comment on prend les décisions et comment on arrête les décisions et comment on tire les procès-verbaux. Mais vous ne pouvez pas engager un match si vous ne connaissez pas le minimum. Si vous ne savez pas qu’il dure 90 minutes, s’il y a une mi-temps, s’il y a un arbitre, si vous ne connaissez pas les règles du jeu. Si vous vous mettez dedans et que vous encaissez même 9 à 0, il ne faut pas vous plaindre. Donc mieux vaut ne pas engager les choses dont on ne peut pas assumer la conclusion. Nous sommes partis à la rencontre. Quand le Premier ministre a fini son discours et comme nous sommes des hommes politiques et puis on n’est pas bête, on a compris tout de suite et on a posé des principes que le Premier ministre, lui-même, a acceptés. Et arrivé à la maison, il a changé de position et il ne veut plus faire ce dont nous étions tous d’accord. Voici où le problème s’est posé et comme parmi nous, on n’est pas les mêmes, on ne dort pas aux mêmes endroits, il y a des gens qui ont dit que quelle que soit la situation, ils vont y aller, ils y sont allés. Mais, nous, nous sommes restés fermes. Si les gens veulent faire une Cei qui est mauvaise et à laquelle on n’a pas participé, sur le plan de la conscience au moins, on sait qu’on n’a pas participé à la mascarade. Ce qui nous réjouit aujourd’hui, c’est que ceux qui sont partis accompagner le gouvernement pour valider cette Cei, parce que nous ne voulions pas être des accompagnateurs, sont les plus virulents, ce sont eux qui dénoncent la Cei. Ils disent qu’elle est mauvaise, qu’elle n’est pas bonne, qu’elle doit changer. Et nous qui n’avons pas participé, aujourd’hui, nous sommes heureux de n’avoir pas participé, parce que nous ne pouvons pas être des faire-valoir. Ça, on refuse. Maintenant, nous sommes enthousiastes parce qu’on veut parler du code électoral et cette fois-ci, le Premier ministre a abordé son propos liminaire dans un autre sens. Il nous a dit le nombre de réunions, le thème des discussions. Il a ajouté qu’à la première réunion, on va lister toutes les questions à discuter et on va se mettre d’accord. Il y a évolution. Alors que lors des premières réunions sur la Cei, il n’y avait pas cette évolution. Donc cela nous inspire confiance qu’on va arriver à des discussions consensuelles. Même si c’est la Cei qui organise les élections, mais c’est le code électoral qui est le cœur des élections. C’est dans le code électoral, on dit comment on préside le bureau de vote, qui sont les représentants, comment se déroulent le dépouillement, la sécurité, le comptage etc. Je pense même qu’avant de se précipiter sur la Cei, on aurait dû d’abord finaliser le code électoral. Car le code électoral, c’est la loi qui régit les élections. Or la Cei fait partie des élections. Donc, il aurait fallu commencer par là maintenant. Parce que le code électoral va vous donner les attributions de la Cei et puis les attributions actuelles ne correspondent pas aux anciennes attributions. On n’en a pas parlé. On est obligé d’aller changer la loi sur la Cei en ce qui concerne les attributions. Donc, on est encore loin du compte. Quelle que soit la situation, cette fois-ci, même si on nous énerve, on ne sortira pas des discussions. On restera-là, jusqu’ à ce qu’on ait des résultats pour notre pays. On dit que nous, nous avons fait la politique de la chaise vide, mais il n’y avait pas de chaises. Cette fois-ci, même s’il n’y a pas de chaise, on restera debout. Peut-être qu’on nous a envoyé la convocation à 17heures pour une réunion à 14 heures le lendemain pour qu’on se fâche et pour ne pas partir. Comme ça, on dira que nous sommes contre le dialogue. Ils ont fait faux. On y était et y sera. On ne va plus nous présenter comme des va-t-en-guerre ou ceux qui ne veulent pas dialoguer. Mais nous on est pour le dialogue, mais un dialogue constructif. On sera toujours enthousiastes tant qu’il s’agit de la Côte d’Ivoire.

