Côte d’Ivoire/Abel Doualy cogne encore Alassane Ouattara et son régime: «La vie d’une nation ne se conjugue pas à l’aune de petits calculs de préservation d’intérêts partisans»…de roublardises

Côte d’Ivoire/Abel Doualy cogne encore Alassane Ouattara et son régime: «La vie d’une nation ne se conjugue pas à l’aune de petits calculs de préservation d’intérêts partisans»…de roublardises

Le nombre de messages de félicitations, mais aussi d’invitation à la prudence, que j’ai reçus samedi et dimanche, à la suite de mon article intitulé « L’appel d’Abel Doualy au Président Ouattara » et paru dans Le Nouveau Réveil du week-end, est la preuve qu’effectivement, « les Ivoiriens souffrent et gémissent en silence, au lieu de hurler, de peur de se faire entendre et être sanctionnés » comme je l’écrivais dans ledit article.
Et comme pour mettre de l’eau à mon moulin, le Pr Bamba Moriféré, opposant historique depuis Félix Houphouët-Boigny a, depuis samedi, maille à partir avec le régime pour avoir osé « gémir à haute voix » en disant ce qu’il pense de la situation sociopolitique ivoirienne.
Bamba Moriféré raconte ses déboires avec les forces de l’ordre : « (…) Sans mandat, sans convocation, on vient vous chercher pour une audition avec des cargos. Il y avait plus de 40 policiers et le quartier a été quadrillé et bouclé (…) ». Alors que la Côte d’Ivoire est sortie de la crise armée depuis bientôt dix ans, qu’est-ce qui explique qu’on vienne investir le domicile d’un leader politique bien connu comme Bamba Moriféré avec des agents en cagoules juste après un meeting régulièrement tenu au vu et au su de tous sur la place publique ?

« Le domicile est inviolable » selon l’article 8 de la Constitution
Le plus grave, c’est que tout cela se passe en flagrante violation des dispositions constitutionnelles. La Constitution, en son article 8, stipule : « Le domicile est inviolable. Les atteintes ou restrictions ne peuvent y être apportées que par la loi ». Cela veut dire en clair que ceux qui sont venus interpeller le Pr Bamba Moriféré en sa résidence ne pouvaient le faire qu’en lui ayant signifié la loi qui les autorise à agir ainsi et les mobiles de l’interpellation. On ne peut pas, en cagoules, arrêter manu militari un citoyen et lui dire que « nous sommes des exécutants ». Mais vous exécutez au nom de qui ?
N’oublions pas qu’à plusieurs reprises et à une certaine époque de la vie sociopolitique ivoirienne, on a eu à entendre des expressions du genre : « Ce sont des éléments incontrôlés ». C’est pourquoi, sauf cas de flagrant délit, l’interpellation des citoyens surtout à leur domicile est balisée par la Constitution qui prescrit que « le domicile est inviolable ». Et même dans le cas d’un flagrant délit, l’agent qui agit décline toujours son identité, son corps de métier et / ou son unité. Car le citoyen qu’on interpelle doit être rassuré par rapport à sa sécurité.

Refus de composer avec l’opposition significative
Mais l’on comprend que toutes ces violations de lois sont symptomatiques de la tension qui ne fait que monter entre le pouvoir et l’opposition qui a organisé samedi son « meeting d’échauffement », selon les propres termes des opposants. Ceux-ci entendent en organiser d’autres et de façons éclatées, jusqu’à obtention de gain de cause par rapport à la réforme de la Commission électorale indépendante (Cei) et au renouvellement de la Carte nationale d’identité (Cni).
Puis, comme pour lui donner raison, c’est le Pr Bamba Moriféré, qui dénonçait à ce meeting du samedi les « arrestations arbitraires dans tous les domaines et opérées quelquefois par des forces encagoulées », qui est lui-même arrêté le lendemain dans les conditions incriminées.
A moins d’un an et demi de la prochaine élection présidentielle de 2020, jusqu’où le pouvoir ira-t-il dans son refus obstiné de composer sincèrement avec l’opposition « significative », selon les termes de ces opposants eux-mêmes. Mais, à observer de près, l’expression « opposition significative » reflète la réalité du terrain lorsqu’on sait que cette opposition (dite) significative comprend le Fpi tendance Laurent Gbagbo, le Pdci-Rda et plus d’une vingtaine d’autres formations dont des mouvements de la société civile.

Pourquoi ramer à contre-courant d’une opposition dont on se réclame pourtant ?
Le gouvernement peut-il se convaincre d’avoir sincèrement discuté avec l’opposition en faisant fi de ces poids lourds ? Ou bien pense-t-il pouvoir avancer dans les discussions, aboutir aux conclusions escomptées pour le bien de la Côte d’Ivoire en excluant ces partis significatifs de l’opposition ivoirienne? D’où ce fort soupçon de vouloir opérer un passage en force qui pèse sur le gouvernement quant à la réforme de la Cei.
Va-t-on minutieusement, et au nez et à la barbe de tous, faire le lit d’une déflagration sociale en 2020 ? Ou les principaux acteurs politiques ont-ils à cœur de savoir s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard pour une telle éventualité ?
La balle est dans le camp du gouvernement, dont la volonté de ruser avec l’opposition afin de mettre en place une CEI à ses ordres, ne fait que se confirmer. Et en cela, il est malheureusement soutenu par des jeunes générations comme les Henriette Lagou, Zadi Djédjé et autres. Dont le bon sens commande qu’on leur demande quelles sont leurs réelles motivations en ramant à contre-courant de la volonté populaire d’une opposition dont ils se réclament pourtant. Sauf à être des Rhdp déguisés !

Etre animé d’une grande vision pour son peuple
Mais ceux-là ont leur réponse avec le président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié, quand il dit : «Je laisse à l’histoire de juger les actes posés par nos compatriotes ». Et ceci est d’autant plus vrai que la Cei dont il s’agit aujourd’hui, est celle qui devra de tout temps organiser les élections en Côte d’Ivoire. Et ce, dans des conditions transparentes afin d’aboutir à des élections justes, crédibles, équitables et démocratiques qui évitent aux Ivoiriens de s’entredéchirer à chaque période électorale.
Peut-on raisonnablement s’opposer à cela si ce n’est pour des raisons bassement égoïstes ? Mais la vie d’une nation ne se conjugue pas à l’aune de petits calculs de préservation d’intérêts partisans. C’est la vie de générations et de générations qui se joue. Il faut être animé de beaucoup d’altruisme, de sagesse et surtout d’une grande vision pour son peuple.
ABEL DOUALY
NDLR : Le titre est de la rédaction

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