Réouverture du dialogue politique-Lettre ouverte à Gon Coulibaly: «Un désir de mise en conformité avec l’Arrêt de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples» ?

Réouverture du dialogue politique-Lettre ouverte à Gon Coulibaly: «Un désir de mise en conformité avec l’Arrêt de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples» ?

 

 

Excellence, Monsieur le Premier Ministre,

C’est avec satisfaction que le pays a accueilli l’annonce faite par Son Excellence, Monsieur le Président de la République, à l’occasion de la présentation de ses vœux à la Nation le 31 Décembre 2019, de la reprise très prochaine du dialogue socio-politique sous votre haute direction. Cette perspective à fait naître l’espoir de voir s’ouvrir l’opportunité de réduire la tension pré-électorale relativement au processus électoral, dans l’intérêt général.

Votre célérité à mettre en œuvre cette volonté vous honore, d’autant plus qu’elle obéit également à un désir de mise en conformité avec l’injonction adressée à l’État de Côte d’Ivoire dans l’Arrêt du 18/11/2016 de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

Néanmoins, si on excepte votre capacité d’écoute et de compromis, force est de constater au niveau de la méthode, que vous récidivez dans la manière de conduire ce dialogue par des procédés qui ne permettent pas réellement d’une part, en amont une préparation sérieuse des contributions à verser aux débats, et d’autre part, en aval un échange approfondi et ouvert.

En effet, vous convoquez les parties au dialogue la veille pour le lendemain, sans communiquer au préalable les termes de références des travaux, sans séances préparatoires pour élaborer de manière consensuelle un calendrier, une méthodologie et poser le cadre des objectifs poursuivis par ceux-ci.

Vous regroupez arbitrairement des entités qui n’ont aucun lien entre elles, en de sous-ensembles totalement hétérogènes, en leur demandant de présenter un projet ou un point de vue commun, sans leur donner le temps matériel de se rencontrer, de se concerter, de débattre en vue d’harmoniser et d’arrêter en leur sein, une position commune. Vous n’invitez pas tous les acteurs significatifs de la vie politique.

Comment rester indifférent à de tels agissements ? Comment ne pas en déduire une absence de volonté politique dans la recherche d’un large consensus ? Comment ne pas y voir l’accomplissement d’une simple formalité, à effet de servir de faire valoir à une apparence trompeuse de dialogue et de servir de justification à une reforme au minima prédéterminée d’avance ?

Monsieur le Premier Ministre, nous vous savons un technicien rigoureux, un des hommes de confiance du Président de la République parmi les plus fidèles, un homme d’État, un Houphouetiste. C’est pourquoi nous vous demandons respectueusement, mais avec insistance, de faire beaucoup mieux et autrement les choses, car vous le pouvez. Vous le devez.

Nous vous demandons de ne pas trahir la pensée du Chef de l’État, à tout le moins, sa parole solennelle à la Nation et ses instructions. Nous vous demandons de ne pas bâcler le chantier du dialogue, car il est important tant pour la Nation, que pour la nécessité de réduire les tensions dans ce contexte pré-électoral, pour préserver un climat de sérénité et de paix publique auquel nous sommes tous attachés, gouvernants comme gouvernés. Ne faites pas courir inutilement au Gouvernement le risque de perdre des procès à l’extérieur, de s’isoler sur cette question fondamentale et d’être en rupture avec le corps social et la société politique.

La paix se construit en réunissant les conditions permettant son épanouissement naturel. On ne l’assure pas uniquement par l’exercice de la force légale. Celle-ci a besoin également d’être légitimée au-delà des représentations idéologiques de l’État, par des actes emportant l’adhésion populaire et respectant un certain nombre de normes et de principes démocratiques participant du contrat social et politique de la Nation. La volonté du peuple est le fondement d’où l’autorité des pouvoirs publics tire sa source. Ne l’oublions jamais.

Il convient de rappeler que l’élection est un acte majeur de la démocratie. Elle doit mobiliser toute notre attention et la réforme des outils qui concourent à sa réalisation doit s’accomplir dans des conditions sérieuses. Bien entendu l’objectif recherché n’est pas le consensus en lui-même, mais l’honnêteté, l’indépendance, la transparence, la liberté et la performance du système électoral pour lui permettre d’assurer la sincérité du scrutin.

Monsieur le Premier Ministre, arrivant à la fin de mon propos interpellatif, je saisi l’opportunité de cette lettre ouverte, pour vous adresser mes vœux les meilleurs pour 2020, à l’endroit de votre personne et de ceux qui vous sont chers. Que cette année électorale permette à la Côte d’Ivoire de tourner définitivement la page du cycle absurde des années de crise, sous votre gouvernance, et de renouer avec la stabilité, la paix et une démocratie mature et apaisée, que vous aurez aidé à construire.

Aussi, je vous prie de bien vouloir trouvez ici, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma parfaite et très haute considération.

 

SOUMAREY Pierre Aly

Ecrivain-Essayiste

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