On dit qu’on a boycotté la Cei. Nous, nous disons qu’on ne reconnait pas la Cei. En ma qualité de médecin cartésien, je constate qu’on a parlé de Cei d’abord, on parle ensuite de code électoral et après, on parlera de constitution. Mais la logique aurait été qu’on commence par la mère des élections. Parce que, le code, il sort de la constitution. On ne comprend donc plus rien, on est perdu.   Mais malgré cela, on va aller aux discussions. Donc faites-nous confiance, on va discuter dans l’intérêt des Ivoiriens. Voyez-vous, nous faisons 40% du poids économique de la sous-région ouest africaine. Mais notre démocratie n’est pas à la hauteur de notre économie. Et tant que la gestion des hommes n’est pas correcte, vous allez beau avoir quatre chiffres de croissance, c’est zéro. Houphouët-Boigny nous a toujours dit qu’il n’y a de richesses que d’hommes. Si la gouvernance humaine est bien faite, le reste vient seul. Nous on est entré en politique pour être au service des hommes, pas pour les tuer. Nous, on ne veut plus être là pour qu’on parle des élections au cours desquelles on va être voté et à cause de nous, on tue des gens. On n’en veut plus. C’est cela notre ligne. Il faut donc des élections pacifiques. Un pays qui a 40% de l’Uemoa doit avoir la meilleure démocratie. Si c’est le cas, au lieu de chercher à avoir les croissances à deux chiffres, les croissances à trois chiffres vont arriver seules. Notre c’est vision, faire des élections sans morts.

On nous dit qu’en 2015, après les élections, les gens sont partis au travail le lendemain. Mais c’est parce qu’il y avait une candidature unique. Si on dit que le Pdci est candidat, le Rhdp est candidat, le Fpi est candidat, c’est en ce moment-là qu’il y a une vraie élection. Si après cette élection, on ne dénombre pas des morts, on tire le chapeau. Or les mêmes causes produisant les mêmes effets, si on garde la Cei telle qu’elle, on va à la catastrophe. On avait eu une crise postélectorale, mais maintenant on va avoir une crise préélectorale et la crise postélectorale. Et il va rester qui en Côte d’Ivoire à la fin ? Donc, faisons attention !

Ouégnin : Je ne peux qu’adhérer à ce que le ministre Guikahué a dit. Pour dire que nous sommes à la recherche du consensus. Nous voulons le consensus à toutes les étapes. Nous voulonsu ne Cei consensuelle, nous voulons un découpage électoral consensuel, un listing consensuel, le consensus pour tout le processus et nous voulons que les élections soient propres pour que ceux qui sortiront vainqueurs des urnes, soient véritablement l’émanation du peuple de Côte d’Ivoire. C’est extrêmement important. Et pour cela, nous n’abdiquerons pas. Nous voulons une Cei consensuelle.

Conclusion

Guikahué : Nous voulons demander aux journalistes de nous aider à passer un message. Celui que le Pdci-Rda, Eds, l’opposition significative, nous récusons la Cei. Mais les discussions étant ouvertes, nous allons aux discussions avec le gouvernement. Des voix s’élèvent aujourd’hui. Nous ne sommes pas seuls. Le porte-parole des ambassadeurs, le 6 janvier lors de la présentation des vœux au palais présidentiel, a dit au chef de l’Etat : pour avoir des élections crédibles, pour que chacun reconnaisse sa victoire, il faut que tous les acteurs politiques participent à la gestion de la Cei. Donc, ça veut dire que le monde entier s’est rendu compte que notre Cei est mauvaise. Donc nous pensons que les tenants du pouvoir vont écouter parce qu’ils sont dans le concert des nations et puis faire ce qu’ils doivent faire pour que cette Cei soit consensuelle. Mais nous allons continuer les discussions. Nous sommes convaincus qu’on va arriver à une Cei consensuelle, à un bon code électoral pour donner à la Côte d’Ivoire des élections qui sont à la hauteur de son prestige mondial.

Propos recueillis et retranscrits par Diarrassouba Sory et Jérôme N’dri

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