Les conseils d’un Ivoirien à Alassane Ouattara: «Pour garantir la paix, montrez nous moins de fébrilité à traiter les problèmes de déstabilisation de notre État»

Les conseils d’un Ivoirien à Alassane Ouattara: «Pour garantir la paix, montrez nous moins de fébrilité à traiter les problèmes de déstabilisation de notre État»

 

Lettre Ouverte à Son Excellence Monsieur Alassane OUATTARA, Président de la République de Côte-d’Ivoire.

Abidjan, le vendredi 3 janvier 2020.

20h30 GMT

 

Excellence Monsieur le Président de la République,

C’est avec un immense honneur et beaucoup d’émotion que je m’adresse directement à vous aujourd’hui à travers cette Lettre Ouverte en ce début d’année 2020, celle-ci étant la première d’une très longue série pour cette année électorale qui démarre.

En tant que citoyen ivoirien soucieux de mon bien-être personnel et surtout de celui de tous mes concitoyens, je me suis penché minutieusement sur le contenu de votre discours de fin d’année, riche en enseignements et en indications sur le baromètre de notre nation commune.

Comme disait le célèbre théologien James Freeman Clarke, la différence entre le politicien et l’homme d’Etat est que le premier pense à la prochaine élection tandis que le second pense, quant à lui, à la prochaine génération.

Vous êtes un homme d’Etat…Vous l’avez encore une fois démontré à la face du monde à travers certains mots forts prononcés lors de votre discours, et je cite :

“Mon émotion est encore plus grande cette année, car ce sont les derniers voeux du second mandat à la magistrature suprême que vous avez bien voulu me confier.”

Je ne vous remercierai jamais assez pour le soulagement que vous avez procuré aux ivoiriens lorsque vous avez prononcé cette phrase, dès le deuxième paragraphe de votre discours, car en effet, notre oreille avertie a bien distingué la nuance qui est de taille : deuxième s’emploie lorsque l’énumération peut aller au-delà de deux alors que second s’emploie très souvent lorsqu’il n’y a pas de troisième.

En ne présentant donc pas votre candidature pour un troisième mandat comme l’interdit la Constitution, loi suprême de notre pays, vous montrez ainsi l’exemple aux nombreux despotes de notre monde, et plus particulièrement à ceux de notre continent, qui veulent s’accrocher au pouvoir coûte que coûte en tripatouillant leurs constitutions et en offrant à leurs populations un simulacre de démocratie.

 

Excellence Monsieur le Président de la République,

En continuant à vous écouter avec beaucoup d’intérêt j’ai constaté un auto-satisfecit légitime, tant vos réalisations parlent d’elles-mêmes. Ce n’est pas le lieu de les égrener encore une fois ici car ce billet deviendrait si long que certaines des questions essentielles qui me taraudent échapperaient à votre attention et à celle des nombreux lecteurs qui la parcourent peut-être en ce moment avec vous.

Pourquoi avoir attendu 9 années pour enfin vous pencher sérieusement sur le bien-être des ivoiriens?

N’eût-il pas fallu que vous mettiez en place votre Programme Social dès les premières années suivant votre prise de fonction ?

Les ivoiriens, au sortir de cette grave crise post électorale, n’avaient-ils pas droit en priorité à une amélioration de leurs conditions de vie?

Vous avez préféré faire des ponts et des ronds-points. Tel est votre choix. Je le respecte…Mais quel dommage!

Vous dites qu’au sortir de la grave crise post-électorale que nous avons connu, vous avez trouvé un pays en lambeaux, un tissu social déchiré, une situation sécuritaire précaire, une administration en déliquescence et des infrastructures totalement dégradées.

Vous avez alors rétabli la sécurité sur toute l’étendue du territoire national. Vous avez restauré l’autorité de l’Etat et remis l’administration en marche. Vous avez, en outre rétabli les Institutions et les avez renforcées pour qu’elles accompagnent l’action de l’Etat. Très bien.

Mais qu’en a til été du bien-être des ivoiriens ?

Pourquoi avoir placé le souci du bien-être de vos concitoyens à la fin de vos priorités ?

Vous le dites vous-même et je cite :

“La finalité de mon action à la tête de l’Etat est d’améliorer le quotidien des ivoiriens.

C’est pourquoi, en 2019, j’ai décidé de cibler davantage l’action de l’Etat vers la résolution des difficultés du quotidien de chaque Ivoirien.”

Pourquoi maintenant ? Pourquoi si tard? Pourquoi avoir attendu 2020 en pleine année électorale pour vous pencher sur le social?

Cela pourrait s’apparenter à des actions de précampagne électorale et les ivoiriens vous en tiendrons rigueur. Moi le premier car jai souffert avec une grande partie de la population pendant 9 années sans voir ne serait-ce que l’ébauche d’une solution à l’horizon dont on me garantissait pourtant l’émergence en 2020.

 

Excellence Monsieur le Président de la République,

J’ai tellement de choses à vous demander… mais par soucis de captation totale de l’attention de tous et de chacun des lecteurs, et pour éviter que cette respectueuse lettre ne devienne un pamphlet, je me contenterai d’aller à l’essentiel dans la suite de mon propos.

Excellence Monsieur le Président, les ivoiriens ont besoin de trois choses simples : la paix, la réconciliation et la démocratie, toutes choses dont vous détenez, seul, les clefs.

Pour garantir la paix, montrez nous moins de fébrilité à traiter les problèmes de déstabilisation de notre État. Ce manque global de sérénité auquel nous avons assisté durant les fêtes de fins d’années ne nous laisse rien augurer de rassurant pour la suite.

Pour garantir la réconciliation entre les ivoiriens, il est encore temps de poser un acte symbolique fort durant ces prochaines semaines. Je vous laisse imaginer lequel choisir avec votre état-major car je ne fais pas partie de vos conseillers…

Enfin pour garantir la démocratie, il vous suffit d’arrêter le passage en force avec cette CEI biaisée et de revenir à la table des négociations pour le bien-être de tous les ivoiriens.

Tout en contemplant les lueurs vespérales de la perle des lagunes que nous aimons tous et que nous devons préserver de tout remous, je reste convaincu en terminant cette lettre que vous saurez la lire avec une bienveillante attention.

Je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments respectueux.

Jean-Yves ESSO ESSIS

Citoyen ivoirien

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