Guillaume Soro déshabille encore le pouvoir «autocratique» de Ouattara: «Même Gbagbo ne renvoyait pas des cadres parce qu’ils étaient militants du Rdr»

Guillaume Soro déshabille encore le pouvoir «autocratique» de Ouattara: «Même Gbagbo ne renvoyait pas des cadres parce qu’ils étaient militants du Rdr»

«Si le président Alassane Ouattara a fini ses deux mandats, qu’il parte ». La résidence de Guillaume Soro ne désemplit pas. Ce jeudi 14 mars 2019, des populations du Bafing étaient chez l’ex-président de l’Assemblée nationale. Quand Soro déshabille le pouvoir « autocratique » de Ouattara, cela donne ça.
« Depuis deux jours, les gens vous ont menacé pour ne pas que vous veniez chez moi. Mais pourquoi? Est-ce que moi je ne suis pas un fils du Nord? Mais cela n’est pas bien. Nous sommes des frères. Et ce n’est pas parce que nous ne sommes pas dans le même parti politique que nous ne sommes plus des frères. La politique ne doit pas nous diviser.
Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas d’accord au plan politique que nous devons nous diviser. Chacun doit être libre de choisir son leader, son candidat et choisir son parti politique. Laissons la religion loin de la politique. Certaines personnes se promènent pour dire que Guillaume Soro n’est pas musulman.
Est-ce que c’est aujourd’hui ils savent cela ? Tous ceux que j’ai pris auprès de moi, je n’ai pas demandé leur religion. Le Bafing est le lieu où les autres régions doivent aller à l’école dans le sens de la paix et la cohésion. Moi je connais le Bafing. Est-ce ma faute si certaines personnes ne connaissent pas le Bafing ou ne sont pas allées à l’école dans le Bafing.
Imam, il y a des cadres du Bafing qui ne sont pas ici parce que si on les voyait ici, chez Guillaume Soro, on allait les renvoyer. Même Gbagbo ne renvoyait pas des cadres parce qu’ils étaient militants du Rdr. Quand j’étais Premier ministre, c’est Gbagbo qui était président de la République.
Et j’ai pris des militants du Rdr pour les nommer à la Primature. Pourquoi dans notre propre régime, on se renvoie entre nous? Issiaka était directeur général de la Lonaci. Il a été renvoyé parce qu’il a salué Guillaume Soro. Issiaka est de Séguéla. Si vous renvoyez votre propre fils, cela vous donne quoi?
Laissons la religion en dehors de la politique et faisons la vraie politique. Ceux qui vous ont dit de ne pas venir chez moi, eux-mêmes venaient ici avant. Mais dès qu’ils apprirent que Guillaume Soro n’est plus président de l’Assemblée Nationale, ils ont sauté du bateau. Aujourd’hui, il y a des gens qui disent que Guillaume Soro n’a rien fait pour nous et il n’était pas le seul à se battre.
Ils ont raison parce que, quand nous étions là-bas et que les gens nous pourchassaient. ( …) Moi je n’ai pas de problème avec le président Alassane Ouattara. Mais je dis que je ne suis pas d’accord avec ce qui se passe, est-ce que j’ai le droit de dire cela, oui ou non ? Nous nous sommes battus pour revendiquer le droit et la dignité. Mais nous ne nous sommes pas battus pour que nous soyons dans le même parti.
Notre parti-là, c’était le Rdr. Mais Alassane Ouattara dit qu’il veut créer le Rhdp et moi je dis que je n’entre pas dedans? Est-ce que cela doit créer palabre. Pendant que nous nous battons, des gens nous insultaient mais nous avons pardonné. Mais ceux qui insultaient Alassane Ouattara disent aujourd’hui que ce sont eux qui aiment Alassane plus que nous qui nous sommes battus. Nous disons.
Au nom de quoi on renvoie Issiaka pour ne pas que ses enfants aillent à l’école et qu’ils mangent? Et d’autres sont assis, ce sont eux qui mangent et qui profitent du labeur du combat que nous avons mené. Nous disons non. Les Forces nouvelles, il n’y a aucun qui travaille. Ils ont été tous renvoyés. Moi-même je suis renvoyé. On nous renvoie et puis on nous dit d’être contents et de rire. Si on nous a renvoyés, c’est que Dieu a permis cela dans notre destin.
Vous dites de garder le pouvoir au Nord. Mais comment on peut garder le pouvoir au Nord si le Nord même chasse le Nord ? Ce n’est pas Gbagbo qui nous a renvoyés mais les gens du nord qui nous ont renvoyés et qui mettent les gens du Nord en prison. Alors que quand il s’agissait de se battre, il y avait très peu de personnes. Un jour, je raconterai l’histoire de ce combat.
Il y a des gens qui font comme si c’est aujourd’hui que le combat a commencé. Nous nous sommes battus, nous avons soutenu et aimé Alassane Ouattara quand il n’était pas encore au pouvoir. Il fut un moment où prendre une balle pour Alassane Ouattara n’était rien pour nous. Beaucoup d’entre nous sont morts.
Nous nous sommes battus pour être humiliés et être renvoyés dans ce pays par ceux qui se cachaient quand on cherchait des gens pour le combat. Réduire les Institutions de la République à des tabourets, ce n’est pas possible. (…) Moi, je me suis levé pour demander pardon aux Ivoiriens. Et ce pardon est à trois niveaux :
Le premier pardon, c’est au sens spirituel du terme, le deuxième, c’est pardon de responsabilité. Nous qui sommes acteurs politiques, nous devons demander pardon parce qu’il y a eu guerre en Côte d’Ivoire. Le troisième niveau de mon pardon, c’est la honte. J’ai honte. Donc nous avons mené ce combat pour que le député soit mis en prison, pour que Soro Kognon soit tué pour un meeting à Korhogo. Nous nous sommes battus pour la démocratie et la liberté d’expression.
Moi, je ne comprends pas ce régime qui renvoie très vite les personnes et à tout moment. Mais ce n’est pas renvoyer les gens qui va nous effrayer. On aurait connu ce régime pour des bienfaits et non pour les renvois et emprisonnements. Il n’y a aucun pays en Afrique où on emprisonne un député pour tweet. C’est dangereux de parler de pouvoir du Nord.
Vous allez mettre toutes les autres régions contre le Nord. Si demain vous n’êtes pas au pouvoir, vous faites comment ? Les gens prennent le pouvoir comme si cela ne va jamais finir. Quand Dieu vous met au pouvoir, ce n’est pas pour renvoyer les gens ou pour faire du mal. Mais c’est pour faire du bien. Que feriez-vous quand vous ne serez plus au pouvoir ?
Faites très attention, car le pouvoir n’est pas éternel, il est éphémère. Cela finit toujours. Qui pensait que Bouteflika allait reculer en Algérie et son pouvoir va finir. On va blaguer le président Ouattara pour qu’il fasse un troisième mandat et quand il aura des problèmes, que feriez-vous.
Dites la vérité au président. Il a fait deux bons mandats, qu’il finisse et qu’il parte. N’allez pas tromper le président pour lui dire que tout le Nord est avec lui. Ne trompez pas le monsieur à cause de votre méchanceté. Je n’insulterai jamais le président Alassane Ouattara, mais ne comptez pas sur moi pour lui mentir. Moi, je ne suis pas dans le RHDP parce que je ne crois pas au RHDP . Et le RHDP ne pourra pas marcher ».

Prince Beganssou, ivoiresoir.net

